[Interview] De Sailor Moon à Utena : à la découverte de Kunihiko Ikuhara

À l’occasion de la 24e édition de Paris Manga Porte de Versailles, nous avons pu interviewer un animateur japonais connu notamment pour avoir contribué aux saisons R et S du premier anime Sailor Moon au sein du studio d’animation Toei, puis pour avoir, au sein d’un autre studio, réalisé le légendaire Revolutionary Girl Utena : Kunihiko IKUHARA. Mais il est aussi plus que ça : Nodame CantabileMawaru-Penguindrum ainsi que, plus récemment, Yuri Kuma Arashi sont aussi à mettre à son CV

Découverte de sa carrière et rencontre rapide avec l’intéressé…

Interview Ikuhara

 

Kunihiko IKUHARA : une carrière éclectique ?

Né en décembre 1964, à Komatsushima dans le Shikoku, Kunihiko IKUHARA, aussi appelé Ikuni, fait des études de graphiste / designer au Komatsu City College, avant de faire ses débuts en rentrant à la Toei Douga à l’âge de 22 ans. Il y commence sa carrière aux côtés de Junichi SATO, réalisateur qu’on ne présente plus (Sailor Moon, Aria, Amanchu, Doremi, Pretear…) mais qui à l’époque n’était que de 4 ans son aîné.

Sailor Moon R

Sailor Moon R

Ils travaillent alors ensemble sur les premières séries de IKUHARA, Maple Town Monogatari, Akuma-Kun ainsi que Sailor Moon. Après le départ de SATO, il récupère la réalisation de Sailor Moon Sjuste après le début de l’arc Dark Moon et réalise également toute la saison Sailor Moon R, soit de l’épisode 60 à 166 tout de même, ainsi que le film du même nom. 

Dix ans après son arrivée, il quitte ensuite Toei, où il se sent trop bridé, pour monter et superviser son propre groupe de créateur, Be-PaPas, avec la mangaka shôjo Chiho SAITO, l’animateur Hasegawa SHINYA (responsable de l’animation sur Neon Genesis Evangelion), l’écrivain Yōji ENOKIDO et le producteur Okuro YUUICHIRO. À peine un an plus tard, il remporte le « Best Television Series Award » et le « Kobe Award » à Animation Kobe ‘97 pour Revolutionary Girl Utena.

La série marquera les esprits pour de nombreuses raisons, notamment pour ses musiques, qui doivent beaucoup au compositeur J. A. Seazer, qui s’est fait connaître dans les mouvements étudiants nippon des années 60. Avec ses thématiques sur la révolution et un monde à changer, IKUHARA voyait en lui un artisan parfait pour Utena. Fort de ses prix, la série sera suivie d’un film en 1999 et d’autres productions diverses comme un jeu vidéo sur Sega Saturn. Néanmoins, après la sortie du film, le groupe Be-Papas se sépare…

Utena

Cela n’empêchera pas pour autant IKUHARA de continuer de travailler, sans pour autant retourner dans les studios de la Toei. Comme il l’expliquait en 2001 à nos confrères d’Anime News Network : « Ils (la Toei, NDLR) me demandent toujours de participer à de nouveaux projets et je persiste à refuser. Je suis toujours en bons termes avec le producteur de Sailor Moon néanmoins : nous restons en contact et à chaque nouveau projet il me fait des propositions de travail mais, pour diverses raisons, je refuse toujours. »

Il entamera tout de même de nouvelles collaborations hors de la Toiei : avec Chiho SAITO sur le manga The World of S&M avec Mamoru NAGANO (un designer et mecha designer de la série des Gundam ou de jeux Tekken) sur la nouvelle Schell Bullet. Mais pour ce qui est de la japanimation, il faudra attendre et IKUHARA se fait très rare, vivant d’ailleurs aux États-Unis à partir de 2001. C’est donc avec plaisir que ses fans le retrouve pour l’opening de Nodame Cantabile, dont il signe le storyboard et la réalisation en 2007 puis Aoi Hana en 2009, avant de revenir au poste de réalisateur, encore deux ans plus tard, pour Mawaru Penguindrum, en juillet 2011.

Depuis on le retrouve régulièrement sur quelques projets : le manga Nokemono to Hanayome, illustré par Asumiko NAKAMURA, ou à la réalisation sur Yurikuma Arashi, une série de 13 épisodes diffusée au Japon début 2015.

Yurikuma Arashi

 

Kunihiko IKUHARA : « J’en ai fini avec Sailor Moon. »

À l’occasion de Paris Manga nous avons pu rencontrer brièvement le réalisateur, avec comme objectif d’évoquer avec lui ses travaux autour des shôjos, de Sailor Moon à Utena. On a presque réussi…

Journal du Japon : Comment avez-vous débuté dans le milieu de l’animation ? Quels ont été vos mentors et modèles ?

Ikuni

Kunihiko IKUHARA : Par hasard. Au début, j’ai passé des entretiens pour Toei. Mon mentor est Junichi SATO, qui est la première personne avec qui j’ai travaillé, donc c’est un peu lui qui m’a mis sur les rails. Je ne rêve pas de ressembler à quelqu’un donc je n’ai pas vraiment de modèle

Est-ce facile d’entrer dans ce milieu ? Comment y parvient-on ?

Il est assez difficile de rentrer dans ce milieu. Pour entrer chez Toei, j’ai passé un examen d’entrée. Cela faisait 5 ans qu’il n’y avait pas eu de sélection à l’entrée. Les épreuves étaient difficiles et je crois que j’ai eu de la chance donc il n’y a pas de quoi se vanter. La méthode de recrutement change selon les entreprises et les périodes. Pour vous donner un exemple, quand MIYAZAKI a quitté l’entreprise, il n’y a pas eu de sélection à l’entrée pendant 10 ans. Cet examen est une manière de trier les gens quand il y a trop de candidatures.

Comment en êtes-vous arrivé à la réalisation des saisons R et S de Sailor Moon ?

Au début, je faisais partie du staff pour ce projet et Junichi SATO était le réalisateur. J’ai repris le projet car personne d’autre ne voulait le faire.

Tandis que les types de shônen, comme le shônen sportif, se réinventent pour attirer un public féminin (Yuri On Ice par exemple), comment le shôjo et le genre magical girl peuvent-ils attirer un public masculin ?

Je n’y ai jamais vraiment pensé, je ne sais pas.

Vous avez quitté Toei pour fonder le collectif Be-Papas et réaliser Utena, qui fut très novateur à l’époque. Ce shôjo était-il « formaté », est-ce qu’il y avait des codes qu’on devait suivre à l’époque dans des grands studios comme Toei ou est-ce qu’on pouvait faire un peu ce qu’on voulait, et cela a-t-il évolué depuis ? Cela a-t-il été dur de quitter Toei pour fonder un nouveau studio ?

Dans tous les cas c’était la galère, c’est la seule chose que vous devez retenir. Ce qui est sûr c’est que ce n’était pas facile. Quand même, je crois qu’on a une certaine liberté aujourd’hui. Ne vous inquiétez pas, ça me taraude toujours.

Est-ce que vous pensez que la 3D (par exemple, Miraculous Ladybug) apporte quelque chose aux shojos et aux magical girl ?

Si la 3D peut apporter une certaine profondeur à la création artistique, c’est sans doute à partir de maintenant que ça se jouera. Pour l’instant, je n’ai pas vu grand-chose de spectaculaire. Après si c’est pour parler plus précisément des shôjos, mangas plutôt pour les filles, il y a quand même beaucoup beaucoup de changements.

Kunihiko Ikuhara illustré par Asumiko NakamuraBeaucoup de changement, c’est-à-dire ?

Pour ce qui est des shôjos mangas, à l’époque, on disait que c’était juste des histoires d’amour et que les autres thèmes étaient totalement bannis, proscrits. Maintenant vous voyez, il y a des shôjos avec seulement des personnages masculins, ce qui démontre une grande liberté. Et même pour les shônens, on voit que parfois les filles peuvent devenir des personnages principaux. Donc oui, franchement, on ne manque pas de marge de manœuvre.

Est-ce que vous avez voulu participer à la réalisation de la nouvelle adaptation de Sailor Moon, Sailor Moon Crystal ?

Non.

Vous avez donc fini avec Sailor Moon, ça ne vous intéressait plus ?

J’en ai fini avec Sailor Moon.

Dans quels types d’animes vous comptez vous orienter maintenant ? Du shônen ?

Ah là, je ne pourrais pas vous en dire plus.

C’est une surprise ?

(Hochement de tête, sourire)

C’est donc sur une réponse énigmatique, dont il a le secret, que nous laissons monsieur IKUHARA. Vous pouvez en apprendre plus sur son site web Ikuni.net ou le suivre sur Twitter ou Instagram.

Remerciements à Kunihiko IKUHARA pour le temps qu’il nous a consacré ainsi qu’à son traducteur. Merci à Paris Manga pour la mise en place de cette interview.

Roxane

Geekette, gameuse et otaku, j'aimerais partir au Japon et je m'intéresse aux jeux-vidéos, aux mangas et à la culture japonaise.

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