Pandora Hearts : analyse de l’œuvre et rencontre avec son auteure Jun Mochizuki

La 4e tome du shônen fantastique Pandora Hearts, publié chez Ki-oon, est disponible dès aujourd’hui en librairie. L’occasion de revenir sur l’univers de cette série avec son auteure Jun Mochizuki que nous avons pu rencontrer lors de sa venue à Japan Expo 2010.
Il est de tradition qu’à leur 15e anniversaire, les héritiers de la famille Vessalius participent à une cérémonie de passage à l’âge adulte dans l’une des vieilles demeures du clan. Oz, adolescent innocent, voire un peu naïf, s’y prépare activement. Bien qu’il regrette l’absence de son père, il est heureux et fier de pouvoir franchir cette étape, accompagné de sa petite sœur Ada, de son serviteur et ami Gilbert Nightray, et de son oncle. Cependant, le jour de l’évènement, le manoir est attaqué de toute part pour d’obscures raisons et Oz est entraîné dans l’Abysse, un monde parallèle où règne le chaos, une prison d’où jamais personne ne revient.
Pourtant, en passant un contrat avec Alice alias B-Rabbit (pour Bloodstained Black Rabbit), une « chain », coincée dans la prison, tous les deux arrivent à en sortir. Les chains sont des êtres malfaisants aux pouvoirs surnaturels qui vivent dans l’Abysse. Elles peuvent s’en échapper à condition de se frayer un chemin dans l’une des brèches de la prison et en passant un contrat avec les êtres humains. Alice, une chaine qui se transforme en lapin noir sanguinaire, semble pourtant différente de ses congénères. La demoiselle a perdu la mémoire et voudrait la retrouver à tout prix. Par chance, partir à la recherche des bribes de ses souvenirs croise la quête de réponses de Oz…

L’histoire n’est pas toujours facile à suivre, mais Pandora Hearts reste une aventure fantastique divertissante, soulignée par un bel univers graphique. Oz va vite mûrir au fil de ses aventures. Jun Mochizuki nous précise en interview qu’elle n’a « pas cherché à exprimer de morale dans cette histoire, » mais qu’elle a tenu à « beaucoup travaillé sur le caractère des personnages et leur évolution ». L’auteure de Crimson-Shell et de Pandora Hearts, titre issu du catalogue SQUARE ENIX, nous plonge dans un monde à la fois dérangeant et captivant, à l’instar d’un conte pour enfants. Justement, elle s’est librement inspirée des Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et plus précisément du dessin animé Disney qui en est tiré. La chain prénommée Alice, comme l »héroine de Carroll, se transforme en lapin noir. Ce n’est pas un hasard. « Quand j’étais petite, j’adorais ce Disney, je le regardais tout le temps. Ce qui me fascinait c’était l’univers du dessin animé, à la fois mignon et angoissant », nous confie la mangaka. C’est bien cette ambiance que l’on retrouve dans Pandora Hearts. Jun Mochizuki, a pris connaissance du conte original avant de se lancer dans l’écriture de sa série, en y apportant d’autres éléments venant des imaginaires qui la nourrissent. On pense aux références mythologiques, comme la boite de Pandore représentée par l’Abysse. Mais aussi à la famille Baskerville, qui rappelle le célèbre roman policier anglais (Le Chien des Baskerville). Cela pourrait être un jeu : retrouver les liens avec les œuvres qui ont pu l’inspirer. On trouve aussi dans Pandora Hearts, une structure complexe entre les quatre maisons ducales, la hiérarchie des familles (Vessalius, Nightray, Baskerville…) et celle des chains, la relation entre les chains et leurs contractants ou encore l’organisation secrète Pandora.
Pandora Hearts est publié dans la revue Monthly GFantasy de SQUARE ENIX. La série, encore en cours de parution, compte 12 volumes reliés au Japon, 4 en France chez Ki-oon. D’après ce qui est ressorti de notre interview de Jun Mochizuki, lors de sa venue à Japan Expo 2010, il semblerait que cette série ait encore de beaux jours devant elle. « Au départ Pandora Hearts était un one shot, mais mon éditeur m’a demandé d’en faire une série et j’en suis ravie car je peux prendre le temps de développer mes personnages. »

Pour la sortie de Pandora Hearts en France, Ki-oon a mis les petits plats dans les grands avec une exposition grandiose à Japan Expo. On pouvait admirer les costumes de la série en vitrines, des goodies exclusifs non disponibles en France (serviettes de bain, porte-clés…) etc. Une gigantesque bannière recouvrait une partie du toit du Parc des Expositions.
Jun Mochizuki, nous accueille dans les coulisses, le sourire jusqu’aux oreilles vêtue d’un magnifique yukata bleu et chassant la chaleur abrutissante de l’été avec son éventail japonais. La mangaka nous raconte en interview ce qui l’a poussé à écrire Pandora Hearts, l’histoire de Oz, un jeune héritier qui lors de son passage à l’âge adulte se trouve plonger dans l’Abysse, une prison démoniaque.
Journal du Japon : Pouvez-vous vous présenter et nous présenter Pandora Hearts ?
Jun Mochizuki : Je suis Jun Mochizuki, l’auteure de la série Pandora Hearts actuellement publiée dans le magazine Monthly GFantasy édité par SQUARE ENIX.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de développer cette histoire ?
À l’origine, Pandora Hearts était un one shot que j’avais écrit au début de ma carrière. Il avait bien plu à mon directeur éditorial, le monsieur avec l’éventail (qu’elle nous montre du doigt), qui m’a demandé d’en faire une série.
Et d’un point de vue créatif ?
Je voulais écrire une histoire dans laquelle le héros et tout son entourage, évoluent au fil du temps et gagnent en maturité.
Qu’est-ce qui vous a plu dans l’écriture de ce manga ?
L’étape de l’écriture est la plus douloureuse car il faut respecter un certain délai, très court, donc la partie de mon travail que je trouve la plus intéressante est de recevoir des messages de mes lecteurs.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières sur la création de cette histoire ?
Le plus dur est d’écrire le caractère du personnage principal, Oz Vessalius, parce que je tenais à ce que dans mon manga, le héros évolue. Je ne devais pas montrer tous les aspects de Oz dès le départ. J’en ai eu souvent envie mais j’ai dû me retenir, c’est ce qui est le plus difficile pour moi, faire attention à ne pas dévoiler toutes les facettes des personnages.

L’univers de Pandora Hearts est librement inspiré de celui des Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll, qu’est-ce qui vous attire dans ce conte ?
Quand j’étais petite, je regardais souvent des dessins animés de Disney et Alice au Pays des Merveilles était mon préféré. Ce que j’aimais plus particulièrement dans ce dessin animé, c’était que d’un point de vue iconographique, il était très mignon, tout en apportant son lot d’angoisses aux enfants. Ce fossé, entre le caractère mignon des personnages et des décors et l’angoisse qu’il suscite m’a toujours beaucoup plu. Je voulais absolument qu’on retrouve ça dans mon manga.
(Les Gamushara Oendan, groupe de supporters japonais qui a fait sensation sur le festival, entrent dans la salle voisine en faisant un véritable boucan, ce qui amuse notre auteure.)
Le conte de Lewis Caroll traite du passage de l’enfance à l’âge adulte, est-ce aussi là un message important pour vous et que vous essayez de faire passer dans Pandora Hearts ?
C’est lié mais je ne voulais pas forcement traiter de ça en particulier, plutôt de l’évolution des personnages en général.
Quelle est la morale de l’histoire ?
Il n’y a pas de moralité à proprement parler. Je n’ai jamais voulu en mettre dans mes mangas, mais l’idée que certains lecteurs se reconnaissent dans mes personnages principaux me plaît beaucoup.
Quel est le retour de vos lecteurs par rapport à Pandora Hearts ?
Il faut savoir qu’au Japon, la majorité de mes lecteurs sont en fait des lectrices. Dans leurs messages, elles me disent souvent que Gilbert et Break sont très beaux. Mais au niveau du caractère, elles préfèrent Oz. Je reçois beaucoup de messages de sympathie pour ce personnage.
Dans votre œuvre, on retrouve des personnages du nom de Oz, Alice, la famille Baskerville, pouvez-vous nous parler de vos références ?
Le livre qui m’a le plus influencé dans l’écriture de Pandora Hearts est évidemment Les Aventures d’Alice au pays des merveilles. Je l’ai lu dans tous les sens avant de commencer ! Les autres références sont plutôt des clins d’œil qui n’ont pas de signification particulière.
Vous avez écrit plusieurs histoires avant Pandora Hearts, que gardez-vous de ces expériences ?

Mon œuvre précédente la plus récente est Crimson-Shell, qui a été prépubliée dans un magazine de SQUARE ENIX pendant 6 mois et j’ai tout de suite enchaîné sur Pandora Hearts. Je n’ai donc pas eu le temps de tirer des leçons de cette expérience, si ce n’est que même si les délais de rendu d’un travail paraissent courts, on y arrive toujours.
En quoi Pandora Hearts se différencie des autres mangas, peut-on parler d’une touche artistique personnelle ?
Je ne pense pas qu’on puisse parler d’un style Mochizuki et je ne cherche pas à marquer le monde du manga de mon empreinte ! Mais les lecteur.ices me disent souvent que dans l’évolution de mes histoires, il y a une succession de périodes d’euphories et de périodes sombres.
Vous avez plutôt exploré des mondes fantastiques jusque là, avez-vous envie d’explorer d’autres univers ?
Pour l’instant, je suis complètement immergée dans l’univers de la fantasy mais si je pouvais, j’aimerais en effet explorer des univers différents. J’ai une attirance particulière pour tout ce qui touche à la Chine et à l’Histoire. J’aimerais raconter des histoires qui se passeraient en Chine ou au Japon mais dans un passé lointain…
Merci et à bientôt !
Pour aller plus loin :
Lire un extrait du manga sur le site de Ki-oon
et sur le site d’extraits de mangas en ligne de SQUARE ENIX :
http://www.square-enix.com/eu/fr/manga

