Interview Reno : Voyage dans les mondes de Dreamland
Reno continue de faire rêver ses lecteurs avec la sortie du 6e tome de sa série Dreamland qu’il est venu dédicacer à l’occasion du Salon du Livre de Paris.

Les mains tachées d’encre noire, Reno sort bien d’une séance de dédicaces. Il nous explique que son point fort, c’est de raconter des histoires. On le sollicite pourtant aussi bien pour la finesse de son trait, inspiré de _One Piece_, l’œuvre de Eiichirô Oda, que pour son style très personnel qui passe par l’humour et des dialogues dynamiques. Dreamland part d’une idée délirante entre rêves et réalité qui a su séduire les lecteurs et les amener jusqu’au 6e tome. Celui-ci sortira le 18 mars, et Reno est venu le dédicacer sur le Salon du Livre de Paris, qui s’est déroulé entre le 13 et le 19 mars. Une fois de plus, l’auteur ne manque pas de nous entraîner dans un monde farfelu et ludique, mais surtout créatif.
Biographie : Auteur du manga français Dreamland, Reno se présente comme un artiste autodidacte, qui a appris son métier sur le tas, avec l’expérience du terrain. Le premier tome de la série Dreamland est né en début d’année 2006 après sa rencontre avec Pierre Valls, directeur éditorial des éditions Pika, qui cherchait justement à développer un nouveau style de bande dessinée entre le manga et la culture européenne. Depuis le 4e tome, Reno travaille dans un petit studio qu’il a formé avec des dessinateurs, venus l’épauler dans la réalisation de son manga. À peine le 6e volume sorti le 18 mars dernier, la maison d’édition nous propose de découvrir le 7e tome dès le mois de juin.
Journal du Japon : Peux-tu nous faire une description de ta série ?
Reno : On suit les aventures d’un groupe de jeunes de 18 ans qui ont des préoccupations propres à cet âge charnier, comme passer son bac ou son permis. Pendant la journée, les héros sont encrés dans la vie réelle, à Montpellier, étant donné que j’ai le décor sous les yeux ! En revanche, pendant la nuit, quand ils rêvent, ils se retrouvent tous dans Dreamland, un monde où l’imagination n’a pas de limite. C’est un scénario qui me permet d’explorer toutes les facettes du manga. Il y a ce côté très réaliste, où je peux approfondir l’histoire et l’évolution des personnages et ce côté irréel où je vais pouvoir imaginer des scènes qui me permettront de me lâcher graphiquement.
Comment est né le concept de Dreamland ?
J’ai monté un projet de bande dessinée avec un ami franco-belge, qu’on a présenté au Festival de la BD d’Angoulême en 2003 auprès des grands éditeurs comme Soleil ou Delcourt. On a eu des bons retours mais qui n’ont pas abouti. Étant vraiment dans une démarche professionnelle, on s’était appliqué à construire un dossier solide qui nous a pris près de deux ans à peaufiner. Ce projet m’a beaucoup apporté mais ça me manquait de ne pas pouvoir raconter une histoire et de faire évoluer des personnages. et c’est de là qu’est né Dreamland. J’ai continué à travailler sur notre projet professionnel, mais j’ai voulu dessiner ma propre bande dessinée, mon manga, en parallèle.
Finalement, le concept de Dreamland est né de la même façon que toutes mes autres histoires, c’est venu naturellement et je suis comme ça depuis que j’ai 7 ans. J’ai compris que c’était inutile de me poser devant ma feuille en me disant qu’il fallait que j’écrive un scénario. Je me contente d’observer les gens, de me laisser guider jusqu’à ce que j’ai une idée. Pour Dreamland, je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé que ça serait bien de pouvoir voyager dans les rêves. Une fois que je tenais cette amorce, j’ai recherché le mot « rêve » sur Internet, ce qui m’a amené sur la notion de cauchemar, puis de phobie. Certaines des phobies décrites étaient vraiment très drôles, et j’ai tout de suite commencé à imaginer ce que je pourrais en faire.

Le tome 6 sort le 18 mars, quelle est la spécificité de ce 6e volume ?
Le 5e tome était déroutant, j’ai mis la caméra un peu partout et les héros n’étaient pas forcément mis en avant. J’ai volontairement proposé un tome décalé, en sachant qu’il ne répondrait pas forcément aux attentes des lecteurs, qu’il ne leur plairait pas. Le titre de la série c’est Dreamland, pas « Les aventures de Terrence », je raconte l’histoire d’un monde où il se passe des choses qu’on ne voit pas, et d’autres qui vont au contraire pouvoir être accentuées. Le fait de pouvoir poser la caméra à différents endroits présente aussi un intérêt narratif, étant donné que je ne pouvais pas tout raconter, pas mal de choses ont été suggérées et ça change. Avec le 6e tome j’avais envie de revenir à l’essence de la série, revenir sur son côté humoristique. L’histoire se déroule à Kasinopolis, le « Las Vegas » du monde des rêves, avec des parties de poker etc.
« Je préfère avoir une progression naturelle plutôt que de trop réfléchir au concept et attendre d’avoir tout ce qu’il faut avant de me lancer. »
Comment as-tu vécu la réalisation de ce 6e tome ?
C’est marrant parce qu’on m’a dit récemment que j’avais mûri, évolué… alors ça… _(Rires)_ Après six tomes, 1 000 pages, c’est bien normal que je sois plus professionnel. Je n’étais pas encore prêt sur le 1er tome, j’ai appris sur le tas. Je suis comme ça, je préfère avoir une progression naturelle plutôt que de trop réfléchir au concept et attendre d’avoir tout ce qu’il faut avant de me lancer. Les critiques positives ou négatives m’ont permis de grandir et je suis content d’en être arrivé là. Même si on a beaucoup décrié le 1er tome, si c’était à refaire, je referais la même chose. Le bilan finalement, c’est que j’ai de plus en plus de lecteurs, donc c’est cool ! (Rires)
Le 1er tome en soi est pourtant déjà très dynamique…
Je raconte des histoires, ma force c’est le storyboard. Je ne suis pas le meilleur dessinateur du monde, mais je m’en sort en narration, c’est ce qui a sauvé le 1er tome. Je le dis souvent à mes élèves quand j’anime des ateliers, si on est très bon en dessin mais qu’on ne sait pas raconter une histoire, son 1er tome va se vendre parce qu’il est beau, mais le second se lira à la Fnac. Plein d’auteurs comme Trondheim l’ont prouvé, du moment qu’on sait raconter une histoire, écrire dans les bulles, sa bande dessinée va se lire toute seule. Je suis de cette école qui considère que le graphisme est très important mais qu’il faut privilégier la narration avant tout.
Même si maintenant on commence à bien les connaître, peux-tu nous présenter tes personnages principaux ?
Ce que j’aime bien avec Dreamland, c’est que tous mes personnages sont des héros. L’enjeu dans la BD se retrouve dans la création des personnages, parce que c’est eux qui font l’histoire. Je n’ai d’ailleurs plus de mérite sur la réalisation du storyboard. Ils ont chacun un caractère propre, il suffit que je mette Terrence et Savane dans une case pour que le dialogue se fasse tout seul, je n’ai même plus à travailler.
Terrence est mou, dès le départ c’est un looser, comme les héros classiques qui commencent en bas de l’échelle, qui montrent leur potentiel dans l’épreuve, et qui évoluent au fil des tomes. C’est vrai qu’au bout de six tomes, il n’est toujours pas le héros qu’on attend, est-ce qu’il le sera ? Je ne sais pas, à sa manière… Il n’est pas courageux mais il est obstiné, il sait ce qu’il veut mais il sait aussi ce qu’il ne peut pas faire. Il a besoin d’être entouré par des personnes qui ont un fort caractère comme Savane, Sabba, Eve… On se pose alors la question de savoir pourquoi ces personnes destinées à être des leaders suivent ce type qui n’en a pas les épaules. C’est parce qu’on sent que c’est quelqu’un qu’il faut suivre, qu’il faut soutenir.
Savane, le bagarreur très sûr de lui, macho, qui plaît aux filles bizarrement… (Rires) Sans lui, le groupe ne serait pas là où il en est dans l’histoire. Terrence est le fil conducteur mais c’est Savane qui est mis en avant. Sabba est plus vieux, il est étudiant en fac de lettres et n’a aucun pouvoir. C’est le boulet de la bande, il est pire que Terrence, en plus d’être peureux, c’est lui qui apporte les ennuis !
Eve est vraiment un pilier du groupe, rien à voir avec les héroïnes faire-valoir. C’est une fille de notre génération qui en veut, le genre princesse qui va donner un coup de boule et se plaindre après parce qu’elle a mal. C’est une grande gueule.
Ton coup de crayon rappelle One Piece, l’œuvre d’Eiichirô Oda, quel est ton rapport avec cet auteur ?
One Piece est un coup de cœur que j’ai eu un an avant le début de l’aventure Dreamland. La technique de l’auteur est impressionnante mais le graphisme des personnages est super moche, son encrage est nerveux, il n’hésite pas à faire des taches. Le fait qu’il soit malgré tout un monstre sacré sur le marché du manga m’a conforté dans mon style. J’ai vraiment la même approche que lui, je me sers de mon énergie et pas forcément de la beauté de mon trait. La gomme, je ne connais pas, je ne m’en suis jamais trop servi quand j’étais petit. Si le dessin est raté, je le jette. Tout est lié, Eiichirô Oda est fan du travail de Akira Toriyama et c’est bien Dragon Ball ma toute première source d’inspiration.
Quelles sont tes autres sources d’inspiration ?
Il y a ces sources d’inspiration qui remontent à ma jeunesse et qui ont fait mon trait avec Le petit Spirou, Goldorak, Les chevaliers du Zodiaque, et tous les Disney, notamment Le Roi Lion parce que j’aime bien dessiner les animaux. Sinon il y a les influences du moment, les coups de cœur comme One Piece, Berserk, South Park ou Friends pour le rythme des dialogues du tac au tac. Je ne m’inspire pas uniquement du graphisme mais aussi de la narration parce que ce qui compte pour moi c’est de donner vie à des personnages.

Comment sont les derniers retours que tu as eu à propos de la série ?
Je ne sais pas comment les autres auteurs le vivent, mais je pense qu’il y a une part d’égoïsme dans ce métier. Je fais Dreamland pour moi, je me fais plaisir, si ça plaît au lecteur tant mieux, sinon c’est pas bien grave. Ce qui est bien aujourd’hui, c’est que je commence à bien connaître mon public, j’arrive à le cerner, je sais ce qui leur fait plaisir. Je savais par exemple que le 5e tome ne ferait pas l’unanimité alors que techniquement, j’en suis très content. Au contraire, le 6e tome ne m’apporte pas particulièrement quelque chose à moi, mais je savais qu’il allait plaire. C’est bien de savoir ce qu’il attend, ça me permet aussi de mieux le surprendre. Je défie le lecteur de savoir ce qui va se passer dans le prochain chapitre ou dans le prochain tome. Finalement, on me dit souvent qu’on ne peut jamais savoir, c’est ça que j’aime.
Tu as des exemples à nous donner sur la façon dont tu peux surprendre le lecteur ?
Terrence n’est pas censé devenir ce héros que tout le monde attend. C’est quand même le plus malsain du groupe, c’est le feu, le traître. C’est un héros qui impose le respect, qui a une envergure qui ne vient pas forcément de ses pouvoirs. Ce n’est pas que je cherche à casser les codes du shônen où le lecteur peut s’attendre à ce qu’il devienne très puissant mais ce n’est pas dans ma logique. Évidemment je ne vais pas leur dire ça, de peur de les dégoûter !
J’ai aussi hâte que Savane tombe amoureux, de cette façon le lecteur verra quel genre de fille il aime, comment il va gérer sa relation, et comment cette situation peut changer un macho. Il dit haut et fort que c’est un célibataire, qui se fout des filles, et là, il y en a une qui va l’avoir et qui va faire que… c’est important !
Généralement quand on dessine un personnage, d’après sa démarche, la façon dont il se tient, on va pouvoir deviner une partie de son caractère. On va tout de suite savoir si ça va être un looser, ou un winer. Je sors des sentiers battus du code du manga parce que mes héros se suffisent à eux-mêmes. J’ai travaillé les personnages de la série à fond, ils en deviennent presque réels et le storyboard se fait tout seul. C’est certainement ce qui fait que Dreamland est aimé aujourd’hui, j’arrive à imposer ce style. C’est grâce à mes personnages que les gens aiment bien lire ma BD.
Si tu avais à choisir un monde dans Dreamland, ça serait lequel ?
Reno : C’est pas à moi qu’il faut demander. (Rires) Je mets un peu de moi dans chaque monde, et chaque monde ne me correspond pas forcément entièrement.
Miya : Sboob Land ! (Rires) (la région des frustrés sexuels, ndlr)

Comment s’est passée ta rencontre avec les éditions Pika ?
Reno : En janvier 2004, je surfais sur le net, sur les sites des éditeurs de manga et j’ai cliqué sur le lien « nous contacter ». Je savais de quoi se composait un projet type qu’on propose aux éditeurs, pourtant je me suis contenté d’envoyer trois images et quatre lignes du pitch pour qu’une semaine après, j’ai cinq ou six réponses positives avec des contrats joints. Pika avait cependant un discours plus réaliste que les autres, qui trouvait que mon projet avait du potentiel mais qui souhaitait me rencontrer pour en parler. J’ai rencontré Pierre Valls et j’ai pu lui dire ce que j’attendais et ce que je voulais faire de Dreamland. Je partais du principe que pour n’importe quel contrat, l’important était que le courant passe avec l’éditeur et c’est ce qui s’est passé avec lui. Bizarrement, pour Dreamland tout a été… tout s’est fait naturellement.
Tu penses avoir eu de la chance ?
Il y a une part de chance dans la réussite, il faut être là au bon moment au bon endroit. J’ai eu la chance d’arriver au début d’un nouveau mouvement, ce qui devient de plus en plus rare aujourd’hui puisque tout à déjà été fait. Pour Angoulême en 2003, j’avais démissionné, je voulais me lancer à temps plein sur la bande dessinée, progresser en dessin, donc quelque part… je sentais que c’était le moment. Le discours de Pierre Valls m’a séduit… il n’avait même pas besoin de me séduire, on allait dans le même sens et il m’a laissé carte blanche. Si je me plante ça sera entièrement de ma faute, je ne pourrais m’en prendre qu’à moi-même et je préfère travailler comme ça.
Comment s’organise ton travail dans la journée ?
Jusque là, j’ai travaillé différemment sur chaque tome, je n’ai pas encore trouvé mon rythme. Généralement, le storyboard va très vite, j’écris mes 200 pages en trois-quatre jours. Au moins j’ai la vision globale du tome et après je peux passer au crayonné chapitre par chapitre. J’essaie de dessiner sept heures par jour, donc le nombre de pages que j’arrive à réaliser dans ce laps de temps peut varier d’un jour à l’autre. Depuis que je travaille en studio, deux de mes potes font les décors. Dans le 5e tome, chaque chapitre avait une identité bien spécifique, une âme, donc c’était beaucoup plus intéressant à dessiner, il y avait aussi bien de la forêt que des bâtiments. Au contraire, dans le 6e tome, tout se passe à Kasinopolis, les décors étaient donc récurrents. Outre le fait que c’est moins motivant, on a forcément travaillé très différemment sur ces deux tomes. Avec le 7e tome, ça va donner encore autre chose. Je n’arrive pas à me caler.
Comment se passe ta collaboration avec les deux dessinateurs qui t’accompagnent ?
Après le 3e volume, j’ai eu une prise de conscience. Il a fallu choisir entre continuer à travailler seul ou être aidé. Il n’était pas question non plus de copier les studios japonais, parce qu’on a pas du tout la même structure. Je me suis demandé si le fait d’être épaulé ne donnerait pas des tomes d’une meilleure qualité, ne donnerait pas des ailes à Dreamland. Compte tenu des délais qui m’étaient imposé, j’aurais été obligé de bâcler certaines cases. Pour le 4e tome, des potes m’ont donc rejoint pour former un petit studio.
On est complémentaire, ils sont carrés, studieux, très professionnels, c’est pour ça qu’ils sont les plus qualifiés pour faire les décors sur Dreamland. J’apporte l’énergie, je suis un peu fou-fou ! C’est aussi pour ça que leur projet tarde, ils sont très perfectionnistes, il attendent de sortir un 1er tome parfait avant de se jeter à l’eau.

Comment appréhendes-tu la fin de Dreamland ?
J’ai déjà écrit le 1er et le dernier épisode de Dreamland, pour garder un axe et j’improvise sur tout ce qu’il y a entre les deux. Je garde une totale liberté parce que si tout était déjà écrit, je n’aurais plus du tout la motivation de continuer. Je me raconte l’histoire en même temps, pour moi aussi je fais durer le suspens.
C’est vrai qu’on dit souvent que le risque de ne pas avoir prévu la fin, c’est de la bâcler en cas de fin précipitée…
Aujourd’hui j’ai dépassé le seuil des 10 000 lecteurs, qui fait que ça ne pourrait pas arriver. Dreamland semble rentable pour l’éditeur, j’ai acquis un lectorat de base, il ne peut qu’augmenter. Pour perdre des lecteurs, il faudrait vraiment faire six ou sept tomes complètement en-dessous du niveau des autres. Je m’arrêterais si j’en ai marre, si ça ne m’amuse plus, mais je ne veux pas bâcler la fin et elle est de toute façon déjà écrite. Je n’ai pas envie de laisser le lecteur avec une série qui monte en puissance et qui est bouclée vite fait.
Tu as l’intention de mener d’autres projets en parallèle ?
J’ai d’autres projets en tête, avec d’autres éditeurs et sous d’autres formats. J’aimerais continuer Dreamland encore assez longtemps parce que j’ai encore beaucoup de choses à raconter. Si j’envisage de faire une quinzaine de tomes par exemple, il faudrait que j’aie le temps de faire autre chose à côté. Je suis pas comme les japonais, vingt tomes ça prendrait 15 ans de ma vie ! Si je sais que je peux tester et réaliser d’autres projets à côté, je pourrais prolonger Dreamland jusqu’au 40e tome ! D’autres projets ne vont pas tarder à arriver mais je ne voulais pas non plus m’y mettre trop vite, je vais me focaliser un peu sur ma série pendant encore un an et après je vais pouvoir m’ouvrir sur d’autres idées.
Comment définirais-tu ton style graphique ?
Reno : À l’arrache ! (Rires) C’est plus aux autres qu’il faut demander…
Miya : À l’arrache ! (Rires)
Reno : Je suis comme ça, on dessine comme on est. Je le vois bien avec mes potes qui m’aident sur les décors ou quand on fait des ateliers avec les petits. On devine leur caractère dans leur façon de dessiner. Je suis irréfléchi, spontané.
Ce n’est pas une tare !
Reno : Non, ça fait partie de mon caractère, je ne pense pas être un taré, je ne me prends pas la tête, je ne me mets pas la pression, ça vient peut-être du sud… Je vais faire un peu de pub pour ma ville (Montpellier, ndlr), on n’est pas stressés ! (Rires) Je suis zen… mes origines asiatiques y sont peut-être pour quelque chose aussi. (Rires)
Tu participes donc à des ateliers, comment ça se passe ?
Oui, j’ai fait des ateliers, toujours avec mes potes dessinateurs. On y allait sans préparation généralement ! (Rires) Quand on fait des ateliers on préfère s’adapter aux élèves. Quand on demande à un gamin de 8 ans de nous raconter une histoire, il y va, alors qu’un gars de 27 ans qui a déjà des connaissances que le petit n’a pas, va rester bloqué. Le gamin ne se pose pas de question et c’est ce genre d’énergie qu’on veut générer. Le dessin c’est un métier d’autiste, personne ne se parle, alors que mes potes et moi on aime les gens. C’est aussi une bonne excuse pour ne pas travailler la veille de l’atelier ! (Rires)
On ne se place pas au-dessus d’un prof, ce qu’on donne pendant les ateliers c’est notre expérience, nos astuces pour pas que les élèves restent bloqués. On ne leur dira jamais comment dessiner, s’ils veulent faire du manga, il feront du manga, s’ils veulent faire autre chose on ne les forcera pas à faire du manga. On n’est pas là pour leur dire comment dessiner, en revanche on apporte notre matériel et on leur propose d’essayer tel ou tel pinceau… C’est une façon de voir les choses, mais ça marche, les petits étaient contents et on créait des liens avec eux. C’est vrai qu’on appelle ça un « atelier manga » mais c’est plus parce que c’est à la mode qu’autre chose. En réalité, c’est un atelier de bande dessinée. Le storyboard se retrouve aussi bien dans le manga que dans le comic. Si un jeune préfère faire son découpage avec cinq bandes à la franco-belge, c’est pas un problème.
Ces ateliers ont eu pas mal de succès sur Montpellier, on a été obligé d’arrêter parce que ça n’avait plus de sens. Notre but c’était pas de faire un atelier avec des jeunes différents à chaque fois mais de les suivre sur une certaine période et la liste d’attente était tellement longue que ce n’était plus possible. On aimerait bien en refaire, si on avait plus de temps parce que ça nous manque. On adorait les petits de 6 ans, ils étaient marrants, à leur façon de dessiner on voyait tout de suite si c’était un « Reno » ou plutôt un « Roro ». (Rires)
Quels conseils donnerais-tu aux jeunes auteurs ?
Reno : Se faire plaisir ! Je ne me suis pas tout de suite rendu compte de l’image que je donnais de moi. Quand un jeune me demandait quelles études j’avais suivi pour devenir dessinateur, je lui répondais naturellement qu’à l’école j’étais un cancre et que je n’avais pas fait d’études. C’est dangereux de tenir ce genre de propos, quand bien même ça a bien tourné pour moi, ce n’est pas forcément le cas pour d’autres. J’ai réalisé que les jeunes me prenaient en exemple et qu’il fallait que je fasse plus attention à ce que je leur disais, parce qu’ils m’écoutent en fait. (Rires)
Maintenant je leur dis de passer leur bac d’abord ! J’aimais pas travailler mais j’ai quand même eu le mien parce que j’avais bien conscience de l’enjeu que ça représentait. Il y a toujours un ressenti, une histoire de talent à la base, mais il faut avoir aussi envie de se donner à fond, et le faire ! Quand je parle de Dreamland, j’ai le sourire mais j’ai passé des milliers d’heures derrière ma feuille.
Miya : On dirait pas comme ça, mais c’est une bête de travail ! (Rires)
Reno : Quand on est passionné, c’est normal. Je commence à dessiner à 21 h, je cligne des yeux et il est déjà 10 h du matin, alors que dans ma tête, il y a eu seulement un quart d’heure de passé.
La journée de Reno s’est terminée sur une dédicace, parce que même s’il se voit plus comme un scénariste qu’un dessinateur, son coup de crayon n’en est pas moins dynamique et travaillé.
Remerciements : Reno et les éditions Pika

