Nihoncha, l’art de déguster le thé japonais : voyage au pays du thé par les cinq sens

Aujourd’hui Journal du Japon vous emmène à la découverte de l’univers des thés japonais. Un voyage avec les cinq sens que vous propose Isaline Lannoy, philosophe et sommelière en thé à travers des textes poétiques qui invitent à prendre le temps, tendre l’oreille, sentir, toucher, regarder et enfin goûter. Un voyage dans les nuances de vert sublimé par les aquarelles de Barbara Luel Pecheur.

Nihoncha : voir, écouter, toucher, sentir et goûter le thé

livre Nihoncha

Ce livre d’une centaine de pages est une invitation à poser son smartphone, s’asseoir confortablement et prendre conscience page après page que le thé se découvre avec les cinq sens, lentement, délicatement, en pleine conscience, loin des bruits incessants et des couleurs tapageuses de notre environnement moderne.

Chaque partie met en avant un de nos cinq sens et les décline en doubles pages qui détaillent une sensation spécifique à l’univers du thé japonais. Les phrases sont à la fois descriptives et méditatives, et c’est une philosophie, une voie du thé qui se dessine au fil des pages.

Voir c’est découvrir tous les verts du Japon, thé, jardin, mousses, c’est aussi apprendre à admirer la lumière du soleil sur le jardin, le tatami, dans la liqueur même du thé. Il y est aussi question d’ombre, de propreté, de rondeur des objets du thé, de forme des feuilles et même de la trace du temps.

Écouter est aussi important dans la découverte du thé. Car « le bruit épuise, le son apaise ». L’eau a dans cette partie une place centrale. Elle est chauffée, versée, elle est un filet d’eau du tsukubai ou dégouline le long des gouttières cloches. Et que dire du son du chasen, le fouet qui bat le matcha et l’eau.

illustration Barbara Luel Pecheur
Page 28 chapitre « le toucher ».

Le toucher n’est pas en reste. Il est important de se reconnecter à son corps, de redécouvrir le plaisir de toucher les feuilles de thé, la douceur du bambou des objets de thé, la paille du tatami, la fonte, la pierre …

« Sentir, c’est tisser des liens ». Un thé se sent, ses odeurs végétales envahissent le nez. On découvre alors un thé potager, un thé verger, un thé mer, feu et même volcan. Il existe même le chakôro, un objet dans lequel on fait chauffer des feuilles de thé pour en humer le parfum.

Le goût est bien sûr très important. On découvre ainsi l’umami, cette cinquième saveur, la saveur de l’ombre, de l’amer sélectif qui s’apprivoise. Le sucré saisonnier des wagashi est également précieux pour accompagner le thé. L’autrice va jusqu’à évoquer le goût de l’eau et de la terre de la céramique.

Boire un thé c’est aussi revoir notre rapport au temps. Car le préparer nécessite de l’eau, du thé, et du temps. C’est un moment unique qui invite à savourer l’instant présent. Ichigo Ichie, un moment, une rencontre.

Ce livre est un bonheur pour l’âme mais aussi une beauté pour les yeux. Les délicates aquarelles de Barbara dévoilent dans un camaïeu de verts et de bruns aqueux toute la richesse de l’univers du thé. De la lumière diffusée par la liqueur d’un sencha à la délicatesse d’un fouet en bambou, du vert des plantations de thé à celui des jardins… C’est une promenade au cœur du pays du thé que l’illustratrice nous offre au fil des petites scènes qu’elle a créées autour des mots d’Isaline.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Isaline Lannoy, le thé pour passion

portrait Isaline Lannoy
Isaline Lannoy ©éditions Akinomé

Journal du Japon : Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases aux lecteurs de Journal du Japon ?

Isaline Lannoy : Je suis belge, j’ai 50 ans, 3 enfants, vis à la campagne et n’imagine pas une journée sans un minimum de contact avec un peu de lecture, un brin de nature et plusieurs litres de thé.
J’ai la chance d’avoir pu faire des études universitaires de philosophie qui m’ont probablement conditionnée à l’importance des détails et des nuances.
Il y a une dizaine d’années, j’ai changé radicalement de métier en créant une marque de thé visant à faciliter l’accès au thé en vrac principalement pour les restaurants. Très vite, le thé s’est révélé un terrain d’études passionnant qui m’a conduite à devenir sommelière en thé avec un premier diplôme passé en Inde, à Darjeeling et un second plus vaste avec la UK Tea Academy – Académie du thé au Royaume-Uni – pour laquelle, je suis désormais responsable des cours en français.
Le thé est fantastique car se révèle un véritable trousseau de clefs qui ouvre des portes souvent insoupçonnées pour nous occidentaux, sur des domaines aussi variés que le voyage, l’art, l’histoire, la culture et le ressenti.
Je passe désormais mon temps à voyager pour apprendre, observer, comprendre et partager mes connaissances et mon ressenti en proposant des formations, ateliers, service de conseils et de sommellerie. Nihoncha est mon premier livre, j’ai adoré l’aventure et espère bien qu’elle continuera avec d’autres livres 😉

Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec le thé japonais ?
(quel lieu, quel thé, quels souvenirs pour vos 5 sens ?)

Étonnamment, c’est mon mari qui m’a initiée au thé japonais il y a une vingtaine d’années. Il avait découvert le genmaicha en passant un mois au Japon dans sa jeunesse et ce thé était devenu sa première boisson du matin. Depuis, je l’ai converti à mon thé japonais favori, le tamaryokucha ! Il le boit en toute saison tandis que je le réserve au printemps pour l’assortir au vert, au frais et au retour de la lumière.

Petit portrait thé japonais : si vous étiez …

    – un thé : tamaryokucha le matin… hojicha le soir?
    – un objet de thé : un hohin peut-être, cette petite théière sans anse qui se love au creux des mains pour des infusions courtes et intenses…
    – un wagashi : un nerikiri qui change à chaque saison
    – un jardin : si j’étais un jardin de thé au Japon, j’aimerais être organique, à une certaine altitude et attenant à une forêt avec vue sur mer !
    – une maison de thé : celle qu’on découvre par hasard là où on ne s’y attend pas…

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaite découvrir le thé japonais ?

D’abord, je lui conseillerais d’acheter mon livre Nihoncha  😉 pour s’approcher du Japon pas à pas, pour sentir l’air iodé en bord de mer, être éclaboussé de vert, écouter le kumade ratisser le jardin sec, caresser les mousses étoilées au pied d’un petit jizo,…

Quand on frôle des lèvres un nouveau thé, c’est comme fouler une terre inconnue : on ne sait pas ce qui va arriver et je suis plutôt de ceux qui préféreront feuilleter un guide avant de partir.

Boire un thé japonais seul sans avoir été initié n’est selon moi pas une bonne idée : pour une première fois, il vaut mieux être guidé peut-être conditionné.
Ou alors commencer par un thé facile à infuser et apprécier comme le genmaicha ou le hojicha.

Vous cherchez des guides ?
À Tokyo, rendez-vous à Yanaka – d’abord pour visiter ce quartier ultra charmant – ensuite, pour vous rendre chez Thés du Japon, et demander Florent Weugue, premier français devenu sommelier en thé du Japon. Il pourra vous guider et vous proposer des thés excellents (le mieux est de prendre rendez-vous à l’avance).
À Sonogi, Marjolein d’Ikedokitea, excellente pédagogue, vous fera découvrir les meilleurs tamaryokucha de sa jolie baie.

À Paris, contactez Rika Iimori, Nihoncha tea instructor, pour un atelier d’initiation convivial : c’est LA meilleure façon de découvrir le thé japonais et l’apprécier servi comme au Japon ! Vous pouvez également lui acheter du thé.
Jugetsudo est un magasin historique que j’apprécie mais chez Neo.T., vous aurez des conseils plus intimistes.
Boire un thé chez Ogata et découvrir leurs encens vous laissera un avant-goût du Japon prometteur.
En Belgique, contactez-moi !

Journal du Japon remercie Isaline Lannoy pour ses réponses passionnantes et ses adresses utiles.

Plongez dans ce livre, puis allez découvrir la richesse des thés japonais en boutique ou dans un salon de thé !

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