Voyage à Chûgoku #2 : Yamaguchi, entre nature et histoire

Dans ce deuxième épisode sur la découverte de la région de Chûgoku, après Shimane, direction la préfecture de Yamaguchi !

Située à la pointe ouest de l’île principale du Japon, Honshû, cette préfecture est tout aussi méconnue des visiteurs étrangers que Shimane. Elle offre pourtant de magnifiques paysages naturels, des sites historiques et une cuisine faisant la part belle aux fruits de mer et au célèbre fugu. Voisine d’Hiroshima et Miyajima, pourquoi ne pas rajouter cette jolie destination à votre prochain voyage ? Et pour les passionnés d’histoire, partez sur les traces des acteurs clés d’un des événements phares de l’histoire du pays.

Journal du Japon vous emmène à nouveau en balade, à la découverte des caractéristiques principales de Yamaguchi.

Géographie et climat

Carte Chugoku
Carte de la région de Chugoku

La préfecture de Yamaguchi se situe à l’extrémité ouest de l’île principale d’Honshû. Elle borde à l’est les préfectures de Shimane et Hiroshima. À l’ouest, toute proche de l’île de Kyûshû, elle en est seulement séparée par le détroit de Kanmon.
La partie centrale de la préfecture de Yamaguchi est traversée par les monts Chûgoku. Cette chaîne montagneuse est ici peu élevée, avec comme point culminant le mont Jakuchi (1337 mètres d’altitude). Avec peu de hauts sommets, les montagnes ont des pentes plutôt douces. La préfecture compte également beaucoup de forêts ; elle en est recouverte à 70%.
Yamaguchi est presque entourée par la mer : celle-ci est présente sur trois côtes de la préfecture. Au nord se trouve la mer du Japon, à l’ouest la mer de Hibiki, et à l’est il y a la mer intérieure de Seto.

Le climat de la préfecture de Yamaguchi est dans l’ensemble assez doux. Mais cette affirmation peut être trompeuse, car il y a plusieurs climats différents au sein de la préfecture. On peut la diviser en trois zones distinctes.
Au nord, avec la mer du Japon, il y a donc un climat de la mer du Japon (logique, nous diriez-vous !). Comme dans la préfecture de Shimane, cette zone est très nuageuse et il y pleut beaucoup. Les températures moyennes annuelles tournent autour des 13°C, et elles descendent facilement en dessous de 0°C en hiver, avec généralement beaucoup de neige.
La deuxième zone est celle de la mer intérieure de Seto. Il y pleut très peu (excepté lors de la saison des pluies, bien sûr), et les températures sont assez douces tout au long de l’année, avec des moyennes tournant autour des 15°C.
Enfin, il y a la région des monts Chûgoku. Non surprenant pour une zone montagneuse, il y a beaucoup de nuages en hiver, et il y neige également souvent (et oui, on aime bien vous surprendre chez Journal du Japon !). Le reste de l’année est plutôt doux.

Histoire de la préfecture

Chemin de torii, sanctuaire Motonosumi Inari, ©mimizumo, Pixabay
Chemin de torii, sanctuaire Motonosumi Inari, ©mimizumo, Pixabay

Bakumatsu

La préfecture de Yamaguchi résulte de la fusion des provinces de Suô et Nagato, qui s’appelait auparavant Chôshû. La préfecture a joué un rôle important à la fin du XIXe siècle, lors de la chute du shogunat.

Depuis 1603, le Japon, dirigé par un shogun, un dirigeant militaire au lieu d’un empereur, était fermé à l’étranger. Mais en 1853, le commodore Matthew Perry, commandant de l’escadre des Indes orientales de la marine américaine, a mis fin de force à la politique isolationniste du pays. En 1854 un traité est signé, et en a résulté, notamment, l’ouverture de certains ports japonais. Pourtant, ce traité était inéquitable et les conditions de vie des Japonais sont devenues très dures.

C’est alors qu’un mouvement d’opposition, principalement mené par des samouraïs du domaine de Chôshû, apparut et prit le contrôle de la cour impériale à Kyoto en 1860. Mais en 1863, ils furent expulsés par les samouraïs des domaines de Satsuma et Azuma notamment. Plusieurs batailles pour s’emparer à nouveau du palais royal ont suivi, mais sans résultat.
A la suite de conflits séparés contre la Grande-Bretagne et une coalition internatinale entre 1863 et 1864, le domaine de Satsuma se rendit compte qu’il ne serait pas possible d’expulser les étrangers du pays, et que le Japon devrait se moderniser pour ne pas devenir une colonie. Le domaine de Satsuma devint alors un allié du domaine de Chôshû en 1866, et lui fournit notamment beaucoup d’armes. Cette alliance permit aux deux domaines de prendre le contrôle du palais impérial en 1868, et de rendre le pouvoir à l’empereur, Mutsuhito, devenu l’empereur Meiji. Cette action est généralement vue comme l’événement crucial de la restauration de Meiji, connue en japonais sous le nom de bakumatsu.

Pour plus de contexte sur la restauration de Meiji, voici notre article plus détaillé : https://www.journaldujapon.com/2022/06/17/il-etait-une-fois-edo-fin-la-chute-du-bakufu/

Les Chrétiens cachés

Autre fait historique : c’est dans la préfecture de Yamaguchi qu’en 1552 la première messe de Noël au Japon a été célébrée par des missionnaires jésuites. François Xavier, missionnaire catholique et prêtre jésuite originaire de Navarre, arrive sur l’archipel et introduit le christianisme en 1549. Il vécut quelques mois à Yamaguchi à son arrivée, d’où une forte implantation de cette nouvelle religion dans la ville et la préfecture. Le Christianisme, plutôt bien accueilli au début, fut par la suite sévèrement réprimé puis interdit. Cependant, beaucoup de Japonais continuèrent de le pratiquer en secret et Yamaguchi compte de nombreux sites liés aux « Chrétiens cachés ». En 1952, l’Église Saint François Xavier est érigée en son honneur, à l’occasion des 400 ans de sa mort.

Découvrez nos articles sur le livre et les films parus sur l’arrivée du christianisme au Japon : https://www.journaldujapon.com/2021/03/23/de-shinoda-a-scorsese-chronique-de-silence-le-film-qui-traversa-le-pacifique/
https://www.journaldujapon.com/2017/02/06/silence-le-chemin-de-foi/

Tourisme

Grotte Akiyoshi-dô, ©ch1310, Pixabay
Grotte Akiyoshi-dô, ©ch1310, Pixabay

La ville de Yamaguchi

La préfecture recèle une multitude de sites à découvrir. En premier lieu, sa capitale, la ville de Yamaguchi. Surnommée la « Kyoto de l’Ouest », elle abrite de nombreux sites historiques comme des temples, des sanctuaires, des pagodes, et plus encore. Par exemple, la pagode Rurikô-ji, construite en 1442, est, du haut de ses cinq étages, l’une des plus imposantes du Japon. Elle est située dans le parc Kozan, où se trouve également la maison de thé Chinryutei. C’est dans cet établissement que des révolutionnaires ont planifié le renversement du shogunat Tokugawa tout en prétendant boire du thé.

Après une journée de balade à la découverte des bâtiments traditionnels et des rues anciennes de la ville, faites une pause au Yuda onsen. Cette source chaude a été découverte il y a plus de 800 ans, après qu’un renard blanc ait été aperçu plusieurs fois y baigner sa patte blessée. Aujourd’hui, ces eaux sont réputées pour leurs effets sur la peau, et sont devenues un endroit de détente du corps et de l’esprit.

Site de l’office de tourisme de Yamaguchi : https://yamaguchi-city.jp/w/en/

La ville de Hagi

Autre ville fascinante, Hagi compte plusieurs quartiers traditionnels, comme Jokamachi et Horiuchi, qui ont conservé leur aspect d’antan. Il est agréable de s’y promener pour découvrir les styles du passé. Ces quartiers abritaient autrefois de nombreuses résidences de samouraïs et de marchands. On y trouve notamment des lieux en lien avec des acteurs de la restauration de Meiji, comme le lieu de naissance de Shinsaku Takasugi, à Horiuchi. Il a formé de nombreux hommes qui se sont par la suite battus contre les armées du shogun. S’y trouve également l’académie Shokasonjuku, bâtiment inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’école a produit beaucoup de patriotes de la fin de la période d’Edo, dont Shinsaku Takasugi, et peut être reconnue comme l’un des lieux où est née la restauration de Meiji.

Site de l’office de tourisme de Hagi : https://www.hagishi.com/en/tourist/

La ville d’Iwakuni

Pont Kintai-kyo, ©ChiemSeherin, Pixabay
Pont Kintai-kyo, ©ChiemSeherin, Pixabay

Iwakuni, à l’est de la préfecture, est connue pour son château. Celui-ci est désigné comme l’un des cent plus beaux du Japon. Construit de 1603 à 1608, il a été détruit en 1615 par un décret shogunal qui imposait un seul château par province. En 1962 il a été reconstruit presqu’à l’identique, mais a été déplacé de son lieu d’origine pour lui conférer une meilleure vue sur la mer, et une plus grande impression de hauteur. Les fondations du premier château existent toujours, et il est possible de les visiter, à une trentaine de mètres de la reconstruction.

Un autre endroit emblématique d’Iwakuni, et même du Japon, est le pont Kintai-kyo. À l’architecture très reconnaissable avec ses cinq arches, il est situé au cœur du centre historique de la ville. Tout comme le château, il n’est pas d’origine. Initialement construit en 1673, en bois, il a rapidement été emporté par le vent. Un nouveau pont plus robuste l’a remplacé l’année suivante, mais a également été détruit par un typhon, en 1950. Finalement, le pont a été réhabilité en 1953, et est depuis régulièrement entretenu, ce qui coûte parfois très cher : 2 milliards de yen, soit environ 10,8 millions d’euros, en 2004.

Site de l’office de tourisme d’Iwakuni : https://kankou.iwakuni-city.net/itn/

La ville de Shimonoseki

Tout à l’ouest de la préfecture de Yamaguchi se situe la ville de Shimonoseki. À environ 8 kilomètres du centre-ville, dans le quartier de Chôfu, se trouvait auparavant un château. Mais comme celui d’Iwakuni, il a été détruit en 1615. En revanche, celui-ci n’a pas été reconstruit.
Toujours à Chôfu, vous trouverez la résidence du clan Mori, l’un des clans qui a dirigé la préfecture de Yamaguchi durant l’époque féodale. Cette résidence a été achevée en 1603, plus de trente ans après la réforme de Meiji. L’empereur Meiji lui-même y a résidé en se rendant à Kumamoto, et la pièce dans laquelle il a dormi peut être visitée.
On peut également admirer des temples et sanctuaires, comme le temple Kozanji, la plus ancienne construction de style karayô du Japon, un style architectural hérité de la Chine, et un trésor national.

Enfin, ne manquez pas les jardins Chôfu. Ce jardin japonais a servi de résidence à un dignitaire de haut rang durant la période d’Edo. Il est ouvert au public depuis 1993, et il y a même une maison de thé traditionnelle.

Côté nourriture, Shimonoseki est également le berceau le plus célèbre du pays pour le fugu, ce poisson-globe à la chair tendre possédant une toxine mortelle, et dont la préparation n’est autorisée qu’à des professionnels spécialement formés.

Vous pouvez aller voir ici notre article sur ce poisson : https://www.journaldujapon.com/2026/07/12/fugu-a-la-decouverte-du-poisson-poison/

Site de l’office de tourisme de Shimonoseki : https://shimonoseki.travel/en/

Les paysages

Enfin, la préfecture de Yamaguchi compte beaucoup de très beaux paysages, qu’il s’agisse de ses plages, de ses littoraux aux falaises abruptes ou de l’intérieur de ses terres.
Pour une balade plus inattendue, à la journée depuis la ville de Yamaguchi, visitez Akiyoshi-dai. C’est un plateau façonné sur des millions d’années sous lequel on recense plus de 400 grottes calcaires. La plus grande d’entre elles, Akiyoshi-dô, s’étend sur plus de dix kilomètres, ce qui en fait une des plus grandes du Japon, même si seulement un kilomètre est aménagé pour les visites.

La préfecture de Yamaguchi a joué un rôle important dans l’histoire du Japon. Vous en apercevrez encore des traces visibles dans de nombreux lieux historiques à travers la préfecture. Yamaguchi offre également des endroits fascinants et des paysages magnifiques et variés. La perspective de belles découvertes lors de votre prochain voyage.

Si vous avez aimé nos deux premiers épisodes sur la région de Chûgoku, ne manquez pas le prochain sur la préfecture d’Okayama, à venir très vite.

Découvrez plus en détail la ville de Hagi avec un article de Thomas Lorin pour Journal du Japon :

Par ici si vous n’avez pas encore lu notre premier article sur Shimane : https://www.journaldujapon.com/2026/06/26/voyage-a-ch/

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