Gaming Memories X15 – Les Puzzle Games venus d’ailleurs
Bienvenue dans Gaming Memories X15. Vous connaissez sans doute Tetris, le puzzle game le plus joué de tous les temps ? Eh bien, nous allons en parler cette fois-ci. Mais il y a une petite particularité : ce n’est pas un jeu japonais. Vous l’ignoriez ? Alors suivez-nous pour en savoir plus, et à la poursuite de son rival dans le même cas, Columns !
Nous prendrons appui sur les versions les plus populaires de ces deux jeux à l’époque, respectivement sur GameBoy et Mega Drive, mais vous montrerons également des images de leurs toutes premières versions. Le concept de ce numéro est de montrer que ces deux licences cultes du genre ne sont pas japonaises à la base, mais c’est après avoir été adaptées sur consoles japonaises qu’elles ont enfin été reconnues du grand public.

Tetris
Un jeu d’enfant qui devient le jeu d’une vie
Aux origines de Tetris se trouve Alexey Pajitnov. Âgé de 71 ans au moment où cet article est publié (juin 2026), il imagine le concept de Tetris à ses 30 ans, alors qu’il travaille à l’Académie des Sciences russe – un concept tiré de ses souvenirs d’enfance, pendant laquelle il jouait à un jeu nommé pentomino (ou pantamino). Ce jeu consiste à remplir une surface à l’aide de blocs de différentes formes.

L’Académie recevait à ce moment une nouvelle machine, l’Electronika 60. Il fallait tester ce nouveau standard, comprendre ses capacités et limites et c’est ainsi que Pajitnov a commencé à y développer son programme – son « excuse » pour créer des jeux vidéo. Nous sommes en 1985 et le projet attire de plus en plus de monde, en interne. L’engouement monte et d’autres personnes viennent l’aider en le portant sur diverses autres machines. Cette première version n’avait pas de système de scoring ou de niveaux, mais l’homme sait déjà qu’il tient quelque chose de puissant (puisqu’il n’arrêtait lui-même pas d’y jouer…).
La toute première version de Tetris sur Electronika 60 !
Soyons honnêtes, on ne voit pas grand-chose…
Le jeu sera amélioré puis porté sur un nombre incalculable de machines ; on estime plus de 220 versions sur 70 supports différents au cours des décennies suivantes. La plus populaire, sans doute, est celle sur GameBoy, vendus en bundle. Mais même malgré cela, SEGA est parvenu à en créer une version en arcade en 1989, qui s’est imposée comme le jeu le plus rentable de l’année dans les salles.
Concept de timbre-poste, fun infini
Le concept de Tetris est très simple. Des blocs de quatre formes différentes (grossièrement, un cube, une ligne droite, une sorte de S et un T inversé) tombent du haut de l’écran et doivent être imbriqués. Une fois qu’une ligne est complète, elle disparaît. La vitesse de chute augmente au fil des niveaux engrangés en éliminant des lignes, et le but est d’essayer de faire le meilleur score possible. En agençant bien ses blocs, on peut éliminer jusqu’à quatre lignes en même temps. Il est possible (même obligatoire) de faire pivoter ces formes pour les imbriquer correctement en appuyant sur l’un des boutons de la console ou manette mais si l’écran est rempli jusqu’à atteindre le haut, la partie se termine.
Avec une esthétique épurée mais diablement reconnaissable, Tetris s’avère être immédiatement fun. Il n’y a aucun problème à signaler dans le contrôle des tetrominos et on s’amuse à pouvoir gérer leur inertie pour changer leur position au dernier moment, pour s’accommoder aux constructions rétro-futuristes que l’on créé. Non, bien sûr, nous ne sommes pas là pour faire de l’architecture moderne mais on tâte, on se contente d’éliminer les lignes comme elles viennent au début, et plus on prend de l’assurance et plus on tentera l’impossible pour éliminer les lignes quatre à quatre. La lenteur de chute des pièces du départ permet totalement l’apprentissage, l’appréhension des formes en augmentant de plus en plus au fil du score qui grimpe, surtout si l’on précipite la chute en maintenant la touche bas.
Cette mélodie va rester gravée dans votre mémoire à tout jamais (si ce n’est pas déjà fait)
(Vous pouvez passer directement à 1:03 pour voir le jeu.)
Tetris dispose aussi d’un mode deux joueurs, reliés par le Cable Link du GameBoy, pour voir qui fait le meilleur score dans une compétition locale. Mais si d’aventure on se sent las du mode de jeu principal, cette version portable en introduit un second qui demande d’éliminer un nombre de lignes précis – sur l’écran de jeu se trouvent des morceaux de blocs déjà placés çà et là pour faire obstacle et avec lesquels il faut composer pour arriver à ses fins (et on peut augmenter le nombre de blocs et leur hauteur pour plus de challenge). C’est simple, comme tout dans le jeu au final, mais c’est justement cela qui en fait une production marquante et infiniment fun !
Columns
Un destin similaire
Columns suit à peu près le même schéma de création que son rival, par un seul homme au départ : c’est une œuvre signée Jay Geertson, un employé du constructeur informatique Hewlett-Packard (HP). La société venait de sortir un nouveau système d’exploitation, HP-UX, sur lequel il voulait se faire la main via son ordinateur HP 9000. Une fois le projet complété, il fut aidé par deux collègues qui en firent une conversion sur MS-DOS (l’ancêtre de Windows) pour machines Microsoft et sur Linux (le système d’Apple, désormais surtout connu pour ses iPhones) ; nous sommes en 1989.
SEGA remarque le projet qui commence à se faire connaître et en est très intéressé ; ayant raté l’opportunité d’avoir une licence d’exploitation de Tetris pour ses machines, c’est l’occasion d’avoir leur propre puzzle game pour ses supports de l’époque (l’arcade dont ils sont les maîtres, la Mega Drive qui vient de sortir et le Game Gear à venir). HP prend cependant son temps pour donner une réponse mais finit par le faire favorablement au bout de six mois, gardant tout de même l’exclusivité de la distribution du jeu sur leurs propres machines. Nous atteignons 1990 et le jeu, d’abord sorti sur cartouche attitrée, se fait aussi embarquer dans diverses compilations MegaGames et M6 (rien à voir avec la chaîne de TV), aux côtés d’autres comme Super Hang-On, Streets of Rage, Shinobi ou encore Sonic the Hedgehog.
Le jeu dans sa toute première version en 1989 ! (Vous pouvez passer directement
à 5:15 pour le jeu)
Pluie de pierres précieuses
Columns est l’un des nombreux – quoi qu’encore rares – héritiers de Tetris et son gameplay est relativement similaire. De la même façon, des colonnes (sans blague) de trois joyaux tombent du haut de l’écran. Parfois, ils sont tous les trois de la même couleur, parfois seulement deux le seront et d’autres drops auront trois couleurs différentes. Il faut ainsi allier trois joyaux identiques pour qu’ils s’éliminent et tenter de faire des combos et le plus grand nettoyage possible. Bien sûr, challenge oblige, la vitesse de chute augmente au fil de la partie. Se laisser déborder jusqu’à atteindre le haut de l’écran, là aussi, provoquera la fin du jeu.
Si le jeu s’arrête à ce simple concept dans sa version originale, celle sur Mega Drive sur laquelle nous nous pencherons est plus fournie. Déjà, elle est bien mieux travaillée graphiquement, avec une présentation classieuse s’inspirant de casinos ou de mythologie grecque. L’ambiance y est aussi sobre, tout comme la musique en fond lors des parties, qui s’affole en fonction du degrés de remplissage de l’écran. On y a aussi un petit trio de blocs bonus qui élimine tous les joyaux de la même couleur à l’écran pour faire un peu de ménage, dans certaines situations.
Le contenu est lui aussi satisfaisant pour un premier essai très grand public : hormis le mode simple habituel, on peut s’amuser avec un second type de concept qui consiste à éliminer tout ce que l’on peut, jusqu’à atteindre un joyau bien précis, qui est le goal ultime. La partie ne se termine qu’une fois celui-ci détruit, et bien sûr, on peut augmenter la difficulté ou le niveau de pierres déjà présentes. Columns propose également, bien entendu, un mode deux joueurs qui s’affronteront jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un et un autre bien plus original : deux joueurs en coopération. Dans celui-ci, les participants placent une colonne l’un après l’autre dans le même écran… de quoi éveiller de la stratégie… ou de la mauvaise foi !
Tout réagit très bien, tout est assez lisible. Certains préfèreront jouer avec les formes comme dans Tetris, d’autres avec les couleurs, ou n’auront aucun problème avec l’un ou l’autre mais dans tous les cas, ce n’est pas un problème du jeu. Ce qui l’est plus, au final, c’est surtout la façon dont réagissent les joyaux, d’une manière qui pourra autant servir de porte d’entrée au genre que faire grincer les dents de joueurs plus experts. En effet, ce qui est montré dans la vidéo plus haut est réel. Nous l’avons testé et il suffit bel et bien d’empiler les colonnes en suivant une organisation précise pour jouer sans réfléchir pendant de longues minutes… et ce n’est pas vraiment ce que l’on cherche dans un puzzle game.
Dans tous les cas, Tetris comme Columns sont deux preuves de succès, même si à une moins grande échelle pour le second. Ils prouvent aussi que les éditeurs japonais peuvent être ouverts à ce qui se fait ailleurs au point de vouloir s’en rapprocher. Et c’est pour le meilleur, car qui sait si ces deux monuments du Puzzle Game auraient été si connus sans Nintendo et SEGA ?
