Concert caritatif en faveur du Japon : les plus belles musiques de film de Joe Hisaishi

« Ponyo ponyo ponyo sakana no ko… » Non loin de la scène, une fillette japonaise haute comme trois pommes fredonne l’air de Ponyo sur la Falaise, a priori son dessin animé préféré. Une peluche à l’effigie de la princesse poisson rouge dans les bras, elle attend impatiemment l’arrivée du chef d’orchestre…
Joe Hisaishi, le compositeur des musiques accompagnant une majorité des films d’animation du studio Ghibli, fait enfin son entrée après que les musiciens du Star Pop Orchestra et les chœurs du COGE, du TF Gospel et du CHAM de Saint-Maur, se soient installés sur la scène. Ce soir, on nous jouera les plus grandes musiques de films et de films d’animation créées par Joe Hisaishi. Il commence par nous adresser un petit mot. « Bonjour, je m’appelle Joe Hisaishi, soutenez-moi. J’espère que je ne vous décevrai pas. Je remercie les musiciens. En ce moment nous faisons face à beaucoup de tristesse au Japon, et beaucoup de pays nous ont soutenu. Nous allons faire de notre mieux pour surmonter cette épreuve et j’espère que vos applaudissements nous y aideront. »

Rappelons que c’est dans de tristes circonstances que nous avons pu assister à ce concert le jeudi 23 juin 2011 au Zénith de Paris, une première en France. Le compositeur a en effet donné une série de concerts caritatifs à Tokyo, Osaka, Paris et Beijing pour encourager l’aide à la reconstruction des zones sinistrées au Japon suite au séisme et au tsunami qui ont sévit le 11 mars dernier. Les fonds récoltés par le projet : Joe Hisaishi 3.11 Charity Concert ~The Best of Cinema Music~, ont été investis dans des instruments musicaux pour les enfants des régions touchées par le drame.
Le pupitre
Applaudi, Joe Hisaishi monte finalement derrière son pupitre qu’il quittera plusieurs fois au cours du concert pour jouer du piano. On retient notre souffle, puis le spectacle commence sur les chapeaux de roues avec deux medley des musiques de Nausicaä de la Vallée du Vent puis de Princesse Mononoké. L’émotion est tellement vive à l’écoute de ces morceaux qui nous entraînent depuis des années que la connexion avec les musicien.es se fait tout de suite.
Bonne surprise de la soirée, un montage des images des films dont l’orchestre joue la musique alternant avec celles du concert est projeté sur l’écran géant, rendant le show d’autant plus intense. Une mise en scène à laquelle on aura droit tout au long du spectacle. C’est sur Princesse Mononoké qu’on entend une première fois la soprano Hélène Bernardy et qu’on comprend que les chants se feront en anglais et non en japonais. Pour certains, malgré la prestation remarquable des chanteurs, ça sera la grande déception. On entendra cependant peu les chœurs, sur Ponyo sur la Falaise et pendant le rappel et la cantatrice ne chantera qu’une fois de plus sur Your Story, extrait de la bande originale du film Akunin.

Joe Hisaishi disparaît quelques instants et revient sur scène en trottinant sous les applaudissements. Il répétera cette routine régulièrement et en profitera à chaque fois pour saluer ses musicien.es et plus particulièrement ses solistes (violoniste, flûtiste et violoncelliste).
Après deux films d’animation réalisés par Hayao Miyazaki, on change d’univers. On se retrouve en pleine Guerre de Sécession sur les mouvements I et V de la bande originale du film muet : Le Mécano de la « General » de Buster Keaton que Joe Hisaishi a réalisée lors de la restauration du film en 2004. L’œuvre est bien moins connue du public, venu essentiellement pour le répertoire Ghibli, mais il répondra présent. On entendra même des rires timides devant le comique des scènes du film, qui rappelons-le, passe sur l’écran géant au rythme de la musique.
On est ensuite entré dans l’ère Takeshi Kitano, dont les bandes sons ont également fait le succès du compositeur, avec le titre Raging Men, extrait de la BO du film Aniki, mon Frère, puis les thèmes de Hana-Bi et Kids Return, avant de finir la première partie de soirée avec un medley de morceaux extraits de deux films de Jiang Wen : Let the Bullet Fly et The Sun Also Rises. Avec ces très belles mélodies, forcément plus sombre que les titres Ghibli, le spectacle est monté en puissance et en intensité.
C’est le moment de l’entracte. Le temps pour nous de reprendre nos esprits après une première partie qui est passée très vite. Si celle-ci était plutôt dédiée aux films en prise de vue réelle, la deuxième s’attaque plus au studio d’animation.

L’aventure
On recommence donc avec entrain sur Merry-go-round, titre phare du film d’animation Le Château Ambulant, pas forcément le plus marquant du répertoire mais qui, ce soir, nous aura vraiment transporté. La tension redescend sur l’air de Departures, film de Yojiro Takita. On est plongé dans une ambiance dramatique et touchante. Puis, nous repartons dans de folles aventures avec Ano natsu he, refrain du film Le Voyage de Chihiro et surtout Summer, le thème du film L’Été de Kikujiro (Takeshi Kitano) qui sera mis en avant par les violons et le piano de maître Hisaishi. Une performance sublime qui sera immédiatement suivie d’une standing ovation ! Une énergie que l’on gardera jusqu’à la fin.
Après ça, le moment se fait tout de même plus solennel. Hélène Bernardy revient sur scène pour chanter Your Story sur des images d’une région du Japon ravagée par la catastrophe du 11 mars. Et à la fin un message d’immense gratitude envers toutes les personnes qui sont venues en aide au peuple japonais, comme le public de ce soir.
Et maintenant l’apothéose.
Ponyo sur la Falaise. Dès que la première note se fait entendre, on entend la petite japonaise hurler « Ponyo ! » avec joie. Elle l’attend depuis le début du concert, la voilà, la princesse poisson rouge, nouvelle petite mascotte de Ghibli dans une interprétation majestueuse, aussi grandiose que cette scène du tsunami dessinée par Miyazaki.
Puis l’angoisse, le doute, Mon Voisin Totoro n’était pas sur la setlist et le rappel repart sur du Princesse Mononoké avec le formidable titre Ashitaka to San. Pas de panique, Tonari no Totoro clos bien le spectacle ! Les musicien.nes sont alors entraîné.es par le soulèvement des spectateur.ices enchanté.es et en liesse. L’attente a eu son petit effet sur ce titre incontestablement le plus populaire qui termine le concert mémorable de Joe Hisaishi.
SETLIST Joe Hisaishi au Zénith de Paris :
- Nausicaä de la Vallée du Vent (medley)
- Princesse Mononoké (medley)
- Mécano de la « General » Mouvements I et V
- Raging Men (Aniki, mon Frère)
- Hana-Bi
- Kids Return
- Jiang Wen : Let the Bullet Fly & The Sun Also Rises
- [Entracte]
- Merry-go-round (Le Château Ambulant)
- Departures
- Ano natsu he (Le Voyage de Chihiro)
- Summer (L’Été de Kikujiro)
- Your Story (Akunin)
- Ponyo sur la Falaise
- [Rappel]
- Ashitaka to San (Princesse Mononoké)
- Tonari no Totoro (Mon Voisin Totoro)
Pour aller plus loin :
http://joehisaishi.com
http://charite.joehisaishi.fr

