Mangas yuri : le meilleur du premier semestre 2026
Apres des années avec peu, voire pas de sorties, le yuri perce enfin en France. Longtemps portés par Taifu, les mangas des filles qui aiment les filles connaissent un regain d’intérêt grâce à des décisions graphiques ou narratives audacieuses. Si Meian et Akata se sont distingués en 2025, cette année voit l’arrivée de nouveaux éditeurs prêts à étendre leurs horizons. Journal du Japon vous propose une sélection des sorties les plus remarquées du premier semestre 2026 pour les fans de yuri.
Constellations cruelles : le drame des amis d’enfance

Résumé : « Eri, Fuyuki et Kyô sont trois amis d’enfance. Les deux premières sont liées par un passé complexe : Eri, peu douée pour les relations humaines, s’est trop souvent servie de Fuyuki comme confidente. Mais cette dernière nourrit depuis longtemps des sentiments amoureux pour son « amie », sans oser les lui avouer… Kyô, enfin, les côtoie depuis toujours. Mais quand un jour, il prend son courage à deux mains et déclare son amour à Eri, le fragile équilibre qui s’était établi entre eux va peu à peu s’effriter… »
Eeet… C’est un peu de la triche. Constellations cruelles n’est pas un yuri, mais un josei, réalisé par Shinoa, paru dans Comic IT à qui on doit déjà L’amour est au menu. Mais peu importe, au vu des parties en présence. Il y a bien une femme attirée par une autre et la situation s’annonce… délicate.
Ici, le triangle amoureux ne pointe pas vers Kyô, mais vers Eri. Chacun des protagonistes est conscient de ses failles en termes de communication. Chacun affirme que l’amour, s’il a son importance, n’est pas une priorité. Mais entre la codépendance de Eri et Fuyuki et les attentes de Kyô, chacun se ment, pour maintenir le semblant de sécurité qu’il reste.
Shinoa a choisi un rythme lent et introspectif, mettant l’emphase sur les expressions hésitantes de ses personnages à peine adultes. Sa mise en page donne l’impression d’étirer le temps, renforçant le sentiment que Fuyuki, Eri et Kyô avancent vers l’avenir en traînant les pieds et en redoutant les conséquences de leurs actions.
Entre non-dits et choix de vie discutables, Constellations cruelles est un drame humain plein de sensibilité. Le premier tome, d’une série qui en comptera cinq, est sorti en mai 2026 chez Akata.
Love Bullet : l’amour à bout portant

Résumé : « Depuis l’aube de l’humanité, les personnes qui meurent prématurément et sans jamais avoir connu l’amour sont réincarnées en Cupidons par la déesse de l’Amour, des êtres chargés d’aider les humains à tomber amoureux. Koharu est une toute nouvelle recrue qui, grâce à ses capacités d’observation et à son instinct, va aider les humains à trouver l’âme sœur. »
Peut-être le yuri qui aura fait le plus parler tant il aura connu un parcours improbable. Menacée de devoir arrêter la publication par son éditeur japonais, inee (sans majuscule) a plaidé sa cause auprès des internautes qui ont réclamé la suite avec enthousiasme. Après tout, qui n’est pas curieux de savoir pourquoi des angelots font des gun fights au milieu des humains ?
Enfin, pas des angelots, des Cupidons. Et oubliez les bébés rondouillards armés de flèches. Les filles qui apprennent les ficelles à Koharu ont la gâchette facile et décident de l’avenir amoureux de leurs cibles à coups de revolver et de lance-grenades. Et elles ne jouent pas toujours fair-play.
Au delà de l’action, l’histoire porte de réelles réflexions. Agir sur les amours d’une cible impose au Cupidon de la comprendre et de l’observer, pour mieux cerner ses attentes et lui offrir un avenir radieux. Décider en fonction de l’humeur du moment est aussi une possibilité (et la raison de pas mal de conflits entre Cupidons). Accepter de faire le deuil d’une relation pour en entamer une nouvelle, explorer les multiples choix pour prendre la bonne décision ne sont que les premières leçons de l’apprentissage de Koharu et de ses cibles.
Avec un équilibre maîtrisé entre l’action et l’émotion, Love Bullet est un manga marquant, susceptible de tirer quelques larmes entre deux rafales de balles. Surnommé le red yuri par comparaison avec le très vert She Wasn’t a Guy (Mangetsu), la série est toujours en cours de parution au Japon, avec deux tomes. Vega, tout nouveau dans le genre du yuri, vient de publier le premier.
Les Filles d’Awajima : le théâtre des sentiments

Résumé : « L’école des arts de la scène de la prestigieuse revue d’Awajima accueille des jeunes filles venues de tout le pays. Malgré leurs différences, elles partagent toutes un même objectif : intégrer la troupe de théâtre d’élite de l’institution. Mais pour les rôles les plus convoités, les places sont chères… Entre désirs inavoués et sentiments ambivalents, les étudiantes d’Awajima devront redoubler d’efforts pour se révéler, aussi bien sur les planches qu’en coulisses. »
Quelle étrange histoire, et quel étrange parcours pour ce manga. Sa publication lente sur le web ne l’a pas empêché de remporter le prestigieux prix Japan Media Arts Festival en 2015 (aux côtés du Mari de mon frère, rien de moins), et d’être reconnu comme pilier du manga féminin par le ministère de la Culture. Son autrice, Takako Shimura (Si nous étions adultes), est une habituée des personnages et des situations atypiques.
Shimura a choisi, sans jamais le nommer, le Takarazuka, ce théâtre où tous les rôles sont tenus par des femmes. La passion autour de cet art scénique vient autant des fans que de celles qui le pratiquent, ou l’ont pratiqué. Naviguant entre passé et présent, la narration met en lumière les sentiments complexes qui agitent les cœurs. Les filles, mais aussi les femmes, et quelques hommes, se confrontent à leurs peurs, leurs renoncements et leur passé pour tenter d’être en paix avec leur avenir. La compétition n’est jamais loin non plus, et exacerbe les passions.
Récit chorale mélancolique et touchant, Les Filles d’Awajima s’est terminé en cinq tomes, les deux premiers sont déjà disponibles chez Akata. Il a aussi droit à son adaptation animée, actuellement diffusée sur Crunchyroll.
Inkya Gal Revolution ! – passionnées et fières de l’être

Résumé : « Ichiko et Kuran sont les deux seules membres du club de recherches sur les cultures alternatives de leur lycée. Elles aiment tout ce qui est stylé et surtout, sont addicts à tous les gadgets de la contre-culture geek et nerds, qu’elles collectionnent avec soin… mais elles ont, comme qui dirait, de petits soucis de communication avec leurs camarades ! Rebelles autant que féminines, elles peuvent débattre sans fin de leurs passions, n’hésitent pas à critiquer les tendances qu’elles n’aiment pas et sont toujours prêtes à tester toutes les boissons qui font le buzz. »
Il aurait été regrettable que cette sélection ne compte pas au moins un manga sorti du Yuri Hime Comic, le magazine phare pour la prépublication de yuri au Japon. Tsukiko Kashiwagi fait donc ses premiers pas en France avec une histoire pétillante dans le monde des gyaru otaku.
Ichiko est une grande timide en public, Kuran assume toutes ses opinions, et ensemble elles forment le club des cultures alternatives. C’est un peu leur havre de paix, où elles peuvent explorer tous les aspects de la culture pop, nerd ; bref, tout ce qui sort du conformisme. Les profs pensent qu’elles bullent, leurs amis croient qu’elles ne font que suivre les tendances les unes après les autres et pourtant, chacune à sa manière, elles démontrent une connaissance encyclopédique de l’art d’être branché.
Entre deux moments tout doux, Kashiwagi montre une certaine fascination pour le monde des otaku en tout genre, réfléchissant à tous les aspects de ce qui fascine ou éloigne ceux qui les côtoient. Ses personnages se montrent investies, parfois trop pour leur propre bien, mais c’est ce côté malicieux qui les rend attendrissantes.
Avec quatre tomes actuellement au Japon, Inkya Gal Revolution ! est le manga feel good qui amène un sourire amusé sur le visage et une énorme envie d’exprimer sa personnalité via ses goûts et ses passions. Mangetsu a publié le premier tome en juin, dans un très joli grand format, comme son précédent yuri, She Wasn’t a Guy (encore lui !).
Les fleurs se maquillent aussi : il n’est jamais trop tard

Résumé : « Hanayo vient de perdre son mari. Après les funérailles, elle se retrouve à marcher en ville. Elle entre alors, suivant ses envies, dans une boutique de maquillage. Elle y rencontre Yoshiko, une femme solaire qui va prendre soin d’elle. Pour la veuve, c’est un double déclic : aujourd’hui, plus rien ne l’empêche de se relancer dans sa passion pour les cosmétiques (qu’elle avait abandonnée suite aux remarques blessantes de son mari), mais elle réalise aussi que Yoshiko ne la laisse pas indifférente… »
Les fleurs se maquillent aussi aura été la sensation du tout début de l’année. Et même avant, lorsque Schwinn a publié ses planches sur Twitter, avant d’être approchée par Kodansha pour une publication dans Comic Flapper (le même magazine que Love Bullet, tiens, tiens…).
Mais surtout, c’est un yuri avec des mamies ! Les personnes âgées ne sont pas forcément légion dans le manga, alors deux dames attirées l’une par l’autre, c’est une rareté. Hanayo n’a vécu que pour son foyer, avec un mari peu attentionné, et se retrouve avec beaucoup de temps libre pour elle lorsqu’elle rencontre Yoshiko, une femme au charisme indéniable.
Leur rencontre autour des cosmétiques et de la mode est une occasion de redécouvrir et se reconnecter à celles qu’elles ont été et auraient pu être si leurs choix de vie avaient été autres. Elles apprivoisent avec délicatesse l’idée que l’âge n’est qu’un nombre et que les limites ne sont pas celles qu’une société patriarcale et injuste cherche à leur imposer.
Touchant et délicat, Les fleurs se maquillent aussi a un charme bien à lui. Avec ses trois tomes publiés par Akata, le manga vient tout juste de finir sa parution en France.
Wicked Spot : une relation surnaturelle

Résumé : « Lassée de mener une vie de recluse au fin fond des montagnes, la sorcière moderne Sadako rêve d’être aimée et admirée de tous. Décidée à ne plus vivre dans l’ombre, elle quitte sa forêt afin de découvrir la vie en ville et devient influenceuse sur les réseaux sociaux. Parmi ses nombreux fans, une jeune humaine, Hanako, l’idolâtre, jusqu’au jour où, en plein live, Sadako annonce être une véritable sorcière. À la suite de cette révélation, l’admiration de Hanako se transforme alors en haine, et Sadako finit par attirer l’attention d’autres sorcières. »
Titre le plus récent et peut-être le plus improbable de cette sélection, Wicked Spot est l’œuvre de Sal Jiang, une artiste encore inconnue chez nous mais qui a déjà sorti de nombreuses histoires courtes autour du yuri.
Entre Sadako et Hanako, c’est la guerre. Enfin une guerre à sens unique, basée sur une relation parasociale et énormément de frustration à gérer pour les deux jeunes femmes. Leurs joies, leurs colères et leurs inquiétudes, tout est dans l’excès, au point que la communication passe mal. Mais c’est ce qui est drôle, paradoxalement, quand on finit par comprendre où leur histoire a mal tourné.
Sal Jiang interroge donc la relation à l’autre à travers les réseaux sociaux, décrivant ce qui peut mener un fan à devenir un rageux avec une acuité saisissante. L’envie de repenser son rapport aux influenceurs est grande, après cette lecture, de même que savoir comment Sadako va gérer le fait d’être poursuivie par ses semblables.
D’ailleurs… Hanako ? Sadako ? Les plus attentifs auront reconnu deux figures majeures du folklore horrifique japonais, que la mangaka revisite avec une touche de cynisme.
Décalé, déjanté et un peu flippant, Wicked Spot est aussi une preuve que le yuri n’est pas réservé qu’aux calmes histoires d’amour. La série ne compte pour le moment qu’un tome, publié par Vega.
Et voila ! Il y a encore plein de titres qui auraient pu entrer dans cette sélection, comme l’adorable et tout en couleurs Shino & Ren (Meian), ou Medieval Girlfriends (Éditions Exemplaire), et sa plongée dans un univers de fantasy sans la moindre bulle de texte. Il y a aussi de quoi faire du côté des anime avec le film Princesse Kaguya (Netflix), Est-ce que les androïdes comptent pour une première fois ? (ADN/Meian), Je veux t’aimer jusqu’à ta mort (Crunchyroll/Meian) et Kamîna Botan (Crunchyroll).
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