[Interview – Spéciale Eurocks] « les japonais ont une manière bien à eux d’assimiler la musique ! »

Suite à notre première interview avec Mme Yamada, nous continuons la présentation du projet inédit « 2 LANDS OF RISING ROCK » : trois artistes japonais viendront jouer aux Eurocks (The Bawdies, Bo Ningen et Seiho) tandis que trois artistes français fouleront le sol japonais aux Summer Sonic (The Dø, Carbon Airways et Valy Mo).

Cette fois, ce sont M. Jean-Paul Roland, directeur du festival des Eurockénnes, et Kem, responsable de la programmation, qui se plient à l’exercice. Visiblement passionnés par leur métier et toujours partants pour un échange musical, les deux hommes nous présentent avec fierté ce partenariat, une première pour les festivals français, mais on l’espère, pas une dernière  !

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Bonjour à tous les deux ! Pourriez-vous présenter votre parcours à nos lecteurs ?

M. Jean-Paul Roland : Je suis le directeur d’une association qui s’appelle « Territoire de Musiques », basée à Belfort et dont la principale activité est l’organisation du festival des Eurockéennes. Nous avons également d’autres productions et opérations culturelles dans notre région.

Kem : Et moi je suis responsable de la programmation du festival des Eurockéennes avec plusieurs personnes. Je m’occupe aussi du festival « GéNéRiQ » qui est un événement lié aux Eurocks. Enfin, je pilote avec Jean-Paul l’opération « Iceberg » qui gère l’échange et l’accompagnement expérimental de jeunes talents franco-suisse.

Comment le projet d’échange avec le Summer Sonic est venu à vous ?

JPR : Assez simplement en fait puisque juste après les Eurockéennes 2014, Yoko Yamada est venue vers nous pour nous proposer cet échange. Nous avions déjà fait cela par le passé avec des pays européens, américains, sud-américains, etc. Habituellement, ce sont plutôt des rencontres : quand nous nous rendons sur place, et qu’on sent un bon esprit, le partenariat se déclenche de lui-même. Là c’était un peu différent puisqu’on ne connaissait pas vraiment le festival, juste de nom. On a trouvé l’idée plutôt intéressante, en tout cas on y voyait un intérêt.
Ce qui nous a plu en particulier, c’était le fait que ça soit autour de l’émergence. Nous nous sommes accordés autour de ce point car l’idée n’était pas « on va vous envoyer le gros mastodonte français et vous nous enverrez le poids lourd japonais ». C’est d’ailleurs un point commun que nous avons avec l’ensemble des personnes avec qui nous collaborons, notamment l’Institut Français. Le fait qu’ils pensent à nous pour ce projet a été une sorte de reconnaissance, et nous en étions très heureux.

Vu que c’était la première fois que vous travailliez avec des japonais, comment avez-vous appréhendé la mise en place de l’opération ?

JPR : Même si nous avons accueilli des groupes japonais par le passé (Polysics et The Pascals en 2006, NDLR), c’était effectivement la première fois que l’on faisait ce type d’opération.

Ce qui nous a peut-être un peu rendu sceptique au départ, c’est qu’on ne connaissait pas le festival. Mais je ne vous cache pas que nous y avons trouvé un intérêt certain, notamment pour les groupes que nous avions envie d’envoyer là-bas : ceux-ci sont  proche des Eurocks parce qu’on les accompagne, parce qu’ils ont fait leur première scène là ou bien parce que ce sont des locaux.
Et puis d’être avec un festival aussi éloigné. Le plus lointain pays jusqu’à présent était la Colombie, avec qui nous avions fait un échange.  Donc là, c’était encore plus loin, avec une culture très différente… Mais au final cet éloignement-là nous a intéressés.

Justement au niveau culturel, est-ce vous avez rencontré des difficultés ?

Kem : Disons que comme nous sommes des festivals assez similaires avec un gros pourcentage pop-rock, on s’est tout de suite bien entendus. Au niveau de la musique, on avait à peu près les mêmes idées sur l’envie de faire découvrir de leur côté, la scène japonaise et nous inversement. J’ai trouvé que c’était assez carré en fait, les choses ont été claires très rapidement entre nous. On s’est très vite mis d’accord sur la manière d’échanger, de communiquer. On est partis du principe qu’on faisait pareil chacun de notre côté.

JPR : Ce qui était aussi intéressant, en tout cas pour moi quand j’y suis allé, c’est qu’assez rapidement, on a vu qu’on pouvait servir au Summer Sonic de terrain d’exposition, mais peut-être même au-delà de 2015. Pourquoi  ne pas créer de nouvelles aventures en one shot ? Pas forcément en festival, ou dans d’autres contrées que la France. Ça c’est des discussions aussi qui pourront, à mon avis, permettre de considérer que ce qu’il y aura en 2015 c’est peut-être la première étape à d’autres échanges ! On a eu des choses assez concrètes, sur lesquelles on a pu, je pense, s’entendre.
Bon après, le Japon, ce n’est pas la Belgique (Rires), il nous a fallu beaucoup de temps pour voir et apprécier comment les choses marchaient, mais comme l’a dit Kem, le fait qu’on soit tous dans le milieu du rock facilite les choses et l’aide de Yoko nous a été précieuse pour ne pas commettre d’impair sur ce qu’il fallait ou ne fallait pas faire… ne pas planter les baguettes dans le riz par exemple ! (Rires)

Kem : Quand je suis parti au Japon pour voir les groupes, elle était avec moi tout le temps, donc elle a pu aussi me présenter etc. Si j’y étais allé seul avec mon bâton de pèlerin, ça aurait peut-être été un peu plus compliqué. (Rires)

Est-ce que vous écoutiez beaucoup de la musique japonaise avant cet échange ?

Kem : Alors beaucoup non, mais j’étais quand même assez attentif à ce qu’il se passait là-bas. J’écoute de la musique au sens large sans vous dire « bah je me focus sur la musique japonaise », mais c’est vrai qu’il y a des groupes qui m’ont toujours marqué comme Tokyo Ska Paradise Orchestra, Polysics, ou les Pascals. J’ai toujours été attentif donc, je connais plus peut-être la scène noise comme Zeni Geva, Melt-Banana, toute cette scène-là m’intéressait beaucoup il y a quelques années. Je suis également friand de tout ce qui peut venir de l’électro comme DJ Kentaro. Je trouve qu’il y a toujours une certaine particularité dans la musique japonaise, enfin dans certains groupes : ils assimilent vraiment assez vite un petit peu tout, puis ils ressortent le tout d’une certaine manière qui n’est que la leur, et c’est ce qui m’a marqué sur certains groupes comme Polysics.

Qu’avez-vous pensé du public japonais lors de votre visite ?

Kem : J’ai trouvé ça super parce que les gens sont toujours à fond ! Ils ont des petites chorégraphies à chaque fois, c’est assez marrant ! Ils sont très réceptifs à ce que les groupes disent, il y a un gros répondant, on voit qu’ils s’amusent vraiment beaucoup.

Une anecdote particulière ?

Kem : Alors ce n’est pas vraiment une anecdote, mais c’était marrant, en fait pendant le festival, il y avait 4 européens ! (Rires) Ma copine et moi, puis le chanteur de Weezer avec un de ses acolytes car il faisait un groupe de reprises de musique d’animes version punk-rock qui s’appelle tout simplement Scott and Rivers, leurs prénoms respectifs. Alors évidemment ça a beaucoup plu aux japonais, et puis le chanteur de Weezer c’est quand même une grosse star ! Il parle couramment japonais en plus car sa femme est japonaise, donc c’était assez marrant !

Ces partenariats avec d’autres festivals, c’est récurent ou bien c’était à chaque fois des occasions ?

Kem : Plutôt des occasions.

JPR : ça peut être multiforme.

Kem : On a toujours eu ça en fait. A un moment on en a eu un avec la Chine : on a été sensible à des groupes chinois qui nous avaient été proposés. Il y a également eu des petites histoires avec le festival GéNéRiQ et les Eurocks. Nous avons eu aussi la Réunion, le Canada, le Danemark… donc c’est vrai que nous y sommes assez sensible mais il n’y a pas de figure imposée, il faut qu’il y ait avant tout une rencontre humaine, qu’il se passe des choses dans le pays qui nous propose ça.

JPR : En général c’est un focus, c’est-à-dire d’avoir quelques groupes qui permettent d’avoir une vision sur la musique. Au Japon c’est le cas, il y aura trois groupes qui vont se succéder, entre le groupe très noise, très électro, ou rétro/revival… donc c’est comme un panorama, et en même temps de ne pas avoir non plus des choses caricaturales du pays. Donc pour nous, même si Kem y est allé, il y avait une confiance entre les groupes que Creativeman voulait promouvoir et puis nous de notre côté des groupes qui nous étaient proches. L’idée c’est aussi d’amener un esprit de chaque festival, d’échanger un peu de cet esprit. C’est ça qui est intéressant plutôt que d’avoir juste des groupes qu’on aurait pu nous-mêmes faire venir.
D’ailleurs si je peux ajouter un point important, en fait je pense aussi, et je le dis souvent aux médias car ceux-ci mettent souvent en avant la concurrence des festivals, la multiplicité, les gens qui se battraient comme des forcenés, je pense que c’est aussi un exemple qu’on montre tout le temps : il y a quand même des collaborations qui existent et c’est gratuit. Personne ne va gagner de l’argent directement parce qu’on fait trois groupes français, trois groupes japonais. Je pense que cette générosité de gros mastodontes tels que les festivals d’été de notre calibre, ça prouve quand même l’envie d’aller vers d’autres pays, le côté partageur, de montrer au public d’autres choses, et puis en même temps d’être intéressé par l’émergence et pas simplement par les gros poids lourds.

Justement par rapport à la sélection des groupes, c’était sur ces critères là finalement que vous les avez choisis ?

Kem : En fait pour la sélection des groupes, je suis allé au Countdown Japan Festival à Tokyo. Il y avait à peu près 250 groupes japonais, et c’était le meilleur moyen de m’immerger dans cette scène japonaise qui va dans tous les sens, aussi bien le métal que la J-pop, enfin il y avait vraiment de tout, et donc d’aller puiser là-bas et de trouver les groupes.
J’avais déjà quelques idées avant mais je pensais que c’était plus intéressant de plonger là-bas et de voir véritablement ce qu’il s’y passait. Et donc bon, je n’ai pas pu voir les 250 groupes évidemment (Rires) mais Yoko me conseillait un peu en me guidant vers les groupes intéressants. J’ai pu en voir une cinquantaine, et là dedans trois sont ressortis très rapidement. J’en ai parlé à Jean-Paul, mais j’ai tout de suite dit à Yoko que ces trois groupes là étaient sortis très vite : Seiho en électro, The Bawdies qui est un énorme groupe là-bas et qui avait fait un show monumental, et enfin mon premier choix que je n’ai malheureusement pas pu ramener, Maximum The Hormone.

Ceux-ci ne souhaitent pas faire de concerts cette année car la batteuse vient d’avoir un enfant, donc ils ont décliné l’offre, c’est mon gros regret. On est donc partis à la pêche à d’autres choses, et il y avait Bo Ningen, que je n’ai pas vu dans le Countdown mais bien avant, et que donc j’avais bien envie de faire.

JPR : Pour Maximum The Hormone, je pense qu’on est en train de voir, mais si on peut les récupérer dans notre festival GéNéRiQ pour l’année prochaine, ça nous intéresse vraiment. Comme le festival se fait sur plusieurs dates dans plusieurs villes, ça peut être intéressant.

Merci à vous deux !

Qu’en est-il de ces trois groupes ?

Trêve de bavardages, entrons dans le vif du sujet avec les trois groupes qui feront le voyage jusqu’à notre verte contrée.

Tout d’abord The Bawdies. Le groupe bénéficie d’une belle notoriété au Japon, où il porte avec brio les couleurs du rock sixties. Connu pour ses prestations électrisantes, The Bawdies est né en 2004 lorsque Roy Watanabe, chanteur et bassiste, découvre The Sonics, un garage band américain des années 60. Dès lors, la bande ne cessera de répandre la bonne parole du rock garage tout en y apportant une touche résolument moderne… et avec ce grain de folie japonaise si caractéristique ! Son troisième album, This Is My Story, sorti en 2009, se fera ainsi particulièrement remarquer, preuve s’il en est de la qualité de ce quatuor.
Si The Bawdies sera également de passage à la Boule Noire (Paris) le 05 juillet prochain, il reste certain que leur venue aux Eurockéennes reste un événement immanquable !

Nous retrouverons également Seiho, jeune artiste électro originaire d’Osaka. Seiho Hayakawa de son vrai nom est le fondateur des soirées électro INNIT (ou chaque artiste le voulant est en droit d’apporter sa propre musique, qui sera ensuite jouée), ainsi que du label Day Tripper qui aide les jeunes talents électro japonais à se faire connaître. Assez populaire dans les sphères underground, l’homme est comparé par le sacrosain Pitchfork à Ryan Hemsworth (lui-même fan de Seiho). S’inscrivant totalement dans l’ère du temps, sa musique, moderne, est captivante, fraîche et aérienne, mêlant sans vergogne R’n B et pop. Un bon moyen de terminer en beauté sa journée aux Eurocks.

Enfin, terminons avec Bo Ningen. Officiant depuis quelques années à Londres, ce groupe d’acid-punk a fait ses lettres de noblesse en Europe aux côtés de groupes comme Savages. Noisy, psychédélique à souhait, cette explosion de sons s’inscrit dans la lignée de groupes comme Boredoms, digne héritiers d’un son amenant sans nul doute à la transe. Véritable expérience, leurs lives sont unique, une véritable claque. A ne rater sous aucun prétexte !

 

Retrouvez toutes les informations sur les groupes sur le site des Eurockéennes.

Remerciements à Emeline Michaud, Hervé Castéran, ainsi que Mme Yamada, M. Roland et Kem pour leur disponibilité.

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9 réponses

  1. 15 juillet 2015

    […] nous vous en avons longuement parlé à l’occasion de deux interviews (ici et là), le festival des Eurockéennes de Belfort s’était associé cette année au Summer Sonic […]

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