La fête des mères japonaise : entre traditions importées et réalité du quotidien
Des œillets rouges au colis de curry prêt à manger, le Japon célèbre la fête des Mères le 10 mai en 2026. Au Japon, comme dans quasiment tous les pays du monde, les mères sont célébrées au printemps. Dans l’archipel, c’est le deuxième dimanche de mai qui lui est réservé. Mais alors que le Japon célèbre de manière parfois très originale des fêtes importées comme la Saint-Valentin ou Noël, comment est célébrée la fête des Mères en terres nipponnes ? Journal du Japon vous emmène explorer les origines floues de l’importation de cette fête occidentale et les différentes manières de la célébrer, ou non, au Japon comme depuis l’étranger.
Missionnaires, impératrice et influence américaine : des origines surprenantes
Le Japon compterait entre 100 000 et 300 000 festivals par an. Comme si cela ne suffisait pas, les Japonais aiment aussi importer et adapter des fêtes internationales. La fête des Mères en fait partie et son introduction dans l’archipel reste, encore aujourd’hui, un peu floue.

Deux versions s’affrontent : elle aurait été introduite en 1931, le 6 mars, pour célébrer l’anniversaire de l’impératrice Kôjun, mère de l’empereur Akihito ; ou bien dès 1913, par des missionnaires chrétiens qui auraient apporté dans leurs bagages cette tradition venue d’Amérique.
La Seconde Guerre mondiale met inévitablement en pause cette forme d’interférence culturelle étrangère, préférence nationale oblige. Ce n’est qu’en 1949 que la date s’aligne enfin sur la version américaine de la fête et devient officiellement nationale. La fête des Mères se célèbre donc désormais le deuxième dimanche de mai, tout comme aux États-Unis. L’œillet rouge, symbole central de cette journée, est lui aussi une inspiration directe des traditions américaines : rouge pour les mères vivantes, blanc pour celles qui nous ont quittés.
Des œillets aux onigiris : que peut-on offrir ?
Le Japon étant un pays très consumériste, la promotion de la fête des Mères commence dès la mi-avril, juste après les célébrations de la rentrée scolaire ou de l’entrée sur le marché du travail. Le calendrier japonais est rythmé toute l’année par les saisons et les festivités plus ou moins traditionnelles. Pour la fête des Mères, les vitrines se parent de rose et de rouge, les publicités fleurissent, et les grandes enseignes rivalisent d’imagination pour capter l’attention et surtout le portefeuille des enfants devenus adultes. Jusque-là, c’est partout pareil, globalisation oblige.
Si l’envie vous prend d’offrir un bouquet, encore faut-il savoir quoi choisir : au Japon comme ailleurs, les fleurs ne sont pas neutres.
Le guide des fleurs à offrir (et celles à éviter absolument)
Si vous souhaitez offrir des fleurs, voici ce qu’il faut savoir avant de pousser la porte du fleuriste :
- Rouge : amour et admiration
- Rose : gratitude et tendresse
- Violet : respect et dignité
- Blanc : à éviter, associé aux souvenirs et au deuil
- Jaune : à éviter également, connoté à la jalousie

D’autres fleurs comme le chrysanthème ou le camélia, trop liées aux cérémonies funéraires dans la culture japonaise, sont à bannir à cette occasion. On privilégiera donc les œillets qui restent une valeur sûre. Si possible, on optera pour des fleurs de saison achetées chez un fleuriste local ; un geste simple qui a déjà plus de sens qu’un bouquet industriel emballé sous Cellophane.
Si les fleurs coupées qui fanent vite ne vous inspirent pas, ou que le trop-plein de choix vous fait tourner de l’œil, sachez que les Japonais, passés maîtres dans l’art du cadeau, ne manquent pas d’idées pour surprendre, souvent bien plus que ne le ferait un bouquet un peu trop prévisible.
Une fête des mères de moins en moins fêtée, ou fêtée différemment
La fête des mères reste une fête internationale qui a peu à peu perdu ses rares spécificités nationales, qu’elles soient françaises ou japonaises, au profit d’une image plus américaine, plus mondialisée, et souvent plus commerciale. Les œillets rouges dont les médias parlent sont finalement assez peu souvent offerts en réalité, mais cela n’empêche pas les marques de continuer à surfer sur ce marronnier chaque printemps. À travers quelques témoignages, nous avons pu récolter différentes manières de célébrer la fête des Mères, ou pas.
Célébrer la fête des mères depuis le Japon
Dans les journaux japonais, on encourage les plus jeunes à dessiner un portrait de leur mère ou à lui fabriquer une carte, tout comme on le ferait en Europe. Les adultes offrent ces fameux œillets rouges, des coffrets gourmands, des vêtements, ou invitent leur mère au restaurant. Beaucoup de personnes ne font aussi absolument rien, et c’est tout aussi bien.
En effet, les témoignages recueillis laissent entrevoir un engouement assez mesuré pour cette fête. Dans les familles japonaises, y compris celles avec des enfants hafu (nés de parents de nationalités différentes), l’école n’en fait généralement pas grand cas. Pas de bricolage collectif, pas de carte fabriquée en classe comme on pourrait s’y attendre en France. La fête des Mères existe, certes, mais elle ne s’impose pas avec la même insistance dans le quotidien des familles. Ce relatif désintérêt n’est pas forcément le signe d’un manque d’affection : il reflète plutôt une culture où la gratitude envers les parents se vit au quotidien, discrètement, sans nécessairement attendre une date dédiée pour s’exprimer.
Fêter la fête des mères depuis l’étranger
Depuis la France ou l’étranger en général, c’est souvent un non-événement pour bon nombre d’enfants japonais ou franco-japonais, que ce soit pour la version française ou japonaise de la fête des Mères. Ces familles organisent en revanche volontiers la fête des enfants, Kodomo no Hi pour les garçons, ou Hinamatsuri pour les filles, des célébrations bien ancrées dans leur culture d’origine, et qui n’ont pas besoin d’un rayon de supermarché pour exister. Tout l’enjeu, si l’on célèbre la fête des Mères, est de bien choisir la date : la japonaise ou la française ? À moins que vous ne la fêtiez deux fois ?

Les Japonais expatriés, ou les hafu, peuvent faire des commandes de nourriture livrée directement chez la mère restée au pays : une corbeille de fruits somptueuse, des sachets de curry aux saveurs locales des différentes régions du Japon, ou encore une des centaines de versions de manju ou d’osenbei pour le prochain thé. Régaler celle qui vous a nourri et élevé pendant tant d’années, voilà aussi une belle façon de fêter les mères, à distance mais avec tout son cœur. C’est aussi l’occasion de lui rendre visite, que ce soit pour la fête des mères ou d’autres matsuri qui lui feront tout autant, voire plus plaisir. Présence, temps, attentions : des cadeaux qui ne se périment pas et qui n’ont pas besoin d’être emballés.
La meilleure façon de fêter sa mère est donc, sans surprise, celle qui vous ressemble et qui lui ressemble. Alors n’oubliez pas d’au moins envoyer un petit mot, si le cœur vous en dit, et si votre relation le permet, bien évidemment.
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Source : nippon.com et Japan Post Co.
