Ultraman, le géant de lumière trop petit en France

Cette dernière décennie la figure du super héros s’est imposée au cinéma. Il est indéniable que Iron man, Spider man ou Batman ont dépassé la niche de lecteur de comics et le statut de héros pour enfants, pour s’installer en tant que figure de proue du divertissement populaire. Mais les États-Unis n’est pas le seul pays où les sur-hommes sont mystérieusement très nombreux à apparaître : le Japon possède aussi un nombre non négligeable de ce genre de personnage. Même s’il ne nous sont pas inconnus chez nous, avec les Power Rangers par exemple, sorte de remake américain de série japonaise de la franchise Super Sentai, les super héros 100 % japonais se font beaucoup plus discrets et ont du mal à s’exporter hors de l’archipel. Ces séries sont pourtant l’une des pierres angulaires de la culture populaire japonaise, présentes depuis les années 50 et toujours produites aujourd’hui. Il serait donc dommage de s’en passer pour les grands nipponophiles.

Nous allons ici présenter Ultraman, géant de lumière et figure emblématique des super héros japonais en activité depuis plus de 50 ans et exposer l’offre légale française de la série.

Un format et un genre

Le tokusatsu

Alors que les super héros américains ont tendance à s’essayer à un maximum de médias possibles (comics, dessin animé, film, série), les héros japonais se concentrent en grande majorité dans un seul médium : la série live appelé plus communément drama. Même s’il n’est pas impossible de voir des héros costumés dans des manga (Zetman, One Punch Man, 009 Cyborg) ou des animé (Gatchaman, Casshern), leur environnement naturel reste le drama. Un terme spécifique est utilisé pour décrire ces productions : tokusatsu, abréviation de tokushu satsuei, désignant alors toutes les œuvres en prises de vue réelles utilisant des méthodes d’effets spéciaux pratiques ou répondant à cette esthétique particulière. Un tokusatsu peut donc être une série tout aussi bien qu’un film comme Godzilla qui marque en 1954 la naissance formelle du genre. Le tokusatsu se décline ensuite en plusieurs sous-genres auxquels vont correspondre des franchises dont celle qui nous intéresse aujourd’hui : Ultraman.

Les kaijû

Combat de géant entre Ultraman et l’extra-terrestre « Baltan« 

Comme dit plus tôt, Godzilla marque en 1954 la naissance du kaijû eiga. Le kaijû eiga désigne les films mettant en scène une ou plusieurs créatures plus ou moins gigantesques dans des récits de science fiction. L’engouement du public sera lui monstrueux et on assiste, dès l’année suivant la sortie de Godzilla, à un boom des films de ce genre. C’est la maison de production Tôhô qui en produit une grande partie avec notamment tous les films de la franchise Godzilla (plus de 25 depuis 1954 !) et ses créatures antagonistes (Mothra, Ghidora, etc..). Si le sujet vous intéresse, deux articles rétrospectifs des films Godzilla sont disponibles sur le Journal du Japon : le premier sur les films de l’ère Showa, le second sur les films de l’ère Heisei. D’autres articles traitent des adaptations du Roi des monstres par les américains, de la récente d’animation trilogie Netlfix et de Shin Godzilla, reboot de la franchise de 2016. Mais revenons à notre sujet : Ultraman.

En janvier 1966, on assiste à la naissance de la série en noir et blanc Ultra Q produit par le studio Tsuburaya Productions. Ce studio est fondé en 1963 par Eiji TSUBURAYA, grande figure du monde du tokusatsu et responsable des effets spéciaux de nombreux films de kaijû de la Tôhô dont les Godzilla. En 1966, il profite de ses liens étroits avec la Tôhô pour produire avec son studio une série mettant en scène des monstres dans des histoires paranormales. Les costumes utilisés sont parfois ceux des films de la Tôhô mais modifiés pour créer de nouveaux monstres propre à la série. Bien qu’elle soit considérée comme la première entrée des Ultra series, Ultra Q ne contient pas encore tous les éléments qui feront la popularité de la franchise. Elle s’arrête en juillet 1966 pour un total de 28 épisodes et laisse la place une semaine après la fin de sa diffusion à Ultraman, et en couleurs cette fois-ci !

Du henshin hero au kyodai hero

L’élément manquant n’est autre que le héros lui-même. Tsuburaya Productions va s’inspirer d’un autre genre du tokusatsu pour compléter leur recette : le henshin hero. Ces séries ont pour héros des individus ayant acquis, d’une manière magique ou pseudo-scientifique, la capacité de transformation. La métamorphose implique presque systématiquement une séquence de transformation présente, plus ou moins complètement, dans chaque épisode. L’exemple type de ce genre de série est Kamen Rider diffusé en 1971 pour la première fois et avec de nouvelles séries toujours diffusées aujourd’hui. Tsuburaya Productions va donner au personnage principal de sa nouvelle série une apparence super héroïque similaire aux séries de tokusatsu de l’époque, elles-même inspirées des comics américains. Seule différence avec ces héros : contrairement aux henshin hero, le personnage ne porte pas de tenues le rendant plus puissant, le costume porté par l’acteur est diégétiquement l’apparence réelle de l’alien. De plus, pour combattre des créatures géantes, le héros va lui aussi devoir augmenter sa taille. Le premier Ultraman atteint pas moins de 40 mètres pour un poids de 35 000 tonnes ! On parle donc de kyodai hero, littéralement héros gigantesque, plutôt que de henshin hero qui garde une taille humaine lors de leur transformation.

 

Ultraman, la naissance d’une série culte

Les bases

équipe AIS du premier Ultraman

La fine équipe de l’AIS de la première série (Shin HAYATA tout à doite)

Dans Ultraman, on suit l’équipe de la branche japonaise de l’AIS (Agence d’Investigation Scientifique), sorte de brigade spéciale enquêtant sur les phénomènes étranges se déroulant sur leur territoire. Mais ce n’est pas une équipe ordinaire qui nous est ici présentée : Shin HAYATA, membre de l’équipe, a fusionné avec Ultraman, un être de lumière originaire de la nébuleuse M78. Shin peut maintenant changer d’apparence et de taille pour aider l’AIS lors des épreuves les plus difficiles, tout en gardant son identité secrète. La série Ultraman est donc un mélange entre science fiction, mystère, kaiju et kyodai hero. Chaque épisode contient une enquête sur un phénomène paranormal et se termine par un combat du géant éponyme contre une créature tout aussi grande. Sans oublier bien sûr l’iconique séquence de transformation et le traditionnel départ de l’alien vers les cieux accompagné d’un SHWATCH !! du plus bel effet.

Rassemblement de plusieurs Ultra lors de la cérémonie de remise de prix Guinness

Ultraman est un succès populaire monstre. Il est suivi, quelque mois après sa fin en 1967, par Ultraseven, nouvelle itération qui augmentera encore la popularité de la franchise. S’en suit de nombreuses séries et spin-off qui sont aujourd’hui toujours en production. Si nombreux d’ailleurs, qu’en 2013 la franchise remporte le record du monde Guinness de la « Série télé avec le pus de spin-off« . Avec ses 27 spin-off reconnus, elle détrône Kamen Rider, l’ancien détenteur du titre et ses 23 spin-off. Avec autant de séries il n’est pas aisé de se repérer et de savoir par quel bout attaquer cette licence tentaculaire. Encore pire quand Ultraman ne s’arrête pas aux séries télé et comporte films, mangas, animé, jeux vidéo (souvenez-vous de cette vidéo de 2010 du Joueur du Grenier). La série a influencé et continue d’influencer énormément d’œuvres de SF au Japon, des séries cultes comme Evangelion n’auraient peut-être jamais vues le jour sans l’existence du géant lumière. En mettant de côté les problèmes de continuité, de références aux anciennes séries et d’univers partagé des Ultra Series, voici un horizon de l’offre légale, assez maigre, de la franchise en France.

 

Quoi voir ?

Les tokusatsu

Voici tout de suite les deux seuls Ultraman en prise de vue réelle disponible en France, Ultraman X et Ultraman R/B, tous deux nés d’initiatives malheureusement trop rares de simulcast de tokusatsu. A vous de choisir laquelle des deux sera votre porte d’entrée vers la nébuleuse M78. 

En 2015 sort au Japon Ultraman X, et nous avons eu la chance de la retrouver en simulcast sur Crunchyroll en France la même année. Crunchyroll possédait déjà quelques Ultra series (Ultraman 80, Mebius, Leo et autres) mais uniquement pour la version US de la plateforme. On voit donc en 2015 l’arrivée d’une première offre française de streaming de Ultraman, toujours disponible à l’heure actuelle. Voici maintenant le synopsis de la série :  » Il y a quinze ans, la Terre a fait l’objet d’une invasion extraterrestre. Des monstres ont surgi des mers, et pour faire face à ce danger, l’humanité a créé une force spéciale dotée des dernières technologies de pointe : l’équipe Xio. De nos jours, tandis qu’il combat l’un de ces monstres, l’un des membres de Xio, Daichi Ôzora, entend une mystérieuse voix lui disant « Unissons-nous », avant de baigner dans une lumière radieuse. C’est ainsi qu’il fusionne avec Ultraman et devient Ultraman X. Aidé de cet être de lumière, il va pouvoir faire face à ces créatures qui menacent la Terre…  » (source : Crunchyroll).

Ultraman X est une bonne portée d’entrée dans la franchise. En plus d’avoir un nombre d’épisodes moins conséquents que d’autre Ultra series (22 ici contre 50 sur la plupart), son aspect moderne  rend la série plus accessible que ses aînés (de toutes façons indisponibles légalement en France). L’esthétique militaro-scientifique chère à la franchise est conservée. Les effets spéciaux numériques se mêlent au savoir faire japonais du tokusatsu traditionnel : maquettes de ville, costumes de monstres et explosions seront au rendez-vous. On sent cependant une propension non négligeable à afficher à l’écran les nouveaux jouets de la franchise. Logique quand le fonctionnement économique de cette dernière est basée en grande partie sur le merchandising. Les produits sont tout de même intégrés à l’intrigue et ne font pas tâche dans l’univers de la série. Nous vous encourageons donc à jeter un œil à Ultraman X et – qui sait – peut-être tomberez-vous amoureux du charme unique du tokusatsu ?

Une deuxième Ultra serie a été diffusée en simulcast 3 ans plus tard en 2018 par ADN. Cette série n’est autre que Ultraman R/B dont voici le synopsis :  » Katsumi et Isami Minato vivent avec leur sœur et leur père. Un jour, les frères découvrent des cristaux qui transforment leur détenteur en Ultraman Rosso et en Ultraman Blu.  » (source : Anime Digital Network). Ultraman R/B s’éloigne de la thématique militaire classique des Ultra series pour se concentrer sur les relations plus intimes au sein d’une famille. Si vous vous sentez plus attiré par ces thèmes, mieux vaut donc privilégier Ultraman R/B à Ultraman X. Deuxième fait rare dans la franchise, on voit évoluer non pas un mais deux géants de lumières. Les deux séries se ressemblent dans leur longueur (25 épisodes pour R/B) leur ambiance légère et dans leur esthétique. C’en est fini pour l’offre française chétive des opus majeurs de la saga. À regarder donc si vous êtes curieux de nouveaux genres de séries japonaises.

 

 

Les manga et anime

Tsuburaya Productions ne s’est pas contentée du tokusatsu, la franchise Ultraman est également présente sur d’autres médias. Voici donc quelques animé et manga plus ou moins liés à Ultraman et au kyodai hero.

En 2012 sort au Japon un manga sobrement intitulé Ultraman écrit par Tomohiro SHIMOGUCHI et dessiné par Eiichi SHIMIZU. C’est en 2015 qu’il débarque en France chez Kurokawa qui nous donne ce synopsis :  » Plusieurs décennies se sont écoulées depuis qu’ULTRAMAN a sauvé la Terre de la dévastation. Les actes de bravoure de ce super-héros des temps passés sont désormais relégués aux livres d’histoire ou aux musées. Qu’arriverait-il si les extraterrestres n’avaient jamais réellement quitté notre planète et coopéraient avec le gouvernement ? Et si la paix n’était finalement qu’un feu de braises attendant que le vent de la guerre se remette à souffler ? Quand la menace ressurgit, l’humanité doit se trouver un nouveau sauveur, une nouvelle génération d’ULTRAMAN « .

Le manga se déroule en effet à la suite des événement de la première série Ultraman, le héros n’est autre que shinjirô HAYATA, fils de shin HAYATA, l’Ultraman originel. Cependant, le manga prend un autre ton beaucoup plus sérieux et sombre que ses équivalents tokusatsu. On a affaire ici à un récit du super héros plus classique, inspiré de ce qu’il s’est fait du côté du cinéma américain. Le concept et le design d’Ultraman a été réactualisé : le héros porte une armure mécanique renforçant ses pouvoirs et il ne se transforme plus en géant pour affronter les aliens qui gardent eux aussi une taille humaine. Le manga n’a donc pas grand chose à voir avec le tokusatsu de base mais il reste un bon récit de super héros se distinguant des autres de sa catégorie par un ton plus sombre et par une esthétique unique, à cheval entre Ultraman et Iron-man. Il a d’ailleurs été adapté en anime en 2019 pour une saison de 13 épisodes disponibles sur Netflix. La deuxième saison a été annoncée et devrait être diffusée courant 2020.

Éloignons nous du héros pour aller de l’autre côté de la barrière : les kaijû. Au travers les multiples séries et les innombrables combats des Ultramen, des figures de monstres antagonistes sont devenues familières pour les japonais. Kaijû Girls est une série d ‘ONA (Original Net Animation) rendant hommage à ces créatures. Trois jeunes filles se découvrent être des réincarnations d’ancien kaiju. Elles sont alors contactées par l’organisation Kaijû Girls qui va les aider à contrôler leur nouveau pouvoir. La série se veut avant tout comique avec l’anthropomorphisation des créatures et les personnalités qui leur sont attribuées. Seulement, voir Kaijû Girls disponible en France paraît un choix étrange. Si demander à un français, même fan d’animé, de reconnaître Ultraman peut s’avérer compliqué, alors connaître le nom et l’apparence de ces ennemis est impossible. Comme Kaijû Girls repose en grande partie sur un fan service vis à vis des connaisseurs de la licence, il est difficile de recommander la série pour un nouveau venu. Elle ne reflète pas non plus l’identité se dégageant des séries principales. À voir donc si vous êtes curieux ou un fan inconditionné des séries moe. Les 2 saisons de Kaijû Girls sont disponibles sur Crunchyroll.

Les héros géants ne se limitent pas aux Ultraman, d’autres sociétés de production vont elles aussi créer leur propre kyodai hero. Mais concentrons nous ici sur la société mère des Ultra series. Face au succès de leur série phare, Tsuburaya Productions ne s’est pas gêné pour créer d’autres séries, tout en gardant leur image de marque : le héros géant. On peut citer dans les années 70 des séries telles que Jamborg Ace ou Mirror Man par exemple. Et c’est en 1993 que naît Denkô Chôjin Gridman, la série qui nous intéresse ici. Gridman choisit comme thème l’électronique et le monde virtuel pour placer une histoire de kyodai hero. Chose inattendue, la série a eu le droit en 2018 à un reboot animé par le studio Trigger, sous le nom de SSSS.Gridman, faisant référence à la série de base et à son adaptation américaine, Super Human Samurai Syber-Squad. Mais ne vous inquiétez pas, SSSS.Gridman ne nécessite pas le visionnage de la série originale et de la série américaine : le récit de l’animé débute et se conclut parfaitement seul. On y suit Yuta HIBIKI, lycéen amnésique qui observe et entend des phénomènes que lui seul semble remarquer : des kaijû se tiennent immobiles en pleine ville et une voix l’appelle depuis un ordinateur. Il ne faudra pas bien longtemps pour qu’il se retrouve impliqué dans des combats l’opposant à toute sorte de créatures gigantesques. En plus d’être l’une des rares séries animées de kyodai hero à voir le jour (et non ce n’est pas une série de mecha même si ça en a l’air), SSSS.Gridman a une troupe de personnages principaux attachants et un antagoniste qui l’est tout autant. En somme, un très bon divertissement d’un genre qui se fait rare en animation et qui se permet même des réflexions pertinentes sur le média auquel il fait référence. La série est actuellement en simulcast sur Wakanim. Un nouvel animé par le même réalisateur et siglé SSSS. a été annoncé récemment : SSSS.Dynazenon devrait voir le jour dans un futur proche et on l’attend avec impatience.

Et voilà tout pour les quelques séries liées à l’univers Ultraman disponible en France. À vous maintenant de piocher dans ce qui est proposé selon vos préférences,  n’hésitez pas écrire en commentaire des séries qui selon vous se rapprocheraient de l’esprit d’Ultraman. Les plus motivés peuvent même se pencher sur l’offre américaine de la franchise qui est beaucoup plus conséquente que chez nous. Quelques épisode des séries plus anciennes sont disponibles en sous-titrées anglais sur la chaîne officielle d’Ultraman (avec de nombreuses autres vidéos mais malheureusement sans sous-titres). Il serait dommage de passer à côté de cette saga tant son influence est énorme dans le monde de la fiction japonaise. 

De nouvelles portes d’entrée continue à voir le jour, avec une actualité forte en ce moment via une adaptation en comics chez Marvel par Mark Higgins (déjà auteur de l’adaptation en comics de Power Rangers en 2016) et un reboot en film nommé Shin Ultraman co-produit par la Tôhô, Tsuburaya Productions et Khara (rebuild of evangelion) avec au manette pas moins que Hideaki ANNO, grand fan de la série, et Shinji HIGUCHI, le maître du tokusatsu moderne. Le duo a déjà été à l’oeuvre en 2016 pour le magnifique Shin Godzilla, ce qui rend l’attente de Shin Ultraman encore plus insoutenable. Plus anecdotique, une collection de T-shirt en collaboration avec UNIQLO est bientôt disponible pour une durée limitée.

A vous de faire votre choix et de partager vos impressions avec nous en commentaire !

 

Sources – pour aller plus loin :

Site officiel de Tsuburaya Productions :

Vidéo de la chaîne Toku Hill Zone revenant plus en profondeur sur l’histoire de la licence : 

Collections d’articles sur Ultraman par Zoom Japon

Article sur deux scénaristes Okinawaien qui ont travaillé sur Ultraman. 

Article en anglais sur les connexions entre Ultraman et Evangelion.

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