Yôkai, kami : êtes-vous là ? Ou quand le surnaturel s’empare du manga…

En Europe, nos contes et légendes sont peuplés de créatures aux pouvoirs surnaturels, presque divins. Korrigans, fées, gnomes : ils sont nombreux à illustrer les histoires que nos ancêtres se transmettaient. Bien que les croyances en ces créatures magiques tendent à disparaître dans nos contrées, il s’avère qu’elles sont encore très présentes au Japon et dans le cœur des Japonais. De nombreux artistes mettent même ces créatures mythologiques au cœur de leur travail : les mangakas notamment !

Accompagnée de son mononoke le plus puissant, l’équipe de Journal du Japon vous propose donc un tour d’horizon des mangas mettant en avant le folklore japonais….

Une Yôkai et Kami dans les mangas

Mononoke, yôkai, kami, ayakashi, mais quelle est la différence entre tous ?

Alors qu’en Europe nous avons tendance à regrouper toutes nos créatures magiques sous le terme générique de créatures légendaires, le Japon catégorise les siennes autrement avec de nombreux termes qui peuvent embrouiller l’esprit de personnes voulant s’y intéresser de près. Voici un petit lexique pour vous y retrouver…

Les yokaï, ces créatures surnaturelles

Initialement, le terme yōkai regroupe tous les types d’esprits et créatures surnaturelles. Cet ensemble ne fait pas de distinction précise entre les sous-familles que nous pouvons connaître, comme les ayakashi par exemple. Il s’agit de l’équivalent dans notre langue de créatures légendaires.

Le terme en lui-même désigne essentiellement des entités pouvant être espiègles voire malveillantes. Il existe cependant certains yōkai, comme le kitsune, qui sont réputés pour être de bons et de mauvais esprits. Ainsi le kitsune peut être à la fois un zenko, « bon renard » associé à la déesse bienveillante Inari (kami des céréales, des fonderies et du commerce et gardienne des maisons) et les yako ou nogitsune, les « renards des champs » qui sont des esprits espiègles voire malicieux. Pour plus d’informations sur les esprits-renards, voici notre article qui revient plus en détail sur les pouvoirs des kitsune : « Les Noces de la renarde : immersion avec Floriane Soulas dans le folklore japonais ».

Parmi les yōkai, nous pouvons constater plusieurs types de créatures :

  • celles à l’apparence animale comme le tanuki (chien viverrin représenté avec un chapeau de paille, une gourde de saké, le ventre rebondi et des testicules énormes) ou le kistune
  • les oni (que l’on traduit communément par démon) qui représentent des créatures descendues des montagnes et dont certains individus peuvent contrôler la foudre
  • les tengu malveillants et annonciateurs de guerres qui étaient à l’origine des démons à l’apparence humaine avec des ailes et un bec de rapace qui tend à être représenté aujourd’hui avec un nez humain anormalement long
  • les tsukumogami qui sont des yōkai prenant vie dans des objets de la vie courante lors de leur 100e anniversaire
  • les ayakashi qui représentent les yōkai qui apparaissent à la surface de l’eau

Il existe également des yōkai ayant l’apparence d’êtres humains et d’autres ayant des particularités surprenantes, comme le Azuki Araï que l’on pourra entendre nettoyer des haricots rouges au bord des rivières afin d’attirer les curieux et ensuite les pousser dans l’eau afin de les noyer.

Lorsque la culture japonaise s’est exportée à l’étranger vers la fin des années 80 et le début des années 90, le mot yōkai n’était pas forcément celui qui a été le plus popularisé. En effet, sorti en 1997 en France, le film d’Hayao MIYAZAKI, Princesse Mononoké, utilise justement le terme mononoke, un synonyme du mot yōkai (“Créature étrange”).

Alors que dans l’esprit collectif européen mononoke et yōkai peuvent être différents, il n’en est rien dans la culture japonaise. Il se trouve simplement que les deux mots n’ont pas la même origine : mononoke (物の怪) est bien l’appellation japonaise tandis que yōkai (妖怪) vient du chinois yāoguài (妖怪), esprit vengeur dans les folklores du monde chinois.

Et les kami dans tout ça ?

Étymologiquement parlant, le mot kami représente une divinité ou un esprit vénéré. Les kami sont donc des dieux ou peuvent y être fortement apparentés. Dans le shintō, qui est l’une des principales religions avec le bouddhisme au Japon, il n’existe ni texte religieux ni doctrine. Il n’est donc pas rare que d’une région à une autre, les kami vénérés puissent être totalement différents.

Bien qu’initialement les kami représentent surtout les forces de la nature comme la foudre, l’eau ou la terre voire même des animaux, il est tout à fait courant de faire d’une personne décédée un kami. C’était notamment le cas pour les chefs de clan ainsi que pour les empereurs. Plus d’informations sur les kami avec notre article : « Shintô : Sur la Voie des Kami, ces esprits mystérieux du Japon ».

 

Le folklore japonais dans le manga

Depuis les 15 dernières années, l’accès au manga en France s’est largement démocratisé, faisant des Français les deuxièmes plus grands consommateurs après les Japonais. Véritable pont entre les deux pays, la bande dessinée japonaise permet de découvrir des pans du pays du Soleil Levant que nous ne pouvons qu’imaginer ou deviner. C’est notamment le cas pour son folklore. De nombreux mangas, récents ou plus anciens, abordent donc les yōkai et les kami en tout genre. Mettant en scène les liens indéfectibles qui lient le visible à l’invisible, ces séries nous permettent de plonger le temps d’une lecture dans ce monde des créatures surnaturelles qui est de plus en plus oublié en Europe. Mais alors quels titres valent-ils réellement le détour ? Voici la sélection de la rédaction de mangas que nous conseillons aux amateurs d’esprits et créatures surnaturels…

Mes voisins les esprits chez Doki-Doki

Afin de retrouver les “notes sur le royaume des morts” qui lui permettront d’en savoir plus sur la disparition de sa mère, Yachiho emménage avec son chat dans une vieille maison abandonnée où se passent des choses très étranges. Elle va y faire la rencontre de Moro, un mystérieux esprit qui lui demande de l’aider dans son “travail”… Et la jeune fille n’est pas au bout de ses surprises avec toutes les créatures fantastiques étonnantes qu’elle va côtoyer !

Mes voisins les esprits - Doki Doki © 2019

Mes voisins les esprits – Doki Doki © 2019

Sorti en 2018 au Japon et à l’occasion de Japan Expo 2019 en France, Mes voisins les esprits de Ushio SHIROTORI a les effluves d’une certaine nostalgie. En suivant l’histoire de Yachiho, lycéenne au don particulier, nous replongeons dans notre propre enfance lorsque les histoires de fées et de gnomes peuplaient nos étagères. Alors que nous retrouvons des entités bien connues comme les kodama (les esprits des arbres), nous en découvrons de nouvelles issues du folklore japonais. Grâce à un design soigné et détaillé, les personnages créés pas Ushio SHIROTORI deviennent attachants et attisent notre curiosité. Le scénario, quant à lui, mêle une ambiance assez douce au mysticisme avec notamment le personnage de Kamô, un jeune homme ayant également le don de voir les yōkai et dont on ignore les intentions réelles mais qui sait inspirer une certaine crainte chez le lecteur. 

Notre avis : Ce manga haut en couleurs pourra rappeler le film Le Voyage de Chihiro de Hayao MIYAZAKI, sorti en 2002 en France. Derrière un titre mignon se cache en réalité un scénario pouvant se révéler assez sombre et plus adulte. Autour de la thématique du lien entre les esprits et les humains, Mes voisins les esprits, aborde de nombreux sujets comme le passage à l’âge adulte ou la maxime « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » qui peuvent parler à chacun d’entre nous. Un manga à suivre avec la sortie du tome 2 déjà disponible depuis le 11 septembre.

 

Ken’En – Comme chien et singe chez Doki-Doki

Sommés par un esprit maléfique de sacrifier une jeune fille à la divinité du temple local, des villageois font appel à Hayate, un chasseur de démons. À leur grande surprise, ce dernier n’est autre qu’un superbe chien blanc, doté de grands pouvoirs. Grâce à son aide, ils ne tardent pas à découvrir que la créature à l’origine de leurs ennuis n’est autre que le kakuen Mashira, un être mi-homme mi-singe, ayant pour habitude d’enlever des humaines. Ce dernier, peu déstabilisé par sa rencontre avec le chien, décide de l’adopter… Ainsi commencent les relations tumultueuses, « comme chien et singe », de ces deux êtres surnaturels au gré des saisons du Japon légendaire !

Ken'en - Comme chien et singe - Doki Doki © 2019

Ken’en – Comme chien et singe – Doki Doki © 2019

Sortie en 2015 au Japon et en 2018 en France, cette série en 8 tomes nous plonge dans l’histoire de créatures que tout oppose. Créé par Hitoshi ICHIMURA (au dessin) et Dô FUUETSU (au scénario), le manga raconte l’amitié improbable qui lie un kakuen, mi-singe mi-homme, et un reiken, un chien chasseur de démons. Avec des protagonistes aux caractères complètement opposés, le manga nous invite dans un Japon féodal où les créatures mythologiques sont au centre des préoccupations des humains. Mettant en scène un kakuen en pleine adolescence à la recherche de lui-même et de ses origines, Ken’en – Comme chien et singe nous rappelle qu’il ne faut jamais se fier aux apparences ni aux légendes, ces dernières pouvant être erronées mais aussi plus néfastes que bénéfiques. Derrière son caractère froid et abrupte, on s’attache aussi au personnage de Hayate, qui se place en véritable professeur et surtout en allié précieux dans les épreuves qui attendent notre kakuen préféré. Comment notre duo improbable réussira-t-il à surmonter les dernières épreuves qui les attendent ? Et surtout, resteront-ils les amis que nous connaissons ?

Notre avis : Grâce à des personnages attachants, Ken’en nous plonge dans un Japon médiéval où les superstitions sont monnaie courante. Alors que de prime abord le scénario peut paraître assez humoristique, il traite d’un sujet profond qu’est la recherche de ses origines et de son histoire personnelle. Les personnages d’Hayate et de Mashira, aux antipodes l’un de l’autre, nous accompagnent dans une aventure plus humaine que jamais. Le tome 7, qui est l’avant-dernier, est disponible depuis le 11 septembre en France..

 

Noragami chez Pika Éditions

Yato est un dieu à tout faire, capable de terrasser des monstres venus de l’au-delà. Mais son orgueil et son égoïsme le rendent aussi impopulaire parmi les esprits que parmi les humains. C’est cet éternel loser que Hiyori croit sauver, au péril de sa vie, en l’empêchant de se faire renverser par un bus. Au seuil de la mort, cette dernière acquiert la capacité de séparer son âme de son corps et de voir les créatures qui hantent notre monde. Coincée avec Yato jusqu’à ce qu’il la rende humaine de nouveau, elle le suit dans toutes ses galères. Lui n’a qu’un objectif : devenir riche et célèbre, quitte à remplir les missions les plus risquées…

Noragami - Pika © 2019

Noragami – Pika © 2019

Série débutée en 2010, le 20e tome vient de sortir chez toutes les bonnes librairies. Noragami met en scène, non pas les yōkai, mais les kami avec notamment le personnage de Yato, dieu de seconde zone qui cherche à gagner en popularité. Au travers de cette série, Toka ADACHI nous permet de nous pencher davantage sur les nombreuses croyances japonaises. En effet, dès les premiers tomes, on nous explique qu’une prière peut donner naissance à un dieu dont la nature sera déterminée par la dite prière. Au fur et à mesure que le manga avance, nous découvrons que les dieux ne sont pas aussi puissants que nous avons l’habitude de les imaginer. Cela dépend notamment de la relation qu’ils entretiennent avec leur(s) shinki (« trésors sacrés » : âmes non corrompues qui appartiennent aux dieux, utilisés pour diverses tâches dans Noragami) mais également du nombre de prières qu’ils reçoivent.

À travers son scénario, Toka ADACHI met un point d’honneur à développer ce qu’elle appelle l’angle-mort des humains et que nous avons déjà tous expérimenté une fois. Ce dernier définit notamment la limite qui existe entre les dieux et les ayakashi, créatures profitant des faiblesses humaines pour les corrompre. La dualité du bien et du mal peut nous sembler clairement établie mais il n’en est rien, les dieux pouvant être corrompus s’ils sont, par exemple, trahis par leur shinki.

Alors comment Yato réussira-t-il à évoluer dans ce monde teinté de gris ?

Notre avis : Le sujet des divinités peut être quelque chose d’assez compliqué à gérer tant le Japon en compte de nombreuses. Cependant, Noragami introduit ses divinités avec beaucoup de naturel en nous racontant l’histoire de chacune d’entre elles. Derrière l’histoire de Yato et de ses acolytes, dont les aventures sont plus folles les unes que les autres, le scénario traite également de la rupture qu’il peut y avoir entre la modernité et les traditions japonaises. Un manga intéressant lorsqu’on cherche à se renseigner sur la relation que la société japonaise a avec le shintō ou simplement par curiosité.

 

Spirit Seekers chez Pika Éditions

Hyôma Kunato fait partie d’une illustre famille de saenome dont le but est d’aider les esprits errants à retourner dans l’au-delà. Car parfois ces esprits prennent corps en prenant possession d’un objet ancien : l’esprit devient alors un Tsukumogami. Or, si certains Tsukumogami sont bienveillants envers les humains, d’autres sont malveillants. Ainsi, la tâche des Saenome est de renvoyer ces esprits soit en les scellant dans leur contenant soit en les renvoyant par la force dans l’au-delà.

Encore en formation avec son grand-père, Hyôma préfère sceller par la mort ces êtres pour lesquels il a une aversion profonde depuis le décès tragique des membres de sa famille. Mais cette rancœur et cette haine profonde déplaisent à son grand-père, le chef du clan, qui décide un jour de l’envoyer vivre avec Botan, une jeune fille qui cohabite en harmonie avec un groupe de Tsukumogami pacifistes qui viennent en aide aux Humains en traquant les Tsukumogami renégats.
Les missions au cours desquelles Hyôma affronte les Tsukumogami maléfiques donnent lieu à des combats originaux où les esprits se battent avec l’objet qui leur a permis de prendre corps : katana, cisailles, pièces de monnaie ou tout autre objet du quotidien !

Spirit Seekers - Pika ® 2019

Spirit Seekers – Pika ® 2019

Publié au Japon depuis 2015, Spirit Seekers nous plonge dans une société moderne où certains esprits se perdent dans le monde terrestre et se font alors appeler tsukumogami. Cependant, tous ces esprits errants ne sont pas bénéfiques, certains sont agressifs envers les humains. Et c’est là que la famille Saenome intervient. Ce nouveau manga des éditions Pika nous plonge dans une société moderne où les vieilles traditions ont encore la vie belle et où, à l’image de Nos voisins les esprits, les esprits ont une place à part entière. Alors qu’initialement ces derniers se veulent discrets voire invisibles, Spirit Seekers prend le pli inverse et nous propose un scénario où une fois avec une apparence humaine, les tsukumogami sont visibles par tout le monde et non pas de rares humains.

Derrière un scénario pouvant de prime abord être classique, ONIGUNSÔ aborde le sujet de l’acceptation d’autrui en nous proposant de mettre de côté nos a priori sur les esprits très souvent dépeints dans la culture populaire comme néfastes et dangereux. Avec, en plus, un design élaboré et détaillé, Spirit Seekers se veut une série à lire de toute urgence.

Notre avis : Alors que le sujet de l’ouverture d’esprit pourrait être un sujet banal et redondant dans le monde du manga, le scénario se veut défenseur de l’acceptation de l’autre et de la différence, y compris des personnes ou créatures pouvant avoir un passé violent. Disponible dès le 18 septembre, le premier tome pose les bases de l’histoire et laisse présager de beaux combats à venir. Un manga à avoir dans sa bibliothèque.

 

Bakemonogatari chez Pika

Koyomi était un lycéen banal jusqu’à sa rencontre avec une vampire légendaire qui, en le mordant, lui transmet les mêmes pouvoirs qu’elle.
Un jour, il rattrape Hitagi alors qu’elle chute dans les escaliers. Quelle n’est pas sa surprise quand il découvre son étrange secret : elle ne pèse pratiquement rien !
Très vite, Koyomi réalise qu’une entité chimérique a pris possession de sa camarade. Il va alors tout mettre en œuvre pour lui venir en aide !

Bakemonogatari - Pika ® 2019

Bakemonogatari – Pika ® 2019

Reprenant les romans de NisiOisin, Bakemonogatari est un manga qui, à l’image de Noragami, aborde le sujet des divinités mais également celui des esprits en général. Publié au Japon depuis 2018, ce manga suit l’histoire de Koyomi et de ses différentes rencontres surnaturelles. Abordant le sujet des troubles de l’adolescence comme l’anorexie, le stress ou le passage à l’âge adulte, Bakemonogatari aborde une théorie répandue dans le milieu du surnaturel : celle qui veut que l’esprit qui vous possède n’est que le reflet de votre propre condition et qu’il a été attiré par votre mal-être. A travers les maux de l’adolescence, ce manga aborde des sujets plus sombres comme les effets que peut avoir une secte sur une vie de famille ou la maltraitance infantile. Le dessin créé par Oh!Great permet d’accentuer l’effet de malaise omniprésent dans le titre.

Notre avis : Derrière un dessin maîtrisé et détaillé se cache un scénario abordant les maux de notre société moderne. A travers les différents esprits, divinités et créatures surnaturels présentés dans le manga, cette licence (tant le manga que les romans ou l’adaptation animée) soulève de nombreuses questions quant à notre relation avec nous-mêmes et notre environnement. Bien que le scénario se concentre sur l’adolescence et ce qu’elle engendre, il nous propose une plongée dans les abysses de l’âme humaine. Le tome 3 du manga est déjà disponible en France depuis le 11 septembre. Côté roman, une trilogie est également publiée par les éditions Pika, le premier tome étant sorti le 15 mai 2019.

 

Black Torch chez Ki-oon

Jiro n’aspire qu’à vivre tranquille, et pourtant c’est un véritable aimant à problèmes : non seulement il appartient à une lignée de ninjas, mais il a en plus la capacité de communiquer avec les animaux ! Alors quand il trouve un mystérieux chat noir mal en point, il n’hésite pas une seconde à lui venir en aide.
En fait de félin, il a recueilli Rago, un Mononoke surpuissant ! Ces créatures surnaturelles, capables de dévorer les humains, vivent d’ordinaire cachées… Mais Rago est en fuite, poursuivi aussi bien par des exorcistes que par ses propres pairs ! Un démon ne tarde pas à retrouver sa trace, et un combat épique s’engage. Jiro, imbattable contre de simples humains, ne fait pas le poids face à un monstre… Pour sauver son bienfaiteur de la mort, Rago n’a d’autre option que de recourir à une technique de possession. Un humain et un Mononoke alliés dans un même corps, on n’avait jamais vu ça !

Black Torch - Ki-oon ® 2019

Black Torch – Ki-oon ® 2019

Série en 5 tomes, Black Torch est le premier manga de Tsuyoshi TAKAKI. Terminé depuis mars 2019 en France, ce manga nous propose un scénario pouvant être proche de Bleach. Pariant sur l’alliance formée entre un mononoke surpuissant et un humain hors du commun, Black Torch nous invite à reconsidérer les traditions non pas comme quelque chose de vieillissant et encombrant mais bien comme une source de leçon pour un avenir meilleur. Grâce à son duo improbable que forment Rago et Jiro, Tsuyoshi TAKAKI réussit à nous proposer un manga unique en son genre.

Notre avis : Avec un scénario digne des meilleurs shônen, Black Torch nous invite à revoir nos positions concernant les traditions. Bien que généralement celles-ci soient présentées et vécues comme un fardeau, spécialement dans les pays occidentaux, le manga nous propose de considérer les traditions et les esprits comme étant des partenaires égaux pour l’avenir et non comme des adversaires à terrasser. Toute personne qui apprécie les shônen saura aimer Black Torch qui se positionne parmi les meilleurs mangas d’action et de baston.

 

Kemono Incidents chez Kurokawa

Depuis la nuit des temps, les créatures de légende appelées Kemono vivent cachées des Hommes. Mais dans l’ombre, des contacts ont eu lieu entre les deux espèces. De ces échanges charnels sont nés des hybrides de sang-mêlé. Parfois monstrueux, parfois innocents, ils sont traqués, haïs par ceux qui connaissent leur existence.
Dans son petit village, Kabané est un jeune garçon à qui la vie n’a pas vraiment sourit : surnommé « le bouseux », abandonné par ses parents, il travaille dur et ne reçoit en échange que mépris.
Jusqu’au jour où Inugami, un homme charismatique venu de Tokyo, arrive pour enquêter sur la mort mystérieuse d’animaux en décomposition…
Plus rien ne sera alors comme avant pour Kabané qui va de révélations en révélations : sur les Kemono et les gens qui l’entourent comme sur son étrange pendentif…

Kemono Incidents - Kurokawa ® 2019

Kemono Incidents – Kurokawa ® 2019

Série débutée en 2016 au Japon et disponible en France depuis juin 2019, Kemono Incidents nous plonge dans un Japon moderne où les mononoke survivent tant bien que mal dans une société où la magie et le surnaturel semblent avoir perdu leur place. Obligés de dissimuler leur véritable nature et parfois même leur apparence, les mononoke sont contraints de vivre au contact de ceux qui ont cherché à les exterminer des siècles durant. Kabané, un jeune garçon mi-humain mi-goule, se retrouve malgré lui dans une spirale où les adversaires n’hésiteront pas à le manipuler pour obtenir ce qu’ils veulent. Sous la protection d’un tanuki malin du nom d’Inugami, notre jeune héros découvrira la face cachée d’une société dont il ignore tout. Mettant en scène des créatures constamment à l’affût, Shô AIMOTO, créatrice du manga Hadès Chasseur de Psycho-Démons, nous plonge dans un Japon déjanté où modernité et surnaturel se tolèrent sans réellement se connaître. Comment Kabané va-t-il réussir à se fondre dans une société où se mène une guerre invisible ?

Notre avis : Les yōkai sont très souvent représentés comme victimes collatérales de l’évolution technologique de notre société. Dans Kemono Incidents, ce statut de victime se transforme et laisse place à une communauté à part entière divisée en deux clans : ceux qui cherchent à s’intégrer du mieux possible et les autres qui cherchent à combattre ou dominer les humains. Véritable leçon politique sur l’acceptation de l’autre, le manga nous renvoie à notre propre histoire et à ce que les flux migratoires ont apporté. A lire d’urgence. Le tome 3 sera disponible le 10 octobre prochain.

 

Les yôkai, cette source infinie d’inspiration

En plus des mangas, le films d’animation eux aussi abordent le sujet des yōkai et autres mononoke. La seule filmographie de Hayao MIYAZAKI ou des studios Ghibli en général est très révélatrice : Princesse Mononoké, film sorti en France en 1997, nous présentait déjà les yōkai comme des représentations des forces de la nature contre lesquelles l’humanité se bat vainement. Mon voisin Totoro , lui, nous suggère que la cohabitation est possible dans le respect : Satsuki et Mei, qui ne sont que de jeunes enfants, parviennent, en respectant leur environnement et les créatures qui y vivent, à se faire apprécier et les esprits les accompagnent dans un moment difficile de leur vie. 

Bien que souvent les manga abordant le sujet de yōkai présentent régulièrement la dualité qu’il peut exister entre tradition et modernité, ou simplement entre la nature et l’homme, ils abordent également la possibilité d’une coexistence pacifique entre les deux mondes. Les problématiques de Black Torch et Nos voisins les esprits en sont de bons exemples. Bien que les protagonistes ne se comprennent pas au début de l’histoire, notamment en raison de leur nature respective, ceux-ci finissent tant bien que mal par apprendre à se connaître et parfois à devenir amis en dépit de leurs différences. 

Au-delà de nous immerger dans des univers magiques et surnaturels, ces mangas nous invitent à l’introspection et à la réflexion sur notre propre société qui tend à éradiquer des croyances que l’on juge parfois comme obsolètes ou vieillissantes. L’évolution technologique et la modernité sont-elles réellement incompatibles avec la nature ? Que nous inspire-t-elle, qu’il s’agisse de créatures fantastiques ou réelles ?

 

Image de Une : Illustration de Jennifer Siclari.

Juliet Faure

Tombée dans la culture japonaise avec le célèbre "Princesse Mononoké" de Miyazaki, je n'ai depuis jamais cessé de m'intéresser à ce pays. Rédactrice chez Journal du Japon depuis 2017 et Responsable de la section Jeux Vidéo depuis peu, je suis devenue la yakuza de l'équipe. Plutôt orientée RPG et Seinen, je cherche à aiguiser de nouvelles connaissances aussi bien journalistiques que nippones.

2 réponses

  1. Marianne dit :

    Pas de Mushishi ni de Pacte des yôkai ? 🙂 Deux titres pourtant incontournables ! Merci pour cet article et ses références.

    • Paul OZOUF dit :

      Coucou Kaeru Marianne ^^

      Merci de nous avoir lu déjà pour commencer. Pour avoir participé à l’idée du papier, le principe était surtout de parler des nouveaux titres plutôt que des classiques du genre, vu la pléthore de bons titres en la matière.
      Peut-être une autre fois ! 😉

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