Akashi School Uniform Company : une histoire du Seifuku

Omniprésent dans les mangas, les dramas ou la J-pop, l’uniforme scolaire japonais n’est pas sans exercer une certaine fascination chez les fans occidentaux qui n’hésitent pas à en adopter les codes dans leur style vestimentaire quotidien ou pour se cosplayer.

Nous avons pu visiter la Akashi School Uniform Company, maison vieille de plus de 150 ans établie à Kurashiki et qui fabrique plus de 70% des uniformes scolaires japonais, d’Hokkaido à Okinawa. L’occasion de lever le voile sur ce symbole du système scolaire japonais.

La showroom d'Akashi

La showroom d’Akashi SUC. Crédits photo : Pascal Voglimacci ©journaldujapon.com – Tous droits réservés.

Une métonymie de la jeunesse japonaise

Campagne promo One Piece

Même les héros de One Piece enfile le Gakuran pour une campagne promotionnelle de l’entreprise.

Marinière (Sailor Fuku) et jupe plissée pour les filles, veste à col droit (gakuran) ou blazer pour les garçons : l’uniforme scolaire des collégien.ne.s et lycéen.ne.s fait partie intégrante de l’identité japonaise presque au même titre que le kimono ou le yukata. Il faut dire que cet élément essentiel du vestiaire japonais, apparu suite à la modernisation du pays accompagnant l’ère Meiji (1868-1912) puis avec la popularisation des vêtements occidentaux à partir des années 1920, est fortement représenté dans la création culturelle japonaise, que ce soit à travers le manga, l’animation, ou encore dans les dramas et la j-pop. L’uniforme en vient presque à constituer une image d’Épinal pour le fan occidental.

 

Mais au delà d’un aspect parfois fétichiste (y compris dans le pays même), l’uniforme scolaire revêt pour la plupart des Japonais une dimension nostalgique renvoyant à leur propre adolescence, en même temps qu’il peut évoquer l’ère Showa (1926-1989) pour la marinière et le gakuran classique, au point de devenir quasiment une métonymie de la jeunesse dans l’imaginaire japonais.

La showroom d'Akashi

Crédits photo : Pascal Voglimacci ©journaldujapon.com – Tous droits réservés.

Mais derrière cet habit caractéristique dont on ne questionne jamais l’existence (comment et où sont-ils fabriqués ? Suivant quel processus sont-il élaborés ?), ce cache toute une industrie symbolisée par la Akashi School Uniform Company ; une dimension méconnue voire insoupçonnée hors de l’Archipel, que nous avons eu la chance de découvrir à Kurashiki et que l’on vous fait ici partager.

Akashi School Uniform Company : une histoire du sei-fuku

Gakuran classique des années 30

Gakuran datant des années 30. ©Akashi S.U.C. – Tous droits réservés.

À l’origine, la Akashi Hifuku Kogyo, établie en 1865 dans le quartier de Kojima, à Kurashiki, manufacturait des chaussettes tabi ainsi que des liens et des ceintures pour kimono. C’est en 1932 que la compagnie opère sa transformation et commence à produire des uniformes scolaires conçus en référence à ceux des armées européennes. A cette époque, le marché est en plein boom et l’usage de l’uniforme scolaire s’étend de l’école primaire au lycée. Kurashiki devient la capitale de l’uniforme scolaire.

Après une interruption de 1940 à 45 due aux restrictions de guerre, la production reprend et la demande explose suite au baby-boom. Mais à partir des années 70, le marché se resserre du fait de la baisse du taux de natalité et de l’abandon de l’uniforme par de plus en plus d’établissements scolaires. De nombreux fabricants glissent la clé sous la porte.

C’est à la suite de cette crise que, dans les années 80, s’opère une grande mutation du marché de l’uniforme scolaire : le style des uniformes évolue et s’individualise pour correspondre à une volonté de démarcation des écoles qui souhaitent mettre en avant leur identité propre. On passe donc d’un marché de production de masse à une conception personnalisée pour chaque établissement. L’uniforme devient plus adaptable, avec une chemise assortie d’un blazer et/ou d’un pull suivant la saison, de cravate, etc. Mais toujours d’une jupe pour les filles. C’est la grande mode du blazer, généralement dans un style très preppy/anglo-saxon avec souvent un recours au tartan pour les jupes, pantalons et cravates.

S’y ajoute généralement des vêtements sportifs réglementaires aux couleurs de l’école, sans compter les accessoires siglés aux couleurs de l’établissement comme le sac.

Personnalisation poussée, recourt à des designers de renom, en particulier pour les écoles privées les plus prestigieuses … On peut considérer cette période comme le 3e boom de l’uniforme scolaire (une période qui correspond à peu près à celle de la bulle financière). Akashi s’inscrit justement dans cette tendance, notamment en faisant appel à la créatrice de haute couture Hanae MORI en 1988, ce qui permet à la marque de gagner en renommée.

Uniformes signés Hanae MORI

Une collection signée Hanae MORI Gakuran datant des années 30. Crédits photo : Pascal Voglimacci ©journaldujapon.com – Tous droits réservés.

A l’heure actuelle, on considère que le marché est principalement concentré autour de 4 manufactures dont le leader est justement Akashi, qui produit 70% des uniformes scolaires à l’échelle nationale.

Cependant, même si le style blazer est actuellement le plus représenté, certaines écoles conservent l’uniforme classique gakuran/marinière, que ce soit par préférence traditionnelle, simplicité ou pour des raisons budgétaires. En effet, ces uniformes ont un coût certain.

Mais quel est justement le processus de conception de ces uniformes ?

Une marinière moderne dans le showroom d'Akashi

Une marinière moderne dans le showroom d’Akashi. Crédits photo : Pascal Voglimacci ©journaldujapon.com – Tous droits réservés.

Dessine-moi un uniforme !

 

 

Le choix d’un uniforme se fait par consensus entre l’administration de l’école, les élèves et les professeurs. Certaines écoles n’hésitent pas à changer d’uniforme tous les 3 ans, tandis que d’autres conservent le même modèle pendant bien plus longtemps (le maximum constaté étant 30 ans).

Le showroom

Crédits photo : Pascal Voglimacci ©journaldujapon.com – Tous droits réservés.

L’école n’a pas de coût à prendre en charge concernant la période de design et de conception des uniformes et des accessoires. L’achat de l’uniforme, en revanche, est assumé par les familles des élèves et il faut compter en moyenne entre 30 000 et 50 000 yens (230 et 390 euros), suivant qu’il s’agit d’un gakuran/marinière classique ou d’un ensemble blazer/cravate et accessoires. D’autant plus que l’école peut choisir de pousser très loin dans les détails la personnalisation du costume : en faisant créer des boutons ou des blasons originaux, en proposant différents modèles suivant la saison, en multipliant les accessoires ou en choisissant une certaine qualité de tissu et des modèles de veste plus ou moins complexes …

Nous avons pu visiter les archives d’Akashi, une immense pièce où sont conservés tous les différents modèles d’uniforme ayant été élaborés par l’entreprise. On peut y percevoir l’évolution des tendances tant dans les couleurs que les choix de design au cours des 40 dernières années. Un impressionnant dressing !

Dans l’atelier, les petites mains s’affairent à couper et coudre les uniformes :

Chez Akashi, même les traditionnelles poupées de Hina Matsuri, portent le gakuran et la marinière :

Hina matsuri

Gakuran et marinière pour les traditionnelles poupées de Hina Matsuri ! Crédits photo : Pascal Voglimacci ©journaldujapon.com – Tous droits réservés.

Et bien sur, comme tout organisme ou entreprise japonaise qui se respecte, la maison Akashi a modernisé sa communication en créant 3 mascottes dessinées :

mascottes

Les mascottes d’Akashi Copyright© 2015 AKASHI S.U.C. PRキャラクター製作委員会 All Rights Reserved

Le tartan de la jupe a été crée pour l’entreprise par l’illustre maison écossaise Kinloch Anderson qui produit l’ensemble des tissus tartans qu’utilise Akashi pour ses uniformes et accessoires.

 

L’expertise de la maison Akashi en matière de design dépasse maintenant le simple cadre scolaire puisqu’elle conçoit régulièrement les uniformes que l’on rencontre dans des films, dramas (Hana Yori Dango) ou pour des groupes d’idol, dont les AKB48. Mais l’entreprise essaie aussi d’élargir son champs d’activité. Ils ont ainsi designé des uniformes pour des entreprises, pour du personnel hospitalier ou encore pour des équipes sportives comme l’équipe japonaise de waterpolo, et souhaitent maintenant exporter leur savoir-faire. Qui sait si un jour certaines écoles ou équipes sportives en Europe ou en France ne feront pas appel au savoir faire japonais ?

 

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1 réponse

  1. Mitsugoro dit :

    Un article très intéressant qui donne un nouvel éclairage sur ce vêtement omniprésent dans la culture japonaise. Une question cependant: j’ai l’impression qu’au collège, la marinière et le gakuran sont de mise, tandis qu’au lycée, c’est plutôt le style « à l’anglaise » avec blazer qui est privilégié pour les garçons comme pour les filles. Est-ce vrai ?

    Merci d’avance pour votre réponse !

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