Epitanime 2010 : Échange entre Noizi Itô et les fans de Haruhi Suzumiya

© Haruhi.fr
Noizi Itô, était à Paris le week-end du 28 au 30 mai pour la 18e édition de la convention Epitanime. Nous devons sa visite à la mobilisation de la Brigade SOS Francophone et aux associations Digicraft et Epitanime. Au programme : dîner à bord d’une péniche avec une poignée de fans, séances de dédicace et séances photos, jeu de « dessiner, c’est gagner » avec Teddy, l’auteur de l’affiche Epitanime 2010, ou encore projection des animes Shakugan no SHANA et La Mélancolie de Haruhi Suzumiya.
« S’il y a un souvenir que je ne peux oublier, c’est celui de Noizi Itô acceptant notre drapeau et se l’enroulant autour d’elle telle une cape, raconte Axel Terizaki, membre de la brigade et gérant du site Haruhi.fr. C’était magique et irréel, car il y a toute une symbolique derrière ça : l’illustratrice s’est entourée de ses fans, au sens propre comme au sens figuré. »
Un merveilleux cadeau. Tout comme cette photo (ci-dessous), qu’elle a prise le lundi matin avant de repartir au Japon. Elle reproduit la pose de Haruhi à la fin de la danse du Hare Hare Yukai sur les inscriptions que les fans avaient tracées au sol au milieu de la cour de l’Epita.
Nous connaissons Noizi Itô surtout pour son travail d’illustratrice et celui de chara-designer sur les light novels et les adaptations animées Shakugan no SHANA et La Mélancolie de Haruhi Suzumiya. Or, l’artiste est à la fois chara-designer pour la société de création de jeux vidéo pour adultes Softpal, illustratrice de light novels (romans illustrés) et auteure de dôjinshi (mangas amateurs) dont fujitsubo-machine. Lors de sa venue exceptionnelle à la convention Epitanime, un échange avec le public de fans et retransmis en direct via Internet pour les fans japonais, a permis d’en savoir plus sur les méthodes de travail de la chara-designer.

Dôjinshi ou chara-design ?
Ce rendez-vous nous a permis d’apprendre que la création du personnage d’Haruhi lui aura pris 5 minutes. C’est plutôt 2-3 jours quand elle n’est pas inspirée. Elle nous explique que son travail de chara-designer sur les romans et mangas et les jeux vidéos n’est pas très différent. Si ce n’est pour le ratio de l’image : portrait pour les premiers et 16/9e pour les seconds. « Sur les jeux vidéo je participe à la création du design donc je peux proposer mes idées. Ce qui n’est pas le cas sur les romans puisque la trame est déjà écrite », explique-t-elle. Dans les deux cas, Noizi Itô prend toujours à cœur de consulter les membres de son équipe.
On découvre également qu’elle ne vit pas tous ses projets de la même façon. Elle confie à propos de son travail de chara-designer se sentir « plus souvent coincée que le contraire » bien que le dessin soit pour elle « une manière d’évacuer le stress ». C’est sûrement parce le travail de chara-designer lui apporte son lot de défis. « Sur mes dôjinshi je dessine surtout des personnages, et je les dessine selon mes envies. Contrairement à mon travail de chara-design où il y a une demande, mais qui me pousse à expérimenter de nouvelles choses », témoigne-t-elle. Shakugan no SHANA est en cela un bon exemple. Son expérience sur cette série de light novels lui a permis de dessiner pour la première fois des créatures plutôt que des personnages féminins. « Je n’étais pas du tout sûre de moi ! »
De la même façon, débarquer dans le monde de l’animation pour l’adaptation animée des séries fut pour elle un « choc culturel ». « Mon travail sur la série La Mélancolie de Haruhi Suzumiya m’a permis de découvrir toute la puissance d’expression dont l’animation regorge. » Aujourd’hui, elle continue d’apprendre et à se tester. Même si elle aime dessiner des personnages féminins, Noizi Itô aspire effectivement à dessiner des « hommes classes », des monstres et surtout des robots, car elle raffole de science-fiction mais se trouve particulièrement « nulle » dans ce domaine. Chose que nous avons effectivement pu constater lors du jeu « dessiner, c’est gagner » !

© Photo Céline Maxant
Ci-dessous le compte rendu complet de la conférence de Noizi Itô, qui aurait dû être une masterclass, mais s’est transformé en simple échange avec le public.
Epitanime : Ne pensez-vous pas que la popularité des séries Shakugan no SHANA et La Mélancolie de Haruhi Suzumiya ne fait pas de l’ombre à votre travail d’illustratrice ?
Noizi Itô : Le succès des animations Shakugan no SHANA et La Mélancolie de Haruhi Suzumiya n’entrave pas mes attentes par rapport à mon travail. Pour moi, le roman/manga reste un média facile à prendre en main, et j’aime toutes mes œuvres, elles ne sont pas en compétition.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de l’illustration ?
J’adore l’animation, c’est en regardant des animes que j’ai eu envie de faire de l’illustration.
Quel est votre avis sur la convention Epitanime ?
La convention Epitanime me plaît beaucoup, tout le monde s’amuse ! Je me suis imprégnée de cette atmosphère de joie.
Au Japon, vous avez plutôt un public féminin, qu’en est-il en France ?
C’est vrai qu’au Japon, ce sont surtout des femmes qui aiment mon travail. En France, je ne sais pas, je me demande… C’est à vous de me le dire ?
(Nous procédons alors à un « lever de main ». La manifestation des fans « hommes » est écrasante et provoque l’hilarité.)
Quelles sont vos impressions sur la France ?
C’est la première fois que je viens en France. Je suis surprise par tout ce qui m’entoure, notamment l’architecture !
Abordez-vous votre travail sur les jeux vidéo de la même façon que sur vos autres œuvres ?
Il n’y a pas de différence dans la préparation et le chara-design, mais la réflexion n’est pas la même. Par exemple pour le dessin de personnage dans un manga, on va plutôt dessiner au format portrait, contrairement à un jeu où ils doivent être adaptés pour un format 16/9e.
Votre travail sur le jeu vidéo est peu connu à l’étranger, aimeriez-vous qu’il le soit plus ?
En tant que créatrice, j’aimerais beaucoup, mais je ne pense pas que ce soit possible, étant donné que se sont des jeux interdits au moins de 18 ans !
Avez-vous des contraintes de travail particulières ?
Sur mes travaux collectifs (light novels, jeux, ndlr), je récupère les opinions car je ne peux pas prendre de décision seule.
Y a-t-il des auteurs français qui vous inspirent dans votre travail ?
C’est la première fois que je viens en France, et je n’ai jamais vu d’œuvres françaises.
Y a-t-il des illustrateurs que vous admirez ?
Il y en a plein, trop pour pouvoir faire une sélection.
Depuis quand dessinez-vous ?
Je dessine depuis l’école primaire, mais c’était des gribouillis. Mais j’ai commencé à faire des illustrations de niveau professionnel au collège.

Combien de temps vous faut-il pour créer un personnage ?
Ça dépend des personnages, sur certains l’inspiration me vient tout de suite et sur d’autres non. Le personnage de Haruhi ne m’a, par exemple, pas pris plus de 5 minutes ! Mais il y a eu des personnages où il m’a bien fallu 2-3 jours de préparation.
Est-ce que ça a été dur pour vous d’apprendre à dessiner ? Avez-vous mis du temps à vous faire connaître ?
Je suis encore loin d’avoir fini d’apprendre. Je m’améliore progressivement depuis mes débuts. Je me suis vraiment fait connaître avec la popularité des adaptations animées de Shakugan no SHANA et La Mélancolie de Haruhi Suzumiya.
Intervention d’un étudiant japonais, actuellement en France.
Nous avons l’impression que vous travaillez sans relâche, est-ce que ça vous arrive de déprimer et si oui, comment faites-vous pour sortir de votre déprime ?
Il m’arrive plus souvent de me sentir dans l’impasse que le contraire. Mais j’ai conscience que je dois rendre un travail et je doit être quelqu’un de professionnel. Si je me trouve dans l’impasse, je prend du recul, je prend sur moi.

Avez-vous déjà envisagé une autre voie ? Avez-vous été plutôt soutenue ou rejetée quand vous avez pris celle-là ?
Au collège je faisais ça pour m’amuser et quand j’ai annoncé que je voulais devenir professionnelle, ma famille m’a mise en garde en me disant qu’il y avait peu d’élus pour beaucoup d’appelés. Mais depuis j’ai fait mes preuves et maintenant tout va bien, je suis entourée de personnes bienveillantes.
« J’adorerais dessiner des monstres et des hommes classes ! »
Vous avez un style plutôt mignon, kawaï, avez-vous envie de vous orienter vers un autre genre graphique ?
Quand je dessine je n’ai pas l’impression de dessiner pour un public en particulier, même si j’ai bien conscience que mon style plaît à une audience spécifique. Je ne me pose pas de question, je dessine ce que j’aime et j’aime tout ce qui est mignon. Mais j’adorerais dessiner des monstres et des hommes classes ! (Rires)
Quelle est la signification du signe zodiacal sur les uniformes de Haruhi ?
C’est un « N » pour « North » en anglais car le lycée vient du nord du Japon.
Avez-vous été amené à donner des conseils et votre avis sur des œuvres ?
Pour les romans, la trame est déjà écrite donc non, sur les jeux vidéo c’est un peu différent, je participe à la création du design, donc je peux donner mon avis.
La prochaine question a été posée par un Japonais qui suivait la conférence via Internet.
Le design des uniformes en France est-il différent de ceux au Japon ?
Hilarité générale. Une réaction qui lui sera vite expliquée par ses accompagnateurs.
L’idée de travailler sur les light novel venait de vous où vous avez été contacté par des éditeurs ?
Dans la majorité des cas, un éditeur passe sur mon site et me contact quand ça lui plaît.
Avez-vous aimez la version animée de Endless Eight ? (L’adaptation de l’arc Endless Eight du roman correspond à la deuxième saison de l’anime, en huit épisodes. Elle a déçu de nombreux fans., ndlr)
Oui.
La rédaction remercie la Brigade SOS Francophone pour nous avoir permis d’utiliser leurs photos, que vous pouvez retrouver sur le portail Haruhi.fr
Pour aller plus loin :
À lire aussi -> Notre compte rendu complet de la visite de Noizi Itô à Epitanime

