Interview Aurore : de Kookaburra Universe à Elinor Jones, changement d’univers
Nous avons rencontré la dessinatrice Aurore à l’occasion du Festival de la BD d’Angoulême afin qu’elle nous parle de ses dernières réalisations et de son nouveau projet : Elinor Jones.

Il faudra attendre la prochaine édition du Festival de la BD d’Angoulême en 2010 pour découvrir la nouvelle série de la dessinatrice Aurore : Elinor Jones, dont le scénario est signé Algésiras. En attendant, on peut prendre connaissance du travail de l’auteure des affiches Japan Expo sur les albums Pixie ou Kookaburra Universe #10.
Biographie : Aurore commence par publier des BD et des illustrations pour le fanzine My City avant d’apporter sa contribution au monde du dessin animé. Elle se consacre désormais exclusivement à la bande dessinée avec Altor, Pixie ou encore Kookaburra Universe #10. Elinor Jones, réalisé en collaboration avec Algésiras pour le scénario sortira chez Soleil début 2010. On pourra suivre l’avancée du projet sur le blog de la dessinatrice : Le Chat Noir.
Journal du Japon : Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours professionnel ?
Aurore : Après des études en biologie appliquée, j’ai travaillé pendant deux ans dans le dessin animé. Pixie, un projet de bande dessinée que j’ai réalisé avec Mathieu Mariolle a ensuite été signé chez Delcourt. Depuis je ne fais que de la BD. Kookaburra Universe #10 est sorti en novembre 2008 chez Soleil et j’ai démarré une nouvelle série en trois tomes avec Algésiras au scénario qui sortira en 2010.

Peux-tu nous en dire plus sur ce nouveau projet et nous parler de tes prochaines collaborations ?
Aurore : Elinor Jones sortira à l’occasion de la prochaine édition du Festival d’Angoulême en 2010. Le cadre de cette nouvelle BD se situe au cœur d’un atelier de couture dans l’Angleterre du 19e siècle. Elle n’a pas de but historique, on a choisi ce décor surtout pour son ambiance. J’ai déjà réalisé douze pages mais il faudra attendre l’année prochaine pour le découvrir !
J’ai également réalisé une histoire courte de six pages avec Audrey Alwett pour le collectif Sweety Sorcellerie qui sortira en septembre 2009 dans la collection Blackberry-Strawberry aux éditions Soleil. C’est un album qui réunit une série d’histoires sur des petites sorcières dans un monde très coloré, avec de la magie. À l’origine, cette histoire n’était cependant pas destinée à être éditée, c’était surtout pour se faire plaisir.
Tu signes aussi les affiches de Japan Expo…
Aurore : En effet, j’ai réalisé huit affiches à ce jour pour Japan Expo, Chibi Japan Expo et plus récemment Chibi Japan Expo Sud. Je serais d’ailleurs en dédicace à Japan Expo en juillet prochain pour signer l’album Kookaburra Universe #10.
Tu touches vraiment à tout type d’univers, tu n’as pas envie de te poser sur un thème précis et sur la durée ?
Aurore : Ce qui est intéressant est de pouvoir changer d’univers, de style et de personnage. J’ai touché à la fantasy avec Pixie, une série en quatre tomes et à la science-fiction avec le one shot Kookaburra Universe #10. J’enchaîne sur Elinor Jones avec 3 tomes dans un monde tout à fait différent de ce que j’ai pu faire précédemment, ça me permet de varier les plaisirs. Cela dit, trois-quatre tomes c’est déjà pas mal, ça laisse le temps de bien développer l’histoire et dans le cas d’un coup de cœur, on peut toujours avoir envie d’approfondir.

Peux-tu nous faire une description de Kookaburra Universe #10 ?
Aurore : Le projet Kookaburra est un space opera, une BD de sciences-fiction. Chaque planète est un environnement particulier, avec différents peuples, des quêtes, des élus qui dépendent tous de la série mère. L’univers de Kookaburra a été créé par Crisse qui l’a confié par la suite à Nicolas Mitric. La série Kookaburra Universe est un spin off de cette série et paraît sous forme de plusieurs one shot. Ils permettent de détailler un personnage ou une caste comme les prêtresses d’Isis. On y retrouve Azrael, une des figures machiavélique dessinée par Crisse dès les premiers tomes de la série mère.
Comment as-tu été amenée à travailler sur cette série ?
Aurore : Nicolas Mitric m’a envoyé un mail de 50 pages ! (Rires) Il m’a contacté pour me dire qu’il supervisait la série. Il voulait faire un one shot sur les prêtresses d’Isis, il m’a dit avoir pensé à moi pour dessiner les plus belles femme de l’univers ! Ensuite, on a pu voir comment on allait adapter le dessin, quelles étaient les libertés et les contraintes et le reste est venu naturellement.

Il t’a choisie pour ton style graphique…
Aurore : En effet, il m’a choisie par rapport à ce qu’il avait vu de mon travail. Il a eu le coup de cœur pour un ex-libris de Pixie, qui présentait Nessa, un des personnages de la série. (Illustration que vous pouvez retrouver sur sa page devianart, ndlr) Ça fait partie de sa démarche. Il va chercher le dessinateur qui correspond le mieux à l’histoire, au trait, au style et à l’ambiance de l’univers qu’il veut développer. Le monde des prêtresses d’Isis est un univers très féminin avec des parfums, des envoûtements, des jolies femmes, c’est sûrement pour ça qu’il a pensé à moi.
Comment as-tu vécu la sortie de ce one shot ?
Aurore : Comme à chaque fois ! Je ne suis jamais prête à rendre mes pages. Il y a toujours des éléments à retoucher, c’est très difficile de s’en séparer. Une fois qu’elles sont livrées, il n’y a plus rien à faire, l’album va sortir…
Comment s’est déroulée la réalisation de cet album d’un point de vue technique ?
Aurore : Mathieu Mariolle, avec qui j’avais déjà travaillé sur la série Pixie, m’a livré le scénario du tome complet. L’évolution des personnages était déjà définie jusqu’à la fin avec la révélation sur Azrael… Je travaille par petites séquences. Je fais la mise en page et le crayonné par lot de 5 pages puis je fais l’encrage et la couleur page par page.

Comment s’est passé ta collaboration avec Nicolas Mitric et Mathieu Mariolle ?
Aurore : Très bien ! Nicolas m’a d’abord fait peur en me disant qu’il était un vrai tyran, qu’il me ferait refaire les pages, mais ça n’a pas du tout été le cas ! (Rires) Nicolas Mitric supervise la réalisation de la série Kookaburra, il s’occupe du suivi éditorial. J’envoyais donc le crayonné à Mathieu et Nicolas.
« C’est la première fois que je travaillais sur un one shot, c’est agréable de tester un univers sur un seul tome. »
Qu’as-tu retenu de cette expérience ?
Aurore : C’est la première fois que je travaillais sur un one shot, c’est agréable de tester un univers sur un seul tome, d’autant plus que celui de Kookaburra est très développé.
Dans mon cas l’histoire se déroule au temple des prêtresses d’Isis, c’est un peu un huis-clos psychologique mais ça reste très enrichissant de pouvoir faire une excursion dans un monde qui ne nous appartient pas. On peut s’amuser avec comme avec des jouets puis on les rend au propriétaire, ça passe de mains en mains.
Que retiens-tu plus généralement de tes expériences passées ?
Aurore : La BD est très longue à réaliser, surtout la couleur (Rires) ! J’ai appris à bien gérer mon travail, à le planifier. Je sais combien de temps il me faut pour réaliser chaque tâche, ce qui me permet d’approfondir d’autres aspects de la BD. Au début je passais plus de temps sur le dessin, maintenant je fais plus attention à la narration, j’essaie de simplifier la couleur. J’ai un planning assez chargé et j’avance tout en faisant des expérimentations. Ce sont des évolutions plutôt discrètes mais ça me conforte dans l’idée que je veux continuer à faire de la BD.
Comment définirais-tu ton style graphique ?
Aurore : Mon style est un mélange du manga au niveau du trait, et de la BD européenne au niveau de la mise en page. Pour ce qui est de la couleur, je suis très admirative du travail de Barbara Canepa. Je trouve aussi l’inspiration dans les films, les dessins animés, les jeux vidéos… J’ai parfois quelques retours de la part des américains et des japonais qui pensent que mon style est marqué par une french touch. Je ne sais pas exactement à quoi ils font référence, peut-être que ça vient de la couleur…
Tu préfères dessiner des personnages masculins ou féminins ?
Aurore : Je n’ai pas de préférences, ça dépend vraiment des personnages. Il y a quelques années, j’aurais pu dire que je préférais dessiner les personnages féminins plutôt que les décors, aujourd’hui, plus je dessine et plus j’ai de plaisir à tout dessiner.

Quelles sont tes principales influences ?
Aurore : Plus jeune, j’ai eu l’occasion de lire beaucoup de romans. L’envie de dessiner est venue des dessins animés qui passaient au Club Dorothée. Plus tard j’ai découvert le manga papier noir et blanc et la bande dessinée franco-belge adulte avec Loisel, Vatine, Marini, Yslaire. La sortie de Akira en France a été une révélation mais le Dieu du manga reste Adashi, pour le côté narratif. Je suis également fan des graphismes de jeux vidéos comme Final Fantasy.
Quels sont les retours du public par rapport à ton travail ?
Aurore : Les lecteurs qui prennent la peine de venir me voir en dédicace adhèrent déjà à la BD. En général, on ne fait pas la queue pendant 3 heures pour un auteur qu’on n’apprécie pas (Rires) ! Le retour est donc positif mais forcément un peu biaisé.
Comment ça se passe avec les fans pendant les séances de dédicaces ?
Aurore : Ils sont très gentils ! Il m’offrent des macarons… c’est aussi parce que je leur demande (Rires) !
Pour aller plus loin :
http://auroreblackcat.blogspot.com (blog)
http://auroreblackcat.deviantart.com (devianart)
http://blackberry-strawberry.blogspot.com (site de la collection blackberry-strawberry)
Remerciements : Aurore et les éditions Soleil

Je voudrais bien la rencontrer aussi!