Les enfants de la mer : Des vacances inoubliables

Les vacances d’été, une ville portuaire nippone, une légère dose de fantastique : avec Les enfants de la mer, paru aux éditions Sarbacane, Daisuke Igarashi nous offre une plongée en douceur dans un monde fascinant. Immersion garantie.
Sea, surf and sun
Lorsqu’elle se voit interdite de tout entraînement dans son club de handball suite à une rixe avec une camarade, Ruka s’imagine que ses vacances d’été sont fichues. C’était sans compter sur sa rencontre, lors d’une brève escapade à Tôkyô, avec Umi, un jeune garçon de son âge. C’est au contact de cet étrange nageur que Ruka va progressivement apprendre à entrer en communion avec la mer, un univers qu’elle croyait bien connaître grâce à son père, qui travaille dans un aquarium, mais qui recèle encore bien des secrets. Qui sont vraiment Umi et son acolyte, Sora ? Qu’est-ce qui explique l’exode massif de tous les poissons du globe vers les côtes japonaises ?
Si l’intrigue des Enfants de la mer met un peu de temps à se mettre en place, on se trouve en revanche immédiatement conquis par le graphisme du manga. Le style bien particulier d’Igarashi est proprement fascinant : à mi-chemin entre le crayonné et une reproduction détaillée de la réalité, ses planches dégagent toutes un certain cachet, au point que l’on se surprend souvent à passer du temps sur chaque case, ou encore à revenir quelques pages en arrière pour le simple plaisir d’admirer certaines scènes. Le monde mi-urbain, mi-maritime dépeint par Igarashi est criant de réalisme. Ce qui ne le rend pas pour autant dépourvu d’un lyrisme envoûtant : l’odeur de la mer, le parfum bien particulier des vacances d’été, le bruit des grillons… on a l’impression de respirer ces senteurs et d’entendre ces sons tant les planches d’Igarashi sont saisissantes.

L’attrait du monde qu’il dépeint tient aussi évidemment aux personnages mis en scène. Bien qu’on puisse regretter leur manque de profondeur assez flagrant, étant donné qu’ils répondent tous à un stéréotype bien précis (la jeune fille naïve et curieuse, le vieil homme tatoué…), ou encore le fait qu’aucun d’entre eux ne se détache vraiment du lot, le mystère qui entoure Umi et Sora, les deux enfants de la mer élevés par des dugongs, reste suffisamment bien entretenu pour maintenir l’attention du lecteur.
Onirisme urbain
Mais Les enfants de la mer est loin d’être une intrigue à suspense : c’est, au contraire, un récit d’ambiance, un conte sur les hommes et leur rapport à la nature dans une société qui a de plus en plus tendance à s’en éloigner. En s’appuyant une nouvelle fois sur les six années qu’il a vécu à Iwate, au plus près de la nature, et qui avaient déjà donné naissance à Little Forest, Daisuke Igarashi nous livre un conte moderne qui accorde une place importante à la spiritualité : les phénomènes naturels troublants dont sont témoins les personnages confèrent une dose de surréalisme bienvenue à un univers urbain totalement dépourvu d’excentricité. L’irruption du « merveilleux » dans cette réalité désenchantée permet à l’auteur de délivrer un message écologique. Un message si habilement délivré que l’on n’éprouve jamais le sentiment de se faire sermonner sur l’importance de la nature : à la lecture des Enfants de la mer, on éprouve instinctivement l’envie de protéger toutes les mers du monde, et leurs espèces.

Igarashi parvient en fait à plonger ses lecteurs dans une sorte de rêverie continue. Son récit est contemplatif sans être rébarbatif : on se laisse prendre aux errances des héros. Les sentiments naissants de Ruka pour Umi, les rapport ambigus entre Umi et Sora, la puissance troublante de la nature (tour à tour fascinante et destructrice), les rapports difficiles de l’héroïne avec sa mère… Tous ces éléments sont traités avec la même importance et s’apprécient sur la durée, à travers un rythme narratif assez lent.
Les enfants de la mer est une véritable réussite, qui devrait combler les lecteurs en manque d’évasion. Igarashi livre une véritable déclaration d’amour à la mer et, ce faisant, nous émeut sur plus de trois cent pages. Et les curieux qui se sont laissés entraîner à bord ont déjà l’œil fixé sur le second semestre 2012, pour la sortie du deuxième volume.

