Interview avec Keiichi Hara, le réalisateur de Colorful
Propos recueillis par Barthélémy Lecocq
C’est cette semaine que sort au cinéma, le film d’animation Colorful réalisé par Keiichi Hara. Dès le mercredi 16 novembre 2011, il sera possible de découvrir ce long-métrage, récompensé à Annecy par le Prix du Public et la Mention Spéciale du Jury, dans les salles françaises. L’occasion pour nous de rencontrer Keiichi Hara, également le réalisateur d’Un Été avec Coo.

© Photo Barthélémy Lecocq
Colorful nous raconte, avec une mise en scène percutante, comment une âme condamnée se voit offrir une seconde chance en prenant provisoirement la place de Makoto, un jeune garçon qui vient de se donner la mort. Il s’agit d’une adaptation du roman homonyme d’Eto Mori sorti en 1998, et qui avait reçu le prix de la meilleure œuvre pour enfant des publications Sankei en 1999, par le studio ascension.
C’est à KAZÉ et Eurozoom (SUMMER WARS) que l’on doit la distribution du film chez nous.
Journal du Japon : Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur l’adaptation du roman d’Eto Mori ?
Keiichi Hara : Je n’avais pas lu le livre ! C’est un ami qui travaille chez Sunrise qui est venu me voir et qui m’a dit : « Il faut que tu lises ça, on pense te confier l’adaptation. » L’histoire était simple, concrète, elle m’a vraiment donné envie de travailler sur le film.
JDJ : Mais vous vous êtes quand même permis quelques libertés…
Keiichi Hara : J’avais envie d’ajouter un peu de mystère aux personnages. Pour le personnage de Purapura par exemple, je ne voulais pas que son rôle soit aussi clair que dans le livre, où il apparaît clairement comme un ange assez adulte. Je voulais le mettre à la même hauteur que Makoto. À part ça, je me suis permis d’ajouter quelques petites choses ici ou là, vous verrez.
JDJ : On connait les différences culturelles entre le Japon et la France, comment a été accueilli Colorful là-bas et quel accueil attendez-vous de la part du public français ?
Keiichi Hara : Je sais que le film a beaucoup ému le public japonais, qui a pourtant tendance à dissimuler ses émotions. En France, du moins au festival d’Annecy, j’ai été agréablement surpris des fortes réactions du public pendant la projection du film. Les Français ne réagissaient pas du tout aux mêmes moments que les Japonais ! Après, je sais bien que c’était un festival et qu’il s’agissait donc d’un public particulier, mais si le film peut être reçu de la même façon par tous les Français, ça me va.

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JDJ : Au vu du roman, on peut s’attendre à ce que le film s’appuie plutôt sur une trame narrative forte plutôt que sur des techniques d’animation spectaculaires. Comment avez-vous fait pour donner du rythme au film ?
Keiichi Hara : C’était assez naturel en fait. L’histoire comporte une dimension familiale assez importante, elle est riche en tension et en émotions. Comme ce sont des domaines que j’ai l’habitude de manier je sais comment les rendre vivants pour ne pas perdre l’intérêt du spectateur. On peut aussi créer de la tension lors d’une banale scène de repas en famille… On ne s’est pas vraiment posé de contraintes pour la réalisation.
JDJ : Justement, est-ce qu’on aborde la réalisation de Colorful de la même manière que celle d’Un été avec Coo ?
Keiichi Hara : J’ai toujours la même démarche quand je réalise un film : j’ai une idée de la mise en scène dès l’ébauche du story-board. Ma réflexion ne va pas changer que je fasse un film live ou un anime. Je pense toujours en terme de mise en scène, de jeu, d’expression, de personnages, comme pour n’importe quel film. Je travaille de la même façon avec mon équipe et c’est seulement lorsqu’on a les premiers rushes que je me dis : « Ah oui c’est vrai, on est en train de faire de l’animation ».
JDJ : Avez-vous eu peur d’échouer sur ce projet ? Quel a été votre état d’esprit ?
Keiichi Hara : Je me suis fait peur parfois oui, d’ailleurs je vous parlais à l’instant des domaines sur lesquels j’avais l’habitude de travailler : un jour je suis arrivé au studio et j’ai vu que tous les animateurs ne travaillaient que sur des scènes de repas ! Je me suis dit : « Mais qu’est-ce qu’on fait là, un film sans action ? » Donc oui je me suis inquiété, par moments.
JDJ : Cette absence d’action que vous évoquez, est-ce cela qui caractérise le film selon vous ?
Keiichi Hara : Quand je vois ce qui se fait dans le monde de l’animation, je me dis que Colorful sort justement un peu du cadre habituel. Mais on n’est pas obligé de faire de l’action ou du fantastique dès qu’on réalise un film d’animation ! Alors oui, je me suis souvent demandé si le film allait fonctionner avec ce rythme lent et ces scènes réalistes, et puis je me suis dit : « Ce n’est pas parce que c’est de l’animation qu’il ne faut pas le faire ! » Mais au fur et à mesure que le film avançait, j’ai gagné pas mal de certitudes et je me suis dit que j’avais fait les bons choix. Même si j’ai pu pensé qu’on s’éloignait des films d’animation classiques, au final je me dit que le film est avant tout un vrai film d’animation.
JDJ : Et ces doutes ont-ils réveillé des envies de faire autre chose dans l’animation ?
Keiichi Hara : C’est vrai que le projet Colorful est terminé depuis un an maintenant, j’ai eu plusieurs propositions mais je n’ai pas pris de décision sur le prochain projet. À titre personnel, j’aimerais aborder des thèmes un peu plus légers que dans Colorful, mais vous savez j’ai une équipe, donc je ne suis pas le seul à décider…
JDJ : Vous savez qu’en France le grand public ne connait l’animation japonaise qu’à travers les films de Miyazaki, ne craignez-vous pas d’être systématiquement comparé à lui dès qu’un de vos films sort du Japon ?
Keiichi Hara : Je me suis effectivement déjà demandé si j’allais être comparé à Miyazaki, mais nous n’abordons pas les mêmes thèmes donc je ne l’ai jamais considéré comme un rival, alors la question ne se pose même pas.
Propos recueillis par Barthélémy Lecocq

