Paris Manga by TGS : la renaissance, au parc des expositions ?

On ne va pas se mentir : on y allait avec une certaine appréhension, presque prêts à acter le flop définitif après des années de galère. Paris Manga, c’était ce rendez-vous qu’on adorait détester : un passage obligé pour la communauté, mais qui finissait trop souvent en simulateur de boîte de sardines dans un hall surchauffé. On se souvient tous de la frustration d’avoir payé son passe pour finir compressé entre deux stands de contrefaçons. Mais cette année, le rachat par l’écurie TGS promettait un vrai glow-up structurel. On a donc chargé les batteries, enfilé nos meilleures sneakers, et foncé au hall 7 de Villepinte les 14 et 15 mars. Entre nostalgie des millenials, cosplay de haut niveau et immersion pop culture : plongée sans filtre dans le nouveau Paris Manga qui tente, enfin, de redevenir une tête d’affiche crédible.

Paris Manga by TGS 2026
© Afterdepth / Alexandre Fumeron
©Afterdepth / Alexandre Fumeron pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Retour en terre connue : l’ombre du passé

Parc des Exposition - Paris Manga by TGS 2026
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Le passif d’une convention, c’est une réputation qui vous colle à la peau. Pendant des années, Paris Manga a traîné cette image de foire à tout, où l’on payait son entrée pour avoir le privilège d’acheter à prix d’or des produits disponibles en trois clics sur internet. On errait dans des allées beaucoup trop étroites, portés par une foule compacte, avec cette sensation désagréable d’être une simple variable d’ajustement dans un business plan bien huilé.

C’est donc avec une méfiance de vieux baroudeurs qu’on a passé les portiques de Villepinte. Mais dès l’entrée, le changement de décor est radical. En s’exilant au parc des expositions, le festival s’offre enfin le luxe de l’espace. On respire. C’est fluide, c’est propre, et pour l’expérience visiteur, c’est un vrai game changer. On ne se bat plus pour chaque centimètre carré, on déambule sans se faire bousculer par un accessoire de cosplay en mousse expansée toutes les deux minutes. Le stress s’évapore, laissant place à une curiosité retrouvée. On a enfin la sensation que le fond a suivi la forme.

Le grand écart des générations : du Mandalorien aux héros d’enfance

Le cœur de Paris Manga, c’est cette capacité à mélanger les genres avec une désinvolture totale. Côté Sci-Fi, l’affiche envoie du lourd. On croise Jason Isaacs (l’éternel Lucius Malefoy) dont le charisme impose toujours un respect immédiat. Un peu plus loin, Craig Parker nous ramène instantanément en Terre du Milieu, tandis qu’Emily Swallow (l’armurière du Mandalorien) assure la connexion avec la nouvelle hype Star Wars. C’est un casting solide, international, qui redonne au salon une envergure qu’il avait tendance à perdre.

Emily Swallow - Paris Manga by TGS 2026
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En revanche, si l’on dévie vers le pôle des comédiens de doublage français, le sentiment est plus nuancé. On a une brochette de voix légendaires qui ont bercé les mercredis après-midi de toute une génération. C’est touchant, mais ça manque peut-être d’un peu de fraîcheur pour les 15-25 ans. On aurait aimé voir un équilibre plus marqué avec les voix des anime qui dominent les plateformes de streaming actuellement. Heureusement, voir ces artistes performer en live, donner de la voix derrière un micro pour expliquer leur métier, reste un moment de pure authenticité, un vrai rempart face à la montée en puissance de l’IA dans la création.

Doublage Titanic - Paris Manga by TGS 2026
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L’arène du cosplay : l’art du slay et de la transmission


Le spectacle est partout, mais il est surtout dans les allées. Le cosplay est ici chez lui, et on sent une vraie volonté de l’organisation de mettre ses créateurs en avant. Fini les défilés planqués au fond d’un couloir sombre. Cette année, une scène dédiée permet à chacun de venir flexer avec son armure ou sa perruque travaillée pendant des mois. Pour un photographe, c’est le moment waouh : capter le détail d’une couture, la brillance d’un accessoire, et surtout le sourire de celui ou celle qui incarne son héros à 200 %.

Cosplay Link - Paris Manga by TGS 2026
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On apprécie beaucoup les ateliers « kraft ». Parce que c’est ça l’esprit de la communauté : le partage. Apprendre à un gamin comment fabriquer un brassard en mousse, lui montrer que la pop culture, ce n’est pas que de la consommation : c’est aussi de la fabrication et du bidouillage. On sort enfin du schéma « j’achète, je repars » pour entrer dans une dynamique de passion partagée.

Le choc des cultures : du shôgi au village Star Wars

Shogi - Paris Manga by TGS 2026
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En perdant son côté supermarché, Paris Manga regagne des points sur la culture, la vraie. On se surprend à traîner devant des démonstrations de calligraphie, à observer le silence concentré des joueurs de shôgi ou à se laisser tenter par un massage shiatsu pour soigner nos jambes fatiguées.

Côté gaming, si Nintendo assure une promo très carrée, le vrai coup de cœur vient de l’association MO5. Leurs vieilles consoles branchées sur des écrans cathodiques ou des rétroprojecteurs, c’est la machine à remonter le temps ultime. Voir un père expliquer à son fils comment manier une manette de Super NES, c’est le genre de scène wholesome qui justifie le prix du billet.

Retro Gaming- MO5 - Paris Manga by TGS 2026
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Les expositions ne sont pas en reste. Le village Star Wars impose le respect, tout comme les zones Ghostbusters ou Harry Potter. On ne fait même pas la queue pour avoir sa photo souvenir tant attendue, immergé dans son décor préféré. On craque aussi pour une expo de figurines customisées. Là, on touche au niveau god tier de l’artisanat. Discuter avec les créateurs, comprendre le processus de réalisation, c’est une facette de la passion qu’on ne voit pas assez souvent dans les grands salons.

Village Star Wars - Paris Manga by TGS 2026
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©Afterdepth / Alexandre Fumeron pour Journal du Japon – Tous droits réservés

La zone grise : entre TCG et red flags marchands

Sans surprise, le côté boutique est toujours là, mais le ratio a changé. On note une baisse de régime des stands de « tout-venant » sans âme au profit d’un espace créateurs plus dense. Cela permet d’y dénicher des pépites, des auteurs de mangas français qui charbonnent pour exister et qui proposent des planches d’une qualité folle. Ce sera même l’occasion de repart avec un tome dédicacé, fiers de soutenir le talent local plutôt qu’une énième boîte mystère décevante.

Classeur Pokemon - Paris Manga by TGS 2026
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Par contre, le rayon TCG (cartes à collectionner) nous laisse un peu sur notre faim. Si vous cherchez du Pokémon, c’est l’eldorado, limite l’overdose. On attendait de pied ferme la déferlante One Piece Card Game, vu l’explosion du jeu ces derniers mois, mais le pirate au chapeau de paille est étonnamment discret. Dommage pour les collectionneurs, même si l’ambiance des tables de jeu, où les duels s’enchaînent dans une concentration quasi religieuse, rattrape le coup.

Le mur du réel : le manque d’immersion visuelle

S’il y a un point où le festival doit encore step up, c’est sur l’immersion. On est dans un hall d’exposition, et ça se sent. Mis à part quelques éléments de déco à l’entrée et les efforts héroïques des exposants pour thématiser leurs stands, l’ensemble manque cruellement de liant visuel. On navigue entre des murs gris et des structures métalliques froides. Un tori par-ci, un gonflable par-là, mais on cherche encore l’univers global qui nous ferait oublier le quotidien.

C’est le syndrome du hangar : c’est fonctionnel, mais ça manque de magie. On aimerait que les allées racontent une histoire, qu’on sente une vraie transition visuelle entre les zones. Aujourd’hui, ce sont les cosplayers qui font tout le job de décoration. Les organisateurs auraient tout intérêt à investir dans la scénographie pour que l’expérience ne soit pas seulement « propre », mais véritablement dépaysante. On regrette aussi l’absence des grands éditeurs de mangas et de comics, ce petit vide qui empêche le salon d’être totalement incontournable au niveau de l’actualité.

Salon - Paris Manga by TGS 2026
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Verdict : on valide cette nouvelle monture ?

Alors, au final, est-ce que ça valait le coup de se déplacer ? La réponse est un « oui » franc. Paris Manga by TGS a réussi son pari le plus difficile : le virage de la qualité logistique. On a passé deux jours loin du chaos étouffant des années précédentes. On a pu discuter, flâner, admirer des créations et repartir avec des images plein les yeux sans finir avec une migraine carabinée.

Cosplay Demon Slayer - Paris Manga by TGS 2026
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©Afterdepth / Alexandre Fumeron pour Journal du Japon – Tous droits réservés

C’est une version plus humaine, plus chill de la grosse convention parisienne. Il reste encore du chemin pour transformer ces hangars en temples du rêve, mais l’équipe est sur la bonne voie. On sent que les critiques ont été entendues. Paris Manga ne cherche plus à être le plus gros pour le plaisir des chiffres : il vise à redevenir un événement de qualité où l’on prend le temps de vivre sa passion, et honnêtement, ça nous a réconciliés avec le rendez-vous.


Crédit photo : ©Afterdepth / Alexandre Fumeron pour Journal du Japon – Tous droits réservés


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