Ces Japonais qui ont choisi l’Alsace – épisode #2 : L’art de transmettre la passion pour la musique avec Hideaki Tsuji
Nous poursuivons nos escapades alsaciennes à la rencontre des Japonaises et Japonais qui ont choisi cette région pour y entreprendre ou pour faire partager leur passion. Hideaki Tsuji, professeur de guitare et joueur de shamisen, fait parti de cette deuxième catégorie. Depuis 2003, il transmet sa passion pour la guitare classique auprès de ses élèves avec pédagogie et bienveillance. Pour l’occasion, Hideaki a accueilli Journal du Japon au sein du Conservatoire de Strasbourg afin d’assister à ses cours et d’échanger avec lui sur son parcours, son amour pour la musique et ses projets.
Un professeur soucieux de faire partager sa passion de la musique à ses (très) jeunes élèves
Il y a trois ans, Journal du Japon avait déjà rencontré Hideaki Tsuji et son shamisen lors d’une prestation qu’il donnait pour la deuxième édition de la Japan Weekend à la Presqu’Île André Malraux de Strasbourg en 2023. Cette fois-ci, c’est sa casquette de professeur de guitare que l’on a découvert. Depuis maintenant une vingtaine d’années, Hideaki enseigne la guitare classique au Conservatoire de Strasbourg. Il a étudié cet instrument d’une part, au pays du Soleil-Levant au sein du Takamatsu Music University à Takamatsu dans la préfecture de Kagawa. D’autre part, il a poursuivi son apprentissage au Conservatoire Régional de Lyon et de Nice.

Avant de franchir les portes du Conservatoire de Strasbourg, nous pensions tomber sur des jeunes élèves ayant déjà une certaine expérience. Nous avons été agréablement surpris de voir de très jeunes enfants attendre l’arrivée du professeur Tsuji près de la porte d’entrée de la salle de cours. Pendant près de deux heures, quelques enfants se sont succédés en ayant appris de nouvelles choses autour de la guitare classique. Hideaki s’adapte différement en fonction de leur rythme et de leur niveau de progression. Du positionnement à l’apprentissage de mélodies, il porte une attention particulière à chaque détail pour permettre aux talents de demain une meilleure maîtrise de leur instrument.
Ce remarquable travail de transmission porte ses fruits auprès des élèves déjà très bien avancés dans leurs études. La plupart d’entre eux décrochent leurs diplômes d’études musicales, finissent lauréats dans des concours artistiques ou sont admis dans des conservatoires prestigieux comme celui d’Amsterdam.
Il arrive également que Hideaki propose à ses élèves expérimentés de participer à des projets comme à la Japan Weekend 2026 de Strasbourg où ils ont pu jouer devant le public du festival.
Ses débuts en France
Une fois les cours terminés, le moment était venu de prendre un peu de temps pour échanger avec Hideaki Tsuji autour de son parcours, son intégration en France, son rapport à l’Alsace ou encore sa méthode d’enseignement.

Journal du Japon : Bonjour Hideaki, merci d’échanger de nouveau avec nous. Tout d’abord, pouvez-vous nous raconter votre arrivée en France ?
Hideaki Tsuji : J’ai démarré ma formation de guitare classique au Japon. J’ai fait une rencontre à l’université avec un professeur qui a enseigné en France. Cela m’a donné envie de découvrir ce pays. C’est un peu l’origine de cette culture de la musique classique. Je suis arrivé à Nice en 1993 et j’ai étudié dans ce conservatoire pendant un an. Par la suite j’ai fait des rencontres. J’ai voulu poursuivre mes études à Lyon. Ensuite, j’ai rencontré un autre enseignant de guitare classique dans la région parisienne qui a obtenu un poste au Conservatoire de Strasbourg et je l’ai suivi. J’ai eu la chance d’y devenir professeur, c’est un poste de 20 heures par semaine en CDI.
Est-ce que cela a été difficile de vous intégrer ?
Je savais que je voulais venir en France donc j’ai eu le temps pour me préparer. A mon arrivée, les gens parlaient trop vite. La communication était un peu compliquée mais dès les premiers jours, j’étais émerveillé. Bien sûr, il y avait des difficultés pour trouver un appartement, ouvrir un compte en banque… Mais ça ne me posait pas de problèmes. Mon but était également d’avoir les mêmes sensibilités musicales que les Européens.
La chose la plus marquante a été la différence de climat. Au Japon, c’est très humide alors que l’air est plus sec en France. Cela a un impact sur la sonorité musicale. Par exemple, l’humidité au Japon fait absorber l’acoustique.
La musique : une passion au quotidien
Pourquoi cette appétence pour la guitare classique et la musique en général ?
Pour moi, la musique est un moyen de communication. J’ai eu l’occasion de travailler avec des musiciens issus de nombreux pays du monde (brésiliens, indiens …). J’aime cette création. On a des traditions différentes mais ensemble, on peut créer une sorte d’harmonie et c’est toute la richesse de la musique.
Dans la guitare classique, il y a des répertoires musicaux variés et qui sont anciens. Aujourd’hui, il y a beaucoup de compositeurs japonais, chinois, asiatiques mais aussi d’Europe de l’Est. J’ai commencé la musique par la guitare électrique.
Vos parents écoutaient-ils de la musique lorsque vous étiez enfant ?
Quand j’étais enfant, je n’étais pas du tout attiré par la musique. A l’adolescence, j’ai commencé à en écouter avec des amis et c’est là que cette passion s’est déclenchée.
Quel instrument à cordes est le plus difficile à pratiquer entre la guitare classique et le shamisen ?
C’est assez rare d’écouter du shamisen en étant au Japon. Parfois, ça passait à la télévision. Peut-être que si on en avait pratiqué dans ma famille, j’aurais peut-être eu l’occasion de pratiquer mais je n’en avais pas eu l’occasion à l’époque. Je considère que je connais mieux la culture japonaise que les Japonais vivant au Japon ! C’est un peu paradoxal mais c’est souvent comme ça.
L’approche musicale entre les deux instruments est différente. La guitare classique a six cordes alors que le shamisen n’en n’a que trois. Chacun a une particularité. Commencer par la guitare classique m’a beaucoup aidé. J’ai eu plus de facilités par la suite pour apprendre à jouer du shamisen.
Est-ce qu’il y a des titres français que vous aimez jouer ?
En France, il y a beaucoup de compositeurs comme Roland Dyens. C’était un guitariste et un compositeur. J’aime beaucoup ses œuvres, il en a écrit énormément ! J’ai beaucoup aimé certains arrangements comme L’Hymne à l’Amour d’Edith Piaf ou La Javanaise de Serge Gainsbourg. Techniquement et musicalement, c’est très intéressant.
D’élève à professeur
Qu’est-ce que ça vous a fait d’être passé d’élève à professeur ?
J’ai eu de la chance que la directrice du Conservatoire de Strasbourg de l’époque m’ait introduit dans l’enseignement. J’ai vraiment le plaisir de la transmission aux jeunes musiciens. Pour moi, la musique, ce n’est pas que pour soi-même, c’est le partage qui m’intéresse le plus.
Comment est-ce que vous essayez de transmettre votre passion pour la guitare classique à vos élèves ?

Chaque élève est différent. Chacun a un rythme qui lui est propre, un caractère différent. A chaque fois, je découvre et j’invente de nouvelles façons d’enseigner. Pour les enfants, ce n’est pas évident d’apprendre un instrument tous les jours. Je demande à ce que les parents incitent leurs enfants à pratiquer la guitare au quotidien. Pour prendre du plaisir à en jouer, il faut faire cet effort de régularité et de rigueur.
Les méthodes d’enseignement sont-elles différentes au Japon ?
Aujourd’hui, les professeurs au Japon utilisent les méthodes européennes mais le système d’apprentissage est différent. Il n’y a pas de conservatoire au Japon. Par contre, il y a beaucoup de clubs dans les collèges et lycées japonais qui proposent des cours de musique. Il y a un esprit d’équipe mais aussi de compétition avec un objectif très précis. C’est parfois presque plus important que leurs propres études !
Sa participation au Naruto Symphonic Experience
Comment est né le projet du Naruto Symphonic Experience ?
Le projet a vu le jour lors des 20 ans de Naruto. Il y a une boîte de production parisienne qui a voulu faire un hommage en créant un ciné-concert. Il a fallu faire les montages d’épisodes, régler les problèmes de droits d’auteurs. On suit un fil conducteur. Il y a des musiques qui s’adaptent. C’est un énorme travail pour celui qui fait les arrangements. Par la suite, ils m’ont contacté. On a fait une tournée en France. Dans l’équipe, il y a deux guitaristes, un orchestre (basse, guitare électrique, batterie), deux chanteurs (Shakuhachi et Wadaiko) et moi avec mon shamisen.


Vous êtes fan de cette oeuvre ?
Ce n’était pas ma génération. Au début, il n’y avait pas internet. Je lisais beaucoup de mangas au collège. De plus, je savais que Naruto était très populaire en Europe. Je connaissais les musiques et j’ai commencé à regarder l’anime après le démarrage du projet.
Ses liens avec l’Alsace
Quel est votre rapport à l’Alsace ?
C’était totalement par hasard ! Je n’avais pas du tout prévu d’y vivre. Je me disais qu’il fallait d’abord finir mes études sur Paris. Il y a beaucoup de rapports entre le Japon et l’Alsace. Il y a le consulat à Strasbourg et le Centre Européen d’Etudes Japonaises d’Alsace à Colmar. J’ai d’ailleurs beaucoup travaillé avec eux. Le CEEJA me met en contact avec des organisateurs afin de donner des prestations pour un évènement spécial.
Quel regard avez-vous sur les relations entre le Japon et l’Alsace ?
J’ai eu l’occasion de participer à un évènement qui était organisé au Parc de Wesserling (Haut-Rhin). Il y avait un énorme atelier de textile. Ils y exposaient de superbes kimono. Aujourd’hui, cet atelier est fermé mais il sert à faire venir des artistes. J’ai pu y participer comme joueur de shamisen.
Quel est votre endroit préféré en Alsace ?
J’aime beaucoup Kaysersberg (Haut-Rhin).

Est-ce qu’il y a un endroit où vous aimeriez jouer de la guitare ou du shamisen ?
C’est à côté de Thannenkirch (Haut-Rhin) au Taennchel qui est un sommet du massif des Vosges. Il y a un gros rocher posé d’une manière mystérieuse. C’est un endroit où l’on ressent des énergies. On a amené nos instruments là-bas, on y a joué la nuit et c’était une expérience vraiment incroyable !
Pour terminer, quels sont vos projets à venir ?
En tant que professeur, j’ai des idées de projets avec d’autres départements du Conservatoire de Strasbourg et on essaye d’être plus présents en dehors de l’établissement. C’est très enrichissant pour les élèves de jouer devant le public comme à la Japan Weekend.
Merci à Hideaki Tsuji de nous avoir ouvert les portes du Conservatoire de Strasbourg et de nous avoir donné l’opportunité d’assister à ses cours. Nous avons pu voir à quel point il était soucieux de transmettre son amour de la musique auprès des enfants. Entre le conservatoire et le projet du Naruto Symphonic Experience, la musique fait partie de son quotidien et nous l’avions déjà ressenti lors du concert de shamisen pendant la deuxième édition de la Japan Weekend en 2023. A l’époque, nous avions été envoûtés par la mélodie de son instrument de musique. Apprendre auprès de Hideaki, c’est l’assurance d’hériter d’une passion qui ouvrira beaucoup de portes aux futurs talents.
A noter également qu’il est toujours temps de prendre vos billets pour le Naruto Symphonic Experience qui s’arrêtera au Grand Rex à Paris les 19 et 20 septembre 2026 ! D’autres dates seront disponibles après le passage à la capitale.
