Vinland Saga : L’histoire Viking vue par un Japonais

Vinland Saga Tome 1

Makoto Yukimura, l’auteur de PLANETES, revisite l’ère des Vikings dans Vinland Saga, un seinen d’aventure historique, avec un style réaliste sur le thème de la violence.

L’histoire se déroule à des milliers de kilomètres du Japon puisque Vinland Saga raconte les aventures de Thorfinn, un jeune islandais qui rejoint une flotte Viking pour devenir fort et venger la mort de son père. Tout au long du manga, on se tranche la tête, on se coupe les jambes, on se crève les yeux à tout va. Ici, la violence fait partie du quotidien.

Si Makoto Yukimura a choisi de nous raconter l’ère des Vikings, des pirates barbares, ce n’est pas par hasard. Le but du mangaka était d’illustrer, non pas la violence, mais le refus de la violence. À l’occasion de sa visite au Festival d’Angoulême nous l’avons rencontré. Il nous explique : « Un dicton chinois dit que si on veut montrer la blancheur d’une chose, il faut l’entourer de suie pour qu’elle nous paraisse encore plus blanche ». En situant son récit dans une période meurtrière, il peut d’autant plus faire ressortir le caractère du héros qui s’interdit d’avoir recours à la violence. C’est pourtant un jeune garçon fatalement aspiré dans une spirale de vengeance et de sauvagerie après le massacre de son père par des pirates. « C’est très difficile pour moi de raconter ce personnage. Je le vois comme quelqu’un qui voudrait s’en sortir mais qui reste désespérément un mauvais héros », confie le mangaka.

Et on sait à quel point l’histoire de Yukimura se veut un style réaliste et détaillée. « J’ai voulu représenter la vie quotidienne de cette époque avec le plus de réalisme possible ». Ainsi, même le dessin et l’action des personnages d’arrière-plan ou de la foule sont très travaillés. « J’ai imaginé les discussions et les préoccupations qu’ils pouvaient avoir. » Ils disent du mal de la chrétienté, parlent de nourriture, de poissons, de partage des terres, de légendes ou encore de leurs propres Dieux… L’auteur n’hésite pas non plus à tuer des personnages populaires auprès du public. « Ce n’est pas comme Die Hard (film culte où le héros, incarnée par Bruce Willis, est particulièrement difficile à tuer, ndlr), s’amuse-t-il. La mort est inévitable et soudaine, je voulais dessiner objectivement cette fatalité qui peut tomber à tout instant. »

Makoto Yukimura à Angoulême
© Photo Céline Maxant

D’un point de vue plus historique, Makoto Yukimura peut se permettre d’être terre-à-terre. Après avoir terminé PLANETES, son œuvre précédente, il a pris une année pour réfléchir au thème de son prochain manga (Vinland Saga donc). Séduit par l’histoire des Vikings, il a fait des démarches et des recherches pour obtenir le plus d’informations possible et s’en imprégner. Il a voyagé dans plusieurs pays d’Europe comme l’Angleterre où il a fait l’achat de documentations et a rassemblé des photos de différents lieux historiques. Dans les personnages, on retrouve par exemple, Leif Eriksson, explorateur groenlandais, qui était l’un des premiers européens à avoir mis les pieds sur le continent américain sans le savoir en 992. Il avait baptisé la contrée aux abords de laquelle il avait accosté le « Vinland » (en référence à l’abondance de son raisin).

Bien sûr, l’intention de Makoto Yukimura n’est pas de reproduire l’histoire telle quelle. Knud, Prince de Danemark est par exemple un personnage hors du temps, qui a existé, mais dont les traits féminins ont été imaginés par Mr Yukimura. « Je ne sais pas à quoi il ressemblait et j’espère que les historiens ne m’en voudront pas d’avoir fait ce choix. » L’idée est plutôt de donner un aperçu, une ambiance qui reste significative et ancrée dans la vie de tous les jours.

Au Japon, déjà 8 tomes sont parus. En France, le 6e tome est attendu pour le 11 mars chez Kurokawa. À noter que d’après Makoto Yukimura, il ne serait pas prêt de s’arrêter là.

Pour aller plus loin :
À lire aussi -> Notre article sur la visite de Makoto Yukimura au FIBD 2010

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


En 2026, rejoignez la team de Journal du Japon !

Vous aimerez aussi...