Hizen Nouveau : l’art de la table japonais s’invite en France

Lorsqu’on évoque la naissance de la porcelaine japonaise, un nom revient inévitablement : Hizen. Située au nord-ouest de l’île de Kyūshū, c’est dans cette ancienne province, qui correspond aujourd’hui aux préfectures de Saga et de Nagasaki, que naît la première porcelaine produite sur l’archipel. Cette apparition résulte d’un faisceau de circonstances mêlant circulations d’hommes et de techniques, enjeux politiques, opportunités commerciales et une remarquable capacité d’adaptation des artisans locaux. Ces derniers, toujours présents quatre siècles plus tard, n’ont cessé de renouveler leur art.

Le 2 février dernier, Paris a accueilli pas moins de 10 professionnels pour une rencontre exclusive mettant à l’honneur le Hizen Nouveau : une approche plus contemporaine de la céramique japonaise surnommée « le Japonisme sur la table française ». Pour l’occasion, Journal du Japon vous propose de plonger dans la riche histoire de Hizen et de découvrir ses artisans d’aujourd’hui !

Hizen : la porcelaine japonaise et le monde qui l’entoure

Avec sa géolocalisation caractéristique, Hizen a toujours été une région tournée vers l’extérieur. Particulièrement proche de la Corée et de la Chine, la région connait de nombreux et anciens échanges maritimes ; les influences étrangères y circulent de ce fait plus aisément qu’ailleurs. Avant de devenir à son tour producteur, le Japon voyait ses élites se fournir en Chine, notamment de la porcelaine des fours de Jingdezhen qui se distinguait par un blanc lumineux décoré de cobalt. La consommation était donc là, mais la production pas encore.

C’est suite aux campagnes militaires menées en Corée par Toyotomi Hideyoshi que des potiers coréens furent installés de force à Kyūshū en 1590. Ces artisans ont débarqué à Hizen avec leurs savoir-faire, leurs techniques et leur matériel, dont le four Noborigama qui permet une meilleure gestion de la température. La céramique locale s’est alors considérablement développée, et cet essor nouveau s’est vu amplifié par la découverte d’un gisement de kaolin à Izumiyama, près d’Arita, fournissant ainsi la matière première indispensable aux artisans. À partir de là, les conditions idéales sont réunies : une argile adaptée disponible, des artisans qualifiés et un marché déjà familiarisé avec la porcelaine.

La première génération de porcelaines produites à Hizen s’inscrit dans le sillage chinois. Les décors bleus dominent et les formes restent proches des modèles importés ; mais au sein de cette phase d’imitation, un glissement s’opère : les goûts japonais, façonnés notamment par l’esthétique de la cérémonie du thé, privilégient une certaine retenue. Les surfaces deviennent alors plus sobres et les compositions moins saturées. Très vite, les ateliers de la région ne se contentent plus de copier, ils intègrent des motifs issus de leur propre culture visuelle : paysages saisonniers, fleurs emblématiques comme le prunier ou le cerisier, animaux porteurs de symboles… La porcelaine devient l’expression d’un imaginaire local et se distingue ainsi de ses concurrents étrangers.

Le port d’Imari devient rapidement la plaque tournante de la céramique de Hizen pour la consommation intérieure. L’appellation Imari-yaki voit ainsi le jour, désignant l’ensemble des productions de Hizen. Derrière ce nom travaille tout un réseau d’ateliers, de négociants et d’intermédiaires divers, dans lequel les objets n’ont pas tous le même statut. D’un côté la vaisselle destinée à un usage courant ; de l’autre, une porcelaine d’excellence contrôlée réservée à l’élite. Elle est connue sous le nom de Nabeshima-yaki, en raison du groupe qui la dirige, le clan Nabeshima.

Entre 1640 et 1650, soit environ cinquante ans après l’arrivée des artisans coréens à Kyūshū, un nouvel événement extérieur vient consolider le destin prestigieux de Hizen : la Chine traverse une instabilité politique majeure suite au changement de dynastie Ming vers Qing, ce qui engendre une perturbation commerciale inattendue. Les marchés asiatiques et européens dépendant de la Chine se retrouvent lésés et se tournent donc naturellement vers le Japon. Par l’intermédiaire des marchands néerlandais, autorisés à commercer avec le Japon malgré la politique de fermeture relative du pays, les porcelaines d’Imari gagnent l’Asie du Sud-Est puis l’Europe. Cette circulation transforme profondément la production locale puisque les artisans ne fabriquent plus seulement pour un public japonais : ils doivent maintenant composer avec des goûts, des usages et des attentes différentes des leurs.

Bien que cette expansion ait trouvé sa fin avec le retour de la stabilité chinoise, Hizen s’est affirmée comme véritable concurrente à la Chine et ce mouvement a entraîné une démocratisation de la porcelaine au sein de la culture matérielle japonaise.

Hizen Nouveau : le Japonisme sur la table française

C’est dans l’objectif de développer le marché européen de la porcelaine traditionnelle japonaise que les 10 artisans du Hizen Nouveau se sont rendus à Paris au début du mois de février 2026. Destinée aux professionnels de la gastronomie française, la céramique présentée est issue d’Arita, Imari Nabeshima et Hasami. Les caractéristiques communes entre ces trois grandes familles ? Une porcelaine blanche d’une grande translucidité.

Arita

Ce ne sont pas moins de six artisans qui sont venus représenter la céramique d’Arita.

Le collectif ARITA PLUS est riche en personnalités, ce qui donne lieu à de multiples styles. L’héritage est préservé tout en donnant naissance à une nouvelle expression de la porcelaine, l' »ARITA PLUS » : des créations réalisées en collaboration avec de grands chefs cuisiniers qui mettent en valeur les saveurs saisonnières.

Kajiken-seiji est un four historique et renommé de l’Arita-yaki. Sa particularité : une large gamme de poterie utilisant des motifs porte-bonheur (engimono) comme la daurade tai ou le chrysanthème kikugata. Le célèbre plat en forme de daurade, Medetai, a d’ailleurs vu le jour dans ce four pendant l’ère Meiji.

La philosophie de Keizan-gama donne une place centrale au plat servi : celui-ci doit être au centre de l’attention, et la vaisselle qui l’accompagne doit être le résultat d’un travail méticuleux, garantissant la sûreté et la sécurité du produit. C’est depuis 1957 que l’entreprise fabrique et peint à la main les pièces qu’elle produit, destinées aux restaurants gastronomiques japonais (ryōtei).

Titulaires de la qualification de « Dentō Kōgeishi« , les artisans chevronnés de Tasei-gama perpétuent l’excellence initiée par la fondatrice, Kiyomi Tanaka. Sa particularité : la centaine de formes qu’elle a développées pour un même récipient à couvercle, celui que l’on utilise pour le flan salé cuit à la vapeur (chawanmushi).

Kin-emon se distingue par son approche ultra colorée de la porcelaine. Destinées aux ryokan et aux ryōtei, les pièces aux couleurs vives jaune, bleu et rouge embellissent la table d’une touche d’éclat, mélangeant ainsi les designs traditionnels aux créations les plus innovantes. Fondé en 1926 par Tokuji Yamaguchi, l’atelier utilise principalement les techniques de Sometsuke et Nishiki.

Enfin, Yamahei-gama, fondé peu après la Seconde Guerre mondiale par l’un des fils de la maison Yamasho, se réfère à une philosophie mettant en valeur la surprise et l’émotion au travers de la vaisselle. Les repas se doivent d’être des moments amusants et uniques, et cela grâce au travail réalisé sur les pièces qui se distinguent par leur originalité.

Imari Nabeshima

Entre exploration de nouvelles formes et transmission de la tradition, l’artisan d’Imari Nabeshima, Sehyo-gama, hérite du prestige du Nabeshima-yaki de l’époque Edo. Ses créations fusionnent élégance et modernité, avec des peintures réalisées à la main d’une grande finesse. Contrôlée depuis ses premiers jours, la qualité de la porcelaine Nabeshima-yaki découle de techniques secrètes rigoureusement préservées.

Hasami

Bien qu’Arita et Imari Nabeshima soient les noms que l’on entend le plus lorsque l’on découvre la céramique de Hizen, Hasami a pourtant une grande place dans l’histoire de la porcelaine régionale, puisque c’est historiquement ici qu’est produite la porcelaine destinée au grand public, en masse. Sa popularité tient à la variété de ses designs, à la fois modernes et fonctionnels, ainsi qu’à la compatibilité de ses produits avec le micro-ondes et le lave-vaisselle, parfaits pour l’usage quotidien.

Isshin-gama se distingue par une porcelaine immaculée décorée de motifs uniques sculptés à la main. Plus de 30 types de ciseaux à bois sont utilisés pour sculpter chaque motif, l’un après l’autre. Cette technique, appelée Isshin-bori, est exclusive à l’artisan, et les jeux d’ombres et de lumières ainsi créées offrent une texture unique aux pièces. La gamme d’articles est large : tasses, théières, assiettes, bols, …

Tanshin-gama se distingue lui aussi par une technique exclusive, le Suishō-bori, qui consiste à percer des trous dans la porcelaine pour ensuite les combler par une argile « secrète » avant de subir une double cuisson à 1300°C. Le résultat impressionne par la transparence comparable à celle du cristal, laissant apprécier la beauté du contenu comme du contenant. La porcelaine blanche utilisée est originaire d’Amakusa, un archipel au large de Kumamoto.

Enfin, Rizaemon-gama est le four historique d’Hasami. Son rôle dans le développement local au cœur de la période d’Edo est central. D’abord sans nom, c’est en 1968 qu’il prit celui de son fondateur. C’est aujourd’hui la 13e génération de Rizaemon qui est à la tête du four, avec pour objectif de perpétuer la tradition tout en créant des pièces chaleureuses et modernes, qui répondent aux attentes de la vie culinaire contemporaine.

Rizaemon-gama © rokusan.fr pour Journal du Japon

Ces dernières années à Paris, de nombreux chefs français comme japonais se sont tournés vers la céramique de Hizen pour composer leur vaisselle. Cet engouement encourage les artisans d’Arita, Imari Nabeshima et Hasami à imaginer des pièces en dialogue avec l’esthétique de la gastronomie française.

La poterie de Hizen, remarquable par la richesse de ses couleurs, la diversité de ses formes et la subtilité de ses textures, élève chaque repas au rang d’expérience artistique. Le choix attentif de l’assiette devient alors un geste essentiel : il sublime le plat, enrichit la table et marque les esprits. De la rencontre entre l’esthétique japonaise et la sensibilité française naît ainsi une nouvelle expression, à la fois culinaire et artistique.

Cet article sponsorisé est réalisé en partenariat avec Maison Jiki.

Rokusan

Roxane, passionnée depuis l'enfance par le Japon, j'aime voyager sur l'archipel et en apprendre toujours plus sur sa culture. Je tiens le blog rokusan.fr dédié aux voyages au Japon.

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