Prophecy : Sac en papier journal et réseau wifi
Article écrit par Damien « Amo » Bandrac
Connu pour ses titres au ton dur comme Manhole et Reset, le mangaka Tetsuya TSUTSUI reprend du service avec une nouvelle œuvre, Prophecy, éditée chez Ki-oon. Au programme de ce tome 1: Internet, vengeance et dénonciation des injustices sociales.

Nous sommes au Japon, dans un futur proche. Le gouvernement japonais met en place une nouvelle force de police, chargée de traquer sur le terrain tous les cyber-criminels et nommée section de lutte contre la cybercriminalité. Après avoir perquisitionné chez un adolescent accusé d’avoir distribué des copies illégales de jeu vidéo, ils découvrent sur Internet un étrange livecast mené par un personnage nommé Paperboy, au visage masqué par du papier journal. Ce livecast a une particularité : l’homme y fait des prophéties… qui deviennent le lendemain réalité. De l’incendie d’une entreprise accusée d’intoxication alimentaire en masse à des sévices sexuels perpétués sur un homme s’étant moquée d’une femme violée sur Twitter, il apparaît vite évident que tous ces incidents semblent liés à cet étrange personnage, de plus en plus populaire sur le réseau…

Prophecy est un projet conjoint entre Tetsuya Tsutsui et les éditions Ki-oon. L’auteur, connu en France principalement pour Reset, Manhole et Duds Hunt a ainsi collaboré directement avec les éditeurs de la maison d’édition française pour créer cet ouvrage, dédié en priorité au marché français. Cela n’empêche pas Prophecy d’être prépublié au Japon dans le magazine Jump Kai, édité par la Shueisha. L’initiative est donc suffisamment intéressante pour mériter d’être mentionnée.
Quoiqu’il arrive ce tome 1 de Prophecy peut s’enorgueillir de plusieurs réelles qualités. À commencer par une histoire qui se révèle très vite passionnante. Le jeu de chasse à la souris entre la police et Paperboy est ainsi jonché de nombreux obstacles, révélations, rebondissements et coups bas qui donnent vraiment envie de savoir ce qui va se dérouler par la suite. Tout cela est bien rythmé et offre une lecture assez intense.
La seconde qualité, c’est le fait que ce manga soit branché directement dans l’actualité. Difficile devant les actions de Paperboy de ne pas penser à un autre « grand chevalier blanc de l’Internet », c’est-à-dire le groupe Anonymous. Le parallèle entre les deux « personnages » est assez saisissant et on apprécie le fait que le personnage de Paperboy soit traité avec une relative justesse, sans aller dans le manichéisme pourtant facile à dégainer dans ce cas de figure. Si les actes du personnage masqué restent extrémistes et assez odieux, le développement de son histoire amène une nouvelle lumière qui, sans pour autant justifier ses crimes, les crédibilisent.
En général, Prophecy offre une bonne base de réflexion sur les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Y trouve t-on vraiment une liberté d’expression tant vendue ? Est-ce que ce ne sont pas des espaces qui trop souvent permettent à des personnes de se penser juge et bourreau, substituts de la justice civile ? Ou bien est-ce juste un exutoire inoffensif pour ceux qui ne parviennent pas à trouver la paix dans leur vie quotidienne ? Beaucoup de ces questions sont évoquées par ce tome 1, et on attend de voir comment Tsutsui développera toutes ces thématiques, et si il parviendra à rester en équilibre sur ce sujet glissant.

Comme habituellement, le mangaka se révèle plutôt dur et mordant avec la société japonaise – et par extension la nôtre. Il y décrit un monde noir, injuste et qui ne pardonne pas à ceux qui ne disposent de ni pouvoir ou ni argent. On retrouve donc quelques scènes d’une réelle cruauté psychologique et qui ne donnent pas le bon rôle aux patrons et autres personnes importantes. Celles-ci sont décrites systématiquement comme intéressées uniquement par le profit ou abusant de leurs pouvoirs au moindre mécontentement. Si ces scènes servent surtout à développer Paperboy, ça frise parfois la caricature et le surabus de pathos – la seule fausse note de ce premier tome.
Graphiquement, on notera peu d’efforts faits sur les décors, souvent limités au strict nécessaire, l’auteur préférant se concentrer sur les personnages et leurs expressions faciales, réussies. Le découpage est efficace et l’adaptation française se révèle réussie, rendant la lecture fluide et d’autant plus intense.
Ce premier tome de Prophecy est donc une bonne lecture, qui intéressera surtout ceux qui cherchent une réflexion sur l’impact des réseaux sociaux en plus d’une œuvre adulte, documentée et assez intense auquel on ne pourrait lui reprocher qu’un cynisme un peu trop dégoulinant.
Du 29 juin au 8 juillet 2012, pour fêter la venue de Tetuya Tsutsui à Japan Expo 13e Impact, nous vous faisons gagner 3 exemplaires du tome 1 de Prophecy, via notre jeu-concours. Participez dès maintenant !
Article écrit par Damien « Amo » Bandrac
Visuels © Tetsuya Tsutsui / Ki-oon

