Le Japon, terre méconnue de la boxe anglaise

Si le Japon est, entre autres, connu dans les pays occidentaux pour ses arts martiaux et le sumo, on n’imagine pas forcement que les Japonais auraient un quelconque intérêt pour la boxe anglaise, et pourtant…

Boxe Japon

Le peuple nippon a toujours porté une considération accrue envers les guerriers en faisant d’eux des demi-dieux, ce qui fut le cas également dans nos pays à l’époque dite du Moyen-Age où les bardes décrivaient les héros comme des géants invincibles. Il suffit de prendre l’exemple de notre bulldog français, Jérôme Le Banner qui, lors d’une finale de K-1 se déroulant au Japon en 2002, l’opposant à Ernesto Hood, continua de combattre malgré une sérieuse fracture du bras. Combat qu’il finit évidemment par perdre mais qui forgea à jamais son image de guerrier pour la France et de légende pour le Japon.
Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autre. Il suffit de s’intéresser à la littérature japonaise pour constater qu’elle est truffée de référence guerrière imposant aussi bien une maitrise physique que spirituelle. Le Hagakure (guide destiné aux guerriers et écrit par Jōchō YAMAMATO, ancien samouraï) en est la synthèse parfaite.

 

Et la boxe anglaise dans tout ça ?

Le Japon c’est 1340 boxeurs professionnels (à titre de comparaison, en France, il y en a 444). Le Japon c’est actuellement 5 champions du monde (à titre de comparaison, en France, il y en a 0).
Ce qui fait du pays du Soleil-Levant l’une des nations les plus représentées sur la scène mondiale. Nous pouvons donc citer :

Naoya INOUE

Naoya INOUE

Ryuya YAMANAKA, champion du monde des poids pailles (-47,6kg) WBO depuis août 2017 en battant son compatriote Tatsuya FUKUHARA.
Hiroto KYOGUCHI, champion du monde des poids pailles IBF depuis juillet 2017.
Ken SHIRO, champion du monde des poids mi-mouches (-49kg) WBC depuis mai 2017
Sho KIMURA, champion du monde des poids mouches (-50,8kg) WBO depuis juillet 2017.
Ryosuke IWASA, champion du monde des poids super-coqs (-55,3kg) IBF depuis septembre 2017.

Il est ainsi, nullement étonnant, que de retrouver deux boxeurs japonais dans le classement des dix meilleurs de l’année 2016. A savoir, Naoya INOUE (photo de droite) : 16 combats / 16 victoires / 14 par KO), champion du monde poids super-mouches (-52,2kg) WBO de septembre 2014 à mars 2018 (titre qu’il a lui-même abandonné afin de passer en poids coqs) et Shinsuke YAMANAKA, champion du monde poids coqs (-53,5kg) WBC de novembre 2011 à août 2017.

Comme vous pouvez le constater, l’ensemble de ces boxeurs sont dans des catégories légères. En effet, la morphologie japonaise fait qu’il n’y a pas – ou très rarement – de boxeurs nippons dans les poids lourds.

 

La boxe dans les mangas

Il va sans dire que la bande dessinée japonaise ne fait pas exception à cette passion pour le Noble Art.

Ashita no joe

Ashita no joe

Commençons par le commencement en nommant Ashita no Joe qui a vu le jour en 1968 dans le Weekly Shōnen Magazine. Le manga raconte l’histoire d’un certain Joe Yabuki, 15 ans, jeune orphelin et bagarreur n’ayant aucun respect pour l’autorité et les autorités. Après un passage en prison, il découvre la boxe et décide de s’y consacrer.

Bien plus qu’une simple référence dans le manga de boxe, il s’agit d’une icone mondiale dans la bande dessinée. L’œuvre de Tetsuya CHIBA c’est plus de 16 millions d’exemplaires vendus, ce sont des clins d’œils dans d’autres mangas eux aussi célèbres (Bakuman, JoJo’s Bizarre Adventure, 20th Century Boys, Berserk, Food Wars…), c’est un titre à jamais culte en seulement 13 volumes.

Mais ce n’est pas tout, pendant la Guerre du Viêt Nam, le 31 mars 1970, l’armée rouge japonaise détourna un avion pour protester contre le rôle du gouvernement japonais dans l’aide apportée à l’armée américaine. Les preneurs d’otages ont alors lancé à l’intention des médias « Nous sommes Ashita no Joe ».

Hajime no ippo

Hajime no ippo

Comme autre manga de boxe incontournable nous ne pouvons citer que Hajime no Ippo de Georges MORIKAWA. S’il a débuté également au Weekly Shōnen Magazine, cela s’est fait plus de 30 ans plus tard, en 1989 plus exactement. Un manga nettement plus long cette fois-ci, vu qu’il ne totalise pas moins de 119 volumes. 
Le caractère d’Ippo est à l’opposé de celui de Joe. En effet, le jeune lycéen de 16 ans est réservé et timide, n’a pas d’amis et se fait souvent brutaliser par une bande de voyous. Alors, qu’un jour, il se fait sauver par un boxeur, Ippo se découvre une nouvelle passion qui le mènera jusqu’à la boxe professionnelle. Enfin, ce sont des combats épiques, brutaux et intenses.

Les deux mangas que nous venons de nommer sont les plus célèbres. Cependant, il y en existe d’autres bien que nettement moins connus par le public francophone. Ainsi, nommons :
Gonta ! qui ne contient que 5 volumes et qui a été créé en 2005 par Katsutoshi MORITA. Le héros, Umeboshi KINYA, est une terreur qui adore se battre mais un jour il atterrit dans une salle de boxe et découvre qu’il y a peut-être plus fort que lui.

Katsu ! relate une romance entre une boxeuse et un boxeur au même prénom, Katsuki. Le manga de Mitsuru ADACHI est sorti en 2002 et se déroule sur 16 volumes.

One-Pound Gospel ou Ichi-Pondo no Fukuin est un manga de Rumiko TAKAHASHI en 4 volumes dont la publication a débuté en 1989. Le personnage principal, Kosaku HATANAKA, est un boxeur de 19 ans avec un grand appétit ce qui le force à faire des diètes avant les combats. De plus, il est amoureux d’une nonne, sœur Angela.

Ring ni kakero premier grand succès de Masami KURUMADA (auteur également de Saint Seiya, de B’t X et de Fūma no Kojirō). Le manga débuta en 1977 et contient 25 volumes. Ceci dit, un Ring ni kakero 2 sorti en 2000 comportant 26 tomes, ce qui fait un total de 51 volumes. Le personnage central, Ryuji TAKANE, fils d’un ancien boxeur professionnel disparu, enchaine les combats à force de volonté et par le biais de son légendaire crochet du gauche. Nous y retrouvons certaines recettes qui ont fait le succès de Saint Seiya.

Boys of the Run connu son début de publication à la fin de l’année 2005. Le manga de Kengo HANAZAWA comprend 10 volumes et permet de suivre un vendeur maladroit, pour ne pas dire pittoresque, éperdument amoureux d’une jolie jeune femme. Toutefois, il a un rival qui finit par sortir avec sa bien-aimée. Il décide de se mettre à la boxe pour défier son ennemi et espérer conquérir le cœur de la belle.

Riku-do dont la parution débuta en 2014 et qui est encore en cours actuellement, ayant comme auteur Toshimitsu MATSUBARA. Soyez prévenu, il s’agit là d’un manga particulièrement sombre. Riku boxe le corps de son père qui vient de se suicider afin de se venger des coups qu’il a reçus et tue l’amant de sa mère, un dealer qui la maltraitait. Finalement, le jeune héros finit par se consacrer à la boxe pour protéger ceux qu’il aime.

Racaille Blues, manga furyô de Masanori MORITA, ayant eu un grand succès au Japon, vu sa naissance en 1988 et comprend 42 volumes. Le héros se nomme Taïson MAEDA (prononcez Tyson), a 16 ans et étudie au lycée Teiken (ce qui signifie poing impérial en japonais). Vous y trouverez de la baston, des filles, de l’amour, de l’amitié, de l’honneur, du respect et de l’humour.

 

La boxe dans les films et dramas

Pour continuer dans notre thématique, évoquons dorénavant la boxe dans les films et les dramas japonais. Nous allons y retrouver, par ailleurs, plusieurs noms cités précédemment.

One-Pound Gospel

One-Pound Gospel

One-Pound Gospel, en plus du manga, a également été diffusé en drama, en 9 épisodes.

Racaille Blues a lui aussi été adapté en série télévisée japonaise que vous trouverez plus facilement sous le nom de Rokudenashi Blues (qui est le nom original du manga), il contient 12 épisodes.

Ashita no Joe a eu le droit à sa version cinématographique, en 2011, d’une durée de 2h11.

Boys of the Run que nous avions déjà retrouvé dans la catégorie mangas. S’il est totalement méconnu du public francophone, cette œuvre a une certaine notoriété au Japon vu qu’il a été réadapté en drama mais également en film. Le drama fut diffusé en 2012 et contient 9 épisodes. Le film, quant à lui, est sorti en 2010.

Kids Return, film du célèbre réalisateur Takeshi KITANO, ayant connu une première sortie en 1996 avant de connaitre une version restaurée en 2017. Ce film de 1h47 retrace la vie de deux jeunes amis n’aimant pas la vie lycéenne, l’un tombant dans les milieux malsains de la rue et des yakuzas et l’autre se sauvant par le biais de la boxe.

Tokyo Fist est un film sortie en 2001 et qui dure 1h27. L’œuvre de Shinya TSUKAMOTO retrace l’histoire de Tsuda YOSHIHARU, salaryman, prit dans la torpeur tokyoïte. Suite à son agression provoquée par un ancien ami d’enfance devenu boxeur semi-professionnelle, qu’il suspecte en plus d’avoir une relation avec sa femme, notre homme d’affaire décide de se mettre à la boxe pour prendre sa revanche.

100 yen love

100 yen love

100 Yen Love, dont nous vous parlions ici plus en détail, fut nommé pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère lors de la 88e cérémonie des Oscars qui a eu lieu en 2016. Ce film de 113 minutes, réalisé par Masaharu TAKE, expose la vie d’Ichiko, 32 ans, qui travaille dans un 100 Yen Shop et qui tombe amoureuse de Yuji KANO, boxeur, qui est un client régulier de son magasin. Elle se rapproche de plus en plus de lui avant d’être entraînée dans le milieu de la boxe à son tour.

Love Fight, œuvre d’Izuru NARUSHIMA, d’une durée de 2h06. Ce film nous plonge dans l’histoire de Minoru, un garçon chétif, qui est sans cesse protégé par sa meilleure amie Aki. Exaspéré par cette situation, il décide de s’inscrire dans un club de boxe afin de devenir plus fort. Ceci dit, Aki devient obsédée par ce sport et décide également d’en faire.

Koneko no Namida retrace la vie du grand boxeur japonais Eiji MORIOKA (décédé le 9 novembre 2004) à travers les yeux de sa sœur. Il s’agit donc là d’une histoire vraie. Le film est sorti en 2008 et dure 1h37. Eiji est une légende, au Japon, pour avoir décroché la médaille de bronze lors des Jeux olympiques de Mexico en 1968, dans la catégorie des poids coqs.

 

La boxe, ses héros et ses drames

La boxe anglaise au Japon mérite, au moins, tout autant qu’ailleurs le titre de Noble Art où il y règne une véritable dévotion pour ces guerriers des temps modernes. Chaque sportif nippon remportant une médaille lors de JO (peu importe la discipline) devient une véritable célébrité. D’autres, comme Ryōta MURATA (14 combats / 13 victoires / 10 par KO / 1 défaite) par exemple, ayant remporté la médaille d’or en boxe lors des Jeux de Londres en 2012, catégorie poids moyens (-73kg), est devenu à jamais un héros national.

Ryota_Murata

Ryota Murata

Enfin, la boxe, c’est également des drames. Depuis la création de la commission, en 1952, ce sont 38 boxeurs japonais décédés au combat. Le dernier en date est Tesshin OKADA, disparu à l’âge de 21 ans, le 6 janvier 2014. Il est tombé lors du quatrième round et ne s’est jamais relevé. Eux aussi, je présume, méritent leur titre de demi-dieu.

Tesshin OKADA

Tesshin OKADA

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