Anim’Est 2025 : Rencontre avec Philippe Roullier, comédien de doublage

Pendant les deux jours de la convention Anim’Est (les 15 et 16 novembre 2025), les organisateurs ont proposé la mise en place d’une initiation au doublage sous la supervision de plusieurs comédiens de doublage présents. Parmi eux, Philippe Roullier, pour donner l’exemple, s’est prêté à l’exercice aux côtés d’Adeline Chetail (voix française de Zelda) sur un passage dans le jeu vidéo Legend Of Zelda : Tears Of The Kingdom afin d’encourager les spectateurs de la salle à venir essayer. Avec pédagogie et bienveillance, Phillipe a pu donner des conseils aux volontaires pour incarner au mieux les personnages choisis pour l’initiation. Avant cette démonstration, Journal du Japon est allé à sa rencontre pour échanger sur son métier, l’anime One Piece qu’il a dirigé comme directeur artistique ou encore sur l’Intelligence Artificielle.

Du théâtre au doublage

Initiation au Doublage avec Philippe Roullier et Adeline Chetail
©Leo Thomas pour Journal du Japon

Avant de devenir comédien de doublage, Philippe Roullier a fait ses débuts au théâtre. Diplômé de l’INSAS (Institut Supérieur des Arts) à Bruxelles, il parcourt les théâtres et centres dramatiques. Il a joué plusieurs pièces comme Le Misanthrope de Molière ou encore Double Jeu de Brigitte Massiot. Sur le côté doublage, il estime d’ailleurs qu’il faut « déjà être un comédien avant de se lancer dans le doublage ». Les voix qu’il a prêté dans les séries et films d’animations sont nombreuses, il a ainsi prêté sa voix à Jet Black dans CowBoy Bepop ou encore à Vector le Crocodile dans les jeux vidéos Sonic. Enfin, il a également été directeur artistique sur l’iconique One Piece où il a également doublé Gold D Roger ou encore le grand corsaire Bartholomew Kuma.

Journal du Japon : Bonjour Monsieur Roullier, merci d’échanger avec nous sur votre métier de comédien de doublage. Pouvez-vous d’abord nous expliquer comment vous l’êtes devenu ?

Philippe Roullier, comédien de doublage
Philippe Roullier – ©Leo Thomas pour Journal du Japon

Philippe Roullier : Je le suis devenu un petit peu par hasard parce que je jouais au théâtre et Alain Devy, directeur artistique, était dans la salle. Il m’a vu au théâtre et il m’a invité sur plusieurs films et j’ai pu faire toutes ces rencontres avec des comédiens de doublage et c’est venu comme ça petit à petit. Cela m’amusait aussi de faire des personnages que je n’aurais pas fait dans la vie.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le doublage ?

D’une part, il y a l’animation. En tant que comédien, je peux vraiment m’amuser. Je peux vraiment être beaucoup plus libre, plus inventif et moins contraint que sur le live. Il faut vachement respecter ce que fait l’acteur, ce qui n’empêche pas de l’être aussi sur le dessin animé mais vocalement, je m’y sens beaucoup plus libre.

Comment est-ce que vous vous préparez lorsque vous prêtez votre voix à un personnage ?

Avant d’arriver sur le plateau, je m’échauffe toujours la voix et j’effectue des petits exercices d’articuline pour être bien. Je découvre le personnage que je vais doubler et là j’écoute ce qu’a fait l’acteur et je me lance. Le directeur artistique va m’indiquer certaines choses et j’avise par la suite.

Quel est le personnage sur lequel vous avez pris beaucoup de plaisir à doubler ?

A l’heure actuelle, je prends beaucoup de plaisir avec le personnage du maire Hellinger dans la Pat Patrouille car il est assez rigolo avec ce côté gentil-méchant qui fait des bêtises et qui est sauvé par la pat patrouille. Sur des séries plus en live, sur la série iCarli, j’ai joué le grand frère et là c’était une rigolade pas possible !

Son regard sur One Piece

Monkey D Luffy, Japan Expo 2022
©Leo Thomas pour Journal du Japon

Vous avez été directeur artistique sur la série One Piece et doublé plusieurs personnages. Quel regard portez-vous sur cette œuvre ?

Je ne connaissais pas la série quand je l’ai démarré. Ainsi, je l’ai découverte en commençant l’enregistrement et je m’y suis attaché très rapidement parce que j’ai trouvé tout l’équipage absolument dingue et j’adorais le lien qu’ils avaient entre eux. Et surtout, je me suis énormément amusé à le faire. J’ai fait plus de 475 épisodes, puis les films. C’est l’une de mes séries préférées parce qu’elle a été sur la longueur. On a eu le temps de la découvrir et de faire travailler beaucoup de comédiens de doublage comme directeur artistique.

Justement, en tant que directeur artistique, sur quoi mettiez vous l’accent lors de chaque enregistrement ?

Je me concentre surtout sur le caractère des personnages. Je me fie à la voix mais quand je visionne les épisodes, j’essaie de déceler son caractère, je pensais à des comédiens qui pouvaient se rapprocher des styles de caractères qu’il y a et je procède ainsi. Dans One Piece, il y a beaucoup de voix graves donc on ne pouvait pas avoir des voix très lourdes sans arrêt. Très souvent, ça fonctionne bien.

Aviez-vous de la liberté dans les choix que vous faisiez ?

J’avais des libertés de choisir. A l’époque de la Toei, ils avaient des exigences et des envies et je donnais mon aval. Comme le client est roi, on faisait avec mais j’étais assez libre. Ils connaissaient très bien les acteurs.

Pensez-vous que cette série restera dans les annales de l’animation ?

C’est hallucinant cette série. Les gens m’en parlent encore. C’est pour moi la série la plus populaire !

Les enjeux de son métier face à l’Intelligence Artificielle

Vous avez animé une initiation de doublage pendant la convention avec Adeline Chetail. En quoi est-ce important de proposer ce genre de démonstration aux visiteurs alors que l’IA impacte votre métier ?

Logo Touche Pas A Ma VF
©Touche Pas à Ma VF

Je me rends compte que ceux qui viennent nous voir sont au fait de tout ça. Ils savent que c’est un danger et que tôt ou tard, des comédiens pourraient être remplacés par l’Intelligence Artificielle. C’est un peu violent car d’une part, ils sont loin d’être proche de la voix d’un véritable comédien avec tout les sentiments, les hésitations qu’on peut transmettre. Elle ne peut pas le faire pour l’instant et je m’en réjouis mais il faut être extrêmement prudent. Quand j’ai des fans qui me demandent des vidéos, je refuse car on peut voler ma voix et s’en servir pour entraîner une IA. On parle des comédiens de doublage mais les autres métiers de l’animation sont tout autant menacés.

Est-ce que les exigences des fans auprès des comédiens de doublage sont perçues comme une forme de coup de pression ?

Lorsque l’on enregistre, on essaie d’être le meilleur car mieux on sera moins l’IA essaiera de nous contrer. Il faut être très exigeant et ne pas bâcler le travail vis à vis du public qui nous écoute mais c’est aussi un moyen de combattre l’Intelligence Artificielle.

Diriez-vous, comme Pascal Chemin, que l’IA est de la « merde en barre » ?

On ne peut pas la rejeter totalement. Elle peut parfois aider mais il ne faut pas que ce soit du vol. Il faut respecter les acteurs. Avant tout, le doublage, c’est de l’humain.

Arrivez-vous à convaincre les jeunes générations de devenir comédien de doublage ?

C’est à eux de décider de ce qu’ils veulent faire mais c’est vrai que je me sens à mon âge, un peu plus tranquille mais si c’est une passion, il ne faut pas hésiter à se lancer. Pour être comédien de doublage, il faut avant tout être comédien.

Il y a quelques signes d’espoir avec la condamnation d’Open AI en Allemagne pour avoir enfreint les droits d’auteur. Qu’en pensez-vous ?

C’est un signe d’espoir mais il faut être hyper vigilant car ma voix circule beaucoup et je me dis qu’il y a des petits malins qui vont essayer de la piquer. Parfois on est informé trop tard voire pas du tout. C’est une bataille, il ne faut rien lâcher !

Quelles seraient en France les mesures pour protéger votre métier ?

Il faut clarifier les choses et créer une loi pour protéger nos métiers de l’IA qui va piquer nos voix. Mais je crois que le Ministère de la Culture n’est pas préoccupé par ces choses là.

Pour finir, que dites-vous aux fans qui vous soutiennent dans ce combat ?

Merci à eux. Pendant les dédicaces, les gens ont envie que l’on soit encore là et nous soutiennent. C’est l’intérêt de plein de professions et il ne faut rien lâcher.

Merci beaucoup à Philippe Roullier pour cette rencontre très passionnante autour de son métier qu’il exerce avec panache. Durant la convention et pendant les séances de dédicaces, ils ont mis en avant le logo du collectif Touche Pas A Ma VF pour montrer le combat que chaque comédien de doublage mène face à l’Intelligence Artificielle. Au-delà des initiations qu’il a animé avec Adeline Chetail, c’est la transmission d’un métier mais surtout d’une passion qui trouvera toujours un écho auprès des fans.

Leo Thomas

Passionné de la culture japonaise depuis plusieurs années, je fais transpirer cette passion via des articles sur des domaines variés (conventions, traditions, littérature, histoire, témoignages, tourisme).

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