Enseignants et documentalistes : mettez du manga dans vos écoles !

On dit souvent que l’une des forces d’un manga est son universalité : pour tous les sujets possibles et inimaginables, il existe déjà un manga. Alors quoi de mieux qu’un manga, justement, pour aborder les nombreuses thématiques au programme de l’école ?

Pour changer des recueils habituels et des livres (trop) scolaires et pour pousser les plus jeunes à la lecture, le manga est un media parfaitement adapté au lectorat pré-adolescent et adolescent. Journal du Japon avait donc envie de proposer une sélection de titres, avec résumé, sujets traités et intérêts pédagogiques… avec quelques clés pour savoir à qui ils sont destinés.

Voici donc 8 mangas qui sont souvent des grands classiques, mais aussi des titres en devenir qui méritent de tomber entre les mains des enseignants, des documentalistes et, bien sûr, des élèves !

Silver Spoon de Hiromu Araka, aux éditions Kurokawa

Silver Spoon Tome 1

Résumé éditeur : Lorsqu’il arrive au lycée agricole Ohezo, situé sur l’île d’Hokkaïdô au Nord du Japon, Yûgo Hachiken croit que sa vie sera facile : avec tous ces fils de fermiers incapables d’aligner deux équations, devenir premier de la classe sera du gâteau ! Mais c’était sans compter les cours d’élevage, de sciences de la nutrition, de gestion agricole et les clubs de sport éreintants… Comment va-t-il faire pour survivre à cette galère ?!

Silver Spoon c’est l’histoire d’un adolescent, presque adulte qui débarque en lycée agricole, qui fuit un peu son père et son obsession de la réussite de ce dernier, et qui découvre la campagne japonaise et surtout la vie des fermiers modernes, leurs problématiques, etc. Le titre est drôlissime, signé par Madame Hiromu Arakawa (Fullmetal Alchemist, Arslan, Tsugai,…) mais est un excellent point d’entrée pour une réflexion lucide sur nos rapports aux animaux et à la nourriture.

Hiromu Arakawa vient elle-même d’une famille d’agriculteurs à Hokkaidô et ça se sent : on est très loin d’une vision idéalisée de la campagne. Le ministère de l’Agriculture français avait même mis en avant la série dans des ressources pédagogiques. (Ministère de l’Agriculture)

Valeur ajoutée pédagogique :

  • ouvre sur l’alimentation, les circuits de production, le vivant ;
  • interroge l’orientation, la pression scolaire et la réussite ;
  • permet de parler du Japon rural, rarement montré aux élèves.

Public cible : Safe ou pas ?
Très peu de violence, humour omniprésent, sujets parfois sérieux (abattage, élevage, place des animaux) qui demande un encadrement, même s’ils sont traités avec tact. À partir de fin primaire et sinon au collège sans problème.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Bonus : Pour en savoir plus sur l’agriculture japonaise, nous lui avions dédié un article :

Spy x Family de Tatsuya Endo, aux éditions Kurokawa

Spy X Family 1

Résumé éditeur : Twilight, le plus grand espion du monde, doit pour sa nouvelle mission créer une famille de toutes pièces afin de pouvoir s’introduire dans la plus prestigieuse école de l’aristocratie. Totalement dépourvu d’expérience familiale, il va adopter une petite fille en ignorant qu’elle est télépathe, et s’associer à une jeune femme timide, sans se douter qu’elle est une redoutable tueuse à gages. Ce trio atypique va devoir composer pour passer inaperçu, tout en découvrant les vraies valeurs d’une famille unie et aimante.

Une série qui cartonne en France avec plusieurs millions d’exemplaires vendus, une série animée, etc. C’est une comédie familiale sur fond d’espionnage avec justement la question de la famille et des apparences. L’histoire se déroule dans un univers qui aime mélanger des références à l’Angleterre et à l’Allemagne sur fond de guerre froide avec des notions d’Est et d’Ouest.

Valeur ajoutée pédagogique :

  • travail possible sur la famille, les rôles sociaux, l’identité ;
  • permet d’aborder la guerre froide sans l’enseigner frontalement ;
  • joue constamment sur l’implicite : les lecteurs savent ce que les personnages ignorent.

Public cible : Safe ou pas ?
Oui dans l’ensemble : quelques combats et un peu de sang occasionnel mais jamais traité de façon trop réaliste, et l’humour domine très largement. De plus le concept est compris en quelques pages –un espion, une tueuse à gages, une petite fille télépathe (et un chien pré-cognitif) qui forment une fausse famille. Anya, la petite fille, est aussi une excellente porte d’entrée pour les lecteurs plus jeunes. D’ailleurs on retrouve la possibilité d’avoir une lecture différenciée : les enfants suivent l’aventure et les gags ; les plus grands comprennent davantage les jeux sur les mensonges, les apparences ou la société. Avec un bon encadrement et de la contextualisation, fin de primaire… et sinon, collège sans souci.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Bonus : Pour en savoir plus sur le titre, direction notre critique :

Le Renard et le petit tanuki de Mi Tagawa, aux éditions Ki-oon

Le Renard et le petit tanuki

Résumé éditeur : Il était une fois Senzo, un renard surpuissant craint de tous les animaux, qui semait la terreur sur son passage… à tel point que les dieux, pris d’une vive colère, le plongèrent dans un profond sommeil… 300 ans plus tard, à notre époque, ils décident de l’en sortir… à une condition ! Privé de sa force destructrice, le voilà chargé d’une mission spéciale : élever le petit tanuki Manpachi pour faire de lui un digne serviteur de la déesse du Soleil.

Manpachi a été rejeté par sa famille car il possède des pouvoirs immenses, qu’il a encore du mal à contrôler. Allergique à toute autorité, Senzo refuse de s’embarrasser d’un disciple, aussi mignon soit-il… Sauf qu’au moindre signe de rébellion, il est parcouru d’une douleur insoutenable ! Le voilà bien obligé d’accepter le marché…

Si vous avez envie de parler de folklore japonais, celui là est juste parfait ! L’éditeur le présente d’ailleurs comme une fable animalière pleine de tendresse autour de cette thématique : renards, tanuki, dieux, esprits… voici, une porte d’entrée très naturelle vers les yôkai et les croyances japonaises ! En plus les animaux, comme les couvertures sont très très mignons, succès au premier regard garanti !

Valeur ajoutée pédagogique :

  • excellent support pour parler de différence, inclusion et empathie ;
  • découverte du folklore japonais ;
  • réflexion sur ce qu’est une famille ;
  • possibilité de travailler le schéma du conte initiatique ;
  • fonctionne bien comme passerelle entre littérature jeunesse occidentale et manga.

Il y a aussi un aspect intéressant : contrairement à beaucoup de récits jeunesse, les adultes ne sont pas simplement des figures d’autorité ; ils apprennent eux aussi à grandir.

Public cible : Safe ou pas ?
Oui, très. Quelques petites tensions ou moments tristes mais aucune violence graphique ; un humour fréquent et une ambiance rassurante… Le titre le plus tranquille de toute notre sélection pour la fin de primaire comme pour le collège.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Bonus : Le folklore japonais vous branche ? Voici une sélection yôkai x manga :

Komi cherche ses mots de Tomohito Oda, aux éditions Pika

Komi cherche ses mots tome 1

Résumé éditeur : Dès la rentrée, Komi ne passe pas inaperçue : la beauté si singulière de cette fille et son élégance délicate en font une véritable déesse vénérée de tous ses camarades. Mais en réalité, son mutisme n’a rien de raffiné pour elle : en proie à une terrible anxiété sociale, Komi tente en vain de briser le mur du silence et de communiquer avec les autres… Tadano, son voisin de classe on ne peut plus ordinaire, découvrira son secret et décidera de l’aider dans ses incommensurables efforts pour s’ouvrir aux autres afin de réaliser son rêve : avoir cent amis !

Derrière la comédie scolaire et les situations parfois absurdes, le manga parle surtout de difficulté à communiquer et d’anxiété sociale, du regard des autres et d’intégration. De plus, Komi n’y est pas présentée comme quelqu’un qui doit simplement « faire un effort ». Le manga montre au contraire que communiquer n’est pas aussi simple pour tout le monde. Ce manga parle aussi beaucoup des malentendus : les autres élèves interprètent son silence comme de la froideur ou du charisme, alors qu’elle est simplement paralysée par l’angoisse. Sa grande beauté sera même un handicap contre-intuitif, les autres la voyant comme une beauté glaciale et inaccessible, hors de portée.

Valeur ajoutée pédagogique :

  • sujet rare : anxiété sociale, communication, difficulté à créer du lien ;
  • ouvre sur l’empathie ;
  • permet aussi de montrer qu’un handicap social invisible existe.

Public cible : Safe ou pas ?
Très safe. Humour et quotidien dominent. Quelques personnages excentriques mais rien de problématique. Une excellente porte d’entrée pour parler des relations sociales, de la timidité et de l’empathie et donc tout à fait étudiable en fin de primaire ou au collège. Il faudra juste expliquer le cadre scolaire japonais pour donner les clés de compréhension… ce qui est une excellente occasion de parler de l’école dans d’autres pays !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Bonus : l’uniforme scolaire au Japon, c’est quelque chose… La preuve :

Ruri Dragon de Masaoki Shindo, aux éditions Glénat Manga

RURIDRAGON © 2022 by Masaoki Shindo / SHUEISHA Inc.

Résumé éditeur : Ruri Aoki, lycéenne, se réveille un matin avec des cornes sur la tête ! D’après sa mère, elle tient probablement ça de son père qui est en réalité… un dragon ?! Malgré cette situation inattendue, Ruri se rend au lycée… Bien évidemment, l’apparition de ces cornes attire l’attention de ses camarades, mais ce n’est pas tout : Ruri se découvre d’autres attributs de dragon ! Le quotidien de Ruri s’apprête à connaître bien des bouleversements !

Récent et moins connu mais vous pouvez dire à vos élèves que c’est la nouvelle pépite du Weekly Shônen Jump (le magazine de One Piece et Dr Stone) et les élèves devraient adhérer facilement. Ici on parle de la transformation adolescente et du regard sur la différence. Le fantastique sert de métaphore : cornes, souffle de feu ou transformations rappellent les changements physiques de l’adolescence. C’est tout nouveau, il y a 3 tomes pour le moment en France (le 4 arrive en juin !), et c’est plutôt très bien fait.

Valeur ajoutée pédagogique :

  • métaphore très claire de l’adolescence et des transformations du corps ;
  • regard sur la différence et l’acceptation ;
  • excellent support pour discuter de la manière dont on réagit face à ce qui sort de la norme.

Safe ou pas ?
Très safe. Quotidien, humour et émotions. Rien de choquant. Le regard est bienveillant, les camarades ne deviennent pas des caricatures de harceleurs et proposent des réactions sont souvent nuancées. Un excellent support de discussion pour fin de primaire (et préparer d’ailleurs au monde plus dur du collège), ou être traité au collège directement.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Et puisque l’on parle de dragons, nous avons publié une sélection de manga de dragons qui valent le coup :

Yawara de Naoki Urasawa, aux éditions Kana

yawara-1-kana

Résumé éditeur : Depuis toute petite, Yawara Inokuma a été entraînée par son grand-père Jigorô Inokuma, un champion de judo, qui voit en elle une future star de la discipline. Il a été annoncé que les JO de Barcelone accueilleraient enfin la discipline féminine dans la compétition. Jigorô rêve donc de faire de sa petite-fille la première championne olympique féminine de judo.

Mais contrairement aux attentes de son aïeul, la jeune fille ne rêve que de mode, d’amour, d’idol… Bref, elle n’aspire qu’à une vie d’adolescente ordinaire, loin des entraînements et des compétitions. Mais c’est sans compter son talent inné pour le judo, que son entourage ne lui permettra pas d’oublier…!

Il y a déjà le manga sportif, et donc le judo, sport assez pratiqué en France surtout dans les plus jeunes âges, ce qui en fait un premier atout. Ensuite, derrière le manga sportif, Yawara! parle surtout de pression familiale, d’attentes imposées par les adultes, de liberté de choix, de construction de soi et du regard porté sur les filles dans le sport.

En effet, Yawara ne rêve pas de devenir la meilleure. Là où beaucoup de mangas sportifs racontent une conquête ou une obsession de la victoire, elle cherche plutôt à décider elle-même de ce qu’elle veut faire de sa vie.

Valeur ajoutée pédagogique :

  • rapport à la compétition et aux attentes familiales ;
  • place des filles dans le sport ;
  • découverte d’une œuvre d’un immense auteur avant ses thrillers.

Public cible : Safe ou pas ?
Oui. Quelques combats sportifs évidemment, mais rien de violent. Par contre le manga date un peu, de la fin des années 80, donc l’esthétique et la narration l’oriente plutôt vers des collégiens, même si des habitués du manga ou des gros lecteurs peuvent s’y essayer dès la fin du primaire.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Naoki Urasawa était de retour en France l’an dernier à Amiens. On y était :

Radiant de Tony Valente, aux éditions Ankama

radiant-1-ankama

Résumé : Seth est un aspirant sorcier de la région des Pompo Hills. Comme tous les sorciers, c’est un “infecté” : un des rares êtres vivants ayant survécu au contact des Némésis, ces créatures tombées du ciel qui contaminent et déciment tous ceux qu’ils touchent. Son apparente immunité lui a fait choisir une voie qui lui semblait toute désignée : devenir Chasseur et combattre les Némésis, mais surtout trouver le Radiant, leur berceau présumé.

Vous pouvez commencer par dire que c’est un manga français (de Tony Valente), et une de références du genre – cocorico, toussa toussa – puis expliquer à vos élèves un peu l’histoire du manga en France si vous êtes amateurs de cette littérature (vous lisez Journal du Japon, il y a donc de bonnes chances que ce soit le cas).

Sinon, Radiant parle de magie et de démons et peut donc déjà être l’occasion d’aborder le genre littéraire de la fantasy, voire les légendes arthuriennes où il puise des références. Les sorciers du manga sont souvent rejetés simplement parce qu’ils sont différents. La série utilise la fantasy pour parler de mécanismes très réels : peur de l’autre, stigmatisation ou exclusion sociale. Il parle aussi de pouvoir et de responsabilité, et pose aussi la question de l’engagement : que faire face à une injustice ? Faut-il suivre les règles ou essayer de les changer ? Un manga fait par un français qui plonge en pleine fantasy arthurienne tout en parlant de démons et d’acceptation de soi, ainsi que d’écologie.

Valeur ajoutée pédagogique :

  • œuvre française : intéressant pour montrer les influences croisées ;
  • thèmes de la discrimination, marginalisation, les préjugés ;
  • humour très présent.

Public cible : Safe ou pas ?
Globalement oui, mais apportons ici quelques nuances.

À noter en effet des combats fréquents ; des monstres et scènes d’action régulières ; quelques moments plus tragiques et donc intenses émotionnellement… D’ailleurs certains personnages ou situations deviennent plus sombres au fil des arcs. Donc même si la violence est peu visible, l’humour omniprésent, les personnages attachants et que l’ensemble forme une aventure très accessible, on privilégiera une lecture en collège.

Plus d’informations sur la fiche Wikipedia de la série.

Bonus : Notre entretien avec Tony Valente, en 2019, vous attend :

Emma de Kaoru Mori, aux éditions Ki-oon

Emma

Résumé : En Angleterre à l’époque victorienne, Emma est femme de chambre pour une préceptrice à la retraite. Douce, calme et réservée, la domestique cache un passé douloureux. Lorsque le riche William Jones rend visite à son ancienne gouvernante, il remarque la jeune fille et, petit à petit, des liens profonds se tissent entre eux.

De Hakim, prince débarqué des Indes, à Eleanor, demoiselle de bonne famille promise à William, Kaoru Mori dresse des portraits étonnamment réalistes, parfois au vitriol, de divers personnages de la société britannique de l’époque, et dépeint avec délicatesse, sans mièvrerie, une histoire d’amour qui défie les conventions.

Une romance à l’époque victorienne autour des différences de classes, qui est le support parfait pour la littérature et l’histoire en collège, grâce à des planches riches en détails et des personnages très bien décrits et parfaitement inscrits dans leur époque. Le trait fin et élégant séduira un grand nombre à n’en pas douter, et l’auteur connaît d’ailleurs une belle notoriété critique. Au passage, Emma est l’une des pièces maîtresse de la collection Latitudes des éditions Ki-oon que l’on vous recommande chaudement, pour vous-même chers enseignants et documentalistes !

Valeur ajoutée pédagogique :

  • lien évident avec histoire et littérature ;
  • société victorienne, hiérarchie sociale ;
  • dessin très précis qui peut être exploité comme document historique.

Public cible : Safe ou pas ?
Très. C’est une romance calme, élégante, sans contenu problématique. Par contre la narration est assez lente, avec beaucoup de jeux de regards, et les plus jeunes risquent de trouver ça trop peu dynamique. Aborder l’Angleterre victorienne et les différences de classe sociales nécessite aussi un peu de bagage culturel donc plutôt du collège, en 4e et en 3e.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Bonus : rencontre avec le traducteur de Emma, et de bien d’autres titres : l’excellent Yohan Leclerc.

Ces titres ont un point commun : ils utilisent les codes du manga pour parler de sujets proches des élèves – famille, identité, orientation, différence, relations sociales – avec un contenu généralement accessible et peu problématique. Ils permettent aussi d’aborder le Japon autrement que par les combats, les super-pouvoirs ou les clichés habituels. Avec cette sélection non-exhaustive d’idées de lectures et de séquences autour des premiers tomes de différentes séries, on espère enfin que les élèves pourront continuer de les lire par eux-mêmes, pour le plaisir !!

Photo de UNE : RDNE Stock Project sur Pexels

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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