[Dossier] Godzilla : morts et renaissances du Roi des monstres…

Lire la première partie consacrée à l’ère Showa

Après l’échec au box-office de Mechagodzilla Contre-Attaque en 1975, pourtant considéré aujourd’hui comme l’un des plus prestigieux représentants de l’ère Showa, le Roi des monstres s’était retiré des écrans nippons. La franchise commençait à fatiguer et avait à la fois perdu l’intérêt du public et des créatifs. En plus de 15 films Ishiro HONDA et Jun FUKUDA avaient eu tout le loisir d’explorer les opportunités qu’offrait la franchise.

Ce ne fut pourtant pas la mort de cette dernière. En 1984, pour les 30 ans du premier film, la Toho décida de mettre fin à ce premier hiatus en inaugurant la seconde période composant l’histoire du roi des monstres, l’ère Heisei. Après un court second hiatus en 1995 et 1999, la Toho initia une troisième période, l’ère Millennium, qui se distinguera en de nombreux points avec la précédente. Retour sur ses morts et ses renaissances du Roi des monstres…

Godzilla, Motrha and King Ghidorah Giant Monster All-out attack

Godzilla, Motrha and King Ghidorah Giant Monster All-out attack

 

Ère Heisei
(1984 – 1995)

La décennie perdue

Lors de la production et la promotion de Le Retour de Godzilla, la Toho annonce une volonté claire de se démarquer des films tardifs de l’ère Showa, insistant sur le retour du roi des monstres comme un antagoniste. Renouant ainsi avec le premier film, la franchise s’éloignait des autres épisodes qui l’avait composée, jugés moins bons, et renonçait ainsi à l’ambiguïté du personnage qui faisait pourtant sa force. Se voulant dans un premier temps plus sérieuse et « adulte » que ses prédécesseurs et perdant rapidement dans un second temps cette ambition, l’ère Heisei sera sans surprise composée de films fades et inégaux.

Le "T1000" bon marché de Godzilla Vs King Ghidorah

Le « T1000 » bon marché de Godzilla Vs King Ghidorah

Dès Le Retour de Godzilla, le film est ponctué de pitreries assez hors de propos d’un sans-abri, sans que cela ne vienne encore trop ruiner le rythme des films. Cela devient réellement problématique lorsque en 1989, dans Godzilla Vs Biollante, l’intrigue humaine est mue par un groupe de bandits spécialistes du surjeu et des situations capillotractées jusqu’à devenir insoutenable lors des multiples repompes de Terminator 2: Le Jugement Dernier que nous impose Godzilla Vs King Ghidorah en 1991. Empiétant ainsi sur les scènes de maquette, les combats de monstres, et plus globalement sur le traitement des thématiques, ces situations viennent diviser les films en deux parties distinctes, celles incluant les kaiju, et celles avec les humains. Si les aliens de l’ère Showa était tout aussi kitsch que ridicules, ils n’existaient que pour renforcer le reste des films et ne constituaient pas une sous-intrigue parallèle déconnectée n’ayant que pour seul effet d’allonger la durée.

 

Megumi OKADA et son casque télépathique dans Godzilla Vs Spacegodzilla

Megumi OKADA et son casque télépathique dans Godzilla Vs Spacegodzilla

Ces deux titres susmentionnés seront pourtant parmi les plus solides de cette période, puisque ceux qui suivront, principalement Godzilla Vs Mechagodzilla 2 (pourtant la première utilisation de Mechagodzilla dans cette ère) ou Godzilla Vs Spacegodzilla, n’hésiteront pas à user et abuser du personnage télépathe joué par Megumi ODAKA (seul rayon de soleil accompagnant ces films) comme d’une pratique justification à toutes les dérives mièvres que se s’autoris(ent) le(s) scénariste(s), comme une chorale d’enfants médium par exemple. De plus, c’est avec la réintroduction de Miniya dans Godzilla Vs Mechagodzilla 2 que la démarche de rupture avec l’ère Showa devient désuète. Non seulement de faire revenir un personnage clé de celle-ci, il s’agit là du moins défendable de cette période qui était souvent à la source de toutes les critiques qui lui étaient faites. Admettons néanmoins que son design sera rendu plus réaliste, surtout durant Godzilla Vs Destroyer. Ce détail peine cependant à nous faire oublier que le fils de Godzilla est la relique d’une sombre période pour le Roi des monstres. Confirmant que le Godzilla de l’ère Heisei continuera de jouer un rôle de « gentil », et ce malgré les efforts de la production pour en (re)faire un terrifiant antagoniste.

Des effets spéciaux ratés

Difficile dès lors de ne trouver ne serait-ce qu’une simple dimension divertissante dans ces films. Outre un scénario creux et des personnages caricaturaux, la Toho ne parvient même pas à offrir des scènes de combats ou de maquettes convaincantes. Les effets spéciaux de Godzilla Vs Biollante sont certes magnifiques, surtout en terme de costumes, et le travail du directeur des effets spéciaux, Koichi KAWAKITA, mérite qu’on s’attarde sur le film. Cependant, force est de constater que tout cela s’agence très mal une fois en mouvement. Que cela soit Godzilla, Ghidorah ou encore Biollante (qui est une plante), rien ne bouge réellement lors des scènes d’actions. Les combats se résument à des échanges de lasers assez pauvres techniquement, qui aboutissent, pour une raison ou une autre, à un coup fatal de Godzilla à son opposant. On note aussi des échanges de rayons entre Godzilla et les forces d’auto-défense puisqu’une des armes principales des ces dernières, dès le premier film, est un vaisseau-miroir permettant de renvoyer les tirs du monstre. Si le fait que Ghidorah, Mothra, et dans une moindre mesure Spacegodzilla, volent apporte un certain dynamisme, les contacts avec Godzilla restent extrêmement rares et manquent d’impact. On peut néanmoins se soulager avec Godzilla Vs Destroyer, dernier film de l’ère Heisei, qui vient re-dynamiser, enfin, un peu les combats.

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Une actualité toujours présente mais en retrait

Tout n’est cependant pas à jeter. Si de nombreuses thématiques propres à Godzilla sont survolées, comme le traitement de la question nucléaire, et que l’antimilitarisme qu’insufflait Ishiro HONDA disparaît totalement, il reste nécessaire de fournir un travail de re-contextualisation, comme il était nécessaire de le faire pour l’ère Showa, pour comprendre davantage l’ère Heisei et les différents échecs qui l’accompagne.

 

Le Premier ministre japonais tenant tête aux ambassadeurs des USA et de l'URSS dans Le Retour de Godzilla

Le Premier ministre japonais tenant tête aux ambassadeurs des USA et de l’URSS dans Le Retour de Godzilla

Les films de l’ère Heisei sont sortis entre 1984 et 1995 et couvrent ainsi une période clé de l’histoire contemporaine du Japon : l’explosion de la bulle spéculative et la grave crise économique qui ont mis fin au « miracle économique » japonais. C’est pour cette raison que l’ère Heisei est parfois appelée « La décennie perdue ». Il est ainsi possible de diviser les films de l’ère Heisei en deux : ceux produits avant l’explosion de la bulle en plein essor économique, et ceux produits après, au cours d’une très brutale crise économique. Si les deux parties sont médiocres, elles se démarquent tout de même sur quelques points.

Les films pré-explosion de la bulle spéculative comme Le Retour de Godzilla mettent en scène un Japon désormais fort sur la scène diplomatique réalisant d’une certaine manière le fantasme de l’ère Showa. On voit ainsi le 1er Ministre nippon tenir tête et à l’URSS et aux USA en leur refusant la permission d’avoir recours à l’arme nucléaire sur les côtes japonaises – la mention de l’arme nucléaire reste par ailleurs anecdotique durant l’ère Heisei bien qu’elle soit faite de manière pertinente dans ce film –. D’autres films poussent la démarche encore plus loin, comme Godzilla Vs King Ghidorah où le Japon fait face à une délégation d’étrangers venus du futur pour mettre fin par la force à l’hégémonie économique du Pays sur le monde.

Dans Godzilla Vs Biollante on se limitera à une invasion plus discrète, puisque les antagonistes du film sont des espions étrangers venus dérober la science du pays. Le message de coopération entre les peuples de l’ère Showa est bien mort. Mais il ne faut pas forcément voir dans ces agressions étrangères des signes de xénophobie puisqu’il s’agit également d’une mise en garde de la part de Kazuki OMORI, réalisateur et scénariste clé de l’ère Heisei, quant à une possible arrogance du Japon à l’égard du reste du monde : Le monde n’est peut être pas en mesure de rivaliser avec les prouesses économiques du Japon en 1991. Pour autant, c’est cette arrogance qui poussera les envahisseurs de Godzilla Vs King Ghidorah à voyager dans le temps afin de se venger alors que le conflit aurait pu être évité si le pays avait coopéré avec les autres nations au lieu de s’imposer à elles.
La perte du message de coopération caractérise également de l’expression, certainement légitime à l’époque, d’un sentiment de marginalisation dont les Japonais pouvaient souffrir compte tenu de leur réussite économique à contretemps avec le reste du monde.

Godzilla Vs King Ghidorah

Godzilla Vs King Ghidorah

Ces trois premiers films précédant la crise sont également l’occasion de moderniser la saga en faisant prendre quelques mètres à Godzilla afin de lui permettre de détruire les gratte-ciel de Tokyo et de se battre contre Mechaking Ghidorah devant le très récent – à l’époque – Siège du gouvernement métropolitain de Tokyo. Le développement spectaculaire de Tokyo dans les premières années de l’ère Heisei permet, plus que jamais, de retrouver la traditionnelle dimension cathartique des films Godzilla en rappellent que la ville n’est pas à l’abri d’un destruction tout aussi rapide.

À l’inverse, les quatre films faisant suite à la crise semblent se recentrer sur des valeurs plus traditionnelles. Godzilla Vs Mothra permet à la franchise d’aborder timidement certaines questions écologiques et Godzilla Vs Destroyer renoue avec la nature radioactive de Godzilla pour en faire de nouveau une menace analogue à la bombe atomique. Dans l’ensemble, ces films semblent toutefois d’avantage déconnectés de l’actualité, remplissant plus un rôle de soutient auprès des classes populaires nippones encaissant la crise économique de plein fouet.

Il s’agirait là d’une éventuelle piste pour expliquer l’inexcusable retour de Miniya et le bien trop tardif retour de Mothra : apporter de nouveau davantage de fantaisie dans l’univers de la Toho. Dans la même logique, la Toho continuera sur cette dynamique avec la trilogie Mothra en 1995.

L’ère Heisei s’avère bien éloignée de la quasi-osmose qui caractérisait l’ère Showa et vient ternir la carrière du Roi des Monstres. Elle reste cependant inséparable de son contexte et peut toujours être appréciée comme témoin d’une époque charnière pour le Japon.

Godzilla Vs Mothra

Godzilla Vs Mothra

Ère Millennium
(1999 – 2004)

Death and Reboot

La saga retrouvera pourtant ses lettres de noblesses en 1999 après un second hiatus à l’occasion de Godzilla 2000 (sorti en 1999 attention) qui inaugure la bien-nommée « Ère Millennium ». En effet suite à l’échec du tristement célèbre Godzilla de Roland EMMERICH en 1998, la Toho décida, à l’occasion d’un unique film, de faire revenir sa mascotte afin de prouver la supériorité du Godzilla nippon sur le monstre États-uniens. Toujours dans une volonté de renouer avec les racines de la franchise, à savoir le premier film de 1954, Godzilla est ici méchant malgré le fait qu’il dispose d’un adversaire à la façon des films de Kaiju plus classiques. L’ère Millennium sera par ailleurs la seule des trois ères à débuter avec un autre monstre opposé à Godzilla.

Cela illustre bien la volonté des producteurs de faire du neuf, et ce tout en respectant le premier film. À cet égard, le film se conclut de façon surprenante avec la destruction de Tokyo par Godzilla lors du défilement du générique. Là encore, c’est la première fois qu’une ère débute ainsi, ce qui annoncera le ton que les épisodes à suivre adopteront : l’ère Millennium prendra des risques, n’hésitera pas à bouleverser les repères des fans, et surtout fera fréquemment usage du reboot. En effet, il est compliqué d’imaginer une suite après la destruction de la capitale. Avec 4 films sur 6 qui n’intègrent pas la chronologie classique de la série – Godzilla 2000; Godzilla Vs Megaguirus; Godzilla, Motrha and King Ghidorah Giant Monster All-out attack (souvent simplifié « GMK ») et enfin Godzilla Final Wars – l’ère Millennium est composée de seulement deux films qui se suivent, à savoir Godzilla Vs Mechagodzilla et sa suite Godzilla, Mothra, Mechagodzilla, Tokyo SOS (souvent résumé au simple Tokyo SOS). Malgré cette complexité apparente, les 6 films forment un tout qui reste la plupart du temps assez cohérent.

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Un retour aux sources

Cette cohérence passe avant tout des thématiques partagées entre les films qui renouent pleinement avec les questionnements traditionnels de la franchise mais qui, à contrario, continuent d’éloigner un peu plus les films de l’actualité. Contrairement à l’ère Showa ou Heisei, l’ère Millennium se contente de porter un regard neuf sur des problèmes déjà présent en 1970.

Godzilla, Motrha and King Ghidorah Giant Monster All-out attack

Godzilla, Motrha and King Ghidorah Giant Monster All-out attack

Cependant, de nouvelles thématiques font aussi leur apparition. Dans GMK, Shusuke KANEKO se permet de mettre en scène un Godzilla littéralement aveugle – ses pupilles sont blanches – et particulièrement destructeur avec l’aide de Makoto KAMIYA, directeur des effets spéciaux.
Ce film n’ayant pas pour ambition de pérenniser une franchise, Shusuke KANEKO y prend toutes les libertés qu’il souhaite et fait de Godzilla le symbole de la rancune et de la souffrance des peuples d’Asie opprimés par le Japon nationaliste durant la Seconde Guerre Mondiale, justifiant ainsi l’acharnement du monstre sur Tokyo.
À cette thématique absolument nouvelle – la Seconde Guerre Mondiale n’avait été que succinctement mentionnée au cours d’un seul film de la saga, Godzilla vs King Ghidorah –, Shusuke KANEKO apporte une nuance supplémentaire : En faisant combattre King Ghidorah, la nemesis historique de Godzilla aux côtés de Baragon et de Mothra – des « gentils » – comme les 3 esprits protecteurs du Japon incarnant les valeurs traditionnelles du pays, le film met en doute ces valeurs et se lave ainsi de tout propos nationaliste en introduisant, malheureusement trop timidement, une critique du traditionalisme japonais.

Godzilla Vs Mechagodzilla

Godzilla Vs Mechagodzilla

D’anciens sujets ressurgissent également, c’est la cas de la question du nucléaire. Si elle ne redevient pas encore centrale dans Godzilla 2000, on sent tout de même une volonté d’y revenir, le monstre y attaque quelques centrales côtières, et est globalement perçu par la population (et par un petit groupe de personnages en particulier) comme une menace dormante mais omniprésente.

Il faudra attendre Godzilla Vs Megaguirus en 2000 pour que le sujet soit traité à nouveau avec l’attention qu’il mérite. Cependant, le film se distingue dès son introduction en montrant non pas un nucléaire militaire mais un nucléaire civil qui, provoque les attaques du monstre et pousse le pays à développer une nouvelle énergie. Dans GMK, le souffle radioactif de Godzilla provoque la formation de champignons de fumée qui ne sont pas sans rappeler ceux produits par les explosions nucléaires. Dans le diptyque Godzilla Vs Mechagodzilla et Tokyo SOS, la figure de Mechagodzilla sert également de métaphore du nucléaire civil. En ayant recours aux restes du Godzilla de 1954 – qui était une allégorie de la bombe – les scientifiques nippons fabriquent, avec les meilleures intentions possibles, une arme à la base seulement conçue pour se défendre. Cependant, celle-ci aura bien vite fait de se retourner contre eux, engendrant de graves dommages à Tokyo au passage. Alors qu’il avait été maîtrisé dans le film précédent, les Japonais font à nouveau usage de Mechagodzilla dans Tokyo SOS. Si son efficacité au combat est manifeste, la finalité reste inchangée : Mechagodzilla devra être détruit et renvoyé au fond de l’océan. Si cette technologie semblait miraculeuse dans un premier temps, elle ne s’avère pas viable sur le long terme. Longuement traitée durant l’ère Showa et renouvelée par Masaaki TEZUKA – réalisateur des deux films ainsi que de Godzilla vs Megaguirus – cette analogie entre le nucléaire civil et Mechagodzilla semble désormais renforcée aux vues des événements ayant touché le Japon au début de la décennie.

La pertinence avec laquelle sont traités les différents sujets de l’ère Millennium a de quoi ravir, surtout après le survol de l’ère précédente. Cela dit, contrairement à l’ère Heisei, ces films ne surviennent pas à une époque particulièrement importante pour le Japon. Il en résulte donc peut être d’excellents films, mais si l’on omet la question du nucléaire civil, les films de l’ère Millennium ne semblent qu’assez peu exprimer les craintes japonaises de l’époque.

Godzilla Vs Mechagodzilla

Godzilla Vs Mechagodzilla

 

Des scènes d’actions enfin réussies

Toutes ces réserves sont cependant balayées par le retour de scènes d’actions dynamiques. Dès Godzilla 2000, les monstres se battent davantage au corps à corps et détruisent les villes avec plus de vigueur que dans l’ensemble de l’ère Heisei. Ces scènes de combats atteindront leur pic d’intensité avec le duo Godzilla Vs Mechagodzilla et Tokyo SOS où la qualité des scènes d’action nous permet quasiment d’oublier les nombreuses imperfections dont les films font preuve. Il en va de même pour GMK qui propose enfin des échanges de lasers dignes de ce nom qui abandonnent les ridicules traits de couleurs de l’ère Heisei pour quelque chose de plus terrifiant.

Outre GMK, le travail des maquettes de l’ère Millennium n’est cependant pas particulièrement mémorable. Toutefois, comme nous le soulignons dans notre article sur l’ère Showa, ces maquettes permettent de proposer un monde parallèle analogue permettant de mieux mesurer certains problèmes actuels. Ce procédé est particulièrement explicité dans la scène d’introduction de Godzilla Vs Megaguirus qui propose littéralement un Japon ayant changé de capitale et développé une énergie propre n’attirant pas les foudres de Godzilla.

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Une sortie ratée

Malheureusement toutes les qualités susmentionnées au sujet de l’ère Millennium ne peuvent s’appliquer au dernier film de cette période. En effet, si les films de Masaaki TEZUKA brillaient par leur capacité à allier un traitement poussé de thématiques sérieuses et des scènes d’action divertissantes, il semble que Ryûhei KITAMURA et son Godzilla Final Wars qu’il réalise en 2004 n’aient pas suivi son exemple. Ainsi, quand la Toho lui confia les rênes de ce qui devait être la dernière itération de la franchise avec le plus important budget alloué à un film Godzilla, le réalisateur préféra mettre en place des scènes d’actions décérébrées et des acteurs en surjeu au lieu d’exploiter le côté symbolique du Roi des monstres dans l’imaginaire collectif japonais ou son importance lors de la reconstruction du pays.

Si ce dernier film devait prétendument rendre hommage à l’ère Showa, il rate d’autant plus son coup en passant complètement à côté de ce qui faisait le sel de son époque, tout comme les films de l’ère Heisei avant lui. Avec pour seule volonté de reproduire une partie des aspects de cette période complexe, le réalisateur pense écrire une lettre d’amour au genre en venant le réduire à ce qu’il n’est pas : de simples combats rigolos et des aliens aux plans absurdes.

Godzilla Final Wars

Godzilla Final Wars

Conclusion

Après un passage à vide terrible durant l’ère Heisei où la saga s’embourba dans une tentative vaine de renouer avec le film de 1954 sans réellement s’en donner les moyens, la série aura su rester vivace et rebondir dès 1999 avec l’entame d’une nouvelle époque sur un nouveau design. Grâce à un usage immodéré du reboot, l’ère Millennium se permet de nombreuses expérimentations à défaut de produire un ensemble parfaitement cohérent. De cette manière, la saga renoue avec certaines des plus belles réussites de l’ère Showa mais aussi avec ses plus cuisants échecs. Cependant, bien que l’ère Heisei ait été en phase avec son époque et que l’ère Millennium ait su allier un traitement thématique réussi ainsi que des scènes d’actions spectaculaires, aucune des deux n’atteindra l’équilibre si subtil qui caractérisait l’ère Showa

Il faudra attendre le Shin Godzilla de Hideaki ANNO et de Shinji HIGUCHI, pour avoir le seul film à ce jour parvenant à égaler la pertinence du 1er film de Ishiro HONDA. Il aura certes fallu une 2nde catastrophe pour arriver à une telle réussite, et c’est peut être là ce qui lui permet d’atteindre de tels sommets. Journal du Japon se fera un plaisir de vous parler lorsqu’un distributeur français daignera s’intéresser au 2e plus gros succès au box-office de l’année 2016… Affaire à suivre !

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2 réponses

  1. 19 janvier 2018

    […] au terme de deux articles dédiés, l’un sur la période Showa de la saga, l’autre sur les période Heisei et Millennium, il est logique de conclure ce cycle en traitant du dernier film de la saga en date : Shin […]

  2. 14 juin 2018

    […] parviendront à rester aussi pertinent et en accord avec leur époque. Ce sera toute la question de la seconde partie de notre dossier, à venir ce mois-ci dans les colonnes de Journal du Japon […]

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