Du kaijû dans mon manga
Si on vous dit kaijû, à quoi pensez-vous ? À tous les coups, à une grosse créature en colère qui casse des trucs. Et vous n’aurez pas tort ! Cette figure incontournable de la culture japonaise se décline à toutes les sauces et sur tous les supports, notamment le manga. Et si nous vous recommandions quatre titres sortis dans nos contrées ?

Commençons par un peu d’étymologie : le terme kaijû vient du japonais et signifie « bête/monstre étrange ». À la base, on retrouve ce terme dans d’anciens écrits chinois ou japonais pour désigner certains créatures surnaturelles, mais depuis l’énorme claque culturelle qu’a été le film tokusatsu (pour rappel, les films ou séries japonaises en prise de vue réelle à effets spéciaux) « Godzilla » de 1954, ce mot concerne essentiellement les monstres géants (oui, la taille compte, ici). Et notre bon gros géant a fait des petits depuis, puisqu’on ne compte plus les œuvres soit directement liées à la licence soit intégrant leur propre kaijû fait maison.
Bien que les monstres géants et le tokusatsu soient intrinsèquement liés, les premiers ont migré sur d’autres terres, dont celle du manga ! Mais attention : même si le mot kaijû (tant qu’il désigne un monstre géant) peut être utilisé pour n’importe quelle oeuvre, celui de tokusatsu s’applique uniquement au support filmé. On ne peut dès lors jamais parler de manga tokusatsu ou d’anime tokusatsu. Ce serait comme dire : « J’adore jouer aux mangas » ou « Je ne lis que des animés ».
La partie théorique étant achevée, passons aux recommandations, accompagnées chacune d’un film du genre !
Asadora!

Vous voulez apprendre un autre mot japonais pour briller en société ? Voici donc asadora ! Littéralement « série du matin », il s’agit des séries matinales annuelles de la télévision publique nippone, la NHK, qui narre en général la vie et les épreuves traversées par une demoiselle courageuse et pleine de bonne volonté. Et c’est ce qui caractérise Asa, le personnage principal de ce manga ! Depuis la destruction de sa ville natale et la mort d’une partie de sa famille due à un kaijû, notre héroïne lutte de toutes ses forces contre cette menace sporadique, tout en essayant de vivre comme une jeune fille ordinaire. Heureusement, elle est entourée de personnages hauts en couleur pour l’épauler ! Sachez que le monstre géant est davantage un fil rouge qu’un personnage à part entière (au moment où ces lignes sont écrites, ses apparitions se comptent sur les doigts de la main). Cette série semble surtout être une excuse pour le mangaka de nous immerger dans la société japonaise contemporaine d’après-guerre et d’aborder de multiples sujets (influence de la culture populaire états-unienne, condition féminine, guerre du Vietnam, etc.). Il y a même un ersatz d’Ultraman qui débarque à un moment !
Le film qui va avec
Aucune originalité ici, ce sera le « Godzilla » de 1954. Monstre né de l’explosion d’une bombe atomique, Godzilla va venir terroriser un Japon qui se relève à peine des affres de la guerre. Les humains vont devoir s’unir pour lutter contre cette menace, quitte à devoir se sacrifier pour le salut du plus grand nombre. Le film est dans son jus : il sent bon le latex et les explosifs à la papa, mais il est toujours aussi marquant, que ce soit dans sa tension, ses scènes de destruction ou le jeu de ses acteurs (mention spéciale pour le professeur Daisuke Serizawa, joué par Akihiko Hirata).

Kaiju N°8
Vous voulez de l’action ? Vous allez en avoir par quintal ! Dans le Japon de cette série, les attaques de kaijû sont monnaie courante et des forces de défense dédiées sont sur le pied de guerre pour s’en débarrasser. Le héros de cette histoire, Kafka Hibino, est un trentenaire ayant échoué plusieurs fois à entrer dans cet illustre corps armé. Mais sa rencontre avec une mystérieuse créature va changer la donne et lui permettre de réaliser son vieux rêve. Pour le meilleur et pour le pire, puisqu’il n’a désormais plus grand-chose d’humain…
Le titre est plutôt déconsidéré par les fans de kaijû puisque le héros n’en est pas un (mais plutôt un kaijin, c’est-à-dire un monstre à taille humaine). Néanmoins, l’œuvre en a sous le capot et le mélange entre humour et grosse bagarre, mâtiné de personnages bien marqués, fonctionne plutôt bien.
Le film qui va avec
Nous vous aurions bien conseillé le « Godzilla » de Roland Emmerich (1998), mais la régie indique que ce n’est pas à proprement parler du tokusatsu puisque le film est d’origine états-unienne. Tant pis (mais on le recommande chaudement, malgré sa réputation auprès des amateurs de la grosse bête), passons donc à une autre œuvre : « Godzilla: Final Wars » (2004). Ici, point de tragédie et de réflexion sur la folie des inventions humaines, mais un cocktail explosif avec beaucoup (trop) de kaijû, des combats qui vous feront furieusement penser à « L’Attaque des Titans » et un fascinant capitaine à moustache. Ça hurle et ça pète de partout !
Great Kaiju Gaea-Tima

L’histoire se déroule dans une petite ville côtière japonaise. Il y a 10 ans, un gigantesque monstre nommé Gaea-Tima (qui a décidé de ce nom ?), a tout détruit, avant de se dissoudre dans l’océan, laissant derrière lui une manne poissonnière miraculeuse. Avec la bourgade devenue une destination touristique, tout semble sourire aux habitants autrefois meurtris. Facile à dire ! Miyako, une petiote ayant assisté à la catastrophe, surmonte son traumatisme en élaborant des figurines du kaijû qu’elle vend avec sa mère aux visiteurs. Sauf qu’un beau jour, un nouveau monstre fait surface et notre héroïne crache une perle d’où sort le fameux Gaea-Tima, qui terrasse l’intrus. Une organisation gouvernementale débarque sur ces entrefaites pour protéger Miyako, devenue malgré elle « l’invocatrice » du kaijû qu’on pensait disparu. Et avec de nouvelles bestioles qui débarquent dans le coin, il va y avoir de l’action ! Le pitch est simple mais efficace. Le trait est épais, détaillé et plein de dynamisme, notamment dans les phases de bagarres de gros monstres. Gaea-Tima a un style très rétro, avec ses grands yeux ronds et sa bouille de ravi de la crèche, tandis que ses adversaires possèdent un design plus « moderne ».
Le film qui va avec
Nous trichons ici, puisque nous invoquons la trilogie « Gamera » de l’ère Heisei (1989-2019), parce que c’est notre article. Cette nouvelle formule dédiée à la fameuse tortue volante géante (oui, oui, elle vole) a pour fil rouge un lien particulier noué entre un enfant humain et un kaijû. De quoi parfaitement répondre au manga présenté juste au-dessus. Donnant la part belle aux effets spéciaux numériques (mais pas que), ces trois films sauront faire briller les fans de tokusatsu en société !
Kaijû Girl Carameliser

Kuroe, une jeune fille a priori banale, souffre d’un étrange mal : lorsqu’elle ressent des émotions fortes, elle se transforme en Harugon, un kaijû ! Et ce n’est pas de la tarte lorsque l’amour vient s’en mêler, puisque la demoiselle est amoureuse du populaire et charmant Arata Minami (sérieusement, un homme pareil, ça n’existe pas dans la vraie vie)… Ce mélange entre comédie romantique scolaire (où la plupart des personnages sont d’adorables andouilles) et kaijû peut sembler étonnant mais est d’une efficacité redoutable ! Et si j’ajoute le fait que la mangaka distille des références au tokusatsu au fil des pages, ce manga à tout pour plaire (mention spéciale pour l’admiratrice de Harugon, qui est une mine à références à elle toute seule).
Le film qui va avec
Pour cette dernière suggestion, parlons d’une kaijû ! Mothra, la plus célèbre de toutes les grosses mites (ou plutôt des lépidoptères). Ce monstre symbolise la Nature qui vient foutre une mandale de temps en temps à ces pollueurs d’humains ou aux monstres qui débarquent pour saccager la belle planète bleue. Dans son premier long-métrage (1961), vous retrouverez la recette classique du film de monstres, avec son lot de maquettes, d’explosions et de costumes chamarrés.
Voici qui conclut notre article ! Vous en avez pour tous les goûts : de la fresque historique au récit bourré d’action en passant par la romance, mais à chaque fois avec son monstre géant plus ou moins énervé. Parce que, rappelons-le, le kaijû se décline sous toutes les formes. N’hésitez pas à partager en commentaire vos propres coups de cœur, que ce soit en matière de manga ou de film.

