L’évolution de l’architecture japonaise : de l’époque médiévale à nos jours

La beauté du Japon fascine les étrangers et sa culture est l’une des plus honorées aujourd’hui à travers des événements dédiés : cosplay, manga, jeux vidéo, arts culinaires. Le dépaysement est total avec ses châteaux majestueux ainsi que ses jardins et maisons traditionnelles d’un apaisement absolu. Ce sont aussi de nombreuses constructions inspirées de l’architecture occidentale. Le pays du Soleil-Levant a connu de nombreuses destructions et reconstructions au fil des siècles à cause des guerres et des tremblements de terre destructeurs. Le Japon offre une architecture inspirante, innovante et parfois même audacieuse qui pousse à la rêverie. Le monde est sous son charme mais comment l’architecture japonaise a-t-elle évolué ? Comment s’est-elle modernisée rapidement jusqu’à notre époque contemporaine ? Pour le savoir, commençons par le Moyen Âge avec la construction de différents types de châteaux. Cette traversée dans le temps nous mènera ensuite à la période d’Edo puis à l’ère Meiji jusqu’à nos jours.

Toiture d'une maison japonaise
Toit traditionnel japonais ©Photo de Kuan-yu Huang (pexels.com)

La période médiévale voit un début réel d’architecture

Débutons notre périple au commencement de la période médiévale qui s’étend du 12e au 16e siècle, soit de l’époque Kamakura (1185 – 1333) à l’époque de Muromachi (1336 – 1573). Elle est dominée par les samouraïs et leur prise de pouvoir en combattant aux guerres civiles au service du daimyô ou du shôgun. Cette époque connaît également plusieurs événements dont le processus de réunification politique de l’archipel par trois grands seigneurs successifs : Nobunaga Oda (1534 – 1582), Hideyoshi Toyotomi (1537 – 1598) et Ieyasu Tokugawa (1543 – 1616). La réunification politique va de pair avec l’importance du développement de l’architecture militaire. Plusieurs types de châteaux sont construits dont les yamajiro (山城) appelés « châteaux de montagne » conçus sur les montagnes dans les hauteurs afin d’avoir l’avantage d’être prévenu rapidement de l’arrivée des ennemis. Leur position dominante facilite la surveillance des terres avec un système de fossés, de talus, de douves en eau et de tourelles d’observation.

Puis viendront les constructions des villes sous-châteaux, les jokamachi (城下町), des habitations construites autour des châteaux faisant office de petites villes.  Après les yamajiro viendront les hirayamajiro (檜山じろ) qui sont les châteaux de petites montagnes avec un aménagement en relief. En 1576 est construit le premier château de petite montagne, celui d’Azuchi par Nobunaga Oda, symbole du pouvoir et de la richesse du premier unificateur du Japon. Les édifices ont été fortement influencés par l’architecture chinoise tout en introduisant du bois dans les constructions car la maçonnerie n’existait pas encore. À la période prémoderne c’est-à-dire de l’époque Azuchi-Momoyama (1573 – 1603) jusqu’à celle d’Edo (1603 – 1868), de nouveaux types de fortifications sont construits : les hirajiro (平城).

Le château de Himeji (Hyôgo), construit au début du 14e siècle, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, est le plus bel exemple architectural du Japon. Ses façades recouvertes de plâtre blanc donnent une esthétique élégante au château. L’imposant donjon exalte la splendeur de cette majestueuse forteresse surnommée « château du héron blanc » ou de « l’aigrette blanche ». Il est conservé dans son bois d’origine même si malheureusement un matériau moderne, le béton armé, a été utilisé pour compenser la fragilité du bois et prévenir le risque de déformations et d’effondrements lors de séismes. Selon les sources de l’Unesco, le site est composé de 83 bâtiments dont la plus grande partie appartient aujourd’hui au gouvernement. La propriété restante est répartie entre la ville de Himeji et des entreprises privées. Après cette période médiévale, continuons à présent notre voyage à la période d’Edo, là où tout va s’accélérer vers la modernité.

Château d'Himeji, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO
Château de Himeji (Hyôgo) ©Photo de Nien Tran Dinh (pexels.com)

L’architecture à l’époque d’Edo

Après la bataille de Sekigahara en 1600, Ieyasu Tokugawa est le vainqueur décisif contre le clan Toyotomi et parachève l’unification du Japon (cf. notre article « L’unification du Japon » : partie 1 et partie 2) pour une incroyable période de plus de deux siècles de paix. Ce faisant, il obtient le soutien de la moitié des daimyô et est nommé en 1603 shôgun, lançant la période d’Edo (1603 – 1868). La nouvelle politique de la dynastie des Tokugawa a pour objectif d’installer la paix durablement et de mettre fin aux nombreuses guerres civiles de l’époque précédente Sengoku. Les constructions individuelles pour toutes les classes sociales (marchands, guerriers, artisans, paysans) continuent d’être fabriquées par les artisans japonais. Avec la politique de fermeture sur l’extérieur sakoku (鎖国), les rapports avec l’étranger sont presque totalement interdits par le shogunat et le commerce autorisé se limite à des échanges contrôlés avec le comptoir hollandais sur l’île de Dejima. L’architecture d’alors est dépourvue d’influence étrangère. Son style propre se caractérise par une structure de bois recouverte d’une toiture de chaume, de tuiles et de bardeaux. De nombreux châteaux sont détruits sous l’ordre du shôgun afin de désarmer les autres grands seigneurs, asseoir son pouvoir et pacifier le pays. Ainsi, 40 000 châteaux ont été détruits et seulement 200 ont été conservés.

Extérieur maison traditionnelle
Style traditionnel japonais ©Photo de
shell_ghostcage (pixabay.com)

Du côté des maisons traditionnelles, les habitats sont toujours construits en bois comme les châteaux d’autrefois. Avec cette fermeture du pays, un style architectural proprement japonais s’installe. Voici donc trois éléments caractéristiques de la maison japonaise :

Shôji (障子) : porte coulissante en papier utilisée pour marquer la séparation entre intérieur et extérieur.

Fusuma (襖) : considéré comme un écran opaque coulissant qui sert de cloison et de porte d’intérieur, très souvent peint selon les goûts du propriétaire.

Tatami (畳) :  revêtement de sol fabriqué avec de la paille. Le tatami est incontournable et unique au Japon.

Maison japonaise
Intérieur de maison japonaise ©Photo de chxfly9527 (pixabay.com)

D’autre part, le style shoin-zukuri (書院造) est le style de construction développé à partir du shinden-zukuri (寝殿 造) qui dominait dans l’aristocratie. Le shoin-zukuri  se développe par la suite à la fin du 16e siècle et se généralise à la période d’Edo. Le style est à l’origine des temples, des maisons des guerriers, des demeures résidentielles et est progressivement utilisé à travers la société dans les maisons individuelles. Trois éléments importants y sont toujours repérés :

Tokonoma (床の間) : alcôve surélevée dans un coin où l’on pose des compositions florales (ikebana) ou servant à l’exposition de calligraphies, de bonsaï.

Tsuke-shoin (付書院) : espace surélevé qui faisait office de bureau. On le traduit par « bureau encastré ».

Chigaidana (違い棚) : étagères en bois posées sur différentes hauteurs.

Les débuts de l’occidentalisation de l’architecture à l’ère Meiji

Après l’époque d’Edo et à l’entrée dans l’ère Meiji (1868 – 1912) sous le règne de l’empereur Meiji, les Japonais sont accusés d’être « fermés et centrés sur eux-mêmes ». Le gouvernement agit et prend en main ce désir fort de modernisation de l’architecture japonaise déjà présent auparavant dans l’optique de ne pas subir le même sort que la Chine des Qing qui a manqué la révolution industrielle et qui s’est vu imposer des traités inégaux par les Occidentaux. Le gouvernement japonais invite donc des architectes européens et américains pour réaliser des projets architecturaux à l’occidentale. Des idées sont même présentées par des architectes qui sont par la suite sélectionnées par le gouvernement. Les architectes les plus réputés pour leurs constructions sont : le Britannique Josiah Conder (1852 – 1920) qui est la figure importante des constructions à Meiji ; l’Américain Frank Lloyd Wright (1867 – 1959) ; l’ingénieur et architecte irlandais Thomas James Waters (1842 – 1898). À l’époque, il n’y avait pas d’architectes japonais et c’est pour cela que Josiah Conder fonda l’école d’architecture Conder afin de pouvoir former les Japonais qui deviennent sans plus attendre ses disciples.

Gare de Tokyo (1914) par Tatsuno Kingo, disciple de Josiah Conder.
Gare de Tokyo par Tatsuno Kingo — qui a été élève de Conder à l’école impériale d’ingénieurs du Japon — 1914 ©Photo de likesilkto (pixabay.com)

À l’époque Meiji, le Japon se modernise et la nouvelle architecture japonaise est la fusion de plusieurs styles du monde entier. Les structures en bois demeurent mais la maçonnerie se répand progressivement afin de bien soutenir les constructions lors des catastrophes naturelles et d’attaques éventuelles des Occidentaux. La pierre et la brique sont des matériaux fortement adoptés. Les forteresses sont également modernisées avec des fortifications bastionnées. Les anciens châteaux de l’époque médiévale qui n’ont pas été détruits sont conservés et entretenus. Même si la modernisation du pays se poursuit, les maisons respectent encore le style traditionnel du shoin-zukuri.

L’entrée dans le 20e siècle offre un nouveau paysage architectural et urbain au Japon

Au 20e siècle, la capitale Edo prend son nom actuel de Tokyo. Dans le bâti, le bois est remplacé par de la brique ou de la pierre. La ville connaît d’importants changements dans son paysage urbain avec la mise en ligne des premiers tramways et la construction d’usines et de gares. Sous l’ère Taishô (1912 – 1926), il y a une explosion démographique avec 2 170 000 habitants en 1920 à Tokyo.

Le 1er septembre 1923 a lieu un séisme suivi d’un tsunami à 11 h 58 précise, au moment de la préparation du déjeuner, déclenchant par conséquent de nombreux feux. Tokyo est ravagée par des incendies dévastateurs mais sa reconstruction est rapide. De nouveaux quartiers sont développés tels que les plus iconiques de la ville : Shinjuku, Shibuya ou encore Ikebukuro. Des bâtiments inspirés de l’architecture anglaise ou américaine y figurent de plus en plus. Le pays est victime d’une autre destruction avec les bombardements américains lors de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Le Japon ne peut pas reconstruire à son goût en raison de l’occupation (1945 – 1952) car l’armée américaine réquisitionne de nombreux terrains dans les grandes villes afin de construire des logements pour les familles des soldats. Par ailleurs, le besoin de constructions est important et urgent. C’est alors que les logements collectifs Danchi (団地) sortent de terre vers la banlieue : certains bâtiments comptent plus de 2 000 appartements.

Après l’occupation américaine, en 1958, la tour de Tokyo devient le symbole de la reconstruction du Japon. D’une hauteur de 333 mètres, elle s’inspire de la tour Eiffel. Cela prouve que les Japonais aiment le style architectural occidental, loin d’un Japon « fermé » ou « qui ne peut pas reconstruire à son goût ». À l’après-guerre, la reconstruction se traduit par de grands ensembles massifs. Le pays ne ressemble plus au Japon d’avant-guerre et les villes sont complètement métamorphosées.

Vue sur la ville de Tokyo et sa tour construite pour la reconstruction du Japon après la seconde guerre mondiale.
Vue panoramique sur la ville de Tokyo et sa tour ©Photo de Pharaoh_EZYPT (pixabay.com)

Les Jeux olympiques de 1964 marquent un tournant par le lancement d’une forte transformation urbaine illustrée par l’édification d’autoroutes à plusieurs niveaux sur plusieurs kilomètres. Les hybridations architecturales continuent avec de nouvelles gares, hôtels et autres bâtiments afin d’impressionner le monde. Le Japon se reconstruit mais cette nouvelle urbanisation dissocie les Japonais de leur culture historique et oublie les influences chinoises dans la culture japonaise. L’hyper urbanisation et sa nouvelle architecture moderne visent à montrer aux étrangers que le Japon s’est reconstruit et qu’il est tourné vers le futur. Entre la fin du 19e et au début du 20e siècle, en pleine mode du japonisme, après avoir été dénigré pour ses constructions en bois, le nouvel habitat japonais est alors apprécié par les étrangers pour sa modernité à l’occidentale.

De nos jours, la majorité de l’architecture des habitations s’est américanisée. Les maisons récentes sont construites en verre et sont à la pointe de la technologie. Certaines ont conservé des caractéristiques traditionnelles même si l’aménagement intérieur et le mobilier sont à l’occidental avec une séparation et une attribution de rôle aux pièces.

Temple Engakuji Kamakura
Temple Engakuji à Kamakura ©Photo de koshinuke_mcfly (pixabay.com)

Le Japon a connu une forte évolution dans l’histoire de son architecture, passant de bâtisses médiévales à des édifices modernes et contemporains, sur une période de plus de 1 000 ans. L’archipel nippon sest très vite modernisé depuis lère Meiji en invitant de plus en plus darchitectes et ingénieurs étrangers qui ont radicalement transformé le paysage urbain. L’architecture s’est occidentalisée et avec l’hyper urbanisation, le Japon est devenu méconnaissable et sest changé en peu de temps en l’un des pays les plus développés en termes d’architecture et durbanisation avec une densité de 325 habitants par km² au 1er janvier 2026.

Pour aller plus loin :

Shoin-zukuri et Shinden Zukuri : https://www.persee.fr/doc/dhjap_0000-0000_1992_dic_18_1_943_t1_0080_0000_5

Les châteaux les plus visités aujourd’hui : https://www.jrailpass.com/blog/fr/chateaux-au-japon

Himeji-jo : https://whc.unesco.org/fr/list/661

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