Dolis de Maki Kusumoto : entre malaise et fascination

du manga Dolis © Photo Céline Maxant
Maki Kusumoto, l’auteure du one shot Dolis sorti chez Kana, était en dédicace à la librairie Le Monte en L’air à Paris le 26 mars 2010.
En ce vendredi 26 mars, alors que le salon du livre de Paris bat son plein, quelques planches originales réalisées par Maki Kusumoto, mangaka et illustratrice qui a fait ses débuts dans la revue Margaret de SHUEISHA, ornent les murs de la librairie Le Monte en L’air située dans le 20e arrondissement à Paris. Certaines sont extraites de sa bande dessinée Dolis (Die Tödliche Dolis en VO, qui veut dire « la mortelle Dolis »), parue en 1998 au Japon, un drame psychologique percutant où l’on suit le parcours de Mitsu, jeune femme sinistre qui se mutile et qui entraîne Kishi, obsédé par sa beauté et sous son emprise, dans sa chute.

Dans cette œuvre, publiée chez nous par les éditions Kana dans sa collection Made In, Maki Kusumoto expose presque littéralement les tripes de ces deux personnages qui pourraient être n’importe qui. Pas besoin d’avoir suivi des cours de psychologie (ce qui est en l’occurrence le cas de l’auteure) pour les comprendre grâce à des dialogues accessibles (mention spéciale donc pour la traduction), une mise en scène claire et un rythme de lecture fluide et épuré qui facilite l’approche de cette histoire a priori plutôt noire…
Mitsu, ancienne modèle pour un peintre, est une femme fatiguée, ne trouvant du plaisir que dans l’acte de se faire du mal ou d’incarner l’idéal (Dolis) de personnes aussi paumées qu’elle. Ce personnage auto-destructeur est particulièrement réaliste et on en vient à se demander où Maki Kusumoto a tiré son inspiration. Lors de notre rencontre avec la mangaka à la librairie, elle nous apporte un début de réponse : « Il y a une part de moi dans ce personnage mais pas seulement. Mitsu représente toutes les personnes qui sont à bout, qui se sentent à la limite ». Mitsu est une femme aussi malsaine qu’elle est fascinante et son histoire avec Kishi, aussi violente qu’érotique, va être une vraie révélation pour nos deux protagonistes.

Maki Kusumoto joue en plus avec des couleurs pâles très froides qui donnent plus d’impact à l’histoire qu’avec un traditionnel noir et blanc accentuant le vide dans la vie de Mitsu et Kishi. Si l’auteure nous plonge avec une grande maîtrise dans un univers austère, elle va nous rassurer sur son état d’esprit. « Quand j’ai fait Dolis, j’étais dans une phase difficile. Ça a été un exutoire pour sortir de la situation dans laquelle je me trouvais. On ne voit pas autant ce côté sombre dans mes autres œuvres. » Les planches affichées aux murs de la librairie provenaient globalement de son travail sur Dolis. On restait donc dans cette ambiance particulière. « On avait pas assez de temps pour tout préparer. Il fallait faire vite. J’espère que dans d’autres occasions, je pourrais montrer un peu plus de choses. » Ça sera peut-être le cas si son tout dernier manga : Akishiro Tsurigami (couleur qui se rapproche du rouge orangé), publié dans les pages du magazine de prépublication Chorus (SHUEISHA) et qui devrait sortir l’année prochaine au Japon, arrive jusqu’à nous.
Pour aller plus loin :
makikusumoto.jp (site officiel)
Propos recueillis par Cristina Thaïs, article écrit par Céline Maxant

