Interview avec Tomoki Kyôda, le réalisateur d’Eureka Seven

Nous avons rencontré Tomoki Kyôda, le réalisateur de la série et du film Eureka Seven, en visite à la 10e édition de Japan Expo pour présenter la saga au public français.
Les artistes japonais sont d’habitude connus pour répondre à une question en trois mots. Tomoki Kyôda, que nous avons rencontré pour une interview à l’occasion de Japan Expo 2009, passe à côté de ses confrères pour un sacré bavard. Quand il s’agit de présenter son travail sur Eureka Seven, série mecha du studio BONES (Cowboy Bebop, FMA ou WOLF’S RAIN) et de Bandai, il est presque difficile de l’arrêter !
La série Eureka Seven, racontant l’histoire du jeune Renton qui rêve de devenir lifteur professionnel, est disponible en deux box DVD chez Beez Entertainment depuis avril 2009. Parallèlement à cette sortie, le film tiré de la série, lui aussi réalisé par Tomoki Kyôda, a envahi les salles au Japon. Aucune information n’a été communiquée sur l’édition du film en France. Son réalisateur nous a en tout cas livré ses impressions sur le passage de la série au film.
À noter qu’on reconnaît à la licence Eureka Seven une animation de très bonne qualité et un traitement des relations humaines bien écrit. Le concept des lifts, ces robots qui se déplacent dans les airs en surfant sur des courants d’air en ont fait sa marque de fabrique.

Journal du Japon : Bonjour M. Kyōda ! Nous souhaiterions en savoir plus sur vous, pouvez-vous nous présentez votre parcours ?
Tomoki Kyôda : J’ai fait une formation en audiovisuel à l’université de Musashino à Tôkyô. Une fois diplômé, j’ai été engagé dans une agence de design pour la publicité. J’ai par exemple travaillé sur le design de la marque Swatch. J’ai très vite réalisé que je ne voulais pas vraiment faire du design pour la pub mais plutôt des films. J’ai finalement rejoint une équipe d’animation qui faisait des jeux vidéo, puis le groupe TAC, car je voulais faire de l’animation. Plus tard, le studio Bones m’a contacté pour que je travaille avec eux et j’ai accepté !
Quel a été votre rôle sur le projet Eureka Seven ?
Je suis le réalisateur de la série et du film. Ça consiste grossièrement à superviser le travail de l’équipe créative. Mais dans le deuxième cas j’étais tout de même plus proche de cette équipe et plus libre au niveaux des choix artistiques. Pour le film, j’ai plus participé à la réalisation du scénario et du storyboard que sur la série.
Qu’est-ce qui vous a motivé dans le projet de la série et quelles ont été vos inspirations sur la réalisation du film ?
Pour la série, au Japon, les animes de robots sont très courants et populaires. Il y a énormément de précédents très célèbres comme l’œuvre de Tomino (Gundam). Je me suis demandé ce qu’on pourrait faire pour transmettre cet héritage. Pour le film, j’ai voulu mettre en avant des problèmes de société que nous connaissons au Japon. Que ce soit sur le plan économique ou culturel, le moral de la population est au plus bas. Les gosses doivent vivre en subissant cette pression chaque jour. Il se renferment, s’écrasent. J’ai donc tenté de faire passer un message aux 10-20 ans avec l’exemple d’un personnage qui fait tout pour survivre, qui ne rejette pas la faute sur les autres même si c’est difficile, qui continue à avancer sans avoir peur. Le film reflète cet façon de voir. Pour l’anecdote, à la même période, sont sortis les livres 1Q84 de Haruki Murakami dont le thème et la structure sont très semblables. C’est un ami qui m’en a parlé mais ça n’a pas pu influencé mon travail car je n’avais pas lu le livre au moment de la création du film.

Pouvez-vous nous présenter le concept de la saga Eureka Seven et les principales différences entre la série et le film ?
Les relations humaines sont au centre de l’intrigue. Ce n’est pas l’histoire du jeune garçon Renton mais de son histoire avec les autres personnages comme Eureka. Le monde est pris dans une spirale de guerres de plus en plus incontrôlable. Ils doivent faire face à cette situation qui ne fait qu’empirer. Dans la série, l’histoire commence sur la rencontre entre Renton et Eureka. Dans le film, ils sont amis depuis l’enfance et le monde est déjà en proie aux conflits. Le film est plus sombre que la série. En plus des guerres, il y a aussi la formation de groupuscules occultes. Dans le film, le résumé de la série est vaguement repris mais comme une sorte de mythologie, de légende dont se servent les groupuscules. Dans le film nos deux héros sont encerclés par la guerre, par cette mythologie et par les groupuscules.
Eureka Seven est un mecha qui se distingue part ses scènes de surf ? Quel est le résultat que vous avez chercher à obtenir ?
Nous avons cherché à donné l’impression au spectateur qu’il volait avec les robots quand ces derniers se déplacent dans le ciel. Selon moi, une animation réussie n’est pas une animation qui se limite à l’écran de télévision, qui va au-delà. Il faut qu’on arrive à voir la continuité de la ligne d’horizon. La construction des personnages est importante. Mais c’est aussi important de montrer l’ampleur du monde dans lequel ils évoluent.
h2. Q : Quelles difficultés avez-vous rencontré sur la réalisation du film, en tant qu’adaptation de série animée ?
C’est la deuxième fois que je participe à l’adaptation d’une série en film. La première fois c’était sur RahXephon. Et l’une des grosses difficultés que j’ai rencontré sur cette licence était de devoir créer quelque chose à partir d’un concept existant, de lui donner un nouveau souffle. Comme pour RahXephon, j’ai voulu faire quelque chose de plus complexe et de nouveau. Je voulais aussi me surpasser. Faire plus fort avec Eureka Seven que ce que j’avais fait sur RahXephon. Toute l’équipe était finalement très contente du travail qui a été fait sur Eureka Seven. On s’est dit que pour l’action des robots, on ne pourrait peut-être jamais faire aussi bien ! Du côté des spectateurs on s’attendait à ce qu’il y en aient qui soient très content et d’autres choqués ou énervés. Et c’est exactement comme ça que ça s’est passé ! Certains étaient très contents du résultat, d’autres très frustrés par rapport à la série dont l’intrigue est moins sombre. Pour ce qui est du message, il est apparemment bien passé. De ce que j’ai vu sur Internet, les 10-20 ans étaient très satisfaits. Les plus mécontents étaient en fait les plus âgés.
Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
Oui, mais je ne sais pas s’il aboutira et si j’arriverais à en faire un film. (Rire)
En vous remerciant !

