Ces Japonais qui ont choisi l’Alsace – épisode #4 : Cuisiner en plein milieu d’un vignoble avec Yoko Tsuji

Nous poursuivons nos aventures en Alsace à la rencontre des Japonaises et Japonais qui ont choisi cette région pour y entreprendre ou pour transmettre leur passion. Après avoir posé nos valises à Strasbourg pour des essayages de kimonos avec Rié Nanjo, nous sommes descendus vers le Haut-Rhin vers Eguisheim. Après une petite ascension des vignes, nous avons pu rencontrer Yoko Tsuji qui cuisinait des plats japonais en plein milieu d’un vignoble alsacien. Avec son mari Marc, ils ont préparé ces mets devant des visiteurs curieux dans la bonne humeur malgré la chaleur. Après son service, Journal du Japon a pu échanger avec Yoko sur ses débuts en France, son métier de traiteur et sa passion pour la cuisine.

Cuisiner japonais en plein milieu d’un vignoble

On pouvait s’attendre à tout sauf à voir quelqu’un cuisiner des plats japonais au milieu des vignes. C’est à l’occasion de la Tournée des Terroirs, évènement animé par des vignerons, que Yoko Tsuji a été invitée à préparer des spécialités japonaises face à des estomacs affamés. Malgré la chaleur caniculaire, Yoko ne perdait pas une seule seconde devant sa plaque de cuisson. Durant toute la journée, elle proposait des okonomiyaki au porc d’Alsace et des hiyashi chuka, un plat de nouilles que l’on déguste en été au Japon. Pour terminer sur une note sucrée, elle avait confectionné des daifuku (mochi fourré) à la fraise ou à la framboise et myrtille.

Vignoble Eguisheim
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Au-delà de cet évènement, elle réalise des buffets pour des évènements privés ou des séminaires d’entreprises. Avec son expérience dans un restaurant izakaya dans la région de Kyoto, elle privilégie les produits locaux et biologiques et adapte sa cuisine au fil des saisons. En plus de préparer des buffets, elle propose chaque mois des bentos dans les secteurs de Colmar, Kaysersberg et Bergheim.

Ses débuts en France

Après un service très intense, nous avons échangé avec Yoko Tsuji sur son arrivée en France, son métier de traiteur ou encore ses liens avec l’Alsace :

Yoko Tsuji
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Journal du Japon : Bonjour Yoko, merci d’échanger avec nous. Comment s’est passé votre arrivée en France ?

Yoko Tsuji : Je suis arrivée en 2008 car je me suis mariée avec un Français. Nous nous sommes rencontrés au Japon. Mon mari était auparavant musicien. Il a joué avec mon frère, Hideaki Tsuji, professeur de guitare classique au Conservatoire de Strasbourg et joueur de shamisen. Ils ont réalisé des tournages. Je travaillais dans un bar où j’y cuisinais et le patron m’a proposé d’ouvrir un izakaya. Quand j’ai arrêté l’izakaya, mon frère m’a proposé de cuisiner en France. J’avais commencé à préparer des bentos et les gens venaient les chercher chez moi.

Avez-vous rencontré des difficultés pour vous intégrer ?

Pour moi, ça a été difficile par rapport à la culture et à la langue. C’était une nouvelle vie qui commençait.

La cuisine dans la peau

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un izakaya ?

On peut comparer ça à un bar à tapas. On sert des amuse-bouche avec du saké ou un autre alcool. Mon style d’izakaya, c’est le fait de pouvoir partager des plats et de manger ensemble. Je faisais de la fondue japonaise, un plat où viandes, poissons et légumes sont cuits rapidement dans un bouillon chaud. J’y ai travaillé trois ans.

Qu’est-ce qui vous passionne dans la cuisine ?

J’aime rencontrer les gens. Quand je suis arrivée en France, les personnes que j’ai rencontrées ne connaissaient pas la cuisine japonaise familiale. Je me suis dis que j’aimerais montrer cet aspect de la cuisine japonaise comme si on mangeait à la maison.

Préparation Okonomiyaki
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Cuisiniez-vous déjà quand vous étiez enfant ?

Quand j’étais petite, j’ai commencé à préparer des gâteaux. La cuisine est venue plus tard vers 16 ans quand je me suis mise à amener mes propres bentos à l’école.

Bento
©Yoko Tsuji

Vous faites de la cuisine évènementielle. Est-ce qu’on vous a ouvert les portes facilement ?

Oui. Dans des évènements que j’ai pu faire comme ceux avec le Centre Européen d’Etudes Japonaises d’Alsace, je peux rencontrer beaucoup de gens et pour les bentos, ce sont vraiment des personnes qui ont aimé la nourriture japonaise et ils vont en commander régulièrement.

Est-ce qu’on vous demande de réaliser quelque chose de précis ou est-ce qu’on vous laisse la liberté de choisir le buffet que vous voulez préparer ?

Pour ceux qui commandent pour des évènements privés comme des anniversaires, je mélange les cuisines française et japonaise. Pour les évènements du CEEJA, ce sont des personnes habituées qui aiment la cuisine nippone.

Quelle spécialité japonaise est la plus commandée ?

Les gens me demandent souvent de préparer des plats qui s’inspirent des sushis. Je vais chez un poissonnier à côté de Colmar. J’ai confiance en eux. Pour les clients, c’est du poisson de bonne qualité.

Sa participation à la Tournée des Terroirs

En quoi est-ce important pour vous de participer à ce type d’évènement ?

C’est important car ça permet de voir quelle spécialité japonaise peut s’accorder avec un vin en particulier. J’ai développé un peu cette compétence de l’accord entre les vins alsaciens et les plats japonais que je cuisine.

Yoko Tsuji et son mari Marc
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Sur quoi avez-vous prêté le plus attention dans la préparation des plats que vous avez préparés pour la Tournée des Terroirs ?

Je fais attention à utiliser des ingrédients de qualité comme les légumes bios et les viandes locales. On habite dans une région avec des produits locaux intéressants et c’est une richesse de pouvoir les cuisiner.

Evènement
©Yoko Tsuji

Pouvez-vous nous parler des préparations que vous avez réalisé ?

J’ai préparé des okonomiyaki qui ressemblent à des pancakes salés. J’utilise du choux, de la ciboulette avec une sauce sucrée/salée ainsi que de la bonite séchée, des algues et du gingembre pour une belle présentation. Ensuite, il y a le hiyashi chuka, ce sont des nouilles froides. On les mange en été. J’ai mis des crevettes, du poulet, des tomates avec une sauce spéciale. C’est très frais pour l’été.

Yoko et Hideaki, l’Alsace en commun

Comment votre frère Hideaki vous a aidé à vous intégrer en France ?

Quand je suis venu en Alsace, j’ai choisi Colmar alors que mon frère Hideaki habite Strasbourg. On se voit les weekends quand c’est possible. Quand il y a un aspect culturel que je ne comprends pas, je lui demande de l’aide. Il m’aide beaucoup !

Quel regard portez-vous sur sa carrière de musicien ?

Mon frère adore la musique et il s’est décidé à venir en France plus tôt que moi. En Alsace, il y a beaucoup d’évènements et il m’est arrivé de le voir dans certaines manifestations où moi je tenais un stand pour cuisiner et lui à jouer du shamisen (rire).

Ses rapports à l’Alsace

Que pensez-vous des relations entre l’Alsace et le Japon ?

L’Alsace est une région vraiment proche du Japon. Il y a beaucoup de familles japonaises qui y résident. C’est plus facile pour s’adapter.

Quel est votre endroit préféré en Alsace ?

J’aime beaucoup les villages comme Eguisheim et il y a du bon vin !

Pour terminer, quels sont vos projets à venir ?

J’ai un atelier et quand je travaille, c’est vraiment confortable. J’aime collaborer avec les vignerons car c’est vraiment intéressant d’étudier l’accord entre les plats japonais et les différents vins.

Gâteau Matcha, framboise, yuzu
©Yoko Tsuji

Pour celles et ceux qui veulent commander des bentos ou pour les professionnels qui souhaitent mettre en place un buffet pour découvrir la cuisine japonaise, n’hésitez pas à la contacter via son site internet.

Lors de notre rencontre avec Yoko, nous avons été surpris de voir le nombre de participants à la Tournée des Terroirs curieux de goûter les spécialités japonaises qu’elle préparait. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut manger japonais au milieu d’un vignoble alsacien ! Goûter aux mets et bentos de Yoko Tsuji, c’est l’assurance d’avoir des plats qui allient les produits locaux alsaciens et un savoir-faire japonais.

Leo Thomas

Passionné de la culture japonaise depuis plusieurs années, je fais transpirer cette passion via des articles sur des domaines variés (conventions, traditions, littérature, histoire, témoignages, tourisme).

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