La Maison en Petits Cubes : Retour vers le passé

nobi nobi ! a pris le risque de proposer des ouvrages « au poulpe et au wasabi ». Ainsi, depuis maintenant 2 ans, la jeune maison d’édition propose des livres pour enfants écrits et illustrés par des Japonais. La Maison en Petits Cubes, leur dernière parution en date, est prévu pour aujourd’hui, 13 mars.
De l’édition nippone, on connaît bien évidemment le manga, qui s’est installé dans le paysage BD francophone depuis maintenant presque 30 ans. On connaît aussi quelques grands auteurs, aux carrières et réputations internationales : Kawabata, Murakami, Mishima et consorts. Mais on connaît pas (ou peu) le livre pour enfant. Or, il existe sur l’archipel une production proportionnellement équivalente à l’offre hexagonale. nobi nobi !, qui fête ce mois-ci ses deux ans d’existence, essaye de rectifier le tir en proposant des ouvrages jeunesse de qualité. La collection 1, 2, 3 Soleil offrira des livres d’éveil très colorés à destination des 3 à 6 ans. La série Soleil Flottant, à l’attention des 6 ans et plus, fera voyager le jeune lecteur dans un Japon folklorique en adaptant des contes et légendes traditionnels. Enfin, les Hors Collections sont des productions originales pour petits et grands au contenu un peu plus pointu. La Maison en Petits Cubes appartient à cette dernière catégorie.
Un p’tit cube, un gros cube
Dans une maison posée sur la mer, un vieux monsieur vit seul. Il pêche pour déjeuner, il joue aux échecs sur une barque, il laisse doucement filer le temps. Cependant, régulièrement, le niveau de la mer monte, et il est alors contraint de construire une nouvelle maison sur la précédente, afin de rester au sec. Car il ne s’agit pas d’un bâtiment sur pilotis, mais bien d’une véritable tour dont les fondations plongent au plus profond de la mer. Aussi, avec le temps, la maison du vieux monsieur s’est mis à ressembler à un empilement de cubes. Alors qu’il œuvre à la construction d’une nouvelle maison, il laisse malencontreusement tomber ses outils, qui finissent au fond de l’océan. Fort marri, il est contraint de partir à leur recherche avec son scaphandre. Cette plongée physique se transformera bien vite en une plongée plus immatérielle, dans ses souvenirs.

Le vieil homme et l’amer ?
Car des images de son passé et du vécu qu’il a eu dans les différentes maisons maintenant immergées refont, paradoxalement, surface. Il se souvient des derniers jours de son épouse, du mariage de sa fille maintenant partie loin d’ici, de la fois où le petit chat avait disparu… jusqu’au souvenir de l’époque où le fond de la mer était en fait la terre ferme, et où était construite la première maison du vieux monsieur et de sa femme.
La plongée de notre héros dans son passé aurait pu être traitée de manière larmoyante. Si la nostalgie est évidemment un des thèmes principaux du récit, il n’y a pas de fatalité sous-jacente à l’histoire. Ces souvenirs sont autant de bons (et moins bons) moments que le vieil homme a vécu et qui font ce qu’il est aujourd’hui. En cela, le livre prend le contrepied du Married Life qui ouvre le film Là-Haut de Pixar. Le message se veut positif, et la conclusion du livre balayera les derniers doutes qui subsisteraient.
En cela, l’histoire rappellera plutôt le très français La Tempête, de Florence Seyvos et Claude Ponti. Dans ce livre pour enfant, une famille se prépare à affronter une tempête diluvienne. Loin d’être dramatique, ce qui s’apparente à une véritable catastrophe météorologique est vécu dans un esprit très positif, dans l’amusement. Ainsi, dans La Tempête comme dans La Maison en Petits Cubes, le message final est le même : quoi qu’il arrive, la vie continue.

Souvenirs en bleu sépia
Au départ, La Maison en Petits Cubes (Tsumiki no Ie en version originale) est un court-métrage d’animation de 12 minutes, écrit par Kenya Hirata et mis en images et réalisé par Kunio Katô, pour le compte de la compagnie Robot (où les deux hommes travaillent d’ailleurs, le premier comme scénariste de dramas, et le second comme animateur). Intimiste mais universel, le film a voyagé dans les festivals et a reçu de nombreuses récompenses, dont l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation en 2009 et le Grand Prix du court-métrage à Annecy.
En portant cette histoire sur le support imprimé, les auteurs (qui sont les mêmes que ceux du film : Hirata au scénario et Katô au dessin) ont retiré l’aspect un peu mélancolique de l’œuvre (dû à la musique de Kenji Kondo), pour délivrer le même message. L’histoire, pourtant simple, a été travaillée dans les moindres détails pour la rendre aussi puissante.

Cependant, c’est vraiment dans le dessin de Katô -qui est donc également illustrateur à ses heures perdues - que La Maison en Petits Cubes se démarque. Le dessinateur a retranscrit l’ambiance sous-marine et nostalgique de l’histoire par l’usage très maîtrisé de l’aquarelle. Une technique vraiment adaptée au récit qui, associée à ce souci du détail, rend un ensemble à la fois précis et flou, comme le sont les souvenirs. L’architecture et les panneaux en double-pages sont de petits trésors où on aimera se perdre. Car si le dessin n’est pas surchargé, il fourmille parfois de vie.
Notons que Kunio Katô sera présent cette semaine sur le Salon du Livre de Paris (qui met le Japon à l’honneur) et pour une séance carte blanche dans le cadre de Planète Manga !.
En définitive, La Maison en Petits Cubes répond à ce qu’on attend d’un très bon livre pour enfant : une histoire facile à comprendre avec un enseignement, et un dessin simple mais efficace. Cette précision convaincra à n’en pas douter petits et grands.
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