Leçon par un maître : Masakazu Katsura, professeur d’un jour et conférence publique à Japan Expo 2010

Page 2 : Conférence publique avec Masakazu Katsura

Nous sommes le samedi 3 juillet à Japan Expo 2010. La première conférence de la journée accueille un monstre sacré du manga, Masakasu Katsura, auteur de WINGMAN, Video Girl Ai, DNA², I »s, et bien sûr ZETMAN (SHUEISHA, Tonkam), qu’il est toujours en train d’écrire. Rien d’étonnant donc à ce que la salle soit pleine une demi-heure avant le début de l’intervention théorique du maître. Théorique, parce qu’à cause de la fameuse circulation intra-urbaine parisienne, il s’est retrouvé bloqué dans les bouchon, retardant d’une trentaine de minutes le début de la conférence. Mais le public prend son mal en patience. Quand Katsura arrive enfin, il est accueilli par de vifs et nombreux applaudissements. Il aura aussi ces mots pour le public : « Je m’excuse de mon retard dû à des encombrements. Vous pouvez me posez toutes les questions que vous voulez ». La conférence peut alors commencer.

Q : Quand vous avez créé le personnage de WINGMAN, de quel personnage vous êtes-vous inspiré, sachant que vous êtes un très grand fan de sentai ?

Masakazu Katsura : Je me suis inspiré d’un personnage qui s’appelle Denjiman (de la série Denshi Sentai Denziman, ndlr)

Q : Combien de tomes comportera la série ZETMAN ?

Masakazu Katsura : Pour l’instant, je n’en suis pas très sûr (il réfléchit) Je pense que j’en suis à la moitié.

« On est en train de travailler sur deux mangas : Jiya, et Sachie-chan Guu ! », confie Katsura au sujet de sa collaboration avec Toriyama. © Photo Thomas Hajdukowicz

Q : Avez-vous prévu d’autres projets avec Akira Toriyama ?

Masakazu Katsura : On est en train de travailler sur deux mangas : Jiya, et Sachie-chan Guu ! On réfléchit à d’autres projets, mais leurs concrétisation n’est pas encore sûre. (applaudissements)

Q : Avez-vous déjà inclus des personnes réelles dans vos mangas, pour leur rendre hommage, ou au contraire pour vous venger de quelque chose ?

Masakazu Katsura : Pas vraiment.

Q : Vous avez commencé avec Video Girl Ai. Qu’est-ce qui vous a poussé à commencer par du manga romantique plutôt que par du sentai, comme dans ZETMAN ?

Masakazu Katsura : Je ne vais pas trop m’attarder sur ce que j’ai fait avant, mais disons que quand je commence une série, je ne pense pas vraiment à ce que je vais faire : je vais pas me dire « je fais ça dans l’ordre : je commence par une histoire d’amour, ensuite, une histoire avec beaucoup plus d’action… » C’est plus quelque chose que je fais en fonction de ce qu’il se passe à mon époque que je crée ce qui me semble être le plus approprié.

Q : Les premiers chapitres de ZETMAN se déroulent dans le présent, avant de faire un bond dans le passé (on en est toujours là à l’heure actuelle, ndlr). Va-t-on revenir dans le présent, et est-ce que ce moment va être un passage prédominant dans la série (ou, a contrario, la série n’est-elle qu’axée sur le passé) ?

Masakazu Katsura : Il va falloir que vous attendiez encore un peu.

Masakazu Katsura en conférence publique à Japan Expo 2010 © Photo Thomas Hajdukowicz

Q : Le film de superhéros est très en vogue en ce moment. Y’a-t-il un projet d’adaptation cinématographique pour ZETMAN ?

Masakazu Katsura : Je ne sais pas… Peut-être…

Q : Êtes-vous fier des adaptations animées de vos mangas, ou, au contraire, vous êtes vous senti trahi, comme Gô Nagai a pu l’être à son époque pour Devilman ?

Masakazu Katsura : Je suis très reconnaissant des adaptations qui ont eu lieu, même si elles peuvent être un peu différentes des travaux originaux. Après tout, c’est le réalisateur qui fait le travail d’adaptation. Mais globalement, j’en suis content.

précisément ?

Masakazu Katsura : C’est une question de thème : je souhaitais faire du sentai. Aussi, je me suis dit « pourquoi ne pas reprendre le personnage de Zetman ? » C’est moins une question d’envie plus que de monde à explorer. Ça n’a pas vraiment de rapport avec le personnage en lui-même.

Q : Vous êtes un grand fan de Batman. Est-ce qu’on peut voir dans les personnages de Jin et Koga de ZETMAN, deux pendants de la personnalité de Bruce Wayne : un graphique, et l’autre dans le caractère ?

Masakazu Katsura : Oui, je me suis bel et bien inspiré du film Batman, mais de celui du film de 1989, de Tim Burton. Concernant Jin, je ne voulais pas en faire un dark hero typique, qui se lamente sans cesse sur son cas. Par rapport à mon premier Zetman, c’est quelqu’un de mélancolique ; pour en faire un Zetman complet, il fallait qu’il n’ait pas de sentiments. Pour Koga, j’ai fait le contraire : il a beaucoup de remords, il est torturé ; je me suis inspiré de Kenta de WINGMAN, en le transposant dans le monde de ZETMAN. Jin n’est pas humain, mais il contient en lui beaucoup d’humanité ; Koga, c’est l’inverse : il est humain, mais perd peu à peu son humanité.

Q : Que pensez-vous du film Batman : The Dark Knight ?

Masakazu Katsura : Je préfère de loin le premier film de Batman. Ce qui se fait maintenant ne m’intéresse guère.

Q : D’où vient votre prédilection pour le fessier féminin, que vous savez mettre en valeur dans vos mangas ?

Masakazu Katsura : Je ne dis pas que je n’aime pas les belles femmes. Mais si j’en dessine, c’est que la rédaction me le demande.

Q : Pourquoi Koga a la vie dure ?

Masakazu Katsura : Parce que ça fait de bonnes histoires.

Q : Avez-vous une liberté totale sur ZETMAN, ou y’a-t-il une implication forte de l’éditeur qui peut amener à modifier une part de l’histoire ?

Masakazu Katsura : Par rapport à d’autres séries, je suis vraiment libre, je peux faire ce que je veux.

Q : Par rapport à M, et concernant l’érotisme dans votre œuvre, est-ce que ce titre vous avait été imposé, ou est-ce que c’était un souhait de votre part ?

Masakazu Katsura : L’idée de M est de moi. Par contre, l’éditeur souhaitait des scènes beaucoup plus sexuelles, limites pornographiques. Je trouvais ça trop facile. C’est pour ça que j’ai compliqué l’histoire (on voit que le couple ne va pas jusqu’au bout). Ca reste érotique, mais ça ne va pas beaucoup plus loin, selon mon souhait.

Jin de M. Katsura en live. © Photo Thimas Hajdukowicz

Q : Est-ce qu’on va avoir la chance de vous revoir aux commandes d’une comédie sentimentale ?

Masakazu Katsura : Dans ZETMAN, il y a un peu de romance tout de même (malgré le pourcentage assez bas de romance, ndlr), et j’ai bien l’intention de continuer le triangle amoureux qui existe entre Jin, Koga et Konoha, cette relation compliquée qui les unit.

Q : Jin et Koga ont deux visions très différentes de la justice. Avez-vous été vous-même confronté à ce genre de question, et cela vous aurait donné envie de créer ZETMAN, ou bien est-ce que cette idée est née après la création des personnages ?

Masakazu Katsura : (il réfléchit) Par rapport à mes deux visions de la justice, quand j’écris l’histoire, je fais en sorte que les deux visions soient bonnes, qu’il n’y en ai aucune qui prenne le dessus sur l’autre. Après, personnellement, je préfère la vision de Jin.

Q : Combien de temps mettez-vous pour créer une planche de manga, et dans les étapes de conception, laquelle entraîne le plus de discussion avec l’éditeur ?

Masakazu Katsura : Je mets 4 heures pour une page ; quand j’étais plus jeune, j’étais plus rapide… Concernant les discussions avec les éditeurs, il n’y a pas vraiment de lien dans le processus de création et sa durée. Par contre, quand je termine une page, le travail des assistants prend beaucoup de temps.

Q : Quel est votre rythme de publication, et combien avez-vous d’assistants dans votre équipe ?

Masakazu Katsura : Je publie un chapitre par mois, et j’ai 5 assistants.

Q : À travers BAKUMAN, on a pu se rendre compte qu’il était très difficile de percer dans le métier de mangaka. Vous a-t-il été difficile de vous faire connaître au Japon, et à l’étranger ?

Masakazu Katsura : J’ai commencé en remportant le prix Tezuka qui a lieu 2 fois par an au Japon (après plusieurs tentatives infructueuses, et ce dès le collège, ndlr). Partant de là, j’ai commencé à travailler pour Shônen Jump qui organise cet événement. Puis le succès est venu avec WINGMAN.

Q : On se rend compte à la lecture de ZETMAN, plus on avance, plus le récit se « politise ». Des questions sur les problèmes environnementaux, les manipulations génétiques, la pauvreté, la richesse, sont soulevées. Est-ce un exutoire pour vous, ou est-ce une véritable critique sociétale ?

Masakazu Katsura : (il rit) Je n’ai pas pour objectif de « faire ouvrir les yeux » de mes compatriotes, mais je voulais essayer de faire de cette histoire quelque chose de plus sombre que _Video Girl Ai_, par exemple, et je voulais aller plus loin. J’essaye vraiment beaucoup de styles, je n’aime pas me cantonner à un seul genre.

La conférence se conclut sur un dessin du maître, représentant Jin, sous les clameurs du public qu’il remercie : « Merci beaucoup d’être venus si nombreux. Quand je reviendrai, j’espère vous retrouver tous ».

Moment que l’on a filmé pour vous :


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


En 2026, rejoignez la team de Journal du Japon !

Vous aimerez aussi...