Interview avec Chiaki Miyamoto : Dessinatrice jeunesse

Installée en France depuis plus de 10 ans, Chiaki Miyamoto est une illustratrice japonaise de livres pour enfants. À l’occasion de sa collaboration avec Alain Chiche pour Les couleurs de Bilo (cf. notre chronique), la maison d’édition nobi nobi ! lui a fait rencontrer son public lors du Salon du Livre de Paris 2012. Elle a accepté de répondre à nos questions dans un français impeccable.

Chiaki Miyamoto, dessinatrice des Couleurs de Bilo au Salon du Livre de Paris 2012 © Photo Thomas Hajdukowicz

Journal du Japon : Vous avez un parcours entre Japon et France. Pouvez-vous nous dire comment vous avez atterri dans notre pays ?

Chiaki Miyamoto : Je suis venue en France en 2000. Jusque-là, au Japon, j’étais graphiste. Par exemple, je concevais des catalogues d’entreprise, des brochures, des affiches… sur ordinateur. Mais il me manquait quelque chose. Après réflexion, j’ai su que c’était de dessiner quelque chose sur papier, un travail plus manuel, plus traditionnel.
Un jour, j’ai vu une exposition itinérante au Japon. Il s’agissait de dessins des participants au concours organisé par le Salon International du Livre de Bologne. Il s’agissait d’originaux sélectionnés parmi les meilleurs. Ces dessins m’ont beaucoup touché. C’est à ce moment que j’ai décidé que je voulais devenir illustratrice pour enfants. J’ai cherché des écoles en France, et quelqu’un m’a parlé de l’école Emile Cohl à Lyon. Je suis donc venue en France pour suivre mes études, et j’y suis restée !
J’étais déjà tombée amoureuse du pays lors d’un voyage que j’avais fait à l’âge de 20-21 ans. Je rêvais d’y venir vivre. Aussi, j’ai décidé de changer un peu de mode de vie, et de trouver quelque chose de nouveau, en m’installant à Lyon.

Les Couleurs de Bilo © Alain Chiche, Chiaki Miyamoto 2011 • nobi nobi !

Comment est né le projet de collaboration avec Alain Chiche sur Les couleurs de Bilo ?

Au début, j’ai rencontré Alain lors d’un salon en Haute-Savoie. On était tous les deux venus pour des dédicaces. Comme on signait l’un à côté de l’autre, on a sympathisé en discutant. Et on s’est dit qu’un jour on ferait un livre ensemble, puisqu’il est auteur et que je suis illustratrice !
Alain a donc écrit le texte, en créant le personnage de Bilo le petit panda. Il m’a montré, ça m’a plu, et l’aventure est partie comme ça ! J’ai présenté ce travail à nobi nobi !, qui a montré son intérêt pour le projet.

Comment avez-vous été amenée à travailler avec nobi nobi ! ?

Comme c’est une maison d’édition proche du Japon, ils connaissaient déjà mon travail. Je crois que c’est le fait que je sois japonaise qui les a intéressés quand je leur ai présenté le projet de Bilo.

Comment avez-vous travaillé avec Alain Chiche ?

Alain a écrit l’histoire telle qu’elle, avec le personnage du petit panda et sa découverte des couleurs. J’ai juste imaginé son univers et illustré. J’avais carte blanche pour le style. Par contre, nobi nobi ! a demandé à ce que le texte soit empreint d’un esprit japonais.

Chiaki Miyamoto au Salon du Livre de Paris 2012 © Photo Thomas Hajdukowicz

Quelles sont les contraintes quand on est illustratrice pour enfants ?

Quand j’étais au collège et au lycée, je dessinais dans un « style shôjo manga ». À ce moment-là, je dessinais vraiment différemment. Quand j’ai décidé de dessiner pour les enfants, j’ai dû simplifier mon trait, qu’il soit adapté. Et je me plais beaucoup dans ce genre : dessiner des animaux, utiliser des couleurs vives…

Le « style manga » ne vous manque pas ?

Non, non, je ne pense pas. Je m’intéresse au manga en général, mais je ne pense pas un jour dessiner pour un public plus âgé. Je m’intéresse un peu au kodomo manga (à destination des plus jeunes), mais pour l’instant, je n’ai pas d’idées !
En fait, mon style de dessin s’adresse à des lecteurs âgés entre 3 et 7 ans. Après, ils s’intéresseront plus à la BD par exemple…

page 28 Les Couleurs de Bilo © Alain Chiche, Chiaki Miyamoto 2011 • nobi nobi !

Quel a été votre parti pris graphique sur Les couleurs de Bilo ? Le style y est différent de vos travaux précédents comme Comptines en famille ou Maman où es-tu

En fait, j’ai trois techniques principales : la gravure, le dessin assisté par ordinateur, et le dessin au crayon de couleurs + découpage. À chaque fois que je reçois un texte, je me demande quelle technique conviendra le mieux.
L’histoire de Bilo se focalisant sur les couleurs, j’ai tout de suite su que je n’utiliserai pas la gravure, cette technique ne permettant pas, justement, la profusion de couleurs. Et je ne voulais pas utiliser l’ordinateur parce que ça me fait mal aux yeux ! Depuis 2 ou 3 ans, je travaille beaucoup avec les crayons de couleur et le papier, donc je me suis dit que ça irait bien ici !
J’aime beaucoup la douceur du crayon de couleur. Les enfants aussi y sont très réceptifs, puisque c’est quelque chose qu’eux-mêmes utilisent.

En tant que japonaise travaillant avec des Français, avez-vous noté des différences de méthode de travail particulières ?

Je ne peux pas vraiment comparer puisque je n’ai jamais travaillé comme illustratrice, avec des auteurs, au Japon… Je ne vois pas spécialement de différence…

Dédicace de Chiaki Miyamoto pour Journal du Japon © Photo Thomas Hajdukowicz

Dans ce cas, est-ce qu’il est facile d’être éditée quand on est une japonaise en France ?

C’est difficile, et pas que pour les japonaises ! Quand j’ai fini mes études en 2003, j’ai eu la chance d’être publiée assez rapidement, en 2005. C’est grâce à ma venue sur la Salon de Bologne que j’ai pu rencontrer de nombreux éditeurs français. Il y en a un en particulier avec qui j’ai longtemps échangé, et assez rapidement, il m’a envoyé un texte à illustrer. J’ai eu de la chance.

Vous travaillez souvent avec les mêmes auteurs ?

Non, à chaque fois, ce sont des auteurs différents. Ça s’est fait comme ça.

Qui sont les gens qui sont venus vous voir dédicacer aujourd’hui ?

Des gens très sympas ! Des enfants, leurs parents, et des bibliothécaires aussi. Leurs commentaires ont été très sympathiques et gentils. Ça fait toujours plaisir, et surtout, ça me donne l’énergie de continuer !

Quels sont vos projets actuels ?

En ce moment, je prépare un album jeunesse pour les 3 ans et plus avec Gallimard qui devrait sortir en septembre 2012.

Dédicace de Chiaki Miyamoto pour Journal du Japon

Propos recueillis par Thomas Hajdukowicz

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