Makoto Yukimura : Ambassadeur du manga à Angoulême
Makoto Yukimura était l’invité d’honneur de la programmation manga du Festival International de la BD d’Angoulême, qui s’est déroulé du 28 au 31 janvier 2010. Récit d’une visite enrichissante.

Makoto Yukimura s’est montré très à l’aise à Angoulême. Invité star du 37e Festival International de la BD, l’auteur de PLANETES (Panini Manga) et Vinland Saga (Kurokawa) a conquis le public et a occupé une bonne partie du programme manga avec un certain charisme. Il a donné l’image d’un artiste généreux et épanoui qui a parfaitement su apporter son regard d’expert sur le manga et la bande dessinée franco-belge et leur réception auprès de l’audience internationale. Un des thèmes que Jean-David Morvan (Sillage) et lui ont par ailleurs abordé lors d’une table ronde.

Pratique technique
Mais ce qui nous intéresse c’est sa présentation très personnel de son métier de mangaka et des différences majeures qui existent entre le manga et la BD franco-belge au cours d’une performance graphique (2 en réalité, les vendredi et samedi). Son manga Vinland Saga raconte les aventures de Thorfinn, un jeune islandais qui rejoint une flotte Viking pour devenir fort et venger la mort de son père. L’auteur est revenu de façon chronologique sur la réalisation d’un manga en général en travaillant en direct sur une planche. De l’élaboration du name à l’incrustation des dialogues, en s’attardant plus longuement sur la construction des bulles et des lignes de vitesse.
Il nous explique par exemple qu’il a volontairement dessiné des bulles arrondies à l’européenne plutôt que des bulles verticales comme au Japon, pour s’adapter au sens de lecture des Occidentaux. « Nous (les mangakas, ndlr) faisons des bulles verticales car le japonais se lit de haut en bas. J’ai eu l’occasion de parcourir des mangas en version étrangère et j’ai eu de la peine pour les personnes qui font la mise en page, s’amuse-t-il. Je les imagine, obligés de serrer les mots dans les bulles… Je m’excuse pour tout le mal que nous leur avons fait ! »
Il a ensuite expliqué l’origine des lignes de vitesse dans les scènes d’action et leur intérêt à l’aide d’un dessin caricatural. Il y a mit en scène un personnage du nom d’Akira, qui marche, accélère et court à pleine vitesse. Le décor se dessine alors progressivement sous forme de lignes pour symboliser la distorsion de la vision au cours d’une action. En se basant sur une planche qu’il a dessiné exprès pour Angoulême, il indique que « l’action dans les 3 premières cases [y] est construite comme pour le storyboard d’un film. Le lecteur suit le déroulement de l’action comme si il était une caméra. » Une technique qui apporte tout son dynamisme au manga et que Makoto Yukimura dépeint comme « l’une des principales différences entre la BD japonaise et occidentale ».

Prendre le temps
Alors qu’il nous confiait quelques anecdotes tout en réalisant l’encrage d’une page, Makoto Yukimura a laissé transparaître une approche unique de la profession d’auteur de manga.
Il avait préparé son intervention de façon très méticuleuse alors qu’il se définit lui-même (avec humour) comme un mangaka « moyen », un dessinateur « lent », et plus généralement comme un « fonctionnaire du manga ». Il compare son rythme de travail à celui d’Eiichirô Oda (en référence à l’exposition One Piece au Manga Building). « Il doit dessiner 4 fois plus vite que moi, car il dessine 3 à 4 fois plus de pages que moi par mois. »
Makoto Yukimura ne se laisse pas impressionner par les contraintes de temps, mais ça ne l’empêche pas d’être professionnel. « Je ne suis pas fait pour travailler dans l’urgence, je dois prendre mon temps, mais c’est pour donner le meilleur de moi-même. » Il travaille à son rythme et c’est sûrement ce qui explique d’une part, la qualité graphique de sa série puisque les personnages, les scènes d’actions et les décors sont très détaillés. Et d’autre part, sa facilité à prendre du recul par rapport à son métier. « Mr Eiichirô Oda est certainement quelqu’un de formidable mais il ne doit jamais prendre de vacances. Il y a beaucoup de créatures comme lui au Japon ! » s’exclame-t-il. Makoto Yukimura a beaucoup de respect pour ces créatures mais ne tient tout de même pas à en devenir une.
Depuis toujours, il a su qu’il voulait vivre de sa passion et c’est comme ça qu’il appréhende son métier. Un auteur qui apprécie les plaisirs simples de la vie comme donner le bain à ses deux fils après une bonne journée de travail. « Mon nom « Yukimura », signifie « le village du bonheur », donc je suppose que je suis né pour être heureux puisqu’il y a le kanji du bonheur dans mon nom. » Nous essaierons de ne pas l’oublier an lisant Vinland Saga.
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