Japan Expo 2026 : le compte-rendu du 25e anniversaire
Du 09 au 12 juillet 2026, le plus grand salon d’Europe dédié au Japon, sa culture et ses loisirs était de retour au Parc des Expositions de Paris Nord Villepinte. Après quelques années en demi-teinte, Japan Expo fêtait cette année ses 25 ans, avec une programmation assez ambitieuse.
Une partie de l’équipe de Journal du Japon s’est rendue sur place et voici leurs impressions dans ce bilan de Japan Expo 2026 !
Tatiana : un quart de siècle déjà !
Nous célébrons le quart de siècle pour la plus grande convention française sur la culture japonaise. Depuis plusieurs années, je constate que le festival tourne en rond. Il n’y a pas UN problème en particulier, mais de multiples qui, cumulés, donnent cette image d’un festival magnifique mais vieillissant.
Si on regarde avec un peu de recul, Japan Expo 2026 est une belle édition : des invités, de nombreuses conférences, des concerts, des artisans, des focus sur la culture japonaise et beaucoup de stands plus ou moins intéressants. Bref, impossible de voir le festival en une journée : il faut marcher, chercher et être curieux. Tout n’est donc pas à jeter, loin de là, et certains problèmes durant ces 4 jours ne sont pas propres à Japan Expo : les problèmes du RER B, la canicule, le coût de la vie, etc.

Le plus gros point noir de cette édition, c’est le portefeuille des festivaliers. Il est vide. Plus personne ne peut suivre le nombre de sorties des mangas, sachant qu’il y a encore moult autres choses qui nous font de l’œil. Alors, il faut cibler. Même les petits cadeaux qu’on peut avoir avec une sortie ne font plus tout. Chaque visiteur doit choisir ce qu’il doit acheter.
On peut venir à Japan Expo sans acheter ou presque. Une fois entré, il y a des tonnes d’activités gratuites. Et pour les plus sérieux, vous pouvez même venir avec votre sandwich. Entre les conférences, les concerts et spectacles et les produits qu’on peut tester gratuitement, vous pouvez vous amuser. Si la canicule a été un frein pour beaucoup, la climatisation a été, heureusement, plutôt bien gérée durant le festival.

Parmi les invités, on a eu tout de même de grandes pointures comme Keisuke Itagaki le mangaka de Baki, YOSHIKI, Kazuya Kamenashi qui a réuni bon nombre de fans des KAT-TUN, Shinichi Ishizuka et Number 8 les auteurs de Blue Giant, le réalisateur Nobuyoshi Habara, l’autrice de BL Ogeretsu Tanaka ou encore Kyû Aiya la dessinatrice de The Rising of the Shield Hero.
Par contre, on peut s’inquiéter du fait que la sélection semble cibler les quarantenaires, alors qu’il y a énormément de jeunes qui viennent et qui pourraient attendre d’autres licences plus récentes. Mais on ne peut pas non plus enlever à ces vieux briscards d’être des puits de science sur le manga ou l’animation. On recherche donc, depuis quelques années et encore en 2026, un juste milieu.
Bilan : L’année prochaine, Japan Expo sera de retour avec Yōichi Takahashi en tête d’affiche. On ne peut pas dire, une fois de plus, qu’on parle aux plus jeunes d’entre nous. Japan Expo doit donc vraiment retrouver sa capacité à émerveiller toutes les générations, tout en poursuivant les efforts déjà entrepris. D’autant qu’en 2027, il y aura face à eux la convention allemande Dokomi. Le match sera intéressant à suivre et poussera peut-être Japan Expo à se dépasser. Espérons-le.
Juliet : 25 ans, vous êtes sûrs ?
Cette année, Japan Expo fêtait ses 25 ans, un quart de siècle donc. Et ce n’est pas rien pour un évènement qui a commencé dans une école. Sauf que, je n’ai pas eu l’impression que la convention fêtait un anniversaire. Une célébration réduite à un clip, des animations au strict minimum, pas de fête… Et c’est bien dommage, d’autant plus que pour l’occasion, des billets exclusifs (au prix de 999 € tout de même) avaient été proposés et avaient fait sold-out. Ces billets outrageusement chers pour les avantages proposés étaient-ils la célébration de l’anniversaire de Japan Expo ? Peut-être. Mais si l’on doit rendre à César ce qui lui appartient, les détenteurs de ces billets ultra-VIP ont probablement été la raison pour laquelle la Green Room était climatisée cette année (pour le plus grand bonheur des journalistes).
Cela étant, assez peu de changements en comparaison avec l’année dernière. Si j’apprécie que Keisuke Itagaki, l’auteur du manga Baki, ait fait le déplacement, je ne suis pas sûre qu’il s’agisse du choix le plus stratégique pour un évènement comme Japan Expo. Certes, le manga a probablement regagné en visibilité grâce à l’arrivée de son adaptation animée sur Netflix, mais est-il réellement grand public et ne s’agit-il pas, une nouvelle fois, de la réalisation de l’un des rêves des co-fondateurs de l’évènement au détriment des plus jeunes générations ?
Si je comprends que l’on puisse saisir toute opportunité pour voir certaines envies se réaliser, j’estime que Japan Expo n’a pas vocation à satisfaire qu’une partie du lectorat de manga. Surtout lorsqu’on sait que d’autres conventions, y compris étrangères, n’hésitent plus à viser grand pour attirer un maximum de monde. Si 2026 a été une année rude pour Japan Expo, 2027 pourrait bien s’avérer encore plus difficile puisque, sur les mêmes dates, les fans auront le choix entre la convention française et Dokomi, une convention allemande qui gagne de plus en plus en popularité. Sans oublier Japan Tours Festival, qui aura lieu le week-end juste avant.
Autre point qui mérite notre attention : la fréquentation de Japan Expo. S’il y a un indicateur qui nous permet de savoir que l’évènement est fréquenté, c’est le partage sur les réseaux sociaux des jauges et les alertes au sold-out sur certains jours. Mais cette année, rien. S’il est facile d’accuser la canicule et les problèmes de RER B rencontrés sur trois des quatre journées, la véritable raison pourrait bien être beaucoup plus terre-à-terre. Oui oui, je parle effectivement du prix du billet. Jusqu’à 46 € pour une seule journée si vous preniez l’option FastPass. De quoi amputer votre budget et refroidir les plus précaires des fans, notamment à l’approche des départs en vacances. En parlant de prix, parlons de ceux des food court. Alors certes, c’est un sujet récurrent, mais tout de même, le prix des trois onigiris au thon mayonnaise a atteint des sommets… Sans oublier que cette année, point de Kintaro Group et donc point de vrai restaurant autre que Hippopotamus. Le remplaçant était un self dont les plats m’ont semblé se rapprocher davantage de ce que l’on peut retrouver en grande surface que ce à quoi nous avions été habitués ces deux ou trois dernières années.
Pour finir, un point positif que j’ai fortement apprécié : l’espace Wabi Sabi. Celui-ci a totalement été repensé : plus grand et plus aéré. Il était plus facile d’y circuler, alors que d’habitude, les visiteurs peuvent avoir tendance à se marcher sur les pieds en voulant admirer les propositions artisanales.





©Photos de Juliet Faure pour Journal du Japon
N’oublions pas non plus, comme à leur habitude, certains éditeurs manga qui ont mis les petits plats dans les grands avec une multitude d’animation. Je pense par exemple au Ki-oon World Tour ou aux animations de Kurokawa et de Pika Edition. Cette année a également signé le retour de Kazé depuis l’officialisation du rachat par le groupe Harper Collins, de quoi faire plaisir à tous les lecteurs. Impossible de parler de Kazé sans évoquer son ancienne maison mère Crunchyroll qui proposait également des animations sur son stand. Et cette année, point de stand de vestes en cuir et de vendeur/recruteur pour une certaine industrie, ce qui est quelque peu rassurant.
Bilan : Une édition que j’ai trouvée « basique » au vu du contexte de ce 25e anniversaire qu’on annonçait épique, mais qui cherche à faire quelques efforts. Ces efforts seront-ils maintenus ? C’est la question à laquelle Japan Expo devra répondre dans les années à venir. Néanmoins, j’aimerais que la convention redevienne audacieuse comme à ses débuts et qu’elle ne se contente pas de servir à alimenter les plaisirs d’une minorité de la communauté des lecteurs. Il est temps que Japan Expo sorte de la zone de confort dans laquelle elle s’est enfermée et qu’elle ose enfin se comporter comme la plus grande convention d’Europe.
David : un salon qui s’améliore, mais qui délaisse les nouvelles générations ?
L’année dernière, j’avais été à moitié convaincu, l’édition manquant d’originalité et se reposant beaucoup trop sur les Japan Expo précédentes. Pour cette 25e édition, les attentes étaient assez grandes : en effet, un quart de siècle, c’est historique pour une convention sur le Japon ! L’exposition dédiée racontait toute l’histoire de Japan Expo tout en n’oubliant pas de rendre hommage aux nombreux invités en exposant dans la partie Hall of fame l’importante collection de dédicaces amassées au fil des années.


Une exposition dédiée au 25e anniversaire de Japan Expo très réussie ©Photos de David Maingot pour Journal du Japon
Cette année, plutôt qu’une seule journée sur le salon, j’étais présent les 4 jours. J’ai ainsi découvert l’espace presse et je dois dire que la climatisation de la Green room était très appréciable (dans les halls, la température était top aussi !). Mais par contre, quel brouhaha ! On imagine plutôt deux espaces séparés : l’un pour les pauses et les discussions et un espace plus calme et à l’écart plus propice pour des entretiens !
Côté programme, même en 4 jours, j’ai l’impression d’avoir parcouru un marathon : enchaînant les conférences de presse, les interviews mais aussi la couverture du salon avec la visite du pavillon traditionnel Wabi Sabi, les conférences publiques, les expositions, les spectacles sur la scène Sakura. Pour se déplacer durant ces 4 jours, on peut saluer l’application mobile qui a été améliorée, avec la tant réclamée géolocalisation.
À noter aussi que les espaces semblaient mieux pensés et aérés : beaucoup moins dangereux pour les PMR (la galère se trouve plutôt du côté des transports en commun dorénavant). L’arrivée de la safe place Maison Bulle est une belle chose aussi qui montre que les organisateurs se soucient du bien-être de tous les festivaliers. Cela progresse sur certaines choses mais il ne faut pas se reposer sur ses lauriers car d’autres salons européens entendent bien les challenger pour prendre leur couronne.
Plein de points qui montrent que les demandes des visiteurs sont écoutées !



Des daruma à Wabi Sabi, une interview du réalisateur et de la voix de Rago de BLACK TORCH et le spectacle original Bloom in Paris sur la scène Sakura ©Photos de David Maingot pour Journal du Japon
De leur côté, comme tous les ans, les éditeurs de mangas se sont vraiment démenés pour proposer diverses activités autour de nos licences préférées avec des goodies offerts à la clé mais aussi de nombreuses séances de dédicaces. Il y avait beaucoup de familles et, tout comme Juliet, je n’ai pas trop compris ce choix d’avoir comme invité d’honneur manga Keisuke Itagaki, l’auteur de Baki, dont la première série a été lancée en 1991 dans le Weekly Shônen Champion. En effet, cela coïncide avec son 35e anniversaire mais ce choix nostalgique oublie une grande partie des enfants venus eux aussi fêter les 25 ans du festival.
Je pense qu’il aurait été plus pertinent d’inviter des mangakas de shônen de la trempe de One Piece, Naruto ou Dragon Ball Alors, évidemment, nous restons réalistes : oui, cela coûte cher et oui certains ne sont juste pas disponibles du tout mais, au vu du prix du billet, les visiteurs veulent voir de grands noms du Japon leur parler de leur métier et de leurs franchises adorées ! Cela n’aurait pas empêché de rendre hommage au grand passionné des arts martiaux et des sports de combat à travers des dédicaces, des conférences et la magnifique exposition à la mise en scène soignée. La venue du mangaka Yôichi Takahashi est déjà annoncée pour 2027 et encore une fois, dans le jeune public, qui connaîtra Captain Tsubasa ? Toujours les vieux de la vieille, les fans de Olive et Tom, qui seront récompensés et qui sauront à coup sûr profiter de cet invité.



Une magnifique exposition à l’occasion des 35 ans de Baki ©Photos de David Maingot pour Journal du Japon
Ensuite, en 2026, la barre des 40€ a été franchie pour les visiteurs du samedi et il est vrai que cette journée d’ordinaire noire de monde a semblé beaucoup moins stressante et éprouvante. Les allées restaient largement praticables. Dans un contexte économique difficile connu de tous, le budget alloué aux loisirs semble avoir pris un coup de bambou : les artistes et exposants parlent sur les réseaux sociaux d’une mauvaise année pour eux, expliquant pour certains qu’ils peinent rentabiliser le prix (exorbitant il va sans dire) du stand ! À titre personnel, j’ai été plutôt raisonnable avec quelques achats à Wabi Sabi pour des cadeaux et des figurines de kappa et kitsune pour décorer ma bibliothèque de livres sur les yôkai sur le stand de Madame Haori. Ma nièce aura été gâtée aussi avec des badges et des cartes à collectionner K-Pop Demon Hunters (la Corée se fait une place de plus en plus importante.).


Une partie des achats à Japan Expo et les franchises KPop Demon Hunters et Sylvanian Families étaient très populaires auprès des familles ©Photos de David Maingot pour Journal du Japon
À Japan Expo, l’un des atouts est de trouver de nombreux stands pour tous les goûts, du plus traditionnel à la pop culture très bien représentée. On ne s’étalera pas sur les stands de contrefaçons, de sabres « japonais », de fruits secs… Et cerise sur le mochi : le nombre croissant de stands IA !!
Côté culture, cette année, il y avait une très belle programmation sur la scène Sakura avec des invités qui revenaient mais aussi des nouveautés. J’ai particulièrement apprécié le ballet de Star Wisteria, la troupe « d’artistes samouraïs » KAMUI, le spectacle de rakugo de Cyril Coppini et Stéphane Ferrandez ainsi que la pièce de la troupe Busôkenmaisyû Yatsurugi. Japan Expo permet de faire de nombreuses découvertes et des visiteurs restaient des heures à profiter du spectacle ! La calligraphe Mihô était par exemple très bien accompagnée avec le beatbox de Waccha, le shamisen de Noriko Tadano et les tambours japonais taiko de Wadaiko Rindo.
Enfin, j’ai l’impression que les expositions ont level up pour notre plus grand plaisir ! Celle intitulée « Boichi, penser en images : le cinéma au cœur du manga » pour fêter les 20 ans de Doki Doki, en partenariat avec les éditeurs Glénat, Pika, Kazé et Delcourt-Tonkam, permettait d’en savoir plus sur Boichi et sur sa carrière dont sa nouvelle série The Marshal King, western steampunk. Cette année, la qualité des expositions était clairement au-dessus des éditions précédentes. Chapeau (de cowboy) bas !
Bilan : J’ai adoré la scène Sakura, Wabi Sabi et les nombreuses interviews (des heures à retranscrire pour partager tout ça avec vous prochainement !). Voir sur 4 jours autant de spectacles, conférences et animations est impressionnant. Je pense que les visiteurs ne se rendent pas assez compte de la chance que l’on a et du travail que cela représente. Un grand merci donc à tout le staff qui malgré la chaleur a su garder son sourire pour que Japan Expo soit une belle fête autour de notre passion commune pour le Japon.



Exposition des 20 ans de Doki Doki mettant à l’honneur Boichi et sa nouvelle série The Marshal King ©Photos de David Maingot pour Journal du Japon
Thiziri : une édition riche en découvertes
Pour cette 25ᵉ édition, Japan Expo a une nouvelle fois réuni des milliers de passionnés autour de la culture japonaise. Entre conférences, concerts, dédicaces, concours cosplay et rencontres avec les invités, la programmation était variée et permettait à chacun d’y trouver son compte.
L’un des espaces qui m’a le plus marquée cette année est sans hésiter Wabi Sabi. J’aime énormément découvrir l’artisanat japonais, observer le travail des artisans et échanger avec eux. C’est un espace que je ne me lasse jamais de parcourir et qui apporte une dimension plus traditionnelle au salon, en complément de la pop culture.
Impossible également de ne pas parler des cosplayeurs, qui étaient une nouvelle fois au rendez-vous. Chaque année, le niveau semble encore monter d’un cran : costumes minutieusement confectionnés, accessoires impressionnants, maquillages soignés… Certains cosplays étaient tout simplement bluffants. Même après plusieurs éditions, c’est toujours un plaisir de se promener dans les allées et de découvrir toutes ces créations.


©Photos de Thiziri Reffad pour Journal du Japon
Côté programmation, l’Anisong Festa a été l’un des temps forts de cette édition, avec plusieurs artistes japonais réunis sur scène dans une ambiance incroyable. Les nombreuses conférences, dédicaces et animations réparties sur les différentes scènes ont également permis aux visiteurs de profiter pleinement de ces quatre jours.
Concernant la fréquentation, j’ai eu l’impression que le salon était un peu plus fluide que ce à quoi je m’attendais. Plusieurs personnes m’ont d’ailleurs confié qu’il y avait moins de monde que les années précédentes. De mon côté, il est difficile de comparer, puisque je viens habituellement uniquement le samedi, qui est traditionnellement la journée la plus chargée. Malgré tout, certaines zones restaient très fréquentées, notamment lors des événements les plus populaires.


©Photos de Thiziri Reffad pour Journal du Japon
En tant que photographe, couvrir Japan Expo sur quatre jours est une expérience aussi enrichissante qu’intense. Courir d’une scène à l’autre, suivre les conférences, les concerts et les invités tout en essayant de capturer les meilleurs moments demande beaucoup d’organisation, mais c’est aussi ce qui rend cette expérience si passionnante.
Bilan : au final, cette édition 2026 m’a laissé une très bonne impression. Entre la diversité de la programmation, les concerts, les rencontres, les cosplays de très haut niveau et des espaces comme Wabi Sabi qui mettent en valeur le savoir-faire japonais, Japan Expo continue de proposer un événement unique où traditions et culture populaire se côtoient avec succès. Vivement la prochaine édition !
Léo : Un Japon hors des sentiers battus mis en valeur… et des incohérences.
Depuis de nombreuses années, je visite des conventions et festivals qui se veulent « valoriser la culture japonaise ». Certains d’entre eux pensent qu’il suffit de mettre des fleurs de cerisiers pour faire « Japon » tandis que d’autres savent exploiter une culture nippone profonde, c’est-à-dire montrer autre chose que les stéréotypes. Japan Expo se situe dans la deuxième catégorie et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ont sorti le grand jeu pour leurs 25 bougies.
En 2022 et en 2024, le nombre de préfectures et villes représenté était timide avec la ville de Fujiyoshida ou encore la préfecture de Saitama. Cette fois-ci ils sont venus en nombre. En commençant par l’Office National du Tourisme Japonais, tel une locomotive, a amené de nombreux représentants avec la région de Kyushu, les préfectures de Hyogo, Hiroshima, Mie et la ville de Setouchi. Outre ces nombreux endroits, la préfecture de Tottori a également été mise à l’honneur avec une grande exposition sur cette destination. Le nombre important d’artisans est toujours apprécié avec une mention spéciale pour Monsieur Tanaka, artisan forgeron spécialisé dans les couteaux japonais.


Mon coup de cœur de cette édition a porté sur le concours Saké Pop, co-organisé par Osake, Japan Expo et Liaison avec une volonté de vouloir démocratiser le saké. Le grand public pouvait devenir juré est évaluer plusieurs bouteilles de sakés parmi les centaines d’échantillons proposées. Le fait d’ouvrir ce concours à tous est très original et une manière ingénieuse de faire découvrir cet alcool japonais.

Si dans la grande majorité, le festival a su se montrer à la hauteur de l’engouement qu’ils ont créé, certains bémols et certaines incohérences auraient pu être évités. À commencer par le tarif pour mettre ses affaires avec un prix de 5 epar objet, ce qui est assez excessif. Une offre groupée aurait pu être proposée. De plus, le fait de ne pas pouvoir payer en carte bancaire pour la consigne n’aide pas non plus.
Ensuite, Japan Expo aurait pu se passer de certains stands et notamment ceux proposant des produits ou services incluant de l’IA Générative, à l’image d’un stand proposant de réaliser des figurines inspirées des POP qui nous ressemblent. Peut-on permettre à ce genre de stand d’exposer et en même temps, inviter des comédiennes et comédiens de doublage comme Pascale Chemin ou Brigitte Lecordier qui militent pour l’interdiction de l’IA Générative dans leur métier ? La question a le mérite de se poser.
Enfin, pour cette 25e édition, Japan Expo a décidé de faire revenir le catch, discipline présente pour la 15e édition. Là encore, je m’interroge sur la place d’un tel évènement dans un festival comme Japan Expo qui n’a de « japonais » que le nom du tournoi, Orihime, inspiré de la légende japonaise d’Orihime et du festival de Tanabata, célébration estivale où les rêves et les vœux sont confiés aux étoiles. On ne comptait qu’une seule catcheuse japonaise sur les huit combattantes présentes. De plus, les organisateurs de ce tournoi et du festival auraient dû à minima restreindre l’accès aux différents combats au jeune public. J’ai été surpris, pour ne pas dire choqué, de voir des enfants assister aux représentations d’un sport qui reste assez violent.
Bilan : Ce 25e anniversaire était à la hauteur avec un Japon profond plus que jamais mis à l’honneur et c’est ce qui fait la force de Japan Expo. Rendez-vous pour les 30 ans !
Japan Expo 2026 : un salon qui doit faire face à la concurrence
Comme nous le disions l’an dernier, Japan Expo reste un incontournable de la pop culture japonaise, une institution même, et offre année après année son lot de belles rencontres. Ce fut d’autant plus vrai avec un nombre d’invités manga beaucoup revu à la hausse, un festival Anisong qui a su faire mouche et un espace Wabi Sabi qui séduit, à juste titre, de plus en plus. À Journal du Japon, on pense même qu’il devrait être l’un des piliers de cet événement, même s’il est relativement et injustement boudé par la presse et les médias en général. De plus, cette année, Japan Expo a effectué un important travail d’amélioration : meilleure application mobile, meilleure gestion de la clim, meilleur accueil de tous les types de public. Il faut le saluer. Et bravo aussi aux éditeurs qui donnent toujours leur maximum pour leurs lecteurs, que ce soit en termes de stands, d’animation ou de mangakas invités.
Malheureusement, ces efforts sont allés de pair avec une augmentation du prix, qui alimente cette année encore l’idée que Japan Expo est une machine à cash : le samedi à plus de 40 €, le pass 999 €… Dans un contexte économique difficile, marqué par une baisse des budgets consacrés aux loisirs, par le ralentissement du marché de l’édition et par l’augmentation des coûts de transport, d’hébergement et de restauration pour aller à Japan Expo… rien d’étonnant donc à voir des allées plus clairsemées le samedi. Aussi, il ne faudra pas s’étonner outre mesure si les chiffres de fréquentation 2026 sont décevants. Rien encore à l’heure actuelle ne nous permet de le confirmer officiellement.

Mais pour prendre un peu de recul tout de même, les prix de Japan Expo sont finalement comparables à d’autres conventions, comme en Allemagne avec Animagic qui est même un peu plus cher (mais pour une expérience premium), ou Dokomi. Manga Barcelona est beaucoup moins onéreux mais précisons que la convention est largement subventionnée par les institutions catalanes (Generalitat de Catalunya, la ville de Barcelone et d’autres partenaires publics). Ainsi, si les conventions de premier plan sont toutes chères, la question centrale devient, finalement, celle des invités.
Comme l’ont noté une majorité de nos rédacteurs, le salon s’oriente vers la nostalgie, tandis que les éditeurs tentent de proposer de nouveaux auteurs à découvrir. Au milieu de cette offre éditoriale, un vide s’installe depuis quelques années : celui des grands noms du manga, de la jmusic ou du jeu vidéo. Si l’on peut saluer la présence de Yama cette année, et un effort sur l’anisong, Japan Expo ne semble plus en mesure d’inviter des stars comme elle a pu le faire dans les années 2000 et 2010 : c’est en dehors de Japan Expo qu’est venu Masashi Kishimoto, en dehors de Japan Expo que sont revenus Hiro Mashima ou Naoki Urasawa, en dehors de Japan Expo qu’est venu Makoto Yukimura ou Posuka Demizu… Si la quantité est bien au rendez-vous, 25e anniversaire oblige, la question de la qualité des invités capables d’enthousiasmer les visiteurs se pose de nouveau. Sans compter que des conventions hors de France que nous évoquions tout à l’heure proposent elles aussi de belles choses, au moins équivalentes en terme de notoriété des artistes présents. Ainsi, au lieu d’un pass à 1000 euros, pourquoi ne pas aller à l’étranger quelques jours et rencontrer des invités inédits en France ?
On peut aussi se demander si, dans les plus de 200 000 visiteurs de Japan Expo, il y a ou il y avait une part importante d’Européens hors France, qui n’ont plus de raisons de faire le déplacement désormais ? Dokomi, par exemple, a connu une croissance spectaculaire ces dernières années : 75 000 visiteurs en 2022, 155 000 en 2023, 180 000 en 2024 et enfin 215 000 l’an dernier. Manga Barcelona progresse aussi régulièrement avec plus de 150 000 visiteurs l’an dernier.
C’est sans doute cette concurrence accrue et une fréquentation en baisse qui a contraint Japan Expo à travailler pour régler certains défauts signalés depuis quelques années. C’est tant mieux pour le visiteur. Mais maintenant que les ayants-droits japonais ont le choix pour promouvoir leurs artistes, ne serait-ce qu’en Europe mais aussi dans divers lieux en France… qu’est-ce que Japan Expo va bien pouvoir promettre pour faire venir des grands noms qui valent le coup de claquer ses économies pour 4 jours au salon de la pop culture japonaise ? Espérons qu’ils trouvent la réponse…

