Osaka, à la rencontre de ses temples cachés
Osaka, contrairement à sa voisine Kyoto, n’est pas réputée pour ses temples bouddhistes ou ses sanctuaires shintos. Mal aimée des touristes, Osaka cache pourtant de jolies surprises que seuls les aventuriers, osant quitter le quartier ultra fréquenté de Dôtonbori, auront la chance de visiter.
Journal du Japon vous propose donc un circuit à la découverte de quelques-uns de ces quartiers et de leurs petites pépites aussi originales que sublimes.
Senkô ji
Le quartier
Direction le sud d’Osaka, à Hirano, le plus grand des 14 arrondissements de la ville. Comptez environ 30 minutes de transport en commun depuis Namba, par exemple. Essentiellement résidentiel, c’est un quartier bien calme. Très discrète, l’entrée du temple Senkô ji (parfois écrit Zenkô Ji) est cachée au milieu des commerces de la shôtengai (rue couverte) du quartier Hirano Chuo Hondori.
Un peu d’histoire
D’après la légende, ce temple aurait été fondé par le Prince Shotoku (574 – 622) il y a plus de 1400 ans. Très connu pour avoir favorisé le développement du Bouddhisme au Japon, ce prince est à l’origine de la construction de Shi Tennô ji (à Osaka), considéré par beaucoup comme le plus ancien temple bouddhiste japonais.
Le Senkô ji se trouve au cœur de la ville puisque qu’Hirano s’est construite autour de ce lieu abritant une représentation de Yakushi Nyorai, le Bouddha guérisseur. Partiellement détruit par un incendie en 1615, les bâtiments actuels datent de 1661 et en font l’un des édifices de bois les plus anciens de la préfecture.



Un temple traditionnel et original
En pénétrant dans l’enceinte du temple par la shotengai, une allée bordée de 33 statuettes Kannon nous accueille. Puis face à nous, 2 statues de Fudo (divinité liée au feu et à la colère) se dressent au milieu d’une fontaine. Sans détailler tous les points d’intérêt de ce joli temple, passons directement à ce qui crée son originalité.
Tout de suite à l’entrée du jardin, une étrange visite – pour un temple – nous attend. Nous découvrons différents objets présentés dans le Dagashiya Museum (le musée du petit magasin de bonbons). Dans une vitrine sont exposés des jouets vendus dans les confiseries durant les années 1940 – 1950. La vitrine d’à côté propose quant à elle la représentation d’une pièce traditionnelle des années 50 avec des objets d’époque.
Juste en face, s’ouvre la pièce pour laquelle nous sommes venus visiter ce temple, la pièce des enfers – Jigokudô. Le roi Enma, le gardien de l’Enfer, effrayant et à la voix menaçante nous accueille. Quand l’animation commence, un film projeté raconte le destin des personnes allant en enfer. Un astucieux jeu de lumières rend les créatures entourant le roi terrifiantes.



Au fond du jardin, vous pourrez descendre et découvrir Hotokenokuni – Terre de Bouddha – accueillant un magnifique mandala en son centre. La rampe d’escaliers menant au mandala est composée de sable provenant des 88 temples du pèlerinage de Shikoku et les murs sont ornés de 151 statuettes de Bouddha.
Adjacente, Nehandō – la pièce du Nirvana – est tout aussi magnifique, avec une statue de verre représentant Bouddha couché au milieu d’un bassin d’eau. Dernier endroit tout à fait intrigant, dans le jardin : la pierre d’où l’on peut entendre le son des enfers. Il faut pour cela s’accroupir et mettre sa tête dans le trou au milieu de la pierre.
Il y a bien d’autres découvertes à faire au Senkô ji. C’est une très agréable visite qui peut se révéler très ludique et enthousiasmer les plus jeunes.
Pour en savoir plus
Senkô Ji – 4 Chome-12-21 Hirano Honmachi, Hirano Ward, Osaka, 547-0044
Le site du Senkô ji https://www.senkouji.net/
Isshinji
Le quartier
Isshin Ji est au cœur du quartier de Tennôji, insoupçonné et à 2 pas du célèbre Shi Tennô ji. Tennôji a gardé son ambiance rétro avec ses petites ruelles et ses vieilles façades, tout en bénéficiant d’un élan de modernité avec notamment l’Abeno Harukas qui, à son inauguration en 2014, était le building le plus haut du Japon (300 mètres et 60 étages).
Tennôji est un quartier populaire, peu prisé des circuits touristiques, jouxtant le quartier de Nishinari, l’un des plus pauvres du Japon.
Un peu d’histoire
C’est Hônen, fondateur du Bouddhisme Jôdo, qui est à l’origine d’Isshin Ji en 1185.
En 1600, lors d’une bataille, l’un des fils de Tokugawa Ieyasu – le dernier des 3 unificateurs du Japon – décède et la cérémonie funéraire se déroule à Isshin Ji. Le temple entretient alors des liens étroits avec le pouvoir jusqu’à devenir le camps de base d’Ieyasu pendant le siège du château d’Osaka en 1614 / 1615. C’est un temple populaire très fréquenté par les habitants du quartier.



Un temple traditionnel, moderne et symbolique
Isshin Ji est connu pour accueillir des Bouddhas d’os. Il y avait tellement d’urnes funéraires qu’à la fin des années 1880, le temple a commencé la réalisation de bouddhas constitués des cendres des morts et de résine. Les familles viennent ainsi se recueillir devant le bouddha contenant les cendres de leurs proches décédés. Les 6 bouddhas « les plus récents » sont visibles. Bien que 14 aient été réalisés, 6 ont été détruits pendant la guerre. Il faut en moyenne 10 ans pour ériger un bouddha et le prochain bouddha d’os sera consacré en 2027.
Isshinji est un temple traditionnel et populaire au cœur du quartier mais, à l’image de Tennôji, un vent de modernité a soufflé ici aussi. La porte principale avec ses 2 gardiens est une création résolument contemporaine ajoutée en 1997. Elle est réalisée à partir de béton, d’acier et de verre.
L’autre particularité d’Isshin ji est son annexe moderne de l’autre côté de la rue, le Sanzenbutsudô. Datant de 2002, le bâtiment est construit autour d’un salle sphérique pouvant accueillir cérémonies funéraires, mariages ou conférences. Le fond de celle – ci est magnifiquement décorée d’une fresque murale et le tour extérieur de cette salle est orné de statues. Le temple souhaite arriver, grâce aux dons, à 1000 statues.



Pour en savoir plus
Isshin ji – 2 Chome-8-69 Osaka, Tennoji Ward, Osaka, 543-0062
Le site de Isshin ji https://www.isshinji.or.jp/
Namba Yasaka Jinja

Le quartier
Retour en plein cœur de Namba, quartier effervescent et bouillonnant d’Osaka. C’est un des quartiers les plus fréquentés des touristes puisqu’il offre de nombreux commerces, activités culturelles ou restaurants. Il accueille l’un des lieux les plus photographiés d’Osaka, le célèbre canal de Dôtonbori et le non moins célèbre Glico devant lequel il est coutume de s’immortaliser en photo.
Un peu d’histoire
Namba Yasaka Jinja est un très ancien sanctuaire d’Osaka, à l’origine shintoïste et bouddhiste, appelé Naniwa (l’ancien nom d’Osaka) Yasaka. Il n’y a plus de documents sur sa fondation mais celle-ci remonterait au règne de l’Empereur Nintoku (16ème empereur du Japon 313 – 399). Ce lieu vénérait Gozu Tenno, une divinité qui aurait protégé Osaka d’une épidémie. Il est devenu sanctuaire shinto en 1872.
Complètement détruit pendant les raids de 1945, son architecture actuelle date de 1974.
Inspiré de la mythologie japonaise, un très ancien rituel se déroule le 3e dimanche de janvier : la cérémonie du tir de la corde. Depuis 2001, ce rituel est reconnu patrimoine immatériel de la ville d’Osaka.
Un sanctuaire à l’architecture singulière
Petit et bien caché, ce sanctuaire de quartier est impressionnant par son bâtiment principal – ema den – (12 mètres de haut et 11 mètres de large) à la forme unique de tête de lion. Construit à base de béton, d’acier et de bois, l’extérieur du bâtiment est quant à lui recouvert de résine synthétique. À l’intérieur de sa gueule ouverte – et de ses 24 dents – se trouve l’autel où l’on vient vénérer Susanoo no Mikoto, dieu shinto du vent, des mers et des tempêtes. Ainsi ouverte, cette gueule de lion avalerait les mauvais esprits et porterait chance.


Petite anecdote découverte aux détours de nos recherches – que nous avons omis de vérifier lors de notre visite : en bas de la tête de lion, se trouverait une plaque au nom de Luo Bang Qiang, fondateur du restaurant 551 Horai. À l’origine, l’usine de fabrication se trouvait juste en face du temple. Les nombreux visiteurs du sanctuaire s’arrêtaient ensuite au restaurant qui remercie ainsi le temple pour la prospérité apportée.
Pour en savoir plus
Namba Yasaka Jinja – 2 Chome-9-19 Motomachi, Naniwa Ward, Osaka, 556-0016
https://www.gtn.co.jp/magazine/ja/article79/
le site de Namba Yasaka Jinja https://nambayasaka.jp/



Dojima Yakushidô
Le quartier
Dojima Yakushidô est bien caché, encerclé par les buildings du quartier Dojima, dans l’arrondissement de Kita. C’est un quartier très fréquenté avec notamment la gare d’Osaka. Ce quartier accueille de nombreux buildings (Umeda Sky Building ou l’Applause Tower) et des centres commerciaux. L’agréable ile de Nakanoshima, avec ses musées et sa roseraie, est à proximité. Trouver Dojima Yakushidô relève un peu d’une chasse aux trésors ; même le GPS nous fait tourner en rond !
Un peu d’histoire
La fondation de Dojima Yakushidô remonte à 593 en même temps que le Prince Shotoku fait érigé Shi Tennô ji. Tout comme le Senkô ji – présenté en début d’article et fondé par le même prince -, Dojima Yakushido est dédié au Bouddha de la médecine, Yakushi Nyorai. Considéré comme protecteur de la ville, ce temple est vénéré depuis longtemps et a donné son nom au quartier. Il a, par la suite, été déplacé pour permettre la construction de bâtiments, et revient finalement à son emplacement d’origine en 1999, sous une architecture plus singulière.
Chaque année, en février, s’y tient une manifestation célèbre pour Setsubun. Elle annonce l’arrivée du printemps dans le quartier.


Une architecture résolument contemporaine
Ce temple contemporain en forme de boule à facettes de 7 mètres de diamètre et 127 miroirs se fond dans le paysage composé de buildings de verre et de métal. Pour renforcer cet effet, le temple est posé sur un bassin d’eau reflétant son architecture. Un petit pont permet d’accéder au bâtiment. L’architecture serait inspirée des travaux de l’Américain Richard Buckminster Fuller, célèbre pour sa conception de dômes aux dimensions gigantesques.
Cette configuration ouvre un petit espace de calme, dans le jardin de Dojima Avenza, lové au coeur d’un quartier commerçant. Une petite pause poétique en contemplant les reflets du ciel et des buildings sur les facettes en miroir du temple.
Ce n’est pas un lieu incontournable et la visite est rapide, mais c’est un bâtiment très original que l’on est content de découvrir après une véritable chasse au trésor.


Pour en savoir plus
Dojima Yakushidô – 1 Chome-6-20 Dojima, Kita Ward, Osaka, 530-0003
https://www.avanza.co.jp/about/yakushido.html
Osaka la rebelle ne se laisse pas facilement découvrir. Il faut s’imprégnier de son athmosphère et se laisser aller à faire un pas de côté pour découvrir, au détour d’une ruelle ou d’un quartier non cité dans son guide, des lieux originaux, intriguants et sublimes. Prendre son temps et faire ce pas de côté, c’est aussi s’autoriser à faire de jolies rencontres.
Toutes les photographies illustrant cet article sont la propriété exclusive de Sophie Voltzenlogel. Reproduction interdite sans autorisation.

