Interview avec le cinéaste Yoshihiro Fukagawa

Le réalisateur japonais Yoshihiro Fukagawa a pris le parti de proposer une adaptation du roman Byakuyakô de Keigo Higashino, déjà retranscrit avec succès au cinéma par les Coréens et à la télévision par les Japonais. Le long-métrage Into the White Night, un drame racontant la vie tragique de deux enfants qui se sont promis de se protéger l’un l’autre, était en compétition au Festival Kinotayo 2011 où il a remporté le Prix Nikon de la plus belle image. C’est par le biais de cet évènement que nous avons pu rencontrer le cinéaste.

Yoshihiro Fukagawa © Photo Lauréline Lalau

Journal du Japon : Bonjour. Le public français vous connait peu, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Yoshihiro Fukagawa : J’ai commencé à faire du cinéma à 26 ans. Vers mes 30 ans mes films ont été présentés dans des festivals à l’étranger notamment en Italie et en Allemagne à Berlin ou Francfort. Into the White Night a par exemple été présenté au 61e Festival international du film de Berlin. J’aime beaucoup le cinéma français et j’avais hâte de connaitre la réaction du public français. Si vous voyez qu’un film que j’ai réalisé est au cinéma, allez le voir s’il vous plait.

L’histoire est adaptée du livre Byakuyakô de Keigo Higashino et a déjà été adaptée en drama au Japon en 2006 et en film en Corée en 2009. Avez-vous vu ces adaptations ? Avez-vous pris en compte ce que vos prédécesseurs avaient fait ?

J’avais entendu parler du drama mais comme je ne voulais pas être influencé je ne l’ai pas regardé. Et je ne l’ai toujours pas fait. Lorsque j’allais commencer à travailler sur Into the White Night j’ai appris que le film coréen sortait en salle. Je suis allé le voir et je me suis rendu compte que le réalisateur avait abordé l’œuvre d’une façon totalement différente de ce que je comptais faire. Ça m’a rassuré.

Ne craignez-vous pas qu’une compétition se mette en place entre le livre, le drama et les deux films ?

Non je ne pense pas. Au contraire, le public a ainsi le choix. Il peut comparer les différents supports, choisir celui qui lui plait le plus et je pense que c’est une bonne chose.

Quand on regarde votre film on ne sait pas si on doit détester les personnages principaux Ryôji (Kengo Kōra) et Yukiho (Maki Horikita), ou si on doit les plaindre ou encore les protéger. Qu’avez-vous ressenti en apprenant leur vie et en la mettant en scène ?

Je comprends votre question et pour moi aussi c’est difficile de choisir. Quand j’ai lu le livre, je ne savais pas du tout comment aborder le caractère de ces personnages. Mais je pense que cette ambiguïté est importante pour le film. Depuis quelques temps, je trouve qu’on fait beaucoup de films faciles à comprendre et je pense qu’on peut aussi exprimer des choses complexes avec le cinéma. Dans le cas de Into the White Night, si le spectateur est sur la même longueur d’onde que moi alors le film marchera, dans le cas contraire j’aimerais qu’il retourne le voir. Le spectateur connaîtra alors l’intrigue, il pourra se focaliser sur cette difficulté et cette ambiguïté et mieux appréhender le film et l’apprécier.

« J’ai perdu dix kilos pendant le tournage. »

À un moment du film on apprend que Ryôji dit à sa mère qu’il ne pourra jamais être bon parce qu’il a grandi dans un mauvais environnement. Pensez-vous qu’il ait raison ?

Non je ne pense pas. Ce personnage est particulièrement enfermé dans son monde, il a perdu espoir. Et bien qu’on lui ait tendu la main par deux fois, il l’a repoussé, refusant ainsi la possibilité de changer. Il n’arrive pas à espérer. Je pense qu’il faut voyager hors de notre propre monde pour changer. Je pense que c’est au bout de ce voyage qu’on peut trouver son identité.

Into the White Night aborde des thèmes très graves comme le viol ou la pédophilie. Certaines scènes ont-elles été plus difficiles à tourner que d’autres ?

Non pas de scènes en particulier. Cependant j’ai perdu dix kilos pendant le tournage car je me suis identifié à tous les personnages. Tous sont malheureux et le plus dur pour moi a été de garder ma santé psychologique, mais j’ai pu accompagner les personnages jusqu’au bout.

Comment le tournage s’est-il passé avec les acteurs ?

J’ai pu facilement et rapidement établir une confiance mutuelle avec les acteurs. Les personnages ont beaucoup de problèmes et peu de réponses, alors quand ils ont des décisions et des choix à faire. J’ai dû expliquer aux acteurs comment aborder la résolution de ces problèmes. J’ai fait de même avec les enfants qui jouent dans le film (Yuki Imai et Shiori Fukumoto, ndlr) et étrangement c’est avec eux qu’il a été plus facile de travailler.

Connaissiez-vous le Festival Kinotayo avant que Into the White Night fasse partie de la programmation ?

Non je ne le connaissais pas avant que mon film soit sélectionné. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai fait des recherches et je trouve que ce festival est très important pour le cinéma japonais. C’est pour ça que j’aimerai garder le contact avec ce festival auquel je souhaite une longue vie. Hier, lors de la projection de mon film, j’ai pu voir la réaction du public français qui était très positive. J’ai trouvé qu’il était très sensible et j’ai senti qu’il avait perçu le film comme un réflexion sur sa propre vie.

Merci pour cet entretien !

Into The White Night par Kinotayo

Propos recueillis par Lauréline Lalau

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