Gaming Memories #72 – Strider

Bienvenue dans le tout premier numéro de Gaming Memories de 2026 (#72). Pour bien commencer l’année, nous vous proposons de revenir en janvier 1989 en arcade. Un héros légendaire nous y attend pour une aventure bourrée d’action et de challenge orchestrée par Capcom : faites place à Strider et préparez vos pièces, vous allez en avo0ir besoin !

Strider ©Capcom, 1989

Un projet multimédia ambitieux

On le sait, l’éditeur japonais Capcom a toujours été proche de la bande-dessinée. On lui doit de nombreuses adaptations de comics en beat’em-ups (The Punisher, Cadillacs and Dinosaurs) et en versus fighting (X-Men : Children of the Atom, Marvel vs Capcom…). Les « Supers » japonais n’ont pas été laissés de côté, grâce à Tatsunoko vs Capcom en 2008 mais avant cela, il y a eu… Strider Hiryu.

En effet, et vous ne le savez sans doute pas car cette série n’a jamais été publiée en France, Strider Hiryu (ou juste Strider pour nous) est, à l’origine, un manga paru entre mai et octobre 1988. Le jeu arrive donc seulement quelques mois plus tard, en janvier 1989 et en arcade ! La production s’est faite sur le CP-System (CPS, système arcade sur lequel sont nés Final Fight et Street Fighter II par exemple) et a été confiée à Koichi Yotsui pour sa maîtrise de la carte arcade pour Bionic Commando et Ghouls ‘n Ghosts.

Strider manga
©Kadokawa Shôten, Tetsuo Shiba, Tatsumi Wada, 1988

On ne sait pas grand-chose de la création de Strider, sinon que c’était donc une collaboration entre un mangaka et Capcom, mais on sait en tout cas que cette production, sortie en janvier 1989 en premier en Europe (mars puis avril au Japon et USA), est considérée comme une inspiration pour de très gros titres comme Ninja Gaiden, Devil May Cry et même God of War, rien que ça ! Voyons si cela tient toujours la route…

Une plasma sword avant l’heure

Nous sommes en 2048, dans un futur dystopique où règne un despote seulement connu sous le nom du « The Grandmaster ». Seule une organisation de ninjas se dresse contre lui : les Strider. Une organisation, ou plutôt le plus jeune et talentueux d’entre eux : Hiryu. Il va devoir s’infiltrer dans la République Soviétique Socialiste du Kazakh, désormais capitale de l’empire Russe, et voyager dans plusieurs régions pour mener à bien sa quête jusqu’à pouvoir éliminer l’ennemi public numéro 1…

Strider est ce que l’on pourra considérer comme l’un des tout premiers hack’n’slash. On avance au travers des différents niveaux en taillant tout ce qui nous fait face, ennemis comme boss, on évite les pièges et on saute par-dessus le vide (ou les ennemis). Hiryu est très agile et peut aussi s’accroupir pour attaquer à différentes hauteurs et effectuer une glissade pour prendre un peu de distance avec un ennemi ou passer certains obstacles. Il est aussi capable de s’accrocher aux murs et plafonds – n’oublions pas qu’il est aussi possible de marteler d’attaques en plein saut et même les orienter dans la direction opposée ! On a ainsi beaucoup plus de liberté et de situations que dans un jeu de plate-forme classique…

En contrepartie, Hiryu est également assez fragile ; en effet, à peine trois attaques reçues et c’est une vie de perdue. On en a trois par crédit mais on appréciera que le jeu soit bourré de checkpoints. On ne repart donc jamais de bien loin en arrière, mais on perd cependant toutes les upgrades gagnées en cours de route. Celles-ci peuvent, par ailleurs, rendre la portée de son épée plasma plus longue ou lui donner de petits bots qui s’en prendront aux ennemis (ils sont d’ailleurs cumulables, plus on récupère d’upgrades et plus puissants ils seront). La jauge de vie peut être agrandie si l’on trouve les bonus pour, mais tout disparaît une fois une vie perdue.

Strider ©Capcom, 1989

La qualité signée Capcom

Strider charme directement par sa mise en scène. On n’a aucune explication de ce pour quoi on est là mais les simples animations d’écran-titre et de lancement de partie suffisent à mettre dans le bain. Ensuite, on ne peut qu’être impressionné par la fluidité sans faille du jeu, rapide et réactif peu importe les mouvements que l’on fait et dans quel sens. On peut matraquer la touche d’action, pour tout détruire en face, il n’y aura aucun ralentissement. Les animations sont très correctes, (même si parfois un peu étranges en fonction de l’inclinaison du décor dans lequel on progresse) mais se paie le luxe de montrer un personnage dont la démarche s’adapte selon deux niveaux d’inclinaison du sol.

Par sa vitesse et nervosité, le titre de Capcom devient vite frénétique, même si l’action est régulièrement ponctuée de séquences de plate-forme et de pièges à surmonter. Les sauts ont beau bien réagir, il faut parfois s’y prendre à plusieurs fois avant de bien les calibrer, comme en atteste cette fantastique scène où l’on dévale une pente enneigée à coups de sauts vertigineux qui se termine par un gouffre… dans lequel on tombera bien souvent avant de trouver le bon timing.

S’ajoute ainsi une dimension de die and retry au jeu, celui-ci étant ponctué de nombreux checkpoints, comme dit précédemment. Il y a autant de points de passage que de petites séquences différentes formant un niveau et chacune offre une situation différente. Strider se diversifie sans cesse pour toujours maintenir le joueur en haleine ; il y a toujours de nouvelles idées de gameplay et rarement deux fois la même chose. Cela implique aussi de devoir découvrir ces passages, ce qui se fait parfois par l’échec. Grimpette au-dessus du vide, exploration la tête à l’envers, montée de plates-formes volantes à une autre, Strider n’arrête jamais d’être créatif et de proposer du challenge : la difficulté augmente de stage en stage.

Strider ©Capcom, 1989

Si le côté technique est presque impeccable, on pourra toutefois regretter un faible nombre de niveaux (cinq) pour une durée totale d’à peu près une demi-heure en ligne droite. Il n’y a pas non plus de grosse replay value (si ce n’est un système de score seul ou à deux qui peut engager un aspect compétitif assez faible) mais l’expérience est grisante et en vaut la chandelle. Même de nos jours, il reste très fun à parcourir grâce aux sensations joystick (ou manette) en main et son ambiance qui mélange des décors de villes totalitaires à des vaisseaux ou machines de science-fiction lui donne un charme rétro-futuriste certain.

Bons graphismes, belle animation sans faille, diversité certaine, check. Reste le son, qui là encore s’en sort très bien. On entend plusieurs fois la même mélodie pour plusieurs niveaux différents, mais elles servent la progression à merveille. Mélodie d’anime de science-fiction des années 80, thème glorieux pour de la haute voltige, BGM plus mystérieux lorsque l’on atteint cette sorte de grosse plate-forme électrifiée au milieu de la Sibérie, là encore le jeu fait aller de surprise en surprise et change même de morceau plusieurs fois, de section en section d’un même stage. Mieux encore, certains niveaux sont ponctués de courtes séquences de textes doublés en japonais… ainsi qu’en chinois et russe en fonction des personnages ! Les voix crachotent un peu mais sont parfaitement compréhensibles.

Indéniablement, Strider est une perle du jeu vidéo rétro. Un jeu qui brille par bien plus de qualités qu’il n’a de défauts. Forcément, avec un tel niveau (et à une époque où cela se jouait à celui qui avait les plus beaux graphismes et inondait le plus le marché), on se doute bien que Strider ne va pas s’arrêter là…

Strider ©Capcom, 1989

Mission suivante !

Strider a en effet été porté sur un nombre incroyable de machines de l’époque. Atari ST, Amstrad CPC, Amiga, Commodore 64, ZX Spectrum, IBM PC, Master System, Sharp X68000, PC-Engine, faites votre choix ! Si certaines sont correctes (Atari et Amiga), d’autres sont juste moyennes car sur machines techniquement en retard (Amstrad CPC¸ Commodore). Les portages Sharp et PC-Engine bénéficient de voix re-doublées et parfois aussi d’une bande-son qualité CD ! N’oublions pas la version Famicom au passage, mais celle-ci est un jeu plutôt différent (avec des niveaux alternatifs et des personnages supplémentaires).

Le jeu a également souffert de quelques traitements étranges. Les versions Atari, CPC, Amiga, C64, IBM et ZX ont été effectuées par U.S. Gold (une société désormais fermée dont le but était de récupérer des licences passées par les USA pour les diffuser à un prix plus bas sur d’autres machines, souvent au détriment de la qualité) aux cotés de Tiertex (dont la description pourrait être la même). Les 3e et 4e niveaux y avaient été inversés, ce qui causait une erreur dans le scénario : en résultat, la fin s’en voyait modifiée, devenant un simple « bon en fait tout ça c’était juste un simulateur, ça explique pourquoi les niveaux sont dans n’importe quel ordre »…

On oubliera donc ces portages bas de gamme pour se concentrer sur LA version qu’il faut retenir : celle sur Mega Drive. Sortie en fin d’année 1990, on aurait pu craindre une énième conversion au rabais. Ce n’est absolument pas le cas : Capcom met les petits plats dans les grands en servant un jeu sur cartouche de 8 Méga-Octets, ce qui peut paraître minuscule de nos jours mais était immense en son temps (même un gros RPG comme Phantasy Star II, sorti l’année précédente, tenait sur 5Mo… alors 8 pour un jeu de plate-forme qui se finit en une heure…).

Les graphismes et l’animation y sont fins, le son est excellent (à part quelques petits bugs et les voix absentes), bref c’est quasiment de l’arcade perfect. La fin y est également un peu différente, plus fournie que l’originale pliée en dix secondes. C’est, pour certains, le jeu de l’année et également un best seller. La preuve qu’avec du talent, et surtout si l’on met le prix pour de la mémoire dans une cartouche, la console brille plus que n’importe quelle concurrente. Cette version sera disponible sur la console virtuelle de la Wii de Nintendo ainsi que le Nintendo Classics pour Switch et Switch 2.

Strider a eu une suite en 1990, sur Mega Drive à nouveau. Cet épisode, qui a été produit par Tiertex et U.S. Gold est… une insulte à l’original. Les graphismes y sont moins beaux, le son est criard et désagréable tout comme les compositions musicales n’ont aucune saveur. On peut lui accorder une palette d’action similaire à son aîné et quelques effets graphiques sympathiques, mais même Capcom refuse toute parenté avec ce jeu. C’est dire le niveau…

La vraie suite, tout simplement nommée Strider 2, est sortie en arcade en décembre 1999  puis février 2000 sur PlayStation (une conversion console salon remarquablement rapide !). Il a fallu attendre juin pour les américains et carrément décembre pour les européens mais cela en valait la chandelle : une vraie suite bien plus digne. Hiryu ressemble désormais plus à un vrai ninja (qui rivalise à mort avec Ryu Hayabusa de Ninja Gaiden) et fait beaucoup penser à Guy, le ninja de la série Street Fighter Alpha. L’action y est plus nerveuse, plus rapide, bref on est enfin de retour avec un vrai jeu Strider !

Le héros reviendra à nouveau dans différentes productions de Capcom en tant que caméo et aussi comme personnage jouable dans les Marvel vs. Capcom ou encore Project X Zone 2. En 2014, c’est dans une nouvelle production signée Double Helix Studios (Silent Hill : Homecoming) et la branche Osaka de Capcom qu’il refait surface. Les notes reçues sont plutôt positives, encore une fois !

Production de grande envergure et classe à l’époque, Strider a traversé les âges et toujours avec brio (on oublie les versions U.S. Gold, bien sûr). Il semble désormais relégué aux rôles de second plan en tant qu’apparitions simples, mais cela prouve que l’éditeur ne l’a pas oublié. Qu’un nouvel opus arrive un jour ? Il n’y a qu’à y croire !

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