Sad Girl : Se battre contre les addictions

© Kan Takahama / Casterman, 2012

Kan Takahama s’est fait connaitre dans les pages du magazine alternatif Garo. Quatre de ses titres sont sortis aux éditions Casterman : Kinbderbook, L’eau amère, Deux Expressos et Mariko Parade. En mars 2012, l’éditeur sort Sad Girl, un one shot de 88 pages que la mangaka a écrit dans notre sens de lecture.

Sad Girl raconte une période noire de la vie de Shiori. Figée dans une vie qu’elle ne supporte pas, avec un mari alcoolique, la jeune femme, femme au foyer, devient dépendante aux médicaments et va jusqu’à faire une tentative de suicide.

À son réveil, elle laisse tout derrière elle, fuit et part se réfugier chez une amie, elle-même accro aux drogues. S’en suit une longue liste de déboires qui vont la faire plonger jusqu’à en perdre toute humanité.

Au début du livre, Kan Takahama dédicace son récit à toutes les personnes qui luttent contre la dépendance, peu importe sa nature, et à leurs proches qui les soutiennent.
L’auteure y annonce aussi la couleur. De manière successive, son héroïne, perdue et qui se sent incapable de tenir seule debout, va en effet enchaîner les rencontres malheureuses et les dépendances diverses. Elle va connaître la drogue, la prostitution, la clochardisation et tomber dans une secte.

Ce que montre l’ouvrage c’est qu’au-delà de son addiction aux médicaments, Shiori est d’abord une femme qui n’a plus aucune estime pour elle-même et qui devient vulnérables pour des personnes malsaines et malveillantes. On comprend que Shiori aime pourtant la vie mais la subit, ne se sentant pas capable de la prendre en mains. Et pour trouver le bien-être, il va falloir qu’elle prenne confiance en elle.

Même si le récit est plutôt dur, Shiori représente malgré tout l’espoir au milieu de la débâcle. Sad Girl nous parle d’elle bien sûr, mais aussi de celles et ceux dont elle traverse la vie. Chacun de ces petits mondes secondaires apporte autant de violence que Shiori représente la renaissance.

© Kan Takahama / Casterman, 2012

La narration peu parfois être un peu difficile à suivre, on perd facilement ses repères, malgré un découpage en cases au contraire très clair. On ressent bien les tensions entre les personnages dans le dessin, illustrant dans une juste mesure l’aspect malsain des situations que vit Shiori, notamment ses cauchemars.
L’auteure accorde une importance particulière aux dates. Elles marquent les moments clés de la descente aux enfers de Shiori. Mais on ne comprend pas forcément pourquoi le temps ; l’indication de l’heure est autant appuyée : « Le lendemain, à 11 h 38 précisément… »
On regrette que la chute arrive un peu trop brutalement, mais il faut reconnaitre que le ton de la mangaka, connue pour ces œuvres acides sur le thème des relations humaines, est très sec, sans pitié.

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

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