L’Enfant Insecte de Hideshi Hino : L’enfer de la solitude

Spécialiste du genre horrifique, Hideshi Hino a écrit le one shot L’Enfant Insecte en 1975, une adaptation libre de La Métamorphose de Kafka paru aux éditions IMHO le 22 mars 2012. Le mangaka y aborde le thème de l’isolement sur un ton macabre.
Sanpei Hinomoto est un garçon un peu différent, mauvais en classe. Ses parents ne savent pas quoi faire de lui et son frère est agacé par son comportement. Seule sa sœur semble être plus patiente et compréhensive. Un jour, Sanpei est brutalement piqué par une espèce rare de cafard, apparu dans son vomi. Il se transforme alors en un insecte monstrueux tout en gardant sa consciente d’enfant. La réaction de sa famille va être radicale, l’enfant insecte est enfermé dans sa chambre.
Enfant, Sanpei est rejeté par les membres de sa famille sur qui il jette la honte. Il ne ramène que des mauvaises notes et ne se rattrape même pas sur les activités physiques, il sèche les cours et se fascine pour les insectes et les serpents. Une passion morbide qui dégoûte ses camarades de classe dont il subit les brimades en permanence. Le seul endroit où il se sent bien est finalement sa cabane secrète, située dans une décharge, au milieu d’animaux eux-mêmes rejetés, comme les chats et chiens errants ou les rats.
Sa métamorphose en chenille venimeuse ne vas pas arranger les choses, au contraire. En plus d’être constamment rejeté par tous, il est devenu particulièrement écœurant. Sa mère ne supporte plus de lui donner à manger, sa famille finit par l’empoisonner et le laisser pour mort, et même ses seuls amis, ses animaux, se retournent contre lui, apeurés par son venin. Avec l’exclusion vient la solitude, qui le ronge et le pousse à commettre les pires exactions. Cet enfant innocent, qui a trouvé refuge dans les égouts, finit par oublier qui il est et d’où il vient, ne laissant derrière lui plus qu’un véritable monstre à l’image de son nouveau corps.
La transformation de Sanpei ne lui apprend rien et ne change finalement rien à son destin tragique. Ce qui nous est montré en exergue est la vie dans la différence (ou l’indifférence) et le mal de la solitude. Libre de parcourir le monde, l’enfant insecte reste pourtant enfermé dans une cage invisible qui le sépare des autres à en devenir fou. Le fait qu’il ne puisse pas parler et qu’il soit couvert de dards venimeux renforce cette idée de cloisonnement. Cependant, si son aspect est repoussant, c’est son entourage qui jouera véritablement un rôle dans son exclusion. Froid, distant, superficiel, barbare, il contraste nettement avec le petit garçon qui n’a que de l’amour à donner et qui s’amuse de rien. Sanpei n’est plus qu’une créature pathétique à peine humaine.
Le dessin grotesque et répugnant souligne l’état de l’enfant, et fait un rappel au genre ero-guro. Le fond et la forme contribuent à donner une forte sensation de malaise et donne un impact bien plus important à l’histoire. Hino met en scène la monstruosité de son personnage avec justesse.
Qu’on se le dise, le récit, narré comme un conte pour enfants, est bien entendu très dur et pas à la portée de tous, mais cette cruauté n’est pas gratuite.

