DOSSIER A. : À la recherche de l’Atlantide

Le football vous ennuie ? Vous avez besoin d’un peu d’évasion ? Des dessins un peu trop caricaturaux ne vous gênent pas tant que l’histoire est bien écrite ? Découvrez donc de ce pas DOSSIER A., dont le volume 4 sortira le 30 juin prochain chez Delcourt.

Tout commence comme dans un roman ésotérico-thriller dont le public est friand depuis le début de ce millénaire (remember Dan Brown) : une association de riches puissants anonymes dans un bâtiment qui inspire le respect et le mystère ; une révélation : l’Atlantide existe ; des gens qui protègent ce mystère quitte à tuer ; enfin, un anti-héros qui se trouve à des milliers de lieux de là (au Japon, par hasard) à qui on va faire appel et qui va se retrouver impliqué dans cet imbroglio.
Voilà pour un pitch en surface de ce DOSSIER A.. Pitch volontairement réducteur, parce que c’est l’impression qu’on a en feuilletant en vitesse le premier tome de cette série. Or, en s’en contentant, on passerait à côté d’un titre intéressant.
Au scénario, nous avons Garaku Toshusai. Sous ce pseudo se cache Takashi Nagasaki. Si ces deux noms vous sont inconnus, c’est peu étonnant. Cet homme est avant tout éditeur. Et dans ce domaine, c’est une pointure, puisqu’il est notamment le responsable éditorial de Naoki Urasawa, auteur des mythiques 20th Century Boys, MONSTER, et plus récemment PLUTO, depuis ses débuts. Urasawa lui fait tellement confiance qu’il l’a même crédité comme co-auteur sur MONSTER et 20th Century Boys, ses deux plus gros succès, japonais comme internationaux. On peut voir dans cette marque de reconnaissance un gage de qualité quant aux compétences d’écriture de Toshusai.

Aux commandes du dessin se trouve le tout aussi peu connu (en France) Osamu Uoto. Spécialisé dans le dessin de jeu vidéo, c’est tout naturellement qu’il débute sa carrière de mangaka en adaptant un obscur jeu Nintendo (Ninja Jaja Maru kun) pour le papier. Si, rétrospectivement, son trait grossier était très apprécié, notamment dans la presse pour enfants, il n’a pas beaucoup évolué depuis les années 1980, et ça se ressent aujourd’hui dans DOSSIER A.. Son trait, donc, est sans aucun doute marqué par l’influence d’Osamu Tezuka pour ses personnages aux allures cartoonesques. Ce qui est un peu dommage pour un seinen, alors même qu’on sent un vrai talent pour un coup de crayon un peu plus « réaliste ». On en veut pour preuve : les dessins qui ont été réalisés pour illustrer les phases de narration ouvrant chaque nouveau chapitre.

Les aventuriers du continent perdu

Refaisons donc les présentations en bonne et due forme. Pour venger son père assassiné froidement par une organisation secrète qui tient à protéger le secret de l’Atlantide, Yuli Endre, une jeune austro-japonaise va chercher secours auprès d’un archéologue discrédité par sa profession et reconverti dans la vente d’antiquités, Iriya Shuzo.
Le père de Yuli avait en sa possession le journal de Paul Schliemann, petit-fils de l’archéologue Heinrich Schliemann. Ce dernier affirmait détenir le secret du mystère le plus protégé de l’histoire de l’humanité (rien que ça), à savoir celui de l’Atlantide. Cet élément sera la première clé de l’intrigue, qui va conduire notre duo d’aventuriers à travers le monde, de la Croatie à l’Allemagne, en passant bien évidemment par le Japon et la Grèce. Bien évidemment, les obstacles sont nombreux, et un mystérieux homme au masque d’Agamemnon s’évertue à leur mettre des bâtons dans les roues à coups de menaces de mort, ce qui est fort peu sympathique.
Outre ces petits soucis directement liés à l’intrigue principale (la recherche de ce fameux continent perdu), on a aussi droit aux états d’âmes des différents protagonistes, avec des morales assez similaires à ce qu’on pouvait apprendre dans 1 Rue Sésame. Comprendre par là que le récit prend parfois des voies un peu « gnan gnan » qui n’apportent rien à l’histoire, sinon une humanisation pas forcément nécessaire des personnages, qui sont déjà bien construits. Ces « missions annexes » sont a priori dispensables.

A comme Archéologie

Le Disque de Phaistos – Une des clés qui mène vers l’Atlantide.

Par son sujet (la recherche de l’Atlantide), DOSSIER A. ne se démarque pas vraiment : le thème a été rabattu de nombreuses fois depuis Platon. Conan Doyle, Verne, Stargate, le H2G2, même Picsou, tous se sont mis en tête de retrouver, par la fiction, ce continent mythique synonyme de progrès scientifique et d’ouverture d’esprit. Là où le manga se distingue, c’est dans le traitement de cette histoire légendaire. A priori lecteur érudit, Toshusai nous livre une étude assez exhaustive des théories les plus solides au sujet de ce mystère. C’est une vraie mine d’informations ! Il réanalyse donc les différentes sources attestant de l’existence de l’Atlantide : Platon, Esope, Marco Polo… ce qui ajoute un côté éducatif très plaisant à l’œuvre globale. Dans ce sens, des extraits du Critias ou du Devisement du Monde sont cités, afin d’appuyer les différentes théories soulevées et les différents choix d’action des personnages.
Car plus que les personnages, c’est bien le mystère de l’Atlantide qui focalise l’attention du lecteur sur ce manga. Pour preuve, l’essentiel des seconds couteaux sont « jetables », en cela qu’on ne les revoit plus une fois le dilemme du moment qui nécessitait leur intervention résolue. C’est bien le parcours de Shuzo et Yuli qui nous intéresse.
Le manga emprunte donc allègrement aux classiques du genre, Indiana Jones en tête pour le côté légèrement « slacker » de Shuzo et bien évidemment les énigmes à géométrie variable, chaque indice renvoyant vers un autre indice et ainsi de suite, conduisant inévitablement les protagonistes à parcourir le globe en quête d’information.
DOSSIER A. est un manga assez court (15 volumes en tout) qui conviendra à tout fan d’Harrison Ford lorsqu’il revêt sa combinaison chapeau/fouet.

Pour aller plus loin :
Lecture des premières pages en ligne

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