Ping Pong Dash !! : Humour, racailles et tennis de table !

Ping Pong Dash !!, tome 14 © HONDA Shingo / Akitashoten Japan – French edition © Doki-Doki

S’il y a bien une recette de shônen manga qui a fait ses preuves, c’est le combo yankee et sport qui offre son lot de testosterone et d’adrénaline. Mais qu’en est-il lorsque le sport en question est le tennis de table ? Ping Pong Dash !!, un mélange bien surprenant…

Publié aux éditions Doki-Doki, Ping Pong Dash !! est sur le point de s’achever en France avec la sortie du dernier volume le 11 avril 2012. Cette série en 15 volumes prépubliée entre 2004 et 2009 dans le magazine mensuel Shônen Champion d’Akita Shôten sous le titre Takkyuu Dash est le premier manga de Shingo Honda. Le jeune mangaka y a fait ses armes aux côtés d’autres séries sportives telle que Go and Go (Taïfu) sur le baseball et Angel Voice (Kana Manga) sur le football. Il faut dire que les mangas sur le sport sont légions au pays du soleil levant. On ne compte plus les séries sur le basketball, le baseball, le football, les arts martiaux, etc. Dans ces conditions pas facile de se faire une place, à moins d’aborder une discipline encore peu exploitées, comme le tennis de table. Mais est-ce bien suffisant pour en faire une série originale ?

La belle, la brute et le Ping Pong

Un peu idiot mais très doué lorsqu’il s’agit de se battre, Tendô Haruku est un des caïds du lycée Burai. Pas vraiment méchant, ce grand gaillard au style voyou démodé ne s’intéresse qu’à trois choses, la baston, les filles et le max coffee (café froid très sucré vendu dans les distributeurs au Japon). Jusqu’au jour où il tombe amoureux d’Ichinose Sawa, une jeune championne de tennis de table. Venue spécialement de Tôkyô pour être transférée dans le club du lycée Burai, dont l’équipe féminine est réputée, celle-ci ne s’intéresse qu’aux garçons capables de la surpasser dans cette discipline. Pour Haruku c’est décidé, fini les bêtises, il rejoint le club de Ping Pong pour gagner le cœur de sa belle à coup de raquette ! Mais c’est sans compter sur ses mauvaises fréquentations qui ne voient pas les choses du même œil. Difficile pour la brute de se lancer à bras ouverts dans le monde du tennis de table sans que ses penchants pour la bagarre ne le rattrapent…

La championne de Ping Pong à l’action © HONDA Shingo / Akitashoten Japan – French edition © Doki-Doki

Des yankee comme on en fait plus

S’il y a comme un air de déjà vu, c’est que l’auteur de Ping Pong Dash !! s’appuie sur un ressort scénaristique classique, le loubard qui décide de se ranger et de rejoindre une équipe de sport lycéenne pour séduire la fille dont il est amoureux, au risque de laisser son personnage Haruku rester dans l’ombre de l’indétronable Sakuragi de Slam Dunk. Pourtant, Shingo Honda parvient tout de même à créer un héros attachant grâce à l’humour et la dérision.

Le loubard est à la mode © HONDA Shingo / Akitashoten Japan – French edition © Doki-Doki

Le manga débute habilement sur la présentation de la ville d’Ushiku dans le département d’Ibaraki, en bordure des agglomérations de Tôkyô et de Chiba. Autrement dit un coin paumé plein de pequenots, où quelques irréductibles yankee cultivent avec amour leur style complètement dépassé. À commencer par Sakuragi qui incarne le stéréotype du parfait voyou avec tout l’attirail, les cheveux décolorés et l’indescriptible coupe en banane, le vélo ridiculement tuné comme une moto, l’uniforme de lycéen façon loubard avec le col mao et le pantalon hyper large. Bref, le genre en voie d’extinction que l’on ne trouve plus que dans les mangas ! La bande de Sakuragi et les gangs rivaux achèvent de compléter la galerie.

L’auteur s’amuse a passer en revue les clichés et les codes des yankee manga et à les tourner en dérision, tout en les appliquant lui-même dans Ping Pong Dash !!. On retrouve les affrontements chevaleresques et les actes de bravoures, les gros durs et les montagnes de muscles, la sueur et le sang, les histoires de jalousie et les jolies filles. Si bien que l’on finit par se prendre au jeu. Les amateurs du genre apprécieront les petites références glissées deci-delà, la plus drôle étant la rivalité entre Ibaraki et Chiba, concernant la paternité de la boisson des « vrais bonhommes », le Max Coffee. Et à moins d’y être allergique, on a vite fait d’adopter ces mauvais garçons qui cache un bon fond.

Max Coffee, la boisson des « bonhommes » ! © HONDA Shingo / Akitashoten Japan – French edition © Doki-Doki

Enfin le coup de crayon de Shingo Honda très fin et précis, légèrement vieille école, correspond parfaitement à cet univers. Les coiffures incroyables de ces excentriques sont particulièrement réussies. Kitch à souhait !

Du Ping Pong et du Cran

Mais revenons au sport, car Ping Pong Dash !! est « aussi » une série consacrée au tennis de table. Cet aspect du manga, presque secondaire dans les premiers volumes, prend peu à peu toute son importance dans le scénario et le développement des personnages. À première vue, un yankee qui joue au Ping Pong c’est juste ridicule. Ce sport très tactique et plein de finesse, ne laisse pas place à des démonstrations de force ou d’effort physique surhumain comme c’est le cas dans la plupart des sports revus à la sauce shōnen manga. Pas besoin de gros muscles pour être un as du tennis de table. Le mangaka n’a donc pas cherché dans le réalisme pour en faire un sport spectaculaire.

À la manière d’un Eyeshield 21, Ping Pong Dash !! offre à la fois pédagogie en expliquant les règles et en faisant référence à des coups existants de la manière la plus sérieuse, et divertissement en créant des habiletés incroyables et en personnifiant les techniques des pongistes sous forme d’Aura. L’esprit yankee manga, la combativité et le cran, est utilisé pour transformer des simples matchs de Ping Pong en véritables duels psychologique et tactique. Les bottes secrètes, l’habilité ou le fruit de longs entrainements, l’expérience des compétitions, la connaissances des matériaux et de l’univers du tennis de table deviennent autant de composantes de ces affrontements à coups de raquette.

Échanges de balle intense © HONDA Shingo / Akitashoten Japan – French edition © Doki-Doki

Graphiquement, le rendu de ces parties de Ping Pong est très propre et dynamique. La sensation de vitesse et de puissance des échanges de balles est plutôt réussie. En revanche, certaines parties sont parfois vite survolées et un peu floues.

Le manga possède ses faiblesses. Les schémas un peu répétitifs du début de la série, où les obstacles s’enchainent pour Haruku trahi par un ancien de sa bande qui souhaite constamment l’empêcher de jouer au Ping Pong. Le tennis de table lui aussi montre ses limites et n’atteint rarement les envolés auxquelles nous ont habitués les manga de sport. L’histoire gagne en intensité avec l’entrée dans le grand tournoi où les choses sérieuses commencent, de quoi nous tenir en haleine jusqu’à la fin de la série. Mais cela reste du Ping Pong.
Au final, les vrais atouts de la série sont l’humour et les personnages. Ce mélange étonnant et délirant entre Ping Pong et yankee est une belle surprise, de la balle de service à la balle de match. Drôle, prenant et original dans son approche, Ping Pong Dash !! est un pari réussi, avec ses effets et ses revers.

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