Interview avec Natsumi Aida en mode « off »

Cela fait plusieurs mois que Natsumi Aida nous fait rire aux éclats avec son manga Switch Girl!!.
L’auteure y met en scène avec humour et justesse Nika, une lycéenne qui se démène pour conserver les apparences d’une jeune femme parfaite et très propre sur elle en public mais qui laisse parler sa vraie nature de mémère à lunettes chez elle. L’arrivée d’Arata dans sa vie va bouleverser son mode on/off. Laquelle d’entre vous ne se reconnaît pas dans cette histoire ?
Lors de la 13e édition de Japan Expo, il nous a été donné l’occasion de rencontrer la mangaka, celle qui est à l’origine de ce récit toujours drôle après 16 tomes (en France, paru chez Akata).
La jeune femme ne souhaite pas qu’on la prenne en photo mais rien ne nous empêche de vous la décrire. C’est en mode « on » qu’elle nous a accueilli dans son hôtel parisien. Droite, extrêmement polie et bienveillante, elle est vêtue d’un yukata de couleur bleu avec des fleurs. Une belle et énorme fleur rose et blanche est fixée dans ses cheveux coiffés en carré plongeant. On l’imagine quelques heures plus tôt avec des bigoudis plein la chevelure et un vieux t-shirt délavé et troué !
Journal du Japon : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer le personnage de Nika dans Switch Girl!! ?
Natsumi Aida : J’avais déjà proposé des planches de manga à mon éditeur mais il trouvait que ce n’était pas assez personnel. Je me suis donc remise en question. Je me suis posée et j’ai réfléchi. J’ai finalement créé une histoire basée sur ma propre expérience, sur ma vie et mon environnement.

Dans votre one shot C.L.A.S.S. sorti en France le 13 juin dernier, le ton est plus sérieux que dans Switch Girl!!. Vous mettez en scène un groupe d’élèves brimés pour leur apparence. C’est inspiré de votre expérience aussi ?
J’ai complètement imaginé cette histoire. Mais c’est vrai qu’au Japon, les adolescents qui sont passionnés par le manga ou qui projettent d’en faire sont vus comme des gens sombres et glauques et sont exclus. En cela, j’ai peut-être exprimé quelque chose que j’ai connu.
Le succès du manga Switch Girl!! est en partie dû à son humour parfois grossier s’adressant au départ à un public japonais. Comment expliquez vous le fait qu’il plaise également au public français ?
À vrai dire, au Japon il y a des blagues qui ne passent pas. Pas forcément parce que c’est trop vulgaire. Je ne pense pas que ça soit lié à la culture d’un pays, mais au sens de l’humour de chacun. (Rires)
Vous donnez à vos personnages un aspect caricatural (notamment Queen Guenon). D’où vous vient ce goût pour la parodie ?
C’est naturel. J’ai toujours aimé faire des blagues depuis toujours. Je ne m’inspire de rien en particulier.

Dans Switch Girl!!, on parle de mode, avez-vous fait des recherches sur ce thème pour être plus pointue ?
Natsumi Aida : Je n’ai pas fait de recherche pour l’écriture de ce manga. Mais quand j’étais étudiante, j’ai beaucoup suivi les magazines de mode, une habitude que j’ai gardé.
Nika met tout en œuvre pour se montrer sous son meilleur jour. Pour Arata c’est le contraire. Il préfère être apprécié pour ce qu’il est et donc s’enlaidit. Y a-t-il une leçon à retenir de votre manga sur les apparences ?
On est tous complexés, on a tous une part de nous-même qu’on n’accepte pas mais il faut s’affirmer au-delà de ça, ne pas voir que le physique et apprendre à s’accepter comme on est, prendre du recul par rapport au regard des autres.

Est-ce que vous penser que tous les codes de conduite, les critères de beauté imposés dans la société rendent les relations humaines plus difficiles ?
Je ne sais pas pour les étrangers mais au Japon les gens attendent des autres la perfection… J’espère redonner espoir aux lectrices avec mes personnages. Ou les pousser à voir au-delà des règles.
Dix-neuf tomes sont publiés au Japon, seize en France, est-ce que vous pensez avoir tout exploité dans votre histoire ?
Il y a peut-être encore des thèmes à approfondir, je les rajouterai sans hésiter, même si je pense avoir fait le tour. Je suis plutôt contente de ce que j’ai fait jusque-là.
À quoi ressemblez-vous en mode « off » ?
Même dans une ville comme Paris, je me lâche. Je voulais dormir en culotte, mais je me suis dit – avec la chaleur – que si jamais il y avait un incendie et que je devais sortir en urgence, il valait mieux que je mette un t-shirt ! (Rires)

Remerciements à Natsumi Aida pour sa gentillesse et aux Éditions Akata-Delcourt.

