Ces Japonais qui ont choisi l’Alsace – épisode #3 : Le désir de démocratiser le kimono avec Rié Nanjo

Nous continuons nos aventures en Alsace à la rencontre des Japonaises et Japonais qui ont choisi cet endroit pour entreprendre ou pour transmettre leur passion. Nous avons été accueillis par Rié Nanjo qui tient une boutique de kimonos traditionnels et objets japonais nommée Kimono Academy, en plein coeur de Strasbourg. Avec passion, elle ne manque pas de donner ses meilleurs conseils pour porter et entretenir ce vêtement traditionnel japonais. Entre deux essayages, Journal du Japon a pu échanger avec elle sur son arrivée en France, sa passion pour les kimonos mais aussi sa deuxième casquette en tant que fleuriste.

Une boutique de kimonos en Alsace

Boutique Kimono Academy et Rié Nanjo, gérante du magasin
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Les 35 degrés lors de notre venue n’ont pas empêché Rié d’ouvrir sa boutique Kimono Academy au 10 rue Munch dans l’hyper centre de Strasbourg. Depuis le mois de février, elle propose à cet endroit une collection unique de kimonos traditionnels japonais qu’elle trouve dans des brocantes ou boutiques vintage lorsqu’elle retourne au Japon. Des kimonos vintage ou antiques en passant par le yukata ou haori, il y en a pour tout les goûts.

Atelier d'habillage Kimono
©Rié Nanjo – Atelier d’habillage de kimonos

Depuis l’ouverture de son magasin, elle propose de temps en temps des ateliers d’habillage durant lesquels elle enseigne les différentes étapes du port du kimono, du juban (vêtement se portant sous le kimono) au fukuro obi (ceinture pour kimono). Pour Rié, « le kimono n’est pas quelque chose que l’on maîtrise parfaitement en une seule fois ». D’autres ateliers seront amenés à être mis en place mais cette fois plus courts et en se concentrant sur les différentes étapes d’habillement pour ainsi permettre aux amateurs et curieux de porter ce vêtement les yeux fermés !

Boutique Kimono Academy
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

En plus de ces habits traditionnels, Rié propose des compositions florales et arrangements de fleurs séchées reposant sur la technique de l’ikebana (l’art floral japonais). Avant de s’installer en Alsace, elle travaillait comme fleuriste, au Japon, au Canada puis à Londres. Enfin, elle présente des créations comme des boucles d’oreilles qu’elle conçoit elle même à partir de la technique kintsugi (l’art de réparer des céramiques avec de l’or).

Strasbourg : le coup de foudre immédiat !

Entre deux essayages, nous avons pu échanger avec Rié Nanjo sur ses débuts en France, le kimono ou encore sur ses liens avec l’Alsace.

Journal du Japon : Bonjour Rié, merci de nous accueillir chez Kimono Academy. Tout d’abord, pouvez-vous nous raconter votre arrivée à Strasbourg ?

Rié Nanjo : Avant le Covid, j’ai travaillé à Londre comme fleuriste. Je réalisais des compositions pour des évènements ou des hôtels cinq étoiles. C’était au moment du Brexit. Je ne pouvais plus rester là-bas. Je songeais à retourner au Japon mais je connaissais quelques personnes en France et je suis venue ici à Strasbourg. Quand la pandémie a commencé et je ne pouvais plus voyager. J’ai trouvé Strasbourg très jolie et internationale. C’était la ville idéale. Le moment était venu pour moi d’apprendre une autre langue et c’est aussi une des raisons pour lesquelles je me suis installée en France.

Est-ce que cela a été difficile pour vous de vous intégrer ?

Au niveau de la langue, c’était difficile, je ne parlais que japonais et anglais. Dans un pays anglophone, c’était assez facile de trouver du travail. En France, c’était difficile de s’intégrer sur les deux premières années. La vie en général était très compliquée. Pour avoir un visa, ce n’était pas évident. C’est très chronophage. Le premier emploi que j’ai trouvé en France était dans une chaîne de fleuriste. Malgré mes dix années d’expérience, ils m’ont donné un contrat d’assistante au lieu de fleuriste senior. C’était un gros échec pour moi. Je cherchais un endroit où je pourrais montrer mes talents, mais je ne l’ai pas trouvé. C’est aussi pour ça que j’ai ouvert ma boutique.

Son objectif : Démocratiser le kimono

Pourquoi cette passion pour le kimono ?

J’aime la mode et le travail artisanal. Le kimono demande beaucoup de travail même si c’est toujours la même forme. Beaucoup de kimonos sont très bien conservés dans les familles japonaises. C’est un vêtement plus écologique que ceux de la fast-fashion. C’est un vêtement qui se porte de différentes façons et qui peut se porter tout les jours.

Est-ce qu’on portait des kimonos dans votre famille ?

Rié Nanjo portant un kimono alors enfant
©Rié Nanjo – Rié portant un kimono lorsqu’elle était enfant

Dans ma famille, j’étais la seule à en porter. Ma grand-mère pouvait en coudre. Elle faisait des kimonos mais aussi des yukata. A son époque, beaucoup de femmes japonaises apprenaient le wasai, qui est une forme de couture. Mon père était fonctionnaire et s’occupait de l’industrie de la soie. Les membres de ma famille portaient rarement ce vêtement traditionnel mais moi j’en porte car ça me passionne.

Votre objectif est-il de démocratiser le kimono ?

C’est ce que je souhaite faire avec ma boutique. Je veux présenter le kimono comme un vêtement que l’on porte au quotidien ou réinventé en combinant avec d’autres modes. Comme il y a beaucoup de règles pour porter un kimono, la jeune génération n’ose pas en porter pour ne pas paraître irrespectueuse. J’encourage les gens à le porter.

Comment choisissez-vous les kimonos que vous voulez présenter aux clients ?

Brocante au Japon
©Rié Nanjo – Brocante au Japon

C’est très simple. Je parle avec les clients pour comprendre ce qu’ils cherchent, quel genre d’habits ils portent dans leur vie. Avec mon expérience de fleuriste, je peux aider pour combiner les couleurs, mais souvent, les clients sont très vite attirés vers une pièce en particulier.

Pour quelles raisons veulent-ils en porter un ?

Tout d’abord parce qu’ils aiment le Japon (rire). Il y a les vestes de kimono et ça se porte très facilement. C’est plus pratique mais mon objectif reste que les gens puissent s’habiller avec un kimono complet. Les clients achètent dans un premier temps des haori (veste de kimono) et j’essaie de les inciter à prendre un kimono qui pourrait correspondre à la veste.

Des pièces uniques

Pouvez-vous nous présenter quelques uns des kimonos que vous avez en boutique ?

Kimono
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Il y a certaines pièces très très vintage comme celui-ci (image ci-dessus). C’est fait et peint à la main et c’est vraiment comme de la peinture. Ce n’est pas imprimé à la machine. Il y a plusieurs époques pour les kimonos. D’une part ceux que l’on considère comme «antiques» , c’est à dire de l’ère Meiji (1868 – 1912), Taisho (1912 – 1926) et du début de l’ère Showa (1926 – 1989) et d’autre part les kimonos « vintage » qui sont datés après les années 30.

Kimono
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Il y a eu beaucoup de styles et d’influences au court du temps. Par exemple, ce kimono est de style Sarasa, influencé par les motifs et tissus venus de l’Inde avant l’ère Edo (1603 – 1868).

Quels conseils vous donneriez pour bien entretenir son kimono ?

Souvent, on ne peut pas vraiment laver les kimonos en soie dans l’eau. Dans l’Histoire, les kimonos étaient décousus et les tissus étaient lavés séparément. Au Japon, il y a des pressings spécialisés dans l’entretien de ce vêtement traditionnel. En revanche, pas de problèmes avec les kimonos en coton. Certaines pièces ne peuvent pas être lavées. Il ne faut pas le mettre dans l’eau car ça laisse des tâches et ça abîme le tissu. Il faut les porter comme une veste et les mettre à sécher sur un cintre en rentrant.

Quelles sont les règles pour bien porter cet habit traditionnel ?

On porte toujours à droite, puis à gauche. Il ne faut jamais faire l’inverse car c’est le défunt qui le porte dans ce sens là. Ce n’est pas illégal mais la symbolique est importante.

Vous aviez fait essayer vos kimonos à Stéphane Escoffier (voix française de Luffy, One Piece) et Carole Baillie (voix française de Naruto). Comment avez-vous réagit ?

Elles avaient trouvé des haori. Elles étaient venues pendant la pause. Je ne les connaissais pas du tout car je regarde les anime en japonais. C’était pendant la Japan Addict, elle font des conventions très souvent et pour autant, elles sont venues sur mon stand car elles ont vu que je proposais quelque chose qui sortait de l’ordinaire.

©Rié Nanjo – Rié avec Stéphane Escoffier (Voix Française de Luffy, One Piece)

Sa deuxième casquette de fleuriste

Vous gérez cette boutique de kimonos mais votre métier de base est celui de fleuriste. Comment trouvez vous l’inspiration pour réaliser ces compositions ?

Composition florale
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Dans beaucoup d’arts japonais, il faut de l’espace, du vide. C’est la philosophie du ma (le vide). En Occident, quand les gens font de l’art ou des fleurs, ils vont penser à ce qui est visible. Pour les Japonais, le vide ou l’absence de quelque chose est tout aussi important.

Sur quel aspect vous prêtez le plus attention quand vous faites une composition ou un arrangement floral ?

Composition florale pour un évènement
©Rié Nanjo – Composition florale pour un évènement

J’essaie de ne pas faire trop serré. Il y a des fleurs principales et j’essaie de leur donner un espace, de les laisser s’exprimer. Je les combine avec d’autres fleurs ou feuillages qui sont tout aussi importants. Chaque fleur doit être belle, qu’elle soit sur le devant de la scène ou non.

Si vous deviez réaliser une composition à l’image de l’Alsace, quelles fleurs ou plantes utiliseriez-vous ?

Sur les balcons des maisons alsaciennes, il y a beaucoup de géraniums. Ca me fait penser à l’Alsace et je pourrais m’en servir pour une composition et pourquoi pas ajouter des pommes de pin pour rappeler les Vosges. Il y a aussi le coquelicot mais c’est très difficile à entretenir.

Son rapport à l’Alsace

Que pensez-vous des liens d’amitiés qu’entretiennent l’Alsace et le Japon ?

Je ne savais pas qu’il y avait une telle amitié entre l’Alsace et le Japon mais il y a beaucoup de familles japonaises qui habitent en Alsace et notamment sur Strasbourg et Colmar. J’étais surprise mais ça me plaît beaucoup.

Quel est votre endroit préféré en Alsace ?

Colmar
©Leo Thomas pour Journal du Japon – Tous droits réservés

Colmar est une ville que j’aime beaucoup. A Strasbourg, j’apprécie le quartier où se trouve ma boutique. J’aime bien être dans des endroits un peu reculés du centre ville.

Pour clore cet échange, pouvez-vous nous raconter vos projets à venir ?

En ce moment, j’ai beaucoup de kimonos vintage. Je fais des fleurs et des bijoux moi-même. Je fais des collaborations avec des créateurs japonais. J’aimerais ramener plus d’objets d’art et des choses directement issus d’artisans japonais.

Dès que nous sommes entrés dans la boutique de Rié, nous avons eu l’impression de débarquer dans un magasin traditionnel au Japon. L’ambiance y est réellement comparable grâce à la porte shôji réalisée avec du véritable papier washi ou encore le lieu d’essayage avec son tatami, le tout sublimé par de belles compositions florales. Nous étions également impressionnés par la variété et la qualité des kimonos proposés. Ce n’est pas étonnant que les voix françaises de Luffy et Naruto aient eu un coup de cœur. Entrez dans sa boutique et repartez avec ses pièces rares et de précieux conseils !

Pour les Strasbourgeois et Alsaciens mais aussi pour ceux de passage dans la capitale européenne, n’hésitez pas à aller faire un tour chez Kimono Academy. Rié vous y accueille du mardi au samedi entre 13:30 et 19:00. Quant aux curieux qui ne peuvent pas se rendre sur place, vous pouvez commander ses kimonos sur sa boutique en ligne ! Vous pouvez également suivre les nouveautés et actualités du magasin sur la page Instagram.

Merci à Rié et son compagnon Michael pour leur accueil chaleureux !

Rié Nanjo et son compagno Michael
©Rié Nanjo – Rié et Michael, son compagnon

Leo Thomas

Passionné de la culture japonaise depuis plusieurs années, je fais transpirer cette passion via des articles sur des domaines variés (conventions, traditions, littérature, histoire, témoignages, tourisme).

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