Mamoru Hosoda : une odyssée intime

Alors qu’elle n’en est qu’à sa mi-temps, l’année 2026 s’est avérée plutôt riche pour les amoureux du cinéma de Mamoru Hosoda. Si la sortie de son dernier long métrage, Scarlet, s’est faite en demi-teinte – le film divisant pour le moins la critique, mais marquant aussi une véritable prise de risque pour le réalisateur –, c’est la ressortie des trois premiers longs métrages ayant marqué sa naissance en tant qu’auteur (La Traversée du Temps, Summer Wars et Les Enfants Loups, Ame et Yuki, au cinéma à l’été 2025 et maintenant en Blu-ray et 4K chez AllTheAnime) qui constituait un retour extrêmement attendu, ceux-ci étant devenus quasi introuvables dans le commerce.

La conjonction de ces différentes sorties nous offre ainsi, en ce moment charnière dans la carrière du réalisateur, l’occasion de nous replonger dans sa filmographie pour mieux en examiner une des caractéristiques capitales : son caractère hautement personnel, qui trouve souvent son origine dans son propre vécu, dans des événements précis de sa vie, et qui constitue un élément indissociable de l’identification du public tant japonais qu’international et donc de son succès.

King Kazma et les avatars des utilisateur d’Oz © 2009 SUMMERWARS FILM PARTNERS

L’odyssée intime

Lorsque l’on examine les différents films de Mamoru Hosoda, le parcours initiatique du personnage, souvent lié à un argument fantastique (ou technologique dans les cas de Summer Wars et Belle) se dégage aisément comme schéma récurrent. Nous sommes d’ailleurs à maintes fois revenus sur les différents films de ce réalisateur dans nos pages.

Mais ce qui rend ses films tellement touchants et ses personnages si attachants, c’est que la forme de ce parcours trouve généralement son origine dans la sphère intime du personnage, comme de l’auteur. En effet, quasiment à chaque fois, le désir de création de Mamoru Hosoda, ce qui a déclenché son envie de raconter cette histoire précise à ce moment particulier de son existence, trouve sa source dans l’expérience personnelle et intime du réalisateur. S’en suit naturellement une grande sincérité dans cette volonté d’en témoigner, en en tirant souvent un message positif à l’attention du spectateur. C’est même certainement là que se trouve le cœur battant de son cinéma ! Prise dans son ensemble, cette passionnante filmographie dresse une véritable odyssée intime de la vie de l’homme derrière l’artiste.

Une histoire d’amour (et de famille), dans tous les sens du terme ©2012 “WOLF CHILDREN” FILM PARTNERS

Ce désir d’expression personnelle se cristallise en un scénario original, parfois lointainement inspiré d’un conte ou récit classique (La Belle et la Bête pour Belle, Hamlet pour Scarlet…). On remarque cependant une exception : le premier film du réalisateur chez Madhouse. La Traversée du Temps est en effet l’adaptation d’une œuvre préexistante très célèbre au Japon. C’est pourtant bel et bien ce film, dans lequel on retrouve les marqueurs caractéristiques de son style, qui marquera sa naissance en tant qu’auteur à part entière.

Une mue difficile

Ayant fait ses classes à la Toei où il est entré en 1991, c’est finalement chez Madhouse, illustre studio connu pour faire la part belle à des artistes singuliers au style fort (de Yoshiaki Kawajiri à Takeshi Koike, en passant par Satoshi Kon) que Hosoda va pouvoir sauter le pas au-delà des films de commande et de franchise. Il faut dire qu’entre-temps, celui qui a fait son apprentissage petit à petit jusqu’au poste de réalisateur maison chez Toei, a dû faire face à un revers de taille dans un parcours qui progressait jusqu’alors à bon train.

Le monde de OZ, le réseau social créé pour Summer Oz, rappelle Flat Monogram © 2009 SUMMERWARS FILM PARTNERS

En effet, la réalisation du court métrage publicitaire Flat Monogram pour Louis Vuitton en 2003, dans lequel il projetait des jeunes personnages dans le monde élaboré par l’artiste contemporain Takashi Murakami – un peu comme il l’avait déjà fait avec le second film Digimon, dans un geste préfigurant d’ailleurs Summer Wars –, lui vaut d’attirer l’attention du studio Ghibli. Il se voit alors confier la réalisation du prochain film du studio, Le Château Ambulant. Suprême récompense pour celui qui devait en grande partie sa passion pour l’animation à la découverte des œuvres de Miyazaki et qui avait, à ses débuts, postulé sans succès pour intégrer l’institut de formation du studio Ghibli. Hélas, la collaboration avec les membres du célèbre studio s’avéra extrêmement tendue au point que Hosoda finit par jeter l’éponge et abandonna le projet.

Après une période de doute et de reconstruction dans le cadre familier du studio Toei (avec notamment la réalisation du sixième film One Piece), il fallut le soutien de ses camarades et la rencontre déterminante de Masao Maruyama, producteur et cofondateur de Madhouse, pour lui donner à nouveau le courage de prendre son indépendance en quittant le giron rassurant de la Toei. L’opportunité de créer un film qui lui ressemble se présentait enfin, lui offrant ainsi sa revanche sur l’adversité.

La Traversée du Temps : adaptation certes, mais œuvre-manifeste

Makoto en train de bondir à travers le temps deviendra le logo du studio Chizu, créé par Mamoru Hosoda ©2006 TOKIKAKE Film Partners

Le choix d’adapter La Traversée du Temps, nouvelle de science-fiction de 1967 écrite par Yasutaka Tsutsui, auteur culte au Japon (on lui doit aussi le roman Paprika, adapté par Satoshi Kon), n’est pas anodin. Cette histoire est un véritable classique dans l’archipel, maintes fois adaptée au cinéma et à la télévision (dont en 1983 par Nobuhiko Ôbayashi, le réalisateur de House), et a d’ailleurs fortement influencé Hosoda dans sa prime jeunesse, alors qu’il avait justement l’âge des personnages. Il va se faire un devoir de moderniser le roman d’origine quitte à s’en éloigner fortement, au point que Tsutsui considérera, à la découverte du scénario, qu’« il n’a rien à voir avec [son] roman, et c’est ça qui [lui] plaît ». Il souhaite directement s’adresser au jeune public, en lui donnant à voir des personnages le plus authentique possible dans leurs comportements et leurs préoccupations. Pour cela, il modifie fortement leurs caractères (et leur noms) par rapport au roman, les rend plus dynamiques, et y ajoute aussi beaucoup de comédie. Ici, le personnage principal, Makoto, est un véritable garçon manqué qui va utiliser ses pouvoirs de déplacement temporel récemment acquis pour s’amuser et fuir ses responsabilités, jusqu’à prendre conscience des conséquences de ses actes sur son entourage.

Hosoda déclarera, en repensant à cette période : « Renoncer au Château Ambulant et retourner chez Toei fut une expérience très pénible. Qu’un projet qui avait reçu le feu vert ne puisse pas aboutir était pour moi un échec énorme. Mais une partie de moi avait toujours envie de faire du cinéma. Si un bus m’avait renversé le lendemain, j’aurais eu du mal à accepter de mourir sans avoir réalisé au moins un long métrage. […] J’ai envisagé La Traversée du Temps comme un match retour, si l’on peut dire. » (Tout l’art de Mamoru Hosoda, p. 21, Charles Solomon, Huginn & Muninn)

Aller dans le même sens ? ©2006 TOKIKAKE Film Partners

Quand on se rappelle la première fois que Makoto fait l’expérience du saut temporel (un accident de vélo et de train), relativement différente de ce qu’elle est dans le film d’Ôbayashi (ou dans le livre) l’image évoquée par Hosoda dans cette déclaration prend un tout autre sens. En outre, son attachement de longue date au roman, et la manière dont il l’a adapté, ne laissent aucun doute qu’il en a fait un récit hautement personnel et cathartique, d’autant plus que sa dépiction du quotidien des adolescents japonais est criante de vérité et de vivacité. C’est justement cette vivacité qui, au-delà du spectre purement japonais, va aussi permettre aux spectateurs occidentaux de s’identifier aux personnages du réalisateur et devenir l’une des caractéristiques de son cinéma. Des caractéristiques thématiques et une identité visuelle qui vont se retrouver dès son film suivant, Summer Wars, et que le réalisateur n’aura de cesse de creuser.

De Summer Wars à Belle : creuser le sillon d’un divertissement introspectif et familial

Summer Wars : première ode à la famille

L’affiche emblématique de Summer Wars © 2009 SUMMERWARS FILM PARTNERS

Après le succès surprise de La Traversée du Temps en 2006, le jeune réalisateur se voit offrir d’emblée la possibilité de poursuivre avec Madhouse. Il embraye donc sur un projet encore plus personnel dont l’histoire est, cette fois, complètement originale et tire son inspiration directement de sa propre expérience : ce que découvre le jeune Kenji de Summer Wars, propulsé du jour au lendemain au cœur d’une bouillonnante famille élargie dont il ne connaissait rien la veille, c’est en effet ce que Hosoda a pu lui-même expérimenter en tant que jeune marié à la découverte de sa belle-famille :

« Ce qui a vraiment nourri cette idée, ce sont les changements que j’ai connus dans ma vie. Je venais de me marier, gagnant par là-même une toute nouvelle et nombreuse famille. Me retrouver apparenté à de parfaits inconnus était une expérience fascinante qui m’a inspiré tout au long de la production du film. […] Je voulais décrire frontalement une famille japonaise, créer quelque chose qui suscite la discussion. » (ibid. p. 54-55)

Hosoda a grandi dans un foyer familial restreint, principalement avec sa mère, à laquelle il était très attaché. Le mariage lui a donc apporté une expérience totalement différente et nouvelle de la famille. Cette expérience irrigue donc tout le film dans lequel il dresse avec brio, non pas le portrait d’une poignée d’individus, mais de toute une famille de 27 personnes, parfois aperçues brièvement, mais pourtant possédant chacune leur individualité, comme leurs traits communs. Il n’hésite pas d’ailleurs à s’inspirer de ses proches (sa mère ou un oncle) pour créer certains personnages.

Le clan Jinouchi au complet © 2009 SUMMERWARS FILM PARTNERS

En résulte un film jubilatoire et débordant d’une énergie communicative, qui traduit bien les sentiments ressentis par le réalisateur et auxquels toute personne qui a pu se retrouver dans une situation similaire, enthousiasmante autant qu’éreintante, pourra s’identifier, et cela, malgré les spécificités très japonaises de ce contexte familial.

Je sais que tu en est capable ! © 2009 SUMMERWARS FILM PARTNERS

Tout en reprenant le thème de la nécessité de grandir et d’assumer ses responsabilités à travers différents personnages (Kenji évidemment, projection la plus évidente du réalisateur, mais aussi l’oncle Wabisuke, mouton noir de la famille par qui la tempête arrive, et aussi Natsuki, qui entraîne Kenji dans cette tornade…), Mamoru Hosoda construit une ode à la famille et aux relations humaines en général. Il le fait notamment à travers ce personnage de matriarche aussi aimante qu’elle peut être autoritaire et dont on comprend l’importance que ses encouragements, répétés comme un mantra (« je sais que tu en es capable »), et sa confiance ont eu dans la construction et l’affirmation de ses proches.

Un type de figure maternelle qui va se retrouver au centre du projet suivant du réalisateur…

Les Enfants Loups, Ame et Yuki : l’hommage d’un fils, le cœur d’un futur père

Maman et ses deux louveteaux ©2012 « WOLF CHILDREN » FILM PARTNERS

Dans l’ouvrage Tout l’art de Mamoru Hosoda, Yuichiro Saito, son producteur, raconte au sujet de la production de Summer Wars : « il voulait montrer à sa mère qu’il était capable de faire des films familiaux ; hélas, elle est décédée deux mois avant que le long métrage soit achevé. » (p. 54)

Après le succès de ce film, il lui laisse carte blanche pour le suivant et pour le réalisateur, le sujet semble évident, et plus personnel que jamais :

« Je tenais qu’il fasse ce qu’il voulait. Hosoda a répondu : ”Je veux que mon prochain film soit un hommage à ma mère ; que ce soit une célébration de la vie qu’elle a menée”. C’est ainsi que le projet des Enfant Loups a commencé ». (Yuichiro Saito, dans ibid., p. 105)

Le film est donc construit autour de la figure de Hana, véritable mère courage, qui se sacrifie de bon cœur pour élever ses enfants mi-humains mi-loups suite au décès prématuré de leur père.

Ce nouveau film prend le contre-pied du précédent. Là où Summer Wars était une pure comédie pleine d’énergie et d’agitation – quasiment une screwball comedy –, Les Enfants Loups, Ame et Yuki est, en contraste, beaucoup plus calme, paisible, éthérée, avare de mots. Cette fois, la narration (et donc le point focal du réalisateur), est assurée par Yuki, la fille aînée, qui raconte au passé la vie de sa mère : sa romance avec un homme-loup, puis leur exil à la campagne où une nouvelle vie va se construire pour eux, jusqu’à l’inexorable séparation que chaque parent doit un jour accepter le cœur serré, quand les enfants quittent le nid. C’est donc bien le témoignage d’un enfant rendant hommage à sa mère, raconté sur treize ans.

en famille ©2012 “WOLF CHILDREN” FILM PARTNERS

Mais, en creusant plus profondément, on réalise que Les Enfants Loups se raccorde à l’expérience de Hosoda par encore d’autres niveaux. Dans une interview donnée au Monde lors de la sortie du film (à Thomas Sotinel), il évoque son enfance à la campagne, plus précisément à Kamiichi dans la préfecture de Toyama : « Mon père était à la fois employé des chemins de fer et paysan. Je l’aidais aux travaux de la ferme, ce que je détestais ». Ce décorum qui, au premier abord, évoquait immanquablement celui de Mon Voisin Totoro, renvoie finalement à quelque chose de beaucoup plus personnel pour le cinéaste.

« Les enfants sont merveilleux … » ©2012 “WOLF CHILDREN” FILM PARTNERS

Dans la même interview, il y évoque aussi un autre élément qui prendra une place prépondérante dans la suite de sa filmographie : la question de la parentalité. À l’époque en effet, ce désir était bien présent mais encore non accompli pour son épouse et lui. Il y aborde aussi comment ses discussions avec des jeunes parents l’ont amené jusqu’à l’argument fantastique du film : « Je suis marié, nous rêvons d’avoir des enfants, et puis j’ai rencontré plusieurs mères avant de faire ce film et elles m’ont dit que, vers 2, 3 ans, les enfants étaient un peu comme des monstres. Je me suis demandé ce que ce serait d’avoir une bête sauvage à la maison. »

Encore une fois, cette approche sincère et très personnelle, pleine de sensibilité et de pudeur, va lui permettre de toucher juste et faire du film un succès tant public que critique dès la sortie du film en 2012.

Le Garçon et la Bête : réparer le lien paternel

©2015 THE BOY AND THE BEAST FILM PARTNERS

Quatre ans après Ame et Yuki, et maintenant devenu père à son tour, le cinéaste continue son exploration de la parentalité et de l’éducation des enfants, cette fois-ci, par l’autre bout du prisme : celui du lien père-fils.

Plus largement, Ame et Yuki explorait de manière sous-jacente l’influence de la maternité sur le personnage de Hana via l’apprentissage pratique et émotionnel résultant de sa situation. Cette fois, ce lien de coévolution entre parent et enfant est encore plus clairement mis en avant. Il faut dire qu’entre temps, Hosoda est effectivement devenu père, ce qui a entraîné chez lui de nombreux et naturels questionnements sur ces sujets de l’éducation, du lien et de ses conséquences réciproques :

« Historiquement, les parents et les profs ont toujours adopté une posture ”verticale” concernant l’éducation, mais à notre époque, je crois que l’on apprend à tous les niveaux », estime Hosoda. « De nos jours, on peut se permettre d’admettre l’imperfection des parents comme des enseignants ; ils doivent se perfectionner en même temps que leurs enfants ou élèves. J’ai pris la relation entre Kumatetsu et Kyûta comme prétexte pour exprimer ma conviction qu’idéalement, un enfant doit pouvoir rencontrer dans sa vie des mentors de son choix, qui l’aident à devenir adulte. Simultanément, j’aimerais montrer aux adultes que l’on n’est pas obligé de s’engluer dans la nostalgie du temps où ”il nous restait tout à apprendre”, parce qu’on peut continuer à apprendre toute sa vie. Il est certes impossible de devenir un être parfait, dénué de défauts, mais avec un lien comme celui qui unit Kumatetsu et Kyûta, même des gens perclus de faiblesses peuvent surpasser ceux qui sont parfaits. » (Tout l’art de Mamoru Hosoda, p. 149)

Kyuta et Kumatetsu vont devoir apprendre à cohabiter. ©2015 THE BOY AND THE BEAST FILM PARTNERS

Dans Le Garçon et la Bête, le jeune orphelin Ren, rebaptisé Kyûta, se voit projeté dans un monde fantastique et adopté par l’ours Kumatetsu. Ce dernier est fort, mais caractériel et sans aucun sens pédagogique. Kyûta va apprendre en l’observant. Les deux se disputent à longueur de temps, mais développent, sans s’en rendre compte, une réelle affection l’un pour l’autre, un véritable lien de maître à disciple et même de père à fils (d’ailleurs une traduction plus littérale du titre japonais Bakemono no ko, serait « l’enfant de la bête ») qui va mutuellement leur permettre de devenir plus forts en apprenant à se canaliser, notamment pour Kumatetsu.

Une nouvelle fois, le réalisateur construit son film autant dans la continuité (thématique) que dans la rupture (stylistique) avec le film précédent. Ce nouvel opus se présente en effet comme un grand film d’aventure fantastique extrêmement divertissant, le parcours initiatique de Kyûta suivant celui de l’apprentissage des arts martiaux ponctué de rencontres, de voyages et d’épreuves. Cependant, le versant fantastique et épique de cette aventure est encadré par un drame des plus réalistes : le jeune Kyûta perd sa mère au début du film. Sommé de vivre avec ses tuteurs légaux (le père étant absent) alors qu’il est dans un état de désarroi émotionnel, il s’enfuit dans ce monde fantastique de Jûtengai. Ce n’est qu’ultérieurement, une fois apaisé grâce à sa relation avec Kumatetsu, qu’il fera le choix conscient de retourner dans son monde d’origine et de rechercher son père, pour enfin créer une relation (balbutiante) avec lui, entraînant aussi des hésitations entre ses deux figures paternelles. Et c’est là que se trouve finalement le point névralgique et intime du film, le drame personnel à exorciser cette fois-ci pour Mamoru Hosoda !

L’entrée du monde des animaux se trouve à Shibuya ©2015 THE BOY AND THE BEAST FILM PARTNERS

Dans un article disponible dans le recueil Mamoru Hosoda, Réalité Augmentée (Ynnis édition, p. 49), Philippe Bunel aborde plus en détail la relation du réalisateur et de son père, brièvement évoquée dans l’article du Monde cité plus haut. Il explique que le jeune Mamoru – enfant d’une génération où les pères au Japon et ailleurs, trop accaparés par leur travail, ne s’occupaient quasiment pas de l’éducation de leur progéniture – n’échangeait que très peu avec le sien, mais qu’il espérait que ce lien se développerait en grandissant et qu’il pourrait construire une véritable relation avec lui et recevoir ses conseils vis-à-vis du travail ou de sa vie d’adulte, pour fonder un foyer… Des espoirs malheureusement anéantis par le décès prématuré de cette figure paternelle.

Au fil des ans, Kyuta va devenir un valeureux garçon, pleinement maître de lui, et un combattant hors pair. ©2015 THE BOY AND THE BEAST FILM PARTNERS

Au moment déterminant de son existence où il devient père à son tour, le Garçon et la Bête semble être pour Hosoda une manière de réparer ce lien paternel avorté et de s’interroger sur le père qu’il veut lui-même devenir. Au-delà du grand film d’aventure qu’il est effectivement, c’est aussi une œuvre poignante sur le deuil de nos pères et sur les difficultés et les non-dits de la relation que nous entretenons avec eux.

Enfin, Le Garçon et La Bête se présente aussi comme une adresse directe aux jeunes générations (celles de ses propres enfants) dans un geste que le cinéaste réitérera dans ses films suivants, tout particulièrement Belle et Scarlet. Son dénouement moral annonce d’ailleurs celui de ce dernier, mais de manière beaucoup plus subtile. La relation de soutien, d’affection et de compréhension qu’il a développée avec Kumatetsu va donner à Kyûta la force morale de vaincre son ennemi en triomphant de ses propres démons : la haine et le désir de vengeance. Son antagoniste, Ichirohiko, est le miroir de Kyûta : il traverse les mêmes turpitudes, les mêmes angoisses, mais se laisse submerger par sa noirceur intérieure.

Miraï, ma petite sœur : un père amusé

©2018 STUDIO CHIZU

Avec Miraï, ma petite sœur (Mirai no Mirai en VO, soit « Miraï de l’avenir »), Mamoru Hosoda revient à une approche plus intimiste et quotidienne du fantastique, qui rappelle celle de la traversée du temps, tout en continuant d’explorer la thématique de la famille et du lien parent/enfant ou plutôt, dans le cas présent, enfant/parent. Le film est confondant de réalisme dans sa peinture d’un tout jeune enfant de 3 ans et des défis auquel le confronte l’arrivée de sa petite sœur, impliquant pour lui la nécessité de grandir (un peu). Ce faisant, il va être confronté à différents avatars de son histoire familiale : une version humanisée du chien de la famille, sa petite sœur devenue adolescente, sa mère à son âge ou encore son arrière-grand-père et lui-même adolescents.

Le film s’inspire directement de l’expérience de la paternité pour Hosoda, et de ses observations de son fils de 3 ans à la naissance de sa petite sœur, également appelée Miraï.

Il raconte : « Mes films se basent sur ma propre expérience », rappelle Hosoda. « Les Enfants Loups venait du décès de ma mère ; je l’ai écrit en pensant à la façon dont elle m’a élevé. Le Garçon et la Bête s’inspirait de mon père et de ma propre expérience en tant que parent. Je suis enfant unique, ce qui est rare chez les gens de ma génération ; par conséquent, c’est l’expérience de mon fils, lorsqu’il est devenu grand frère à la naissance de Miraï, qui m’a servi de base. Kun est le portrait craché de mon fils, qui avait 3 ans à l’époque. […] Chaque matin, je demande à mon fils de quoi il a rêvé la nuit précédente. Généralement, il rêve de ses jouets préférés, les trains électriques. Or, un jour, il m’a dit avoir vu Miraï, mais ”quand elle sera plus grande”. Et je l’ai envié d’avoir fait cette rencontre en rêve ! J’ai commencé à me demander à quoi elle ressemblerait, quel type de femme elle deviendrait. C’est ainsi que l’histoire est née. » (ibid, p. 176)

Kun enfant et la Miraï du futur
Kun et Mirai ©2018 STUDIO CHIZU

En termes d’animation aussi, le personnage déborde de vie et d’authenticité, dans tout ce qu’il peut avoir d’attachant (dans sa candeur et sa manière d’envisager le monde les yeux grands ouverts) comme d’horripilant (dans les crises qu’il pique ou dans son égocentrisme), traduisant le souci d’observation et de réalisme du réalisateur et de son équipe d’animateurs, déjà remarquable dans les films précédents.

Qu’il me soit permis de raconter brièvement les circonstances dans lesquelles j’ai découvert le film pour la première fois : dans une salle de cinéma du MK2 Bibliothèque, un dimanche matin, lors d’une séance en VF remplie de familles. Les réactions et les rires étaient éloquents et témoignaient parfaitement à quel point le film touchait juste : les parents reconnaissaient bel et bien les comportements qu’ils avaient connus chez leurs propres enfants.

À compter de ce film, c’est d’ailleurs souvent des observations de ses propres enfants que le cinéaste tirera l’inspiration de ses films, comme autant de messages qu’il leur adresse en vue de les guider à affronter l’avenir.

Belle : un père inquiet

Belle
©2021 STUDIO CHIZU

Belle est tout d’abord la concrétisation d’un vieux rêve pour Hosoda : réaliser sa propre version de La Belle et la Bête, une histoire qui l’a toujours fasciné, en particulier la découverte de l’adaptation Disney de 1991 :

« Ça fait très longtemps que je souhaitais réaliser ma propre version de La Belle et la Bête. En fait, à chaque fois que j’ai réalisé un film, comme Les Enfants Loups, Ame et Yuki ou Le Garçon et la Bête, je mettais un peu de La Belle et la Bête dans chacun d’eux. Cette fois-ci, je voulais enfin faire ma Belle ! Après mes études à l’université, je suis entré à Toei Animation et, à l’époque, le travail était extrêmement dur et le salaire très bas. Il m’est arrivé d’être tellement découragé que j’ai pensé plusieurs fois quitter le milieu de l’animation. Mais en 1992, j’ai découvert La Belle et la Bête de Disney. […] Ce film m’a totalement bluffé. Il m’a encouragé à poursuivre ma carrière. Je pensais déjà faire ma propre version à ce moment-là. En fait, ça fait donc trente ans que j’avais ce film en tête. » (interview du réalisateur avec Steve Naumann, dans Animascope n° 6, p. 95)

Cette fois, Hosoda se confronte donc directement à l’une de ses inspirations principales en en donnant une version modernisée qui apparaît comme un film-somme à ce moment-là de sa carrière. On y retrouve de nombreuses thématiques déjà abordées dans ses films précédents – point que l’on abordait d’ailleurs dans nos pages à l’époque de la sortie du film – comme la question du deuil, et en premier lieu, celle des réseaux sociaux qui ont bien évolué depuis l’époque de Summer Wars, douze ans plus tôt et dont il examine les travers et les promesses, sans aucun dogmatisme.

HOSODA modernise La Belle et la Bête. BELLE ©2021 STUDIO CHIZU

L’observation de ses enfants d’alors 8 et 5 ans dans leurs jeux bien différents des siens par l’usage des tablettes, ou dans les variations de comportement de sa fille suivant qu’elle se trouve en société, à l’école, ou en privé à la maison, ont aussi alimenté son envie de faire ce film. Mais c’est avant tout son inquiétude pour leur avenir qui en est le moteur, d’où le fait que les personnages sont, comme dans La Traversée du Temps et Summer Wars, des lycéens :

« À chaque fois qu’on parle d’Internet, c’est pour en dire des choses négatives… Il y a trop de critiques et de méchancetés dans les commentaires qui y sont postés. On dit même qu’il faut protéger les enfants des réseaux sociaux à cause du harcèlement. Quand j’observe mon fils de 8 ans et ma fille de 5 ans qui jouent avec des tablettes, forcément ils n’ont pas du tout la même enfance ou les mêmes jeux que moi… J’imagine que très bientôt ma fille aura un smartphone et y passera quelques moments difficiles. Mais j’aimerais bien qu’elle y vive aussi de belles choses et y trouve un espace de rencontres et de liberté. C’est pour cette jeune génération que j’ai fait ce film. Plutôt que de critiquer ce monde et notre évolution, il faut l’accepter et apprendre à mieux l’utiliser. Je déteste les gens qui disent que c’était mieux avant ! » (Karelle Fitoussi, Paris Match, le 30 décembre 2021 ).

Personnel et universel : le cinéma de Mamoru Hosoda

C’est finalement donc bien en parlant de son expérience personnelle en tant qu’individu japonais, de jeune adulte, puis de père, le tout à travers le filtre de l’aventure ou de la fantaisie, que Mamoru Hosoda est parvenu à toucher le cœur des spectateurs de toutes origines. Il a ainsi su démontrer que l’intime, le particulier avec toutes ses spécificités, peut trouver une résonance universelle si tant est que l’œuvre en question soit le reflet sincère de son auteur.

En 2012, dans une interview donnée à Coyote Mag (avec Laurent Koffel ) au moment de la sortie d’Ame et Yuki, Mamoru Hosoda tient des propos assez éclairants sur son approche de l’animation et de son cinéma : « La vérité est un objectif de mes films. Quand on parle de cinéma d’animation, on souligne l’avantage de faire parler des animaux, par exemple. C’est quelque chose d’irréel que l’animation permet de mettre facilement en scène, mais ce n’est pas en soi l’intérêt de l’animation. Je m’intéresse davantage à la description des détails de la vie qui m’entoure. C’est ce qui me semble plus important. Les arguments fantastiques et le cinéma d’animation sont une combinaison redoutable pour nous faire prendre conscience de ce qu’il y a de plus important dans notre quotidien. L’acte de dessiner possède déjà en soi cette prise de conscience. »

Une déclaration qui nous invite à passer outre la dimension fantastique de ses histoires. Car elle n’est finalement qu’un prétexte à découvrir, comprendre et faire évoluer ses personnages à travers leur quotidien le plus ordinaire, le plus intime. Elle éclaire ainsi joliment son approche cinématographique, et n’est d’ailleurs pas sans rappeler le concept de l’« infra-ordinaire » de Georges Perec tel que Cédric Klapisch se l’était approprié et l’applique à son propre cinéma. Il est d’ailleurs intéressant de dresser quelques passerelles entre les deux réalisateurs, par exemple dans leur usage – qu’on pourrait qualifier de doux – d’une certaine forme de fantastique. La Traversée du Temps et plus encore Miraï, peuvent être mis en parallèle avec Peut-être et La Venue de l’Avenir, dans lesquels les personnages principaux ont, à la manière de Kun, la possibilité de rencontrer tantôt leurs ancêtres, tantôt leur descendance, leur offrant un éclairage différent sur leur propre présent. Leurs manières d’inscrire le parcours intime et cathartique de leurs personnages dans un quotidien qui leur est ordinaire et particulier, et se révèle in fine universel pour le spectateur, peuvent aussi être mises en regard. Enfin, les deux ont évoqué, en interview, leur volonté de s’adresser aux jeunes générations à travers leurs films.

Déjà à l’œuvre dans Belle, cette volonté d’éclairer la jeunesse se retrouve d’ailleurs plus encore dans Scarlet, son dernier opus.

Kun frère de Miraï
Mirai ou les aventuriers de l’infraordinaire ©2018 STUDIO CHIZU

Scarlet et l’Éternité : qui trop embrasse mal étreint

Après le film bilan que constituait Belle, Scarlet annonçait une volonté de se renouveler, quitte à prendre des risques pour Hosoda. Risques esthétiques d’une part, avec une utilisation de l’animation 3D encore plus poussée que dans Belle, où cette dimension témoignait déjà d’une vraie curiosité et audace. Mais aussi risques thématiques, avec un film sombre et épique et se déroulant quasi uniquement dans un cadre médiéval et fantastique, déconnecté de notre époque qui demeurait le point d’ancrage dans les films précédents.

Un film visuellement surprenant et somptueux © 2025 Studio Chizu / Sony Pictures France

Dans une interview donnée au magazine Première parue en mars dernier (propos recueillis par Thomas Baurez), il se livre sur les motivations qui l’ont poussé à écrire et réaliser ce film qui s’inspire cette fois de Hamlet et dont il livre une variation libre, une sorte de coda :

« J’ai pensé à cette histoire il y a quatre ans et demi. Le monde sortait des confinements successifs liés au Covid et je croyais naïvement qu’après cette épreuve exceptionnelle, nous allions entrer dans une période d’apaisement. C’est bien sûr l’inverse qui s’est produit. Qu’est-ce qui guide les conflits dans le monde sinon la soif de vengeance ? Or le plus grand récit sur ce thème est assurément Hamlet de Shakespeare. J’en offre ainsi une approche moderne. À l’approche de la soixantaine, je vois les choses avec plus de dureté. »

Scarlet et Hijiri © 2025 Studio Chizu / Sony Pictures France

Ici, le prince Hamlet devient la princesse Scarlet, consumée par le désir de vengeance à l’égard de son oncle qui a manigancé pour faire exécuter son père le roi. Un désir stérile qui la poursuit même alors qu’elle se retrouve projetée dans un purgatoire où la violence règne en maître et où elle se retrouve flanquée d’un infirmier urgentiste idéaliste obstinément pacifiste. « Pour l’écriture de Scarlet, j’ai observé ma fille qui entre dans l’adolescence et je réfléchissais à la façon dont elle va devoir se battre. Scarlet n’est pas une idéaliste, elle s’inscrit pleinement dans le réel. »

Avec Scarlet et l’Éternité il nous livre encore une fois un film sur la difficulté du deuil, mais plus encore donc, sur la vengeance et le recours à la violence. Plus largement, il interroge les jeunes spectateurs sur la manière de mener leur vie et de vivre en société : « J’ai fini par réaliser que Hamlet était plus qu’une histoire de vengeance. Le sujet est la lutte d’une jeune personne pour apprendre à vivre. La vengeance peut être le déclencheur d’une réflexion sur la manière dont une personne mène sa vie et comment elle peut l’améliorer. Il me semble que les jeunes d’aujourd’hui vivent cette même lutte au quotidien. » (interview avec Blake Simons, parue dans Animation Magazine n° 354)

Un moment d’insouciance © 2025 Studio Chizu / Sony Pictures France

Là où le bât blesse, c’est que cette fois, les inquiétudes et les questionnements du cinéaste sont finalement plus d’ordre philosophique, complètement déconnectées d’un monde qui s’annonce de plus en plus conflictuel et dans lequel des défis concrets attendent ces jeunes générations. D’autant plus que c’est moins sa propre expérience que sa lecture du monde actuel qui s’exprime à travers ce film.

A contrario, dans Belle, il s’attaquait frontalement à certaines de ces problématiques (les réseaux sociaux évoqués plus haut, mais aussi la question des violences faites aux mineurs). On ne doute certes à aucun moment de la sincérité du réalisateur, mais il reste cette fois en surface. Ici, les personnages peinent à prendre corps et restent à l’état d’esquisse, contrairement aux films précédents. C’est paradoxalement encore plus le cas concernant le personnage contemporain (l’infirmier urgentiste Hijiri) et les rares scènes situées dans notre monde qui semblent encore plus déréalisées que celles situées au Moyen Âge, lui-même assez peu développé finalement. Reste le très beau passage de la caravane, qui permet aux personnages d’exister en eux-mêmes, hors de leur archétype scénaristique. On y retrouve le talent que l’on connaît à Hosoda pour croquer des personnages humains en peu de scènes (comme dans Summer Wars). C’est fort dommage, parce que cette volonté de changer de cadre et de briser ses habitudes était très intrigante et prometteuse.

L’idéalisme béat, ça peut être vite énervant ! © 2025 Studio Chizu / Sony Pictures France

La morale de Scarlet rejoint celle déjà portée par le cinéaste dans Le Garçon et la Bête. Mais elle était alors portée avec beaucoup plus de force. À l’époque, Hosoda proposait une véritable alternative à son personnage pour se reconstruire de son deuil et ne pas céder à la haine et la colère. Ici, il lui assène son message de manière plus intransigeante, naïve et simpliste, un peu comme le personnage idéaliste de Hijiri, qui semble être ici le point d’identification de Hosoda. Ne pas se laisser consumer par la haine et le désir de revanche est une chose, mais doit-on se laisser piétiner et massacrer sans riposter pour autant ? Sur le même thème, Makoto Yukimura nourrit une réflexion tout aussi intransigeante, mais beaucoup plus réfléchie avec son magnum opus Vinland Saga.

La grande différence entre cette nouvelle histoire et les précédentes est finalement la volonté d’être délibérément universel, de rechercher de manière consciente des archétypes, là où auparavant, le réalisateur construisait ses histoires et ses personnages à travers ses propres expériences et sa propre culture, sans chercher à parler à tout le monde. Il partait d’une famille japonaise, d’un système scolaire ou encore d’une campagne qu’il connaissait intimement. L’universalité de son propos naissait naturellement, sans le vouloir. Dans ce nouveau film, il décide d’utiliser une histoire mondialement connue, non pas en se la réappropriant et l’adaptant à lui-même, mais au contraire en embrassant et amplifiant complètement sa dimension allégorique, presque abstraite. Or il est beaucoup plus difficile d’être touché émotionnellement par une abstraction.

Ce faux pas est d’autant plus dommage qu’on ne doute pas une seconde la sincérité de sa volonté. Mais à trop vouloir se montrer édifiant, il en a oublié l’authenticité qui le caractérisait si bien.

De très belles idées visuelles © 2025 Studio Chizu / Sony Pictures France

Tout n’est pas raté pour autant, et les audaces esthétiques du réalisateur, bien que surprenantes au premier abord, portent leurs fruits. On regrette aussi la sortie du film en catimini, avec une tournée promotionnelle quasi inexistante, surtout au regard de celles des précédents films. Cette fois il n’est pas venu accompagner son film, et a très peu communiqué avec les médias locaux (mais cela semble avoir aussi été le cas dans les autres pays). C’est d’autant plus dommage que le film reste un objet d’analyse très intéressant et qu’on aurait adoré l’interroger sur son approche.

On espère en tout cas que ce premier échec pour le cinéaste ne va pas l’empêcher de rebondir et de nous revenir très rapidement. Mamoru Hosoda est un artiste passionnant et extrêmement précieux, tant au sein de l’animation japonaise que du paysage cinématographique mondial.

Des univers à revisiter sans fin en vidéo

Redécouvrir les films de Mamoru Hosoda est un plaisir qui se renouvelle à chaque période de nos vies. À mesure que notre expérience grandit, comme celle du réalisateur, notre regard de spectateur évolue lui-même. Ce qui nous apparaissait comme un film d’aventure shônen des plus efficaces devient une poignante histoire de filiation et de transmission ; cette histoire de lycéens immatures pleine d’humour s’emplit d’un sentiment de nostalgie.

On ne peut donc qu’être heureux que ces petits bijoux, trop longtemps indisponibles que sont La Traversée du Temps, Summer Wars et Les Enfants Loups soient enfin réédités dans de belles éditions vidéos HD de qualité chez AllTheAnime. Pour chacun des films, on trouve des éditions DVD et Blu-ray simples, mais surtout, des combos SteelBook Blu-ray/4K dont les visuels sont de toute beauté (reprise des affiches pour La Traversée du Temps et Les Enfants Loups, et un visuel original très classe pour Summer Wars, qui nous projette dans le monde de Oz, face à King Kazma).

Enfin, l’éditeur a fait honneur à ces œuvres devenues des classiques avec trois somptueuses éditions Deluxe contenant de nombreux bonus (on y retrouve à chaque fois un disque supplémentaire reprenant ceux présents dans les éditions précédentes), ainsi que des goodies plutôt bienvenues (notamment des cartes d’illustrations couleurs, mais pas uniquement). Ajoutez à cela le CD des bandes originales pour Summer Wars et La Traversée du Temps ainsi qu’un livret d’une vingtaine de pages pour ce dernier. Le gain de qualité de l’image par rapport aux éditions précédentes suffit déjà à lui seul à justifier ces rééditions, mais la présence des bonus et des bandes originales est aussi un très bel argument en faveur des collectors.

Concernant les films suivants de sa filmographie, Miraï et Belle sont toujours disponibles chez AllTheAnime en éditions Blu-ray simples et aussi 4K pour Belle. Le Garçon et la Bête, édité chez Gaumont, est plus difficilement trouvable (on aimerait une réédition HD du même acabit). Quant à Scarlet et l’Éternité, il est sorti en juillet en Blu-ray simple et combo Blu-ray/4k chez Sony.

La Traversée du Temps, Summer Wars et Les Enfants Loups, Ame et Yuki sont disponibles chez AllTheAnime en édition DVD et Blu-ray simple, combo 4K/Blu-ray SteelBook et Deluxe.

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