Chronique de l’histoire du cosplay #3- Interview de Cosplay Nunki

Le début de la chronique nous amené aux origines du cosplay : le Japon puis nous nous sommes dirigés vers les États-Unis pour finir en Europe et plus particulièrement en France. Nous poursuivons notre périple avec cette fois-ci, un témoignage authentique d’une talentueuse cosplayeuse Vendéenne : Nunki !

Plongez avec nous dans son univers haut en couleurs où se mêlent le jeu vidéo, le craft et la couture…

© Cosplay d’Ingrid de Fire Emblem Three Houses par Nunki

Son cheminement et ses inspirations

Journal du Japon : Bonjour Nunki, et merci pour ton temps. Peux-tu te présenter ? Quelles sont les origines de ton pseudo ?

Nunki : Honnêtement, mon pseudo n’a pas une signification incroyable… il ne faut pas trop s’attarder dessus ! Quand j’ai créé mon compte Instagram, je ne savais absolument pas quoi choisir. Trouver un nom, ce n’est vraiment pas mon talent caché.

À l’époque, j’ai choisi “Nunki” parce que c’est le nom d’une étoile de la constellation du Sagittaire… et je suis Sagittaire. Voilà toute l’histoire ! Ça sonnait doux, et surtout, ça ne faisait pas trop “100 % Japon”.

Je voulais éviter un pseudo trop marqué Manga. Désolée si ça paraît un peu dur, dit comme ça, mais au lycée et pendant mes études supérieures, aimer les mangas, les animes et la culture japonaise, ce n’était pas vraiment bien vu. Aujourd’hui, c’est devenu tendance et c’est génial ! Mais à l’époque, j’avais peut-être inconsciemment envie de rester plus discrète, même dans le cosplay.

Comment as-tu découvert le cosplay ? Il y a t-il eu un déclic ?

Quant à ma découverte du cosplay, je ne me souviens plus exactement du moment précis. Probablement grâce aux mangas et aux blogs sur le Japon que je lisais beaucoup à l’époque. Au départ, je ne m’y intéressais pas spécialement. C’est une amie qui voulait tenter l’expérience pour sa première Japan Expo et qui ne voulait pas y aller seule. Je l’ai accompagnée… et sans le savoir, je venais de mettre le pied dans une passion qui allait grandir doucement, mais sûrement.

Cela fait maintenant plusieurs années que tu fais cela et tu as un univers bien défini, celui du jeu vidéo. Comment choisis-tu tes personnages ? Par rapport à un coup de cœur, une personnalité, un défi technique ?

Jean- Genshin Impact - Cosplay Nunki - Steeve Li Photo
© Jean – Genshin Impact par Nunki – Steeve Li Photo

Mon tout premier cosplay a été Sumia de Fire Emblem Awakening. Je l’ai porté pour la première fois en 2017, à Paris Manga. J’ai toujours adoré la série Fire Emblem depuis le premier opus sorti en France sur GBA. Commencer avec un personnage de cet univers, c’était une évidence ! Et une déclaration d’amour à une licence qui m’accompagne depuis longtemps.

Choisir un personnage, en revanche, ce n’est jamais anodin. On se pose énormément de questions avant même de commencer :
Est-ce que je suis techniquement capable de le réaliser ?
Est-ce que j’ai le budget nécessaire ?
Est-ce que j’aurai le temps de le terminer avant la convention prévue ?

Ces questions sont importantes, surtout quand on travaille avec une deadline en tête.

Mais au-delà de tout ça, le critère principal reste le coup de cœur. Il faut aimer profondément le personnage. Parce qu’un cosplay ne se fait pas en un week-end : cela peut prendre des mois, parfois même un an selon l’ambition du projet. Et dans ces moments où c’est long, compliqué ou fatigant, la passion est ce qui nous empêche d’abandonner.

Dans tes réalisations, tu es amenée à faire appel à certains nombres de compétences comme la couture ou encore la réalisation d’armures. Quelles sont tes techniques préférées ?

Le nombre de techniques utilisées en cosplay est immense et c’est ce qui rend cette activité passionnante.

La couture fait partie de mes techniques préférées… quand tout se passe bien ! Parce qu’elle peut aussi être une vraie épreuve pour les nerfs. À mes débuts, simplement réussir à régler correctement la tension de la canette me semblait insurmontable. Mais avec le temps, on apprend ( parfois à la dure ) et on finit par apprivoiser sa machine.

Le craft, c’est un autre univers. Créer des armures, des accessoires pour son personnage… j’aime beaucoup cet aspect là. En revanche, j’ai plus de mal avec les odeurs chimiques (colle néoprène, vernis, etc.). Même avec un masque, travailler plusieurs heures peut vite devenir fatiguant. C’est d’ailleurs ce qui me freine parfois à me lancer dans des projets “full armor”.

La couture, surtout à la main, a un côté beaucoup plus apaisant pour moi. Je peux m’installer confortablement, avec Netflix en fond et un cappuccino à côté… et là, c’est vraiment mon petit moment à moi.

Dans le craft, ce que je préfère par-dessus tout, c’est le sculptage, notamment avec la foam clay. Il y a quelque chose de très satisfaisant à modeler un détail de ses propres mains et à le voir prendre forme petit à petit. Et il y a aussi la peinture ! Ce moment presque magique où sa pièce de craft prend vie d’un coup. C’est là que l’on commence vraiment à voir le fruit de nos efforts.

Son processus créatif et sa technique

© Cosplay de Kaïné de NieR (Replicant) par Nunki

Partant de cela, quel a été le costume qui t’as demandé le plus de travail jusqu’à présent ?

Pendant longtemps, le costume qui m’a demandé le plus de travail a été Fjorm de Fire Emblem Heroes. C’était un vrai cap dans mon parcours. Je m’y suis énormément investie et j’ai appris énormément en le réalisant, notamment sur la création d’armures. J’avais même intégré des bandes LED pour ajouter des effets lumineux à l’époque, c’était un vrai défi technique pour moi.

Mais aujourd’hui, je pense que le projet le plus ambitieux que j’aie réalisé est Nel de Fire Emblem Engage. Que ce soit en termes d’efforts, de temps ou d’investissement financier, c’est celui qui m’a le plus poussée.

J’ai passé énormément d’heures sur le craft des pièces d’armure, et j’ai aussi cherché une nouvelle approche pour la peinture. J’étais très exigeante avec moi-même, parce que j’avais une vision très précise du rendu final.

Et même après une première séance photo, j’ai repéré des détails que je voudrais retravailler. Un projet cosplay n’est jamais totalement figé, on cherche toujours à l’améliorer.

On parle beaucoup de l’aspect technique mais le cosplay est un loisir qui demande beaucoup d’investissement personnel, aurais-tu des bonnes pratiques à nous partager ?

Pour mener un cosplay à terme, il faut savoir penser sur le long terme. Ce n’est pas un projet créatif que l’on peut boucler en un seul mercredi après-midi !

Le premier conseil que je donnerais est simple : choisissez un personnage que vous adorez. C’est la motivation principale qui vous fera tenir pendant les moments difficiles. Le plaisir de pouvoir enfin porter ce costume est un moteur énorme.

Ensuite, trouvez un rythme qui vous convient. Avec le travail, les études ou d’autres engagements, il n’est pas toujours évident de dégager du temps. Mais pas besoin de trois heures par jour ! Même seulement 15 minutes quotidiennes peuvent faire une énorme différence sur plusieurs semaines. La constance l’emporte toujours sur les efforts ponctuels : il vaut mieux avancer un peu chaque jour que tout donner un week-end et stagner ensuite pendant deux mois.

Enfin, entourez-vous de personnes qui vous soutiennent. Que ce soit des amis cosplayeurs ou simplement des proches qui apprécient votre passion, leur soutien peut faire une vraie différence et vous aider à aller encore plus loin.

En résumé : motivation, constance et soutien, voilà les clés pour transformer une idée de cosplay en un projet abouti.

Ses expériences en salon

Les conventions occupent une place centrale dans l’univers du cosplay. As-tu un moment fort en tête, que ce soit en convention, lors d’un shooting, ou encore une réaction du public face à une prestation…

Ces dernières années, je vais moins souvent en convention. Avec le temps, elles n’ont plus le même attrait qu’au début. Mais les conventions sont souvent l’une des grandes motivations pour les cosplayeurs qui attendent ce moment avec impatience ! Grâce au concours, aux défilés, ou simplement pour montrer au public le fruit de longues heures de travail dans les allées de la convention.

© Cosplay de Nel - Fire Emblem Engage - photo de Steeve Li
© Cosplay de Nel – Fire Emblem Engage par Nunki – Steeve Li Photo

Ce qui rend les conventions si particulières, ce sont ces petits instants magiques. On rencontre des gens que l’on peut faire rêver, parfois sans s’en rendre compte. Voir son cosplay illuminer les yeux d’un enfant, ou même d’un adulte, c’est simple mais incroyablement gratifiant. Après des semaines, voire des mois de travail intense, porter son costume et recevoir ce genre de réactions, c’est un moment où tout l’effort prend sens.

Une expérience qui me restera gravée est celle lors du Paris Fan Festival. J’étais en cosplay d’Emeraldas de Albator / Space Pirate Harlock et j’ai rencontré un couple avec leur petite fille, Stellie. Dans l’univers d’Albator, Stellie est la fille d’Emeraldas… et les voir tous les trois réagir à mon cosplay, c’était vraiment un très joli moment, totalement inattendu et très émouvant ! C’est ce genre de moment qui rend le cosplay si spécial.

Les conventions m’ont apporté bien plus que des photos et des sourires approbateurs : des amis, des projets, et une motivation sans cesse renouvelée pour m’améliorer. Je me souviens encore de ma première Japan Expo : entourée d’incroyables cosplayers partout dans la convention ! Je me suis dit que je voulais moi aussi créer des choses qui émerveillent. C’est une source d’inspiration constante, et un rappel de pourquoi on commence cette aventure en premier lieu.

Sa vision quant à l’évolution du cosplay et des réseaux sociaux

Sciel - Clair Obscur : Expédition 33 - Nunki Cosplay
© Sciel – Clair Obscur : Expédition 33 par Nunki

Des réseaux sociaux aux compétitions et par rapport à ton expérience personnelle, que penses-tu de l’évolution du cosplay ces dernières années ?

C’est un sujet complexe, parce que l’évolution du cosplay a ses côtés lumineux… et ses zones d’ombre.

Les réseaux sociaux sont incroyables pour connecter les cosplayeurs à travers le monde. On peut admirer des créations venant d’Allemagne, des États-Unis, du Japon, ou d’ailleurs, et échanger avec des passionnés que l’on n’aurait jamais rencontrés autrement. Mais ils ont aussi changé la manière de pratiquer : avec TikTok, on voit beaucoup de surconsommation. Certains jeunes cosplayeurs portent un costume une fois, puis passent au suivant, et encore au suivant… Le cosplay devient alors parfois un outil pour obtenir de la visibilité ou de la popularité, plutôt qu’un véritable passe-temps. C’est dommage que la passion puisse se perdre dans ce rythme.

La professionnalisation, en revanche, est très encourageante. Voir que certains peuvent désormais envisager le cosplay comme un vrai métier est une excellente nouvelle. Ce n’est pas une carrière facile, et il faut énormément d’efforts pour se démarquer et réussir. Que cette voie s’ouvre progressivement pour ceux qui le souhaitent est vraiment un point positif.

Quant aux compétitions, elles ont aussi gagné en reconnaissance. Le cosplay se fait mieux connaître et respecter, et on a moins l’impression que les gens nous voient simplement comme “des personnes un peu bizarres”. Voir que cette passion est désormais comprise et mieux appréciée, c’est très gratifiant.

Pour moi, le cosplay reste avant tout un plaisir et un espace d’expression personnelle et artistique, mais il est fascinant de voir combien il a évolué ces dernières années.

Ses conseils

Un conseil à donner à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le cosplay aujourd’hui ?

Mon conseil pour quelqu’un qui veut se lancer dans le cosplay aujourd’hui : n’ayez pas peur et ne vous comparez pas aux cosplayeurs expérimentés. Beaucoup ont bien plus de dix ans d’expérience, et travaillent parfois même en équipe ! Alors ne vous comparez pas ! Le talent des uns ou des autres, ne doit pas vous arrêter.

Choisissez un personnage que vous aimez, documentez-vous sur les techniques, et lancez-vous ! Les premiers essais seront imparfaits, c’est normal. Mais vous continuerez, vous recommencerez, vous vous améliorerez… et surtout, vous prendrez un plaisir immense.
Il ne faut jamais oublier une chose : tout s’apprend en essayant.

Aujourd’hui, le cosplay est devenu beaucoup plus accessible. Les matériaux de craft sont plus faciles à trouver, plus variés, et de meilleure qualité. Que ce soit la mousse EVA, la foam clay ou même l’impression 3D. On a énormément de ressources à disposition.

Et surtout, il y a une vraie communauté. Grâce aux tutoriels sur YouTube, Instagram ou TikTok, et aux créateurs expérimentés qui partagent leur savoir, on peut apprendre en permanence. Que l’on débute ou que l’on ait déjà plusieurs années d’expérience, on peut toujours progresser.

Le cosplay, finalement, c’est un mélange de passion, de patience et d’apprentissage continu.
Et le plus important, c’est de créer pour soi, et de s’amuser tout au long du chemin !

Fjorm - Fire Emblem Heroes - Cosplay Nunki
© Fjorm – Fire Emblem Heroes – Cosplay Nunki

Au delà du cosplay, on serait ravi d’entendre parler de tes futurs projets

Merci, c’est très gentil !

Côté cosplay, je prévois de participer à l’Angers Geekfest. Vous m’avez donné envie d’y retourner en parlant des conventions, et je suis impatiente de retrouver cette ambiance !

En ce moment, je me lance dans un nouveau défi : je viens d’acheter une imprimante 3D, et il va falloir que j’apprenne à utiliser Blender pour commencer la modélisation. J’ai hâte de découvrir cette nouvelle technique, tout en continuant à travailler la mousse EVA et les autres techniques que j’aime déjà bien sûr !

Je m’essaie également à la photographie. Passer derrière la caméra, voir l’univers du cosplay d’un autre angle, est extrêmement enrichissant. Je débute encore, et il me reste beaucoup de termes et de techniques à maîtriser, mais j’adore cet apprentissage.

Et hors cosplay, le printemps arrive ! Mon jardin réclame mon attention, et je me prépare à beaucoup de travail manuel pour dompter la nature qui reprend ses droits. Entre nouvelles techniques, expériences créatives et retour aux sources avec le jardin, l’année s’annonce pleine de projets et de découvertes !

Tout un programme, merci !

Pour suivre Nunki et découvrir plus amplement son univers rendez-vous sur ses comptes Instagram et TikTok.

Découvrez prochainement notre prochain épisode : l’évolution des techniques utilisées dans le cosplay. Pour patientez, retrouvez nos précédents épisodes de l’histoire du cosplay : l’épisode 1 du Japon aux États-Unis puis l’épisode 2 en Europe.

Un grand merci à Nunki pour son temps et sa gentillesse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi...