Prix Konishi : portraits croisés de deux traducteurs victorieux
Le prix Konishi pour la traduction littéraire rappelle que l’essence d’un message reste le même qu’il soit en français ou en japonais. Ce prix invite à tourner les pages de son roman délicatement et à regarder toutes ces lettres de l’alphabet se transformer. Les langues sont une richesse, et le japonais Fumio Chiba l’a bien compris. En 2025, il fait l’unanimité avec la traduction japonaise d’une œuvre française incontournable Vies minuscules de Pierre Michon. Et pour aller de la France vers le Japon, nous évoquerons ensuite la récompense du traducteur français Jean-Baptiste Flamin en 2026 pour l’œuvre Le Gardien des souvenirs par Sanaka Hiiragi.
Journal du Japon vous propose donc un retour sur le précieux sésame décerné ces deux dernières années.

Fumio Chiba, un traducteur sorti des sentiers battus
Le livre que Fumio Chiba décide de traduire est Vies Minuscules, le premier roman de Pierre Michon publié en 1984. L’auteur y dresse le portrait de huit personnes proches ou éloignées qu’il a connues durant son enfance. Des vies « minuscules », décrites comme anodines et hébétées. Un constat qui le pousse doucement vers une réflexion profonde révélant son attrait pour l’écriture, vers ce qu’il nomme « le beau langage », un symbole de libération. L’année de sa publication, il obtient le prix France Culture et impactera au plus haut point la littérature française. S’en suivent ensuite les traductions de l’œuvre à l’échelle mondiale.
Dans une étude nommée Michon et ses traducteurs, Jill Alessandra Mccoy, spécialiste dans l’édition internationale, nous parle du paysage linguistique qui entoure l’écrivain français. On recense 43 traducteurs, 20 hommes et 23 femmes, auteurs de 60 traductions publiées chez 36 maisons d’édition à travers le monde. Parmi eux, même s’ il y a beaucoup de traducteurs de métier, on repère aussi des poètes, des romanciers, des éditeurs, des professeurs ou même des étudiants.
Selon la spécialiste, durant longtemps, aucune langue asiatique ne comptait de traduction publiée par Pierre Michon. Une maison d’édition japonaise détenait les droits de Vies minuscules, mais sa publication fut repoussée par des contraintes de traduction. Fumio Chiba, lui, tentera une traduction vingt ans auparavant mais ne pourra pas la terminer. Avec beaucoup de persévérance, il parviendra tout de même à concrétiser le projet pour devenir un porte-parole incontournable de Michon.
Fumio Chiba a enseigné les lettres, les arts et les sciences à l’Université Waseda. Pour la fondation Konishi, ce qui a incité le traducteur à travailler sur l’ouvrage de Pierre Michon, c’est la fascination pour une construction difforme qui suit simplement des personnes tout en mettant en avant le chemin compliqué de l’auteur pour réussir à écrire un texte si dense. Il sera récompensé pour sa méticulosité, sa patience et son ajustement équilibré pour s’adapter à la langue nipponne.

Enfin le reste du podium du prix Konishi 2025 ne démérite pas avec de belles mentions d’encouragement, notamment avec la traduction japonaise du livre Guerre de Louis-Ferdinand Céline par Yûishirô Morisawa ainsi que le roman Le Gardien des souvenirs traduit en français par Jean-Baptiste Flamin via les éditions Nami en 2024. De quoi ravir les tables de chevets et les plus belles lampes de lecture en attendant l’édition du prix suivant.
Jean-Baptiste Flamin, un parcours riche jusqu’au prix Konishi 2026
Avant de parler du prix suivant, justement, revenons quelques années en arrière… Jean-Baptiste Flamin possède à son arc la traduction japonaise et anglaise depuis 2011. Diplômé en études de langues, de traduction et de sciences du langage, son parcours révèle l’âme d’un véritable couteau suisse qui touche de multiples genres : manga, littérature, polar, jeux vidéo, guides pratiques, articles de presse… la liste est longue. Côté littérature, on le retrouvera aussi à la traduction de romans tels que Un printemps au goût de mochi par Sawako Natori, ou encore pour La Bibliothèque des auteurs disparus écrit par Hika Harada.
Le Gardien des souvenirs quant à lui explore la thématique de la mort de manière artistique et ardente dans un lieu intermédiaire où l’on dépeint un dernier bilan photographique de la vie terrestre des défunts, avant qu’ils ne partent dans l’Au-Delà. L’autrice originale Sanaka Hiiragi, passionnée de photographie, nous livre des clichés et des mots divers auxquels s’associent délicatement le sens du détail traducteur de Flamin notamment dans les dialogues. En 2025 déja, Jean-Baptiste Flamin s’exprime sur ses premières impressions après qu’on lui est proposé le projet :
Les éditions Nami recherchaient un traducteur ; la responsable, Camille Juré, m’a transmis un résumé très intéressant de l’intrigue et m’a parlé avec beaucoup d’enthousiasme des thèmes abordés. En lisant les premières pages de l’ouvrage, ma première impression positive, s’est confirmée et j’ai accepté d’effectuer un essai de traduction…
Il évoque aussi les difficultés rencontrées :
Je me rappelle tout d’abord avoir réfléchi à la façon de rendre la temporalité du récit qui n’est pas tout à fait linéaire, et de traiter l’oralité des différentes voix. C’était un défi intéressant.
Pour Le Gardien des souvenirs, Flamin fera aussi appel à de nombreux contacts pour l’aider, dont une amie japonaise, un autre traducteur, un photographe professionnel pour du vocabulaire et bien sûr l’autrice.
Le Gardien des souvenirs c’est un roman fort émotionnellement, muni d’une traduction rigoureuse et spontanée. Jean-Baptiste Flamin, c’est une sincérité, une adaptation flexible qui décrit maintes histoires et une ribambelle de modes de pensées. De bons arguments qui feront finalement de lui le gagnant du prix Konishi en 2026, déjà nominé l’année précédente.

Fumio et Flamin sont des exemples de la consécration franco-japonaise que ce prix véhicule depuis tant d’années. Tous deux ont réussi à obtenir un prix ultime, preuve qu’il n’y a pas que dans nos romans préférés qu’il ne faut jamais abandonner.
Plus d’informations : site officiel.
