Je choisirai la voie du vent : une quête des origines pour se construire

Paru aujourd’hui, le 17 mars, le nouveau roman de Régine Joséphine, aux éditions Marabout, Je choisirai la voie du vent est un récit qui sait mêler les époques (celles de la Seconde Guerre Mondiale et le présent) mais aussi nos deux pays, le Japon et la France. L’autrice puise dans son métier de professeure des écoles à Annecy pour écrire un roman jeunesse d’une professeure novice, Colombe, en pleine quête identitaire.

Qu’est-ce qui unit un jeune pilote japonais kamikaze et la Française Colombe ?

Une Je choisirai la voie du vent

 

La voie du vent d’un jeune pilote japonais

« Je voulais devenir le vent divin [NDLR : Kamikaze en japonais ; à l’origine, le terme se rapportait aux typhons qui ont protégé le Japon en détruisant les flottes ennemies lors des invasions mongoles de 1274 et 1281] vénéré par notre peuple, qui souffle la mort sur nos ennemis. Aujourd’hui, je sais que ma voie est autre. J’accepte ma mort si elle peut garder en vie ceux que j’aime. Bien sûr, on me maudira, on m’effacera des mémoires. Mon père niera le lien ténu qui me liait encore à lui. Pourtant je suis enfin en accord avec moi-même. Je choisis ma propre voie du vent. Plus besoin de feindre, de rendre des comptes à qui que ce soit, famille, amis, pays, Empereur même. »

Jeunes pilotes japonais Tokkōtai (unité d'attaque spéciale)

Jeunes pilotes japonais Tokkōtai (unité d’attaque spéciale) ©Getty Images / Hulton Archive

Le roman commence avec l’histoire du jeune pilote, Kiyoshi ANAKA, qui sera le fil rouge du livre. Le carnet noir contenant une mèche de cheveux laissé derrière lui permettra d’éclaircir les origines de Colombe… Mais avant de parler du présent, retour en janvier 1945 où il ne fait plus aucun doute que le Japon perdra… Les porte-avions japonais ont été anéantis. Les pilotes expérimentés ont disparu au cours d’âpres batailles dans le Pacifique. Pour défendre l’archipel, il ne reste plus que des avions dépassés. Les jeunes pilote formés en une semaine ne connaîtront qu’une mission-suicide ! Pour sauver ceux qu’il aime dont son meilleur ami, Kiyoshi ANAKA va sacrifier sa vie… mais non pas en percutant avec son avion un navire américain, mais sa base aérienne.

« Les Betty [NDLR : nom donné par les Alliés pour les bombardiers légers Mitsubishi G4M] volent à 7000 mètres, hors de portée, mais ne tarderont pas à lâcher les Okhas [NDLR : planeur monoplace, « bombe volante » conçue pour les opérations kamikaze, armé d’une ogive de 1 200 kg] serrés sous leur ventre comme des bébés meurtriers. Mes trop jeunes camarades pilotes mourront pour une cause perdue. La mienne au moins ne le sera pas. […] En quelques minutes, j’atteins les falaises puis survole les champs abandonnés et torpillés. Les stigmates de la guerre sont partout. La terre est labourée d’obus, les arbres sont déchiquetés et calcinés, les rochers explosés, les tranchées remplies de boue. La nuit, les collégiens des villages détruits creusent des trous pour y jeter les cadavres de la journée. »

Loin des clichés du kamikaze ultra patriotique donnant sa vie pour son Empereur, l’une des forces du récit est son réalisme historique. Loin de la propagande, de cette image de héros jusqueboutiste n’abandonnant pas et protégeant la mère-patrie, l’auteur décrit des jeunes gens normaux à qui il est facile de s’identifier. Ainsi, le lecteur peut se questionner sur ce qu’ils ont vécu, sur le bien fondé de cette tactique d’attaques-suicides, sur la pression du collectif (de la société et de la famille) au-dessus de son individualité…





 

Colombe, à la recherche de sa voie

Lyon, fin août 2016. Après une dépression nerveuse lors de sa formation de professeure, Colombe est de retour pour une seconde chance… Peu sûre d’elle et pas encore indépendante vis-à-vis de ses parents, la vingtenaire va quitter Lyon et s’émanciper de sa famille en découvrant son nouveau poste, sur recommandation de sa mère, dans l’école de Sainte-Croix, village perdu au beau milieu des montagnes que Elsa connaît bien pour y avoir enseigné il y a 20 ans. Elle découvre enfin l’identité de sa mère biologique qui lui a légué un carnet noir énigmatique écrit en japonais… A Sainte-Croix, elle pourra enquêter pour découvrir les étranges circonstances de l’accident mortel de Louise qui travaillait dans l’ancien moulin-bistrot du village. En faisant la rencontre de son collègue instituteur gothique mais aussi d’un bistrotier collectionneur de cuvettes de toilettes, la vie de Colombe va profondément changer.

Régine Joséphine

Régine Joséphine, autrice de nombreux ouvrages jeunesse ©Régine Joséphine

L’histoire de la jeune professeure des écoles est enrichie de l’expérience dans l’éducation nationale de l’autrice. On y (re)découvre le manque de moyens, les classes en campagne sur différents niveaux, la gestion du handicap et le manque d’AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire) pour encadrer des enfants autistes par exemple. D’ailleurs, la relation qui va se créer entre le petit Simon et Colombe est particulièrement réussie et touchante.

« L’enfant se tenait un peu plus loin, à la lisière des arbres, visiblement furieux. Quatre ou cinq ans, pas plus. Un petit brun au visage fermé, les pieds plantés dans des bottes trop grandes, qui considérait son anorak trempé d’un air douloureux. Folle de joie, Colombe se précipita pour le prendre dans ses bras.

– J’aurais pu te blesser ! Qu’est-ce qui t’a pris de te jeter devant la voiture ? Tu ne m’as pas vue ?

L’enfant se dégagea. Il frottait fébrilement son anorak du plat de la main en répétant d’une voix saccadée :

– C’est mouillé. C’est tout mouillé, faut enlever la veste.

Voilà ce qui lui importait alors qu’il avait failli passer sous ses roues ! […] Il s’était soudain mis à brailler en tirant son col d’un côté, son écharpe de l’autre. Colombe lui saisit les bras pour l’empêcher de s’étrangler. Il se dégagea, trébucha et sa vautra dans la boue. Catastrophe ! Ce gosse semblait possédé. Il griffait son cou dans ses tentatives pour se débarrasser de son vêtement. La terre qui le couvrait semblait le brûler. Sans plus réfléchir, Colombe le releva, lui arracha son anorak et le jeta à terre : Miracle ! Le gamin se tut. […] mais avant qu’elle ait pu ouvrir la bouche, l’enfant tourna les talons et s’enfuit. Le brouillard engloutit la petite silhouette. »

Si le personnage de Sagamore, gothique qui souffre des apparences, est peut-être le moins bien écrit, Milo, le gérant du bistrot ajoute une dimension à la fois comique et tragique avec les secrets de famille… Bien rythmé, l’écriture est fluide et agréable : le lecteur tourne vite les 350 pages au gré des révélations tout au long du récit. Avec de l’expérience en lecture, il est vrai que certains éléments du dénouement sont prévisibles, mais cela n’empêche nullement d’apprécier la fin. D’ailleurs, le livre ferait un excellent scénario pour un téléfilm !

 

Avec Je choisirai la voie du vent, Régine Jospéhine, autrice d’une trentaine d’albums et de romans pour la jeunesse, signe un récit de plus de 300 pages qui se dévore en une journée tant l’écriture est fluide et le rythme bien maitrisé. Grâce à son expérience de professeure des écoles, l’histoire de Colombe est réaliste et l’autrice nourrit son histoire avec, semble-t-il, des anecdotes d’enseignants… Le handicap est souvent absent et oublié dans la littérature. On apprécie donc encore plus la présence de Simon, élève pas comme les autres qui a une place assez importante dans le récit mais aussi dans le parcours de professeure de Colombe. Loin des clichés sur les kamikazes, Régine Joséphine explore enfin la psyché des pilotes et leurs motivations.

Kiyoshi Anaka et Colombe Delgrieux, deux jeunes à la recherche de leur voie : une quête identitaire qui ira au-delà des racines et des origines ! Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

David Maingot

Responsable Culture à JDJ et passionné de la culture et d l'histoire du Japon, je rédige des articles en lien avec ces thèmes principalement.

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