Osamu DAZAI : l’écorché vif

Connaissez-vous l’enfant maudit de la littérature japonaise, Osamu DAZAI ? L’auteur sombre et torturé de La déchéance d’un homme, qui s’est donné la mort quelques jours avant son trente-neuvième anniversaire, après plusieurs tentatives de suicide et ce, dès son adolescence ?

Né un jour de juin 1909 et retrouvé noyé le jour de son anniversaire en 1948, Journal du Japon profite du mois de juin et de la sortie d’une nouvelle traduction de Déchéance d’un homme pour revenir sur la vie et l’œuvre de ce célèbre auteur. Un écrivain dont le parcours atypique a fait couler sur lui autant d’encre qu’il n’en utilisait pour ses écrits.

Contexte historique et familial

Photographie en noir et blanc de DAZAI assis en tailleur sur un tabouret de bar.

DAZAI naît le 19 juin 1909 dans la région de Tsugaru (Aomori), sous le nom de Shuji TSUSHIMA. Onzième enfant à naître dans cette famille, sa mère a la santé fragile et son père – riche propriétaire et membre de la Chambre des pairs – est très peu présent : le jeune Shuji se retrouve principalement élevé par des domestiques. Doté d’une haute sensibilité et d’une fibre littéraire dès son plus jeune âge, sa vie prend un tournant décisif l’année de ses dix-huit ans : le grand écrivain Ryônosuke AKUTAGAWA qu’il admirait tant se donne la mort le 24 juillet en laissant pour seule explication ces deux mots Bon’yaritoshita fuan « vague inquiétude ».

Le jeune homme abandonne ses études, il s’oublie dans l’alcool et les femmes, dilapidant sa fortune et se rapprochant dans le même temps du parti marxiste japonais. Deux ans plus tard, il fera une première tentative de suicide, seul dans sa chambre, en ingérant une grande dose de somnifères. C’est la première tentative d’une longue série de comportements autodestructeurs causés par un mal-être permanent, la sensation de ne pas être à sa place, le rejet de la classe sociale dans laquelle il est né, une sensibilité extrême dans son rapport au monde…

Le futur écrivain entreprend des études de littérature française à l’université impériale de Tôkyô, mais il abandonne vite et se fait expulser de sa famille pour s’être enfui avec une geisha dont il est tombé amoureux, et qui deviendra bientôt sa femme. Entre temps, il tente une seconde fois de se tuer, sur une plage de Kamakura, avec une jeune femme qu’il connaît à peine. Elle meurt, lui est sauvé par des pêcheurs. Autre événement marquant de sa vie qui laissera une trace indélébile de culpabilité dans son cœur.

Dandy alcoolique et séducteur, tombé dans la drogue et auteur talentueux, DAZAI partagera son quotidien avec plusieurs femmes au cours de sa vie et laissera derrière lui quatre enfants, dont la future écrivaine Yûko TSUSHIMA. Ses relations avec sa famille sont également entrecoupées, faites de rejets et de rapprochements entre chacune de ses frasques.

Écrivain de la jeunesse, écrivain du désespoir

Si sa vie tourmentée, qui fut largement médiatisée par les journaux de l’époque, a joué un grand rôle dans l’aura qui plane autour de lui – au point que de nombreux Japonais le connaissent davantage comme un personnage qu’un auteur – ses talents d’écrivains sont incontestables et l’ont amené à devenir l’un des auteurs japonais les plus étudiés et lus.

C’est en 1933 qu’il prend le nom de plume d’Osamu DAZAI, avec lequel il signe sa nouvelle nommée Le train (en français dans Cent vues du mont Fuji). Parmi sa centaine d’œuvres, presque tous sont écrits à la première personne du singulier et sont semi-autobiographiques. Ils se rapportent au courant littéraire dit buraiha, l’école décadente : un style construit en opposition aux courants littéraires d’avant-guerre, qui exprime le désœuvrement d’hommes et de femmes subissant les conséquences traumatiques de la guerre mondiale. Le lecteur y suit des anti-héros perdus et plongés dans la débauche, qui n’ont plus de but dans leur vie, ni d’espoir. Parmi les autres grands auteurs de ce courant, nous trouvons par exemple Ango SAKAGUCHI, Jun ISHIKAWA et Kazuo DAN.

Non dénuées d’humour et de métaphores, les œuvres d’Osamu DAZAI sont pour la plupart très pessimistes, laissant transparaître sa vision désespérée du monde et ses tendances suicidaires. Il est cependant impossible de les rassembler toutes sous une seule étiquette : les thèmes et le style choisis varient d’un texte à l’autre et il serait par exemple bien difficile de classer de la même manière Déchéance d’un homme, Cours Melos ! et Le train.

Ningen Shikkaku : son œuvre phare

La vie d’un bouffon à fleur de peau

« Ningen Shikkaku » : la disqualification de l’être humain, plus communément traduite par (La) Déchéance d’un homme. Sa dernière œuvre achevée, la plus sombre et peut-être aussi la plus inspirée de sa vie réelle, celle qui laisse le mieux transparaître sa vision du monde. Une œuvre torturée, sans espoir, qui fait écho aux ténèbres les plus profondes de nos cœurs. De nombreuses fois traduite et retraduite, elle a été publiée par Gallimard pour la première fois avant de ressortir cette année avec une nouvelle traduction chez Les Belles lettres, tandis les éditions Imho vont en sortir une troisième version dans les mois à venir. Il va sans dire que ce livre a tout naturellement fait l’objet d’innombrables adaptation en films, dessins animés, manga, etc.

Nous devons à Didier CHICHE la nouvelle traduction publiée par Les Belles Lettres. Suivi d’un texte inachevé – le tout dernier de l’auteur, Goodbye – ce bel ouvrage nous permet de (re)découvrir DAZAI dans une langue particulièrement fluide.

J’ai le sentiment d’être, depuis que j’ai vu le jour, un marginal ; et quand je rencontre quelqu’un que la société catégorise comme tel, je sens toujours mon cœur s’attendrir profondément.

Déchéance d’un homme narre la vie de Yôzô ÔBA, racontée à la première personne via un mécanisme littéraire fort intéressant : le prologue et l’épilogue donnent l’illusion d’avoir été directement rédigés par l’auteur – qui tombe sur les carnets de ce dénommé ÔBA – tandis que le corps de l’histoire se découpe dans ces trois carnets. DAZAI s’éclipse ainsi derrière la fiction en se donnant le rôle de celui qui publie simplement les carnets d’un inconnu. Un inconnu alter ego, qui a toujours eu l’impression de jouer sa vie derrière un masque. Ce masque est celui d’un bouffon qui permet de cacher sa peur des autres. Yôzô est celui qui montre un sourire de pitre pour cacher son cœur torturé, il souffre en silence des violences qu’il subit enfant et de l’hypersensibilité qui le ronge.

Un sentiment d’être en dehors du monde, incapable de comprendre les autres et de se reconnaître comme un « humain ». S’ensuit l’alcool, les drogues, le sexe, les tentatives de suicide dans la spirale de souffrance. Une œuvre de fiction, donc, mais où nous pourrions dire que l’auteur laisse voir son cœur mis à nu et fait ses confessions d’un masque, pour reprendre respectivement les mots de Charles BAUDELAIRE et de Yukio MISHIMA. Empathie, colère, peur, dégoût… Nombreux sont les sentiments qui peuvent tour à tour naître chez le lecteur, mais une chose est certaine, Yôzô ne peut laisser personne indifférent. Avec sa part de révolte, de souffrances et de questionnements, il parle à chacun de nous, d’une manière ou d’une autre. Qu’on l’adore, qu’on le déteste, qu’il nous terrifie ou nous rassure, ce texte reste un chef-d’œuvre qui dépasse toutes les frontières.

Adaptations en manga

Penchons-nous maintenant sur deux adaptations en manga de ce monument littéraire.

Nous devons la première à Usamaru FURUYA, un mangaka né en 1968, influencé notamment par Kazuo UMEZU et Suehiro MARUO. C’est entre autre l’auteur de Le Cercle du Suicide, Litchi Hikari Club ou, plus récemment, de Je voudrais être tué par une lycéenne. Sorti aux éditions Imho, ce one-shot de plus de six-cent pages a la particularité de réactualiser l’œuvre originale. Servi par des dessins réalistes et sombres, l’histoire nous présente un Yôzô des temps modernes. Le premier et le dernier chapitre mettent en scène le mangaka en panne d’inspiration, qui cherche des idées pour sa prochaine œuvre et tombe sur le site internet autobiographie de Yôzô ÔBA.

FURUYA réussit le tour de force d’adapter fidèlement dans le propos le texte original, tout en nous plaçant sur un pied d’égalité avec les lecteurs contemporains de DAZAI : c’est notre monde actuel, notre société qui se reflète dans le regard désespéré du héros. Une œuvre poignante et résolument sombre, à lire avec le cœur bien accroché, même si le mangaka dit dans la postface avoir quelque adapté la fin car :

Le roman de Dazai (…) met le lecteur vraiment mal à l’aise. Il vous fait regarder en face l’horreur et la faiblesse de l’être humain et vous laisse dans un état de sidération. Pour être capable d’écrire avec un désespoir aussi absolu, il faut avoir une confiance totale en son propre talent d’écrivain, et avoir l’assurance qu’on est au bord de la mort. (…) Si vous lisez ce manga et pensez qu’il est désespéré, lisez le roman. Vous verrez alors ce que c’est que le désespoir, le vrai (…).

C’est tout naturellement que Junji ITÔ, le maître du manga d’horreur né en 1963, s’est également penché sur ce petit chef-d’œuvre de cruauté et de mal-être. Son adaptation en trois tomes – comme autant de carnets écrits par Yôzô – suis dans les grandes lignes le roman original tout en y ajoutant les codes de l’horreur.

Mais il y a bien pire que ces esprits… C’est surtout les vivants que je crains…

Cadavres bouffis, fantômes hideux et scènes crues se succèdent pour le plaisir des amateurs du genre : âmes sensibles s’abstenir. L’impact de la Seconde Guerre mondiale sur le mal-être prégnant chez DAZAI et les autres écrivains de l’époque est explicité par le mangaka, notamment à travers les hallucinations qui hantent Yôzô dans le dernier tome.

De la littérature à la musique

Un roman qui a donc inspiré de très nombreux autres artistes… Dont les jeunes membres (originaires de la même région que DAZAI) de Ningen Isu, un groupe de hard rock littéraire dont le premier album studio se nomme Ningen Shikkaku !

Pochette de Ningen Shikkaku

Kaeru ie ga nai / Nigeru michi mo nai / Ashita miru yume mo / Nai nai nai

Pas de maison où rentrer / Pas de chemin où fuir / Pas même un rêve de lendemains. / Je n’ai rien, rien, rien !

Kamisorin ga nai / Karumochin mo nai / Kubi kukuru imo mo / Nai nai nai

Pas de rasoir / Pas de Calmotin / Pas même de corde où glisser mon cou / Je n’ai rien, rien, rien !

S’époumone le bassiste-chanteur lors d’un des premiers passages en scène, sur un plateau de télévision, tandis que le titre est introduit par quelques phrases tirées du texte original.

Osamu DAZAI dans la culture populaire

Avez vous déjà entendu parlé de No Longer Allowed in Another World, récente parution de Kana signée par le mangaka Takahiro WAKAMATSU ?

Cette nuit-là, un homme et sa bien-aimée se rendent sur l’aqueduc de la rivière Tamagawa afin de mettre fin à leur vie. Mais un camion surgit de nulle part…
C’est à ce moment-là que cet homme, écrivain de métier, qui souhaite mourir va commencer à vivre une aventure fantastique dans un autre monde…

Couverture japonaise de Ningen Shikkaku

Signé par Takahiro WAKAMATSU, ce manga qui répond aux codes du genre isekai et qui est en cours au Japon, met en scène un personnage nommé Senseï qui ressemble en tous points à l’écrivain de la Déchéance d’un homme… L’une des nombreuses parodies de la vie tourmentée d’Osamu DAZAI, qui est bien souvent tournée en dérision dans la culture populaire japonaise.

C’est évidemment le cas dans le célèbre Bungo stray dogs de Kafka ASAGIRI et Sango HARUKAWA. Un manga ô combien connu au Japon et dans nos contrées, qui met en scène différents auteurs japonais, dont le fameux DAZAI. Personnage mystérieux, paresseux, rêveur et toujours souriant, c’est à la fois le beau gosse de la série et le bouffon qui fait rire à chaque page… car son passe-temps est d’essayer de se suicider.

La série animé est tellement connue qu’elle sert de couverture pour la Déchéance d’un homme dans sa version japonaise destinée aux étudiants…

Pour aller plus loin : recommandations littéraires

Lire Dazai avec les éditions Picquier

Nous devons aux éditions Picquier la parution en français de trois recueils de nouvelles d’Osamu DAZAI : Retour à Tsugaru (anciennement sorti sous le titre de Pays natal), Cent vues du Mont Fuji et Le Mont Crépitant. Trois livres, comme autant de facettes de l’écrivain. Tandis que le premier est un récit de voyage plein d’humour et d’émotion qui nous montre un nouveau visage – étonnamment apaisé – de l’écrivain, le deuxième rassemble des fictions au parfum autobiographique aussi mélancoliques que cruelles. Le troisième nous fait découvrir des contes populaires réinterprétés à travers la voix d’un homme qui les lit à son enfant dans un abri antiaérien.

Les contes japonais sont bien plus cruels que les mythes grecs... écrit-il dans ce dernier. « Momotarô « , « Le moineau à la langue coupée« , « Les Deux Bossus » ou « Urashimatarô » sont ici revisités par un homme plongé dans le tourmente de la Seconde Guerre mondiale, que l’on dit idiot mais qui a pourtant le don de raconter des histoires…

Nous retrouvons dans certains textes des Cent vues du Mont Fuji les préoccupations de l’écrivain effrayé par ses semblables et dégoûté par lui-même de la Déchéance d’un homme, notamment lorsqu’il écrit :

J’ai finalement décidé, toutes les fois que je croisais un chien, d’arborer un grand sourire, pour bien lui signifier que je n’avais nulle intention de lui faire du mal. Et le soir, comme mon sourire ne se voyait peut-être pas, je fredonnais innocemment des berceuses, pour montrer que j’étais un humain tout à fait bienveillant. J’ai l’impression que cette stratégie a plus ou moins porté ses fruits. Aucun chien ne m’a encore sauté dessus…. Ma propre lâcheté me dégoûte….

Malgré son ton beaucoup plus léger et la dérision qu’il y ajoute, Retour à Tsugaru laisse également voir par instant les questions existentielles qui le traversent. Comme lors de ce passage où il énumère, à travers la voix de son personnage, l’âge auquel sont décédés de grands écrivains de l’époque.


— Masaoka Shiki, trente-six ans ; Ozaki Kôyô, trente-sept ans ; Saitô Ryoku’u, trente-huit ans ; Kunikida Doppo, trente-huit ans ; Nagatsuka Takashi, trente-septe ans ; Akutagawa Ryûnosuke, trente-six ans ; Kamakura Isota, trente-sept ans…
— Et alors ?
— C’est l’âge auquel ils sont morts. Les uns après les autres. Moi aussi, j’aurai bientôt atteint cet âge : étape décisive dans la vie d’un écrivain !

Bambou bleu – Cambourakis

Recueil de trois nouvelles rédigées dans les années quarante, Bambou bleu propose la réécriture de deux contes traditionnels chinois et européens.

La première nouvelle, Bambou-Bleu « Nouveaux contes extraordinaires du pavillon du loisir », nous emmène dans la province du Hunan en Chine avec une réécriture de Robe de corbeau de l’écrivain chinois Pu SONGLING (1640-1715). À propos d’amour et de beauté nous plonge dans une fratrie de cinq enfants qui passent leur temps à créer ensemble une histoire, tandis que Lanternes romantiques propose une nouvelle interprétation de Raiponce.

Ils étaient cinq frères et sœurs, tous également épris de « romances ».
L’aîné avait vingt-neuf ans. Il était docteur en droit. En dehors de sa mauvaise habitude de se montrer légèrement arrogant lorsqu’il se retrouvait en compagnie – en fait, il ne s’agissait que d’un masque défensif propre à dissimuler sa propre fragilité –, c’était au fond un jeune homme extrêmement doux et sensible. Ainsi, quand il accompagnait ses jeunes frères et sœurs au cinéma et que ceux-ci se plaignaient que le film de samouraïs qu’ils regardaient était mauvais ou idiot, il était le premier à fondre en larmes, bouleversé par le dilemme représenté à l’écran, dilemme entre le devoir et le sentiment. Mais à peine étaient-ils sortis du cinéma qu’il reprenait son attitude hautaine et qu’il restait obstinément muet, refusant de prononcer un seul mot jusqu’au retour chez eux.

Bien que DAZAI ne perde en rien son regard ironique et son analyse des rapports humains, ces textes sont pleins de vie et relativement éloignés de la noirceur habituelle qui régit ses écrits. Un ouvrage qui ravira, à n’en pas douter, les amateurs de contes !

Cours Melos ! – à lire sur les Nouvelles du Japon

Osamu DAZAI est également l’auteur de Cours Melos ! , un court texte à retrouver en libre accès sur le merveilleux site des Nouvelles du Japon. Réécriture de L’Otagel de Friedrich SCHILLER (1759-1805), il nous emmène cette fois-ci bien loin du Japon, dans la Grèce antique, aux côtés d’un jeune paysan prêt à tout pour la justice… Une fable plutôt optimiste comparée aux autres œuvres de l’auteur japonais. A lire en écoutant l’instrumental de Ningen Isu, créé d’après cette nouvelle !!

Lire Osamu DAZAI, l’écrivain du désespoir, c’est plonger dans un univers souvent cruel, qui décortique les parts les plus sombres de l’âme humaine. Un voyage intérieur qui peut toutefois créer de divers et troublants sentiments : ses écrits les plus noirs peuvent se révéler cathartiques et amener leurs lecteurs à se sentir moins seuls face aux tourments qu’ils éprouvent. Des œuvres à lire d’urgence pour tous les amoureux du Japon qui souhaiteraient connaître plus en profondeur tout un pan de sa littérature !

Nina Le Flohic

Grande lectrice passionnée par le Japon depuis ma plus tendre enfance, je suis diplômée d'un master Langue, Littérature et Culture Japonaise. Des études au cours desquelles j'ai eu l'occasion d'effectuer des recherches dans le domaine de la littérature japonaise et de voyager plusieurs fois au pays du Soleil Levant. Très heureuse de pouvoir partager avec vous mes coups de cœur et expériences à travers mes articles, n'hésitez pas à me laisser vos questions ou avis en commentaires, j'y répondrais avec plaisir !

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